‹ Guerre des Gaules (volume 2)Chapitre 151 sur 280 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

réuni des forces considérables pour venir l'assiéger ; qu'elles s'étaient approchées de ses quartiers d'hiver à la distance de huit mille pas, mais qu'à la nouvelle de la victoire de César elles s'étaient retirées si vite que leur départ avait l'air d'une déroute.

LIV. César fit venir auprés de lui les principaux habitants des cités; il effraya les uns en leur disant qu'il connaissait leur conduite, il fit aux autres des représentations, et contint une grande partie de la Gaule dans le devoir; mais les Sénonais , dont la cité est trés-importante, et qui jouissent d'un grand crédit dans les Gaules, avaient décidé dans une assemblée solennelle de mettre à mort l'homme que César avait établi pour les gouverner, Cavarinus, dont le frère, Moritasgue, régnait dans le pays à l’arrivée du général romain, et dont les aieux avaient été rois. Cavarinus, pressentant le sort qui l'attendait, avait pris la fuite; les Sénonais le poursuivirent jusqu'aux limites de leur territoire, le chassérent du tróne et du pays, et envoyérent ensuite des députés à César pour se justifier; celui-ci donna ordre à leur sénat de se rendre auprès de lui, mais l'ordre ne fut pas exécuté. C'était pour les barbares une si

tus, magnas Gallorum copias earum civitatum , quæ Armoricæ appellantur, oