‹ Guerre des frontières du Rhin, 1870-1871Chapitre 14 sur 18 · l'ouvrage à cornes de Finckmatl devant les fronts · texte numérisé non relu

l'ouvrage à cornes de Finckmatl devant les fronts

On n'avait presque rien fait d'important pour Strasbourg dans ces dernières années. Comme dans toutes les places

fortes, on commença, en 1807, à y construire des traverses creuses sur les chemins couverts ; on iil des corrections sur les points où le mur maçonné de l'escarpe n'était pas assez couvert, en élevant et prolongeant les masses couvrantes ; les luagasiiis à poudre ïmvnl mieux protégés contre les effets terribles des pièces rayées. On construisit au milieu des ouvrages à cornes 40-42 et 47^49, ainsi que dans la lunette 53, des traverses qui partageaient chacun de ces ouvrages en deux moitiés, l'une à gauche et Tautre h droite, en défilant mieux cliaque moitié, et dans lesquelles la portion non employée de la garnison trouvait des casernes et des abris. De nouveaux magasins à poudre furent construits sous les bastions 7, 9 et 11 du côté de l'ouest.

Le bastion n*^ 1 fermé i> la gorge du côté de la ville, est un ouvrage exti-èmement faible ù cause de son peu d'étendue et de son angle au saillant très^aigu. Et c'est pourtant

là, à Tangle nord-ouest, que le point d'attaque est indiqué d'avance. En effet, en avant de tout le côté sud de la place, on peut inonder le terrain et le rendre impraticable au

moyen de grandes écluses situées entre les bastions 6 et 7, qui font déborder 1*111 et la Brusch. En avant de la partie orientale du côté nord» depuis Finckmatt jusqu'au petit Rhin, le terrain est sillonné de cours d'eau, de canaux, de fossés de toute largeur.

il éUil possible de (airo une correclioa en grand du bastion n* 12, mais on ae s'en occupa pas; on se contenta de construire sur les deux faces deux traverses creuses, pour servir d'abris et de magasins à poudre, et d'établir au saiK lant de l'ouvrage une batterie casematée pour une pièce de gros calibre.

£n raison de la construction resserrée de la ville et de son peu de largeur, la reconstruction de l'enceinte continue ne pouvait donner de grands résultats. Il eût été beaucoup plus important d'entourer la place d'ouvrages détachés à une assez grande distance de l'enceinle continue. Mais il n'existait encore aucun de ces ouvrages en 1870.

Cependant beaucoup de projets avaient été présentés à ce sujet depuis quelques années.

A près de 6,000 pas, au nord-ouest de Strasbourg, s'élève, à 140 pieds au-dessus de la piame, la chaîne de collines du Hausberg, au pied de laquelle se trouvent les communes de Oberhausbergen, Mittelhausbergen, Niederhausbergen et Mundolsheim. On pouvait couronner cette chatne d'ouvrages delacliL's que l'on auiail reliés aux fortifications de la place, d'un côté à Schiltigheim par les hauteurs ondulées de Suffelweyersheim et de Bischheim^ de l'autre à Kœnig&hofen par les ondulations d'Oberhausbergen. L'éloignement de la place était peut-être un peu grand ; mais si l'on avait 1 27

rendu indépendants les principaux forls détachés» en les armant en outre d'une quantité suffisante de pièces rayées de gros calibre, l'ennemi n'aurait jamais osé pénétrer dans ce cercle enchanté, avant de s'être emparé de deux ou trois

ouvrages détachés, et il n'eût pas pu de loiigteuipa homharder la ville de la rive gaucho du lUiiii.

Cependant, le grand éloigaement du liausberg et surtout la dépense, empêchèrent d'adopter ce projet, et l'on résolut de se contenter de construire devant l'angle nord>ouest une ligne avancée dont l'aile droite s'appuierait à TIU, à Schtltigheim, et la gauche à la Brusch, à Kœnigshofen. Elle serait à 1800 p;eis environ des ouvi^agcs extéheui's de l'enceinte continue et aurait pour ouvrage centrai un ouvrage à cornes, fermé à la gorge par un mur, et situé en avant de la voie ferrée qui relie le chemin de fer de Paris aux ateliers du chemin de l'Est, cuire le eheuiin de fer de Paris et la route deMittelhausbergen. On devait commencer en 1871 la construction de cet ouvrage central.

