‹ Guerre des Gaules (volume 2)Chapitre 127 sur 280 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

semblée des Éduens, que César lui avait offert le gouvernement de la cité; ceux-ci, offensés de ce propos, n'osaient cependant pas envoyer des députés vers César pour protester contre cette offre, ou le supplier?, et il fut informé de ce fait par ses hôtes. Dumnorix commença d'abord par demander, avec les plus instantes priéres, à rester dans la Gaule, alléguant, tantôt quen'étant point habitué à navigueril craignait la mer, tantôt qu'il était retenu par des vœux religieux "*. Lorsqu'il vit que César s'obstinait à repousser sa demande, et qu'il eut perdu tout espoir de le fléchir, il se mit à solliciter les chefs gaulois, à les entretenir chacun à part, pour les engager à rester sur le continent; il les effrayait en disant que ce n'était point sans motifs qu'on enlevait à la Gaule toute sa noblesse; que César avait le projet de tuer jusqu'au dernier, quand il les aurait fait passer dans la Bretagne, ceux qu'il eüt craint de mettre à mort sous les yeux des Gaulois. Dumnorix se liait en méme temps avec les autres par des engagements mutuels, leur demandait leur serment, et de faire, d'un commun accord, ce qu'ils eroiraient utile à leur pays. César fut instruit de toutes ces choses par de nombreux rapports.

animi, magnæ inter Gallos auctoritatis, cognoverat. Accedebat huc quod [jam] in concilio Æduorum Dumnorix dixerat, sibi a Cæsare regnum civitatis deferri : quod dictum Ædui graviter ferebant, neque recusandi aut deprecandi causa legatos ad Cesarem mittere audebant. Id factum ex suis hospitibus Csesar cognoverat. Ille omnibus primo precibus petere contendit, ut in Gallia relinqueretur ; partim, quod insuetus navigandi mare timeret ; partim, religionibus impediri sese diceret. Posteaquam id obstinate sibi negari vidit , omni spe impetrandi adempta, principes Galliæ sollicitare, sevocare singulos hortarique ccpit, uti in continenti remanerent; metuterritare, «non sine causa fieri, ut Gallia omni nobilitate spoliaretur; id esse consilium Cæsaris, ut, quos in conspectu Gallix interficere vereretur, hos omnes in Britanniam transductos necaret : » fidem reliquis interponere, jusjurandum poscere, ut, quod esse ex usu Galliz intellexissent, communi consilio administrarent. Hzc a compluribus ad Cesarem deferebantur.

VH. Quand il sut ce qui se passait, il résotut, par cela méme qu'il avait donné une grande importance à la nation des Éduens, de contenir Dumnorix et de prévenir l'exéculion de ses projets par tous les moyens possibles; en voyant sa folie augmenter, il pensa qu'il était urgent de l'empécher de nuire à lui-même et à la république. C'est. pourquoi, pendant les vingt-cinq jours enviroh qu'il resta dans le port, parce que le vent du nord-ouest, qui soullle une grande partie de l'année dans ces parages, l'empéchait d'appareiller, il eut soin de contenir Dumnorix dans le devoir, et de se tenir au courant de ses projets ; enlin, quand le temps fut favorable, il ordonna aux troupes et à la cavalerie de s'embarquer; mais, tandis que chacun était absorbé par les embarras du départ, Dumnorix , à l'insu de César, sortit du camp avec la cavalerie éduenno, et prit la route de son pays. César, dés qu'il en fut informé, retarda son départ, et laissant les autres aífaires de côté, envoya toute la cavalerie à sa poursuite, avec ordre de le ramener, ou, s’il opposait de la résistance ou refusait d'obéir, de le mettre à mort; car il ne pensait pas que l'homme qui avait, lui présent, méconnu ses ordies,

VII. Qua re cognita, Cesar, quod tantum eivitati Æduæ dignitatis tribuerat, coercendum atque deterrendum, quibuscumque rebus posset, Dumnorigem statuebat ; quod longius ejus amentiam progredi videbat, prospiciendum ne quid sibi ac reipublicæ nocere posset. ltaque dies circiter xxv in eo loco commoratus, quod corus ventus navigationem impediebat, qui magnam partem omnis temporis in his [locis] flare consuevit, dabat operam ut in officio Dumnorigem contineret, nihilo tamen secius omnia ejus consilia cognosceret ; tandem, idoneam nactus tempestatem, milites equitesque conscendere in naves jubet. At, omnium impeditis animis, Dumnorix cum equitibus Æduorum a castris, insciente Cæsare, domum discedere cepit. Qua re nuntiata, Casar, intermissa profectione atque omnibus rebus postpositis, magnam partem equitatus ad eum insequendum mittit retrahique imperat : si vim faciat neque pareat, interfici jubet : nihil hunc se absente pro sano faeturum arbitratus, qui presentis imperium neglexisset.

