‹ Guerre des frontières du Rhin, 1870-1871Chapitre 15 sur 18 · X. SituaUoQ de la guerre à la fia du mois de septembre · texte numérisé non relu

X. SituaUoQ de la guerre à la fia du mois de septembre

À la fin de septembre raetion des forces allemandes se concentre autour de trois points : Strasbourg, Mets et

Paris.

Strasbourg esl tombée. La plus grande partie des troupes employées à en faire le siège sont devenues disponibles pour d'autres opérations. Gomme les Allemands ont déclaré •

qu'ils voulaient conserver l'Alsace après la paix, le premier devoir de ces troupes Juit être de s'emparer de la haute Alsace, cl notamment des places qui sont encore aux mains des Français : Schélestadt, Neu-Brisach et Belfort. Mais, il est à présumer que de nouveaux ooips français se forment dans le sud et l'ouest de l'Alsace, et il faut chercher à les détruire en germe, ce qui est possible avec des forces restreintes, en envoyant des détachements dans la vallée de la Sadne.

Metz est investie depuis le 18 août par deux armées allemandes, la première et la deuxième; mais, elle n'est pas assiégée regiiliùrement et l'on ne fait contre elle aucune tentative de bombardement. Les Allemands espèrent qu'ils s'en rendront maîtres par la faim. Ce résultat semble inévitable parce que, quelque bien approvisionné que pût être cette place, une partie de ces approvisionnements a été livrée àTarmée active dès le commencement du mois d'août,

et maintenant l'armée de Bazaine en consomme au moins autant que la garnison et la population de Metz réunies. Depuis que la catastrophe de Sedan et la proclamation de la République sont connues à Metz, la défense active de Ba** zaino a presque cesse, ainsi que nous le verrons dans la quatrième partie de ce livre. Mais les Allemands ne peuvent pas compter sur la durée de cet état de choses, et ils doivent s'attendre tous les jours à ce que Bazaine fasse une tenta* tive désespérée. Cette circonstance ioimobilise devant Metz des forces considérables, qui ne peuvent entreprendre des opérations secondaires de quelque durée, atin tl'èire toujours prèles au moment critique. Il est vrai que des entreprises de cette nature ne sont pas nécessaires pour les troupes allemandes qui assiègent Metz, parce qu'il ne se trouve à proximité de cette place aucun point assez important pour que le gouvernement de la République française puisse songer à en faire le centre de formations nouvelles considérables.

Paris est investi depuis le 19 septembre, mais il n'y a plus à songer à sa chute prochaine. Après que la première

surprise de In (';il:islro|)he de Sedan est passée, après qu'on nouvel ordre de choses s'est établi et que les masses Tont accepté, ^ nous ne voulons pas dire plus, — après que la conférence de Ferrières, loin de faire naître l'espérance d'une paix prochaine, a montré quel abfme s'est creusé entre rAUcmat^nc et la P>ance, il faut que les Allemands s'attendent à une résistance sérieuse s'ils veulent faire de Paris un siège plus ou moins régulier, et qu'ils créent les moyens de vaincre cette résistance, ce qui fera perdre du temps. Si, au contraire, ils chargent la faim de faire l'œuvre des combats, il faut encore des mois pour qu'elle réduise la ville. Les Français, n'ajant plus à compter sur la paix, doivent

chercher à créer de nouvelles années, des armées popalaîres, puisque les armées impériales n'existent plus ou que ce qui en reste est investi ou dispersé. Le but de ces nouyelles armées devra être, avant tout, de débloquer Paris, celte ville qui, par le nombre de ses liabitants <— sans parler du reste — l'emporte de beaucoup sur plus d'une principauté et même d'un grand-duché de l'Allemagne.

Où et comment former ces nouvelles armées?