On faisait également des projets pour mieux couvrir le côté de l'Est. On devait notamment construire deux ouvrages indépendants tout près du grand iUmi, dans l'ani^le nord ut l'angle sud de l'île des Epis, pour prolonger d'environ 1800 pas la ligne de feux de la citadelle, et si ces forts avaient existé en 1870, ils auraient certainement rendu de grands services contre le bombardement de la rive droite du Rhin. Mais ce projet fut également mis de côté, parce que le Gouvernement craignait que son exécution ne donnât lieu sans utilité à des clameurs dans le genre de la chanson de Nicolas Becker.

C'est pour cela que l'attaque de 1870 trouva Strasbourg désarmée. Car, dans les conditions de l'armement actuel, Strasbourg ne méritait même pas, dans cette

guerre, la désignation de placn forto de première classe.

Si la France avait eu un système militaire qui rendît disponibles dd fortes garnisons pour ]es places fortes; si cette guerre n'avait pas été entreprise par le Gouyernement de renipercur Napoléon en deliors do tout calcul politique et militaire, on aurait toujours pu remédier en quelque sorte à rinsuffisance des défenses de Strasbourg; puisqu'il eut sufii de quelques semaines pour construire des forts détachés aux points les plus importants, notamment devant l'angle nord-ouest de l'enceinte continue.

La garnison normale do Strasbourg était comptée à 15,000 hommes. £n 1870, les Allemands 1 ont évaluée à 18,000 hommes, mais il faut y faire entrer non-seulement les gardes nationales, mobiles et sédentaires, mais encore les nombreux employés des établissements militaires, du génie, de i'artillerie, de l'école de médecine militaire, et les ouvriers d'Ëtat. 11 y avait à peine 3,000 hommes de véritables tiDupes dans Strasboui^.

Au début de la guerre, le commandement de la place fut confié au général Uhricli, qui se trouvait depuis deux ans dans le cadre de réserve. — Uhrich, né à Phalsbourg en 1802, sortit de Saint-Gyr en 1820 comme sous-lieutenant d'in&nterie. Il fit la campagne d'Espagne en 1823, resta plusieurs années en Afrique à partir de 1834 et devînt général de brigade en 1852. En 1835, il conduisit en Crimée une brigade de la garde et revint à Paris la même année comme général de division. Au début de la guerre d'Italie» il commandait une division de l'armée de Paris qui devint la division du 5* corps de l'armée active.

Nous avons vu que le 8 août, deux jours après la bataille de Wœrth, la cavalerie badoise arrivait devant Strasbourg (II* partie, page 236).

Digitizod by G<.jv.' .ic

Le corps de siège fut successivement composé de : La division badoise, dont le général Laroche prit bientôt le commandement, à la place du général Beyer qui tomba

malade avant le bombardement ;

La (iivision de landwehr de la garde prussienne (Loën), La V* division de réserve (landwehr) prussienne (Treskow);

37 compagnies d'artillerie de place» dont 2 bavaroises,

2 warlembergeoises, 4 badoises et 29 allemandes du nord ;

Un bataillon combiné de pionniers prussiens et une compagnie de pionniers bavarois.

Le général de Werder reçut le commandement en chef du corps de siège. — Werder, né en 1808, entra en 4825 dans le régiment des gardes du corps de la c unleriede la garde prussienne et, en 1826, il fut nommé olHcicr dans le i«' régiment à pied de la garde. £n 1842 et 1843» il fit, avec Tannée russe, quelques campagnes dans le Caucase, et, après son retour, il passa comme capitaine dans Tétalmajor général d'cù il rentra dans l'infanterie dès 1848. Géncral-major en 1SG3, il fut nommé général lieutenant ' en 1866, commanda, la même année, la 3^ division d'infanterie, dans l'armée du prince Frédéric-Charles, et obtint Tordre pour le ménte par sa conduilc d Gilschin et à ivœniggraetz.

Le commandement de l'artillerie de siège fut donné au général lieutenant de Decker, et celui du génie au général major de Mertens qui avait dirigé, en 1864, les travaux du

siège de IJ i[)pel.

En arrivant devant Strasbourg, le général de Werder mit son quartier général à Mundolsbeim, sur la Suffel.

