LIVRE IV
rurent en toute háte. En apprenant ce qui se passait, César fit sortir du camp tous les cavaliers, pour appuyer les siens. Nos hommes pendant ce temps soutinrent le choc de l'ennemi, combattirent avec un grand courage, pendant plus de quatre heures, et tuérent un grand nombre de Morins, en ne perdant eux-mémes que peu de monde. Mais quand notre cavalerie parut sur le champ de bataille, les ennemis jetérent leurs armes, prirent la fuite, et on en tua un grand nombre.
XXXVIII. Le lendemain César envoya le lieutenant Titus Labiénus, avec les légions qu'il avait ramenées de Bretagne, contre les Morins qui s'étaient révoltés. Ceux-ci, dont les marais étaient à sec, — c'était là qu'ils s'étaient retirés l'année précédente, — n'avaient plus de refuge où s'abriter, etils tombérent presque tous au pouvoir de Labiénus. D'autre part, les lieutenants Q. Titurius et L. Cotta, qui avaient conduit leurs légions dans le pays de Ménapiens, . ravagérent leurs champs, coupérent leurs récoltes, brülérent leurs habitations, parce qu'ils s'étaient tous cachés dans d'épaisses foréts, et revinrent ensuite vers César. Celui-ci plaga toutes ses légions en quartier d'hiver chez les
defenderent, celeriter ad clamorem hominum circiter millia sex convenerunt. Qua re nuntiata, Cæsar omnem ex castris equitatum suis auxilio misit. Interim nostri milites impetum hostium sustinuerunt, atque amplius horis quatuor fortissime pugnaverunt, et paucis vulneribus acceptis, complures ex his occiderunt. Postea ' vero quam equitatus noster in conspectum venit, hostes abjectis armis terga verterunt, magnusque eorum numerus est occisus. XXXVIII. Cæsar postero die Titum Labienum legatum cum his legionibus, quas ex Britannia reduxerat, in Morinos, qui rebellionem fecerant, misit. Qui quum propter siccitates paludum, quo se reciperent, non haberent (quo perfugio superiore anno erant usi), omnes fere in potestatem Labieni pervenerunt. At Q. Titurius et L. Cotta legati, qui in Menapiorum fines legiones duxerant, omnibus eorum agris vastatis, frumentis succisis, ædificiis incensis, quod Menapii se omnes in densissimas silvas abdideraut, se ad Caesarem receperunt. Cesar in Belgis omnium legionum
Belges; là, deux cités bretonnes, seules parmi toutes les autres, lui envoyérent des otages. A la suite de ces événements, le sénat, d'aprés les lettres de César, décréta vingt jours d'actions de gráces.
hiberna constituit. Eo du: omnino civitates ex Britannia obsides miserunt, reliquae neglexerunt. His rebus gestis ex litteris Caesaris dierum viginti supplicatio a senatu decreta est.
OBSERVATIONS DE L'EMPEREUR NAPOLÉON Ie
Sur le quatrième livre des Commentaires.
1. Les deux incursions que tenta César dans cette campagne étaient toutes les deux prématurées et ne réussirent ni l'une ni l'autre. Sa conduite envers les peuples de Berg et de Zutphen est contre le droit des gens. C'est en vain qu'il cherche dans ses Mémoires à colorer l'injustice de sa conduite. Aussi Caton le lui reprochait-il hautement. Cette victoire contre les peuples de Zutphen a été, du reste, peu glorieuse ; car, quand méme ceux-ci eussent passé le Rhin effectivement au nombre dee450,000 àmes, cela ne leur donnerait pas plus de 80,000 combattants, incapables de tenir téte à huit légions soutenues par les troupes auxiliaires et gauloises qui avaient tant d'intérét à défendre leur territoire.
2. Plutarque vante son pent du Rhin, qui lui parait un prodige;
c'est un ouvrage qui n'a rien d'extraordinaire et que toute armée moderne eût pu faire aussi facilement. Il ne voulut pas passer sur un pont de bateaux, parce qu'il craignait la perfidie des Gaulois, et que ce pont ne vint à se rompre. Il en construisit un sur pilotis en dix jours; fl le pouvait faire en peu de temps : le Rhin, à Cologne, a trois cents toises ; c'était dans la saison de l'année où il est le plus bas; probablement qu'il n'en avait pas alors deux cent cinquante. Ce pont pouvait avoir cinquante travées, qui, à cinq pilots par travée, font deux ‘cent cinquante pilots, avec six sonnettes; il a pu les enfoncer en six jours, c’est l’opération la plus difficile ; le placement des chapeaux et la construction du tablier sont des ouvrages qui se font en même temps : ils sont d’une nature bien plus facile. Au lieu de mettre ces cinq pilots comme il les a placés, il eût été préférable de les planter tous les cinq à la suite les uns les autres, à trois pieds de distance, en les couronnant tous par un chapeau de dix-huit à vingt pieds de long. Cette manière a l'avantage que si un des pilots est emporté, les quatre autres résistent et soutiennent les travées.....
(Ici se trouvent de longs détails relatifs au pont que l'empereur
Napoléon jeta en 1809 sur le Danube. Comme ils sont étrangers à notre sujet, nous les supprimons).
3. César échoua dans son incursion en Allemagne, puisqu'il n'obtint pas que la cavalerie de l'armée vaincue lui füt remise, pas plus qu'aucun acte de soumission des Suéves, qui, au contraire, le bravérent. Il échoua également dans son incursion en Angleterre. Deux légions n'étaient plus suffisantes, il lui en eût fallu au moins quatre, et il n'avait pas de cavalerie, arme qui était indispensable dans un pays comme l'Angleterre. IL n'avait pas fait assez de préparatifs pour une expédition de cette importance : elle tourna à sa confusion, et on considéra comme un effet de sa bonne fortune qu'il s'en était retiré sans perte. 2
1. Cn. Pompeio, M. Crasso consulibus, l'an 699 de Rome, 55 avant J.-C. (C'était leur second consulat, et M. Schneider a raison de dire: Quodsi hec historia esset, non commentarius, irERUM Omillé viz potuisset.) L'hiver avait commencé sous le consulat de Lentulus et de Philippe : César fait entendre par cette indication chronologique qu’il veut parler de la seconde moitié de l'hiver. (vusnen.)
2. Usipètes et Tenctéres , peuples de la Germanie, voisins des Cates ou Suèves. — Suéves, peuple d'une grande partie de l'Allemagne comprenant notamment la Souabe. (Voir Tacite , la Germanie, c. 38 et suiv.)
3. Jumentis est mis ici pour equis, et rappelle le mot français jument. 1l se trouve encore d'autres passages dans lesquels jumentum est indubitablement mis dans l'intention de n'exprimer que le cheval. M. Schneider fait cette remarque: comme equus, dans César et ailleurs, désigne presque toujours un cheval de selle, le terme aura été changé ici pour désigner les chevaux employésà toutes sortes de services (juvimenta), à trainer les voitures, les chars de guerre, ou à porter des fardeaux. (DuBNER.)