La portion de la France occupée par les Allemands, et facile à commander de quelques points centraux, ne comprend pas plus du septième de son territoire. Mais, dans le nord, le pays encore libre d'ennemis ne forme qu'une bande étroite, à cause du voisinage de la frontière belge et de la mer. U n'est donc pas sûr, et les points de rassemblement qui s'y trouvent ont, autour d'eux, un territoire trop restroint pour pcrniollrc la formation de nouvelles armées.

C'est donc nécessairement dans le midi de la France que doivent avoir lieu ces nouvelles formations.

La France méridionale est divisée en deux parties trèsdisiinctes : l'une à l'est des Gévennes, le bassin du Rhône, et l'autre à l'ouest des Gévennes, comprenant le bassin de la Loire, les montagnes du Limousin et le bassin de la Gironde.

La région de l'est n'a jamais été liée aussi intimement que la région de 1 ouest avec le point central de la France.

Des siècles se passent sans apporter de grands changements dans les choses essentielles, et, dans les moments critiques, les caractères essentiels surgissent toujours avec une force qui surprend celui qui n a pas étudié l'histoire avec réilexion.

Ainsi, dans la vallée du Rhône, quelque française qu'elle soits il nous semble toujours être èam le monde des colo-

nies grecques el ensuite dans la province romaine. Une grande ville s'y est formée, Lyon, la seconde ville de France après Piaris, quoique bien loin derrière la capitale. Il s'y trouve une autre grande ville, Marseille, la troisième vîïle de France. Lyon et Marseille ont, à elles deux, le tiers à peine des habitants de Paris, mais elles laissent loin derrière elles les autres villes de France. Jamais l'histoire de la vallée du Khône n'a été liée aussi intimement à l'histoire du centre de la France que celle de la région de Touest.

C'est là, sur les deux rives de la Loire, que s'étend le pays des Camutes, que les Druides appelaient le nombril de la Gaule celtique ; c'est de là, d'Orléans, que vint la délivrance de la France de Tinvasion anglaise, pur les mains de Jeanne d'Ârc. C'est derrière la Loire que se retirèrent les débris de Tannée française après les revers de 1815, et le surnom de brigands de la Loire, que leur donnèrent les partisans des Bourbons, fut un titre d'honneur aux yeux du peuple français. C'est plus au sud, dans les montagnes d'Âu^ vergne, que se leva Vercingétorîx, le héros qui fit, pour délivrer son pays de la domination romaine, cette puissante et malheureuse tentative.

La région du sud-ouest ne renferme pas d'aussi grandes villes que le bassin du Rhône, mais il s'y trouve cependant des villes telles que Nantes, Bordeaux, Toulouse, importantes par le nombre de leurs liabitants, leur commerce et leur industrie, et qui forment des centres capables de &ciliter l'habillement, l'équipement et l'armement d'armées considérables.

Dans la guerre actuelle, la région de la Loire acquiert une importance particulière à cause de son voisinage de Paris.

Si V on se demande quel caractère vont prendre les nou-

velles formations françaises, on trouve que ce caractère doit être complètement révolutionnaire. Même les nouvelles for* mations de la ligne» qui se forment autour d'un noyau fourni par les anciens dép6ts oii des dépôts crëës à la hâte, se com-

poscront de quelques anciens soldais, niais, en bien plus grand nombre, de conscrits de la classe de 1870. A cela se joindront les gardes mobiles et d'autres corps de troupes formés de diverses manières* car on va faire a|^l à tous les moyens. Le matériel, Téquipement, les chevaux» etc., seront fournis par réipiisilion. Comme on manque d'ofliciers éprouvés, on en improvisera ; et, comme Topinion s'accrédite de plus en plus que c'est aux anciens généraux, qui étaient soldais depuis leur jeunesse, qu'il faut attribuer les défaites précédentes, il est très-possible que les gens qui gouvernent la France commeltenl la faute de nommer ofticiers et même généraux des gens complètement éii'oagers aux choses de la guerre.

Gomme il faut compter avant tout sur la masse» sur le grand nombre des soldats, l'armement ne pourra pas être unilbi ine ; on prendra des armes partout où l'on pourra.