Du 11 au 17 août, la division badoise fut seule devant la

place et, par conséquent, l'investissement était fort impar-

lait. Le lo, Werder fit occuper Schiltigheim et le 18, Kœnigshofen.

A partir de ce jour les réserves prussiennes commencèrent à arriver» et, à partir du 21, les pièces de siëge.

Le 23 auii[, Werder résolut de commencer le 24 li bombarder la ville avec les 40 pièces de siège prussiennes disponibles et rartillerie de campagne badoise, pendant que 32 pièces de siège badoises, amenées de Rastadt et mises en batterie près de Kehl sur la rive droite du Rhin, bom- Larderaient la citadelle.

Depuis que la première bombe est tombée dans une ville assiégée, on a beaucoup discuté l'admissibilité et l'opportunité d'un bombardement. £n France même, cette discussion a eu lieu récemment entre un officier du génie trèsremarquable et un ancien officier d'artillerie d'une valeur reconnue. Le premier, le chef de bataillon Prévost (1), commandant le génie des forts de l'est de Paris* s'est mon* tré adversaire déclaré du bombardement, pour lequel se .prononce au contraire énergiquement le général d'artillerie de Blois (2), du cadre de réserve. Il n'est pas sans intérêt de résumer en quelques mots les raisons que fait valoir ce général en faveur du bombardement.

1* Pendant le bombardement, Tassi^ant, abrité deiw rière ses parapets, dans les parallèles et les tranchées, éprouvera des pertes minimes ;

2° Si le bombardement n'aboutit pas, et que l'assiégeant doive procéder à une attaque en règle, il la commencera

(t) Étudei hiitoriquu m la fortification, V attaque «I kt d^Mt êtf

(2) De la forlificailon en priteMê âerarHIUni MuntUê, JPlurit, 1868* — Sxamm critique in imiei kUtwiqiM mr ht /brU/lcaliMi, Vattaque ei la déftnu dtê places, par F. Prévost. Vm, 1SC9.

am: dea fqiioes presque intactes contre une garnison qui aura déjà beaucoup souffert, et que le bombardement aura

déjà mise probablement en conflit livcc la population de la ville; la résistance qu'il lui restera à vaincre ne sera donc pas aussi grande que si l'assiégeant avait commencé de suite une attaque en règle de la place ; - 3^ Si, par philanthropie on pour d'autres raisons, l'assiégeaiit veut ménager les habitants de la ville, ceux-ci ne lui sauront pas gré de sa douceur et soutiendront plutôt la garnison» ce qui donnera plus de force à la défense» au grand détriment de ragresseur ;

4^ Par suite de la durée toujours longue d'un siège en r^gle, le corps de siège et un corps d'observation seront * immobilisés pendant longtemps, et hors d'état de faire d'autt^es opérations en rase campagne.

Quand l'agresseur s'est enfin rendu maître d'une place forte après m long siège en règle, il n'y trouve plus que des magasins vides qu'il est obligé de remplir aussitôt, que 4jes murs écroulés qu'il lui faut relever.

Le bo^ibardement a eu de tout lemps beaucoup plus de partisans dans l'artillerie que dans le génie. Gela ne veut pas dire que les officiers du génie soient plus humains que ceux d'artillerie^ Gela vient plutôt de ce que chaque arme combat a^^ez lialurciiement pro domo snà. L'ingénieur ne * veut pas entendre parler de bombai^demeul, parce qu'il 4ésire faire valoir son choix judicieux du point d'attaque» ^jss sapes, ses trtodiées, son indication du point exact où doivent être installées les batteries ; il veut en outre mettre ù l'épreuve les ouviagcs de défense construli^ par un de ses camarades francs-maçons du parti ennemi. L'artilleur, au contraire, méprise par état toutes ces feintes, et il a beau* coup plus de confiance dans la grosseur du calibre de ses

Digrtizeij ey <jOOgIe

canons et dans le tonnerre de son artillerie qu'il écoute avec

une certaine complaisance.