LIVRE V. 194 püt rien faire de bon en son absence, Dumnorix, quand on le somma de s'arréter, refusa d'obéir; il mit l'épée à la main, fit un appel à la fidélité de ses concitoyens, en répétant souvent qu'il était libre et né dans une cité libre. Les nôtres, suivant leurs ordres, l'entourérent et le tuérent; quant aux cavaliers éduens, ils retournèrent tous vers César.

VIII. A la suite de ces événements, César laissa Labiénus sur le continent avec trois légions et deux mille cavaliers pour défendre les ports, pourvoir aux approvisionnements, surveiller ce qui se passait dans la Gaule, et agir suivant le temps et les circonstances. Lui-même, avec cinq léions et un nombre de cavaliers égal à celui qu'il laissait sur le continent, leva l'ancre au coucher du soleil, et appareilla avec un léger vent de sud-ouest; mais ce vent étant tombé vers le milieu de la nuit, il ne put poursuivre sa route ; la marée le porta trop loin, et au point du jour il vit qu'il avait laissé la Bretagne sur la gauche. Mais quand les courants changérent avec la nouvelle marée, il suivit leur direction, et fit force de rames pour aborder dans cette partie de l'ile où il avait reconnu, l'été précédent, que le débarquement était facile. On ne saurait trop

Ille enim revocatus resistere ac se manu defendere suorumque fidem implorare coepit, szpe clamitans, liberum se liberzque esse civitatis. llli, ut erat imperatum, circumsistunt hominem atqué interficiunt, at equites Ædui ad Cæsarem omnes revertuntur. VIII. His rebus gestis, Labieno in continente cum tribus legionibus et equitum millibus duobus relicto, ut portus tueretur et rem frumentariam provideret, quique in Gallia gererentur, cognosceret, consiliumque pro tempore et pro re caperet, ipse cum quinque legionibus et pari numero equitum, quem in continenti reliquerat, solis occasu naves solvit; et leni Africo provectus, media circiter nocte vento intermisso, cursum non tenuit, et longius delatus æstu, orta luce, sub sinistra Britanniam relictam conspexit. Tum rursus, æstus commutationem secutus, remis contendit, ut eam partem insule caperet, qua optimum esse egressum superiore æslate cognoverat. Qua in re admodum fuit

louer dans cette circonstance l'énergie des soldats qui, placés sur de lourds vaisseaux de transport, marchérent, en ramant sans interruption , aussi vite que les galéres. ll était à peu prés midi quand toute la flotte aborda en Bretagne. L'ennemi ne se montra pas sur ce point ; cependant César apprit plus tard par des prisonniers que les Bretons s'étaient portés en grand nombre de ce côté; mais que, effrayés par la multitude de nos vaisseaux (car ils en avaient vu plus de huit .cents à la fois, en y comprenant

ceux de l'année précédente et les barques équipées pour la commodité particulière de chacun), ils s'étaient éloignés du rivage, pour se retirer sur les hauteurs.

. ]X. César débarqua l'armée, choisit pour le camp un terrain favorable, et, quand il sut par les prisonniers sur quel point s'étaient portées les troupes ennemies, il laissa au bord de la mer dix cohortes et trois cents cavaliers pour garder les navires, et marcha contre elles, d'autant moins inquiet pour la flotte qu'il la laissait à l'ancre sur un fond de sable et une plage découverte. Quintus Atrius fut chargé dela commander. César, aprés avoir fait de nuit une marche d'environ douze mille pas, apercut l'ennemi qui, s'étant avancé auprés?? d'une rivière avec sa cavalerie et ses chars,

militum virtus laudanda, qui vectoriis gravibusque navigiis, non intermisso remigandi labore, longarum navium cursum adæquarunt. Accessum est ad Britanniam omnibus navibus meridiano fere tempore : neque in eo loco hostis est visus, sed, ut postea Cesar ex captivis cognovit, quum magna manus eo convenissent, multitudine navium perterritæ (quz cum annotinis privatisque, quas sui quisque commodi fecerat, amplius nccc uno erant visæ tempore), a litore discesserant ac se in superiora loca abdiderant. IX. Cesar, exposito exercitu et loco castris idoneo capto, ubi ex captivis cognovit quo in loco hostium copie consedissent, cohortibus x ad mare relictis et equitibus ccc, qui presidio navibus essent, de tertia vigilia ad hostes contendit, eo minus veritus navibus, quod in litore molli atque aperto deligatas ad ancoram relinquebat ; et przsidio navibus Quintum Atrium præfecit. Ipse, noetu progressus millia passuum circiter xii, hostium

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