Le temps presse ; dégager Paris est la première chose à faire. Que Ton voie la situation de Paris sous des couleurs aussi roses qu'on voudra, il n'en est pas moins certain que plus le moment du déblocus sera proche, plus Taris sera certain de tenir jusqu'à ce momenl-là.

L'activité militaire du Gouvernement prend donc le caractère d'efforts désespérés; la passion pénètre les masses qu'il faut soulever par tous les moyens. Plus le théâtre de la guerre s'étend, plus les communications des Allemands s'allongent et plus il y a de raisons pour soulever les passions populaires. L'envahisseur marchera souvent en petits détachements» avec lesquels pourront se mesurer avec avantage

de petits détachements français» des corps de partisans, sui^ tout s'ils sont soutenus activement et en secret par h populalion, qui o})posera en même temps aux Allemands une résistance passive. Chaque succès d'un de ces corps de partisans français sera suivi de représailles des Allemands et celles-ci, à leur tour, crieront vengeance. On peut donc affirmer que plus les Français, excités au plus liaut points verront le succès s'éloigner, plus la guerre deviendra cruelle et acharnée.

La superstition commence également à jouer son rôle.

Des possédés annoncent de grands malheurs que doit suivre tinalement un grand succès. Les masses écoutent et croient; les journalistes» qui n'y croient point, reproduisent cependant ces prophéties et se gardent bien de laisser paraître lour incrédulité. Des gens fort intelligents feuillellent Nostradamus. Ils n'y ont trouvé, à notre connaissance, que les vers suivants qui paissent s'appliquer aux circonstances oik nous sommes :

Par le décide de deux choses bâtards (1) Nepvcu de S3ng (2) occupera le règne :

Dedans Lectoyre (3) seront des coups de dards, l^epveu par peur pliera i'easeigae.

Tout en investissant Paris, les Allemands devront entreprendre de ce point central des expéditions dans toutes les

(1) La Monarchie de Juillet et la Aépobli^ delS4a.

(2) Napoléon III.

(3) Les commentateurs modernes ont voulu voir l.\ la Lorraine; l'homme impartial n'y aurait vu que la ville de (.iascogne Lectoure. Mais quand on se mêle de commenter, il ne faut pis se Ini^ser arrêter pour si peu et l'on peut dire qu'en désignant Lcctoai ê, — ville irès-rapprochée de la frontière d'Espagne, — Nostradamus, ou son démon, a voulu seulement dire que ceUe malheureuse guerre, qui force le nepveu de sang à plier l'enseigne, aura pour cause les affaires d'Espagne.

direclions, soit pour reconnaître ce qui se passera non loin d'eux, soit pour empêcher ou étouffer en germes de nouvelles formations» toutes les fois queœla sera possible sans un trop grand déploiement de forces. Ils devront diriger surtout leur altenlion vers la ligue de la Loire et chercher à s'ctabhr sur ce fleuve, aûn de combattre plus efficacement toute tentative de déblocus qui s'organisera dans la région sud-ouest de la France.

Telle était la situation militaire des partis belhgérants à la im de septembre; telle était la perspective désolante pour les deux partis après l'évanouissement des espérances de paix qu'avait pu faire concevoir la catastrophede Sedan» désolante pour les Français puisqu'il ne leur restait qu'un bien faible espoir de vaincre en rase campagne, désolante aussi pour les Allemands qui ne voyaient plus la paix prochaine, mais au lieu de cela l'explosion d'une violente haine nationale et de nouvelles guerres dans l'avenir, guerres qu'ils ne commenceraient peut-être pas dans des conditions aussi favorables qu en 1.870, malgré l'Alsace et la Lorraine, — ou k cause d'elles.

Plus d'un Allemand tournait déjà, du théâtre de la guerre, les yeux vers la patrie, et se demandait si tant d'effdris profiteraient à l'Allemagne et au peuple allemand, et si les fruits de cette gueiré, ne seraient pas, comme en 1813^ et en '1815, bien loin de ce qu'on espérait.

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