Un bombardement est assurément une cruelle chose» mais on ne doit pas pour cela le condamner en princ^. En effet, la guerre est toujours une cruelle chose, et il est

de règle que les innocents en souffrent beaucoup plus que les coupables. Que l'on compare le prisonnier de Willielmshœbe et sofi entourage avec la noble nation française qu'ils ont précipitée dans celte malheureuse guerre I

Cela nous conduit naturellement à cette conclusion» qu'il faut étudier, dans chaque cas particulier, If Init et Topportunité d'un bombardement. Si nous nous livrons à cette étude en ce qui concerne Strasbourg, nous trouvons que le bombardement -de cette ville était inopportun pour les motifs suivants :

1® Si la population de Strasbourg brûlait du désir de se jeter dans les bras de rAllemagne, il suâisait de quelques coups de canon allemands pour lui faire exercer, sur le commandant de la place» une pression irrésistible. Dans ce cas, le bombardement n'était ni cruel, ni inopportun. Mais cette hypothèse était fausse; les habitants de Slrnsbourg avaient, au contraire, des sentiments plus français que les ' habitants du centre de la France, et Ton pouvait prévoir que le bombardement n'aurait pour résultat que de les irriter davantac,^e conti c les Alleiniiiids.

2" Au moment où le bombardement de Strasbourg fut résolu, les Allemands avaient déjà fait connaître assez clai* rement qu'après leurs victoires, ils voulaient conserver, eh signant la i aix, l'Alsace t pays de frères allemands, (erre essentiel lement allemande », et surtout Strasbuui g « cette ville si vraiment allemande ». Or, malgré le proverbe : <r qui aime bien châtie bien », nous n'avons jamais entendu dire

qu'un bombardement fût le véritable moyen de témoigner ou de réveiller l'amour fraternel.

3° liien qu'on eût vivement critiqué la manière d'opérer de Tarlillerie prussienne, même en 1806, il n'en était pas moins reconnu généralement, depuis l'attaque des ouvrages de Duppel, en 1864» que l'artillerie de siège prussienne obtenait des résultats extraordinaires et inconnus jusqu'alors, par la justesse de son tir et l'effet de ses projectiles. 8a puissance Je destruction était à l'abri d'un doute. On pouvait donc, dans ces circonstances-là, s'abstenir de bombarder la ville dont la garnison était fort insuffisante en force numérique et en qualité* on le devait surtout parce que, nous le répétons, c'était un singulier moyen de prou> ver aux Slrasbourgeois son amour fraternel.

Le général de Werder se décida au bombardement parce qu'il savait que la ville ne renfermait pas beaucoup d'espaces à l'épreuve de la bombe et qu'il supposait que les habitants forceraient aussitôt le commandant à rendre la place. Ce calcul était faux; mais il eùL été vrai si la population de Strasbourg se fût composée de ces Juifs, qui se donnent aujourd'hui pour les vrais Allemands et demandent à grands cris la destruction de la France ; les uns sont des fournisseurs qui gagnent, à la prolongation de cette guerre funeste, un argent mal acquis, sans s'exposer au moindre danger ; les autres sont des professeurs qui déshonorent la science et qui, pour obtenir de meilleures places, sont prêts à commettre toutes les bassesses, mémo à calomnier le peuple allemand devant l'histoire du monde.

Werder commença par informer le gênerai Uhrmh de son dessein de bombarder la ville, et il le somma de rendre la place, ce qui fut refusé. Werder entra alors dans plus de détails : il pria le général Uhrich d'enlever l'obserfatoîre

militaire établi sur la cathédrale, pour ne pas forcer les Allemands à tirer sur ce inonumenl d'architecture gothique; il lui demanda encore de faire évaeuer l'hôpital militaire, situé près de la eitadelle, parce qu'il se trouyaît dans la ligne de tir des batteries allemandes qui ne pouvaient pas le voir assez distinctement. Uhrich repoussa également ces deux demandes.

Le sort de la brave ville de Strasbourg doit toucher le

cœur de l'honnête homme, à quelque nationalité qu'il appartienne, quelles que soient ses opinions politiques. Mais il fiiut être juste : en France, on a représenté partout le bombardement de Strasbourg comme un acte de barbarie allemande; et, quaii i in î^onéral Uhrich annonça que si les Allemands entraient dans la place, il se retirerait dans la citadelle d'où il bombarderait la ville, les journaux français traitèrent cela d'héroïsme. Nous sommes forcé d'avouer qu il nous est impossible de concilier ces deux manières de dire, et nous le déclarons d'autant plus librement que nous venons de nous prononcer contre l'opportunité du bombardement de Strasbourg.

Le bombardement commenra dans la matinée du 24 août. ' Il fit des ravages épouvantables : la magnifique cathédrale fut honteusement endommagée; la précieuse bibliothèque fut anéantie ; beaucoup de maisons particulières furent détruites ; des vieillards, des femmes, des enfants ftirent tués ou pstropiés. La population sans défense se réfugia dans les caves, les hommes valides cherchèrent avec courage à arrêter l'incendie, pour sauver ce qu'ils pourraient de la ville de leurs pères.

L'évêque de Strasbourg essaya d'intervenir. A sa prière, Werder suspendit le bombardement le 26 août, de 4 heures du matin à midi. Mais, les efforts de l'évêque furent inutiles»

|)a: cc qu'il ne put obtenir du général Uhrich aucune concession. Le bombardement recommença donc le 26, à midi» et continua sans interruption jusqu'au lendemain soir.

Ce fut en vain : commandant; garnison, habitants, restèrent inél^ranlables. Personne ne pressa le général Ubrich de capituler.

Pendant que les batteries allemandes de la rive gauche du Rhin dirigeaient leur feu contre la ville, les batteries

badoiscs de la rive droite bombardaient avec succès la citadelle, dont elles réduisaient en cendres les habitations et les magasins.

Les batteries françaises de la citadelle leur répondirent vivement et incendièrent Kehl. Les Allemands, à leur tour,

reprochèrent aux 1 rançais d'avoir dirigé leur feu contre colle ville ouverte, ce qui n'était pas nécessaire puisque les batteries badoises n'étaient pas devant Rehl, mais à coté. Ce dernier fait est vrai, mais on conviendra que Kehl eût cLc pour les Badois un aljri trop commode 6 il eût été complètement assuré contre le feu des Français.

Nous devons encore mentionner que, dans ses n^ociations avec IVvèque, le général de Werder avait offert de laisser sortir de Strasbourg les femmes, les enfants et les vieillards. Le général Uhrich refusa de proliler de cette offre à cause de la difficulté de faire un choi.\ dans une population de 85,000 imes.

Lorsque le général de Werder reconnut que le bombardemont ne lui promettait pas un prompt snccès, il se décida, le 27 août, à se servir des moyens abondants dont il disposait pour commencer un siège en règle.

On commença immédiatement à établir les dépôts du génie, h faire les gabions, fascines, etc.

L'artillerie du général de Werder était nombi*euse et

excellente. Il avait en tout 241 pièces de sîëge dont 44 ba«daises, qui se décomposaient ainsi :

58 canons de 24 raye (^parmi lesquels 16 badois — et

12 courts, particulièrement destinés au tir indirect); 80 canons de 12 rayé (dont 16 badois); 20 canons de 6 rayé; 2 mortiers rayés de 21 centimètres ;

8 mortiers lisses de GO, badois ;

19 mortiers lisses de 50 ;

24 mortiers lisses de 25, dont 4 badois ;

30 mortiers de 7.

Dans la nuit du 29 au 30 août, la première parallèle fut ouverte à la sape ordinaire à 700 ou 800 pas de Tangle nord -ouest de la place; elle appuyait sa gauche à Schiltigheim, sa droite au chemin de fer de Paris. On construisit en même temps à 200 ou 300 pas derrière la première, parallèle, 10 batteries qui furent armées de 44 pièces rayées et se trouvèrent prêtes à tirer le 30 au matin. Lorsqu'elles ouvrirent le feu contre les ouvrages do l'angle nord-ouest, elles furent soutenues par les batteries allemandes qui avaient été construites pour le bombardement et n'étaient pas encore désarniccs.

L'artillerie de la défense fut surprise par le feu de rartillerie de l'assiégeant le 30 août au matin ; l'armement de sûreté était insuffisant pour répondre, aux pièces ailemandes et l'armement contre un siège en règle était encore * incomplet. Les Allemands supposèrent alors (jue les Français avaient compté sur un autre point d'attaque que celui choisi par eux. Gela n'est pas possible, puisque le seul point où Strasbourg pouvait être attaqué était celui choisi parles Allemands. Nous devons cuiiiicltre plutôt que les Français ne s'attendaient pas à voir l'attaque régulière commencer

le 30 août. £n moins de deux heures, leur feu du front attaqué fut réduit au silence et ne put reeonmiencer que dans Taprès-midi.

Le feu continuel des obusiers et des morlieis de rasï,:êgeant rendaient très-difficile à l'assiégé de réparer ses batteries endommagées ou d'en construire de nouvelles même pour mortiers. Cependant il faisait tous ses efforts pour être toujours en état de répondre au feu des Âllemands.

Dans la nuit du 31 aoùL au i^"" septembre, les assiégeants creusèrent les approches de la première à la deuxième parallèle ; et ils ouvrirent celle-ci à la sape ordinaire dans la nuit du 1^ au 2 septembre, à 400 pas des ouvrages de la place.

Le 2 septembre, à 4 heures du matin, les assiégés firent leur première sortie de quelque importance. Une colonne s'avança au nord par les îles Wacken et Jars contre le flanc gauche des travaux de siège des Allemands» une autre colonne sortit au sud contre la gare de la porte d'Austerlitz. Toutes deux furent repoussées après un combat tri s-court, mais les Badois, qui se laissèrent entraîner trop loin dans la poursuite, subirent des pertes importantes. De grandes sorties de la garnison de Strasbourg étaient généralement très-difficiles, à cause du manque complet d'ouvrages détachés, et surtout à cause du peu de troupes de ligne qu'avait le général Uhrich.

A mesure que les Allemands poussaient leurs travaux d*approche, l'artillerie allemande augmentait le nombre de ses batteries et les rapprochait de la place.

Le 9 septembre, elle avait en action 178 bouches à feu, y compris les pièces badoises de la rive droite du Rhin et 48 mortiers.

Les assiégeants creusèrent le^ approches de la deuxième

à la troisième parallèle dans les nuits du 9 au 10 et du 10 au 11 septembre» et ils ouyrîrent ensuite la plus grande partie de la troisième parallèle dans la nuit du 11 au i% au pied du glacis des lunettes 53 et 53.

Ces travaux de tranchée coûtaient des sacrifices : le 5 septembre, les Allemands avaient déjà perdu 57 hommes tués, 327 blessés et 30 disparus. II se trouvait dans le nombre S officiers du génie tués et 2 blessés.

Dès le 11 septembre, l'artillerie arma contre la lunette 53 une batterie de brèclie n^ 25, de 4 pièces de 24 court. Cette batterie de brèche était sur la route de Wissembourg, derrière la première parallèle et à environ 1100 pas de son objectif qu'elle ne pouvait atteindre que par un tir indirect, par-dessus un fossé assez large. Elle remplit sa mission avec un succès remarquable.

Dès que la catastrophe de Sedan fut connue dans le camp allemand, le général de Werder en informa le général Uhrîch. Cette nouvelle fut reçue très-froidement et resta sans effet. Cependant il se formait dans toute la Suisse des sociétés de secours pour les habitants de Strasbourg, ville que des liens fraternels avaient liée intimement à la Confédération dans les siècles précédents. Bftle fut naturellement le centre de ces sociétés de secours, et il en partit . une délégation pour se rendre au quartier général allemand et essayer de faire le plus de bien possible. £lle reçut la permission d'entrer à Strasbourg, où les Suisses obtinrent ce qui avait été refusé aux Allemands, et furent assez heureux pour cinijunier de la ville assiégée 800 personnes incapables de porter les armes.

Pendant que les Allemands s'approchaient rapidement de rangle nord-ouest de l'enceinte de Strasbourg, ils ne négligeaient pas de s'avancer vers la citadelle.

Les Badois passèrent de la rive droite du Rhin dans i'ile des Ëpis où entrèrent également des bataillons prussiens, venant de la Robertsau.

Le 15 septembre, les assiégés, qui étaient inquiétés sans cesse par l'artillerie de campagne allemande au sud de la ville, tentèrent une sortie dans l'île des Épis. Elle fut repoussée par les Badois. Dans ce combat fut tué le colonel Fiëvée, commandant le régiment de pontonniers français, homme d'une stature extraordinaire.

Le 12 septembre, les Allemands armèrent la batterie de brèche n* 42 de 6 pièces de 24 court, contre le flanc droit du bastion n^ il. Cette batterie était à fOOO pas de son objcclif, tout près du clioniin ({ui conclnit <lu cimetière de Sainte-lMène à Scliilligheim. On construisit ensuite à 900 pas de son objectif la batterie ô8, de 4 pièces de 24 court, pour faire brèche dans la face gauche du bastion

Comme les pièces de la plupart des batteries alleiiiundes devaient tirer par-dessus des troupes situées en avant d'elles, et par conséquent avec une grande inclinaison, Tartillerîe allemande remplaça les épaulements ordinaires des batteries par des épaulements très-plats en forme de jatte. Par suite de cette disposition et de leur emplacement caché derrière et dans les parallèles et les approches, les batteries allemandes offraient aux assiégés un but très-peu apparent. C'est devant Strasbourg qu'on employa pour la première fois, et counne nous le verrons bientôt, avec un grand succès, le tir indirect pour faire brèche dans des murs en maçonnerie qu'on n'aperçoit pas des batteries. Le canon employé iiriiicipalcment pour ce tir indirect cluiL ie 24 rayé court (calibre de 15 centmièlres;.

Le 17 septembre, les pionniers prussiens couronnaient à

la sape le glacis des lunettes o3 et 5^2. On avait heureusement découvert et déchargé un système de mines devant le premier de ces ouvrages. 11 ne fut pas nécessaire d'établir

des ))atterics de brèche et des contre-batteries sur le couronnomciit du glacis» parce que le feu indirect avait fait l'office de ces batteries dans la lunette 53. Lorsque la brèche fut praticable» les pionniers prussiens descendirent par des cheniincineiUs couvci Ls jusqu'à Teau des fossés dos lunettes 53 et 52 ; au moyeu de deux mines ils jetèrent dans le fossé la contrescarpe maçonnée de la lunette 53 en face de la brèche, et ils commencèrent ensuite à construire une chaussée de 20 pieds de largeur pour traverser le fossé plein d'eau, large de GO pieds, et arriver à la brèche de la lunette

Mais avant que cette digue fût achevée, le 20 septembre, on sut par une reconnaissance qne les Français

iivaieut évacué la lunette ol*. La hrècho t'ul aussitôt occupée; l'intérieur de l'ouvrage le fut également dans la soirée du 20, et les pionniers commencèrent à s'y construire des logements, ce qui ne pouvait se faire sans éprouver des pertes par le feu des ou , ; iges situés en arrière. — '.a lunelte .')3 était dans un étal de complète destiuclioa; la traverse caserne sur la capitale de l'ouyrage n'avait pas même pu résister au feu de Tartîllerie allemande.

Comme la lunette o3, la lunelte était détruite et évacuée ; le 21 septembre, un pont de tonneaux lut jeté sur le fossé plein d'eau et large de 180 pieds de cet ouvrage qui fut occupé pendant la nuit.

L'artillerie allemande avait, le 24 septembre, 299 pièces, en batterie, dont 83 mortiers. La dernière batterie reçut le n^ 60, elle fut placée dans la redoute 53 et armée de trois pièces rayées. Les Allemands construisirent en tout bat-

leries pendant le siège; si la dernière batterie n'a cependant que le 60, cela vient de ce que quelques batteries que l'on porta plus en avant pendant les opérations conservèrent leur premier numéro avec une lettre distinctivej a, b, etc.

Le S7 septembre, les ouvrages du front d'attaque n'étaient { lus tenables. Il y avait dans le bastion n' M une bieche de 80 pieds complètement praticable, rintérieur n'était qu'un monceau de ruines, la communication avec la ville était presque impossible. Dans le bastion n° lâ, la brècbe était faite et il ne restait plus qu'à renverser le massif de terre qui était encore debout, ce qu'on ne voulait faire qu'avant de donner l'assaut. La batterie casemalée au saillant du bastion n^ 12 et le mur de séparation n'étaient plus que des ruines méconnaissables* Il en était de même de la lunette 44 devant le front 9-10, des casernes et de la partie de la ville situées dans le voisinage du front d'attaque. La voûte de la Porte-de-Pierre, dans la courtine 11-12. était près de s'écrouler, et les assiégés l'avaient remplie de sacs à terre pour prévenir sa chute ; les ouvrages à cornes de Finckmatt (58-60 et 47-49), les plus rapprochésda front d'attaque, n'étaient pas aussi endommagés que ce front, mais ils avaient beaucoup souffert.

Le 27 septembre à 5 heures du soir, le général Lihrich lit arborer le drapeau blanc sur la cathédrale ainsi que sur les bastions 11 et 1^.

L'arlillerie allemande cessa aussitôt le feu. Elle avait tiré, depuis le commenceincnt de l'attaque, sur la ville et les ouvrages de la place, 103,722 coups de canon; ce qui fait 0,249 par jour, 200 par heure, 4 ou 5 coups par minute.

Les canons rayés de 24 avaient tiré 28,000 obus et 5,000 schrapnels; les canons rayés de 12, 45,000 obus et 11,000 ûtliiupaels; ko canons rayés de 0, 8,000 obus

Cl 4»Û00 schi apnols ; les canons rayés de 24 couii (lii ceatimètres)» 3,000 obus; les mortiers rayés de 21 eenU-mètres, 600 bombes ; les mortiers lisses, S8,000 bombes

— dont 15,000 pour les mortiers de 50, 20,000 pour ceux de 25 et 23,0ÛO pour ceux de 7.

La capitulation fut conclue sans incident; on prit pour modèle celle de Sedan pour ce qui concernait les officiers.

Les troupes de ligne et les gardes mobiles étaient prisonniers de guerre, les cjardos nationaux et les francs-tireurs étaient désarmes et mis en liberté sur parole de ne pas servir pendant la durée de la guerre. La citadelle, la porte d'Austerlitz, la porte Fischer et la porte Nationale devaient être livrées aux Allemands le 28 septembre, îi 8 heures du malin ; à il heures, la garnison se rendrait sur le Gallgass, entre la redoute 37 et la lunette 44, et la remise du matériel de guerre commencerait à midi.

Le défilé des troupes n'eut pas lieu sans désordre, beaucoup (le soldats brisèrent leurs armes et une partie ne put être éloignée de la ville qu'à 3 heures du soir.

Les Allemands trouvèrent dans la place 1,070 bouches

à feu.

Le général lieutenant de Oilech fut nommé gouverneur et le général-major de Mertens commandant de la place. Le général de Werder, mis à la tète du 14^ corps d'armée nouvellement formé, devait opérer des deux côtés des Vosges jusque dans la vall(''e de la Saône, pour disperser les troupes qui s'y rassemblaient et couper les chemins de fer de Mulhouse et de Pontarlier à Paris.

PendanL ]i' siège de Strasbourg, plusieurs détachemf nts «lu corps de siège avaient été déjà envoyés dans les Vosges pour faire la chasse aux bandes de francs-tireurs qui s'y

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montraient en grand nombre et les détruire, ce qui n*étaît

pas facile.

Les habitants de Strasbourg, sans se révolter ouvertement, prouvèrent par toute leur conduite qu'ils étaient fort mal disposés h répondre à T « amour fraternel » des Allemands.

Il csl vrai que cet amour fraternel se manifestait iruno inaniî'Pe peu engageante. Une curiosité Ijrulale, ])lulôl que le désir lie venir en aide au malheur, attira dans Strasbourg une foule de gens. Beaucoup d'entre eux semblaient vouloir se repaître des images de destruction que l'on rencontrait partout. Des photographes prirent les vues de ces ruines et leurs œuvres vinrent orner les journaux illustres et les albums. Des chroniqueurs militaires y ajoutèrent un texte stupide pour les journaux qui prétendent représenter la civilisation allemande. On eut Theureuse idée de traiter la citadelle comme un morceau de choix, en faisant payer un tlialer d'entrée pour la visiter. Cet argent, destiné aux réparations de la cathédrale, s'éleva en peu de temps à ^,000 lhalers.

Un intéressant industriel de Leipzig eut l'ingénieuse idée de ramasser les éclats d'obus qui avaient ravagé la ville, pour en frapper des « médailles patriotiques » qu'il vendit 10 gros la pièce. Il joignit à l'annonce de ce charmant article un certificat du maire Kûss, attestant qu'il avait acheté, le 9 novembre, SO quintaux d'éclats d'obus.

Les Strasbourgeois auxquels leur situation et leurs occupations le permettaient, se tinrent renfermés chez eux pendant que la ville se remplissait d'étrangers ; ceux dont la langue maternelle était Tallemand évitèrent de le parler avec les envahisseurs. Un grand nombre, espérant des temps meilleurs, cherchèrent un asile en Suisse, et beau-

coup de jeunes gens se rendirent de Strasbourg, comme de toiitfi l Alsace, dans le midi de la France, pour entrer dans la garde mobile ou dans les corps de francs-tlreurs qui s'y feraiaient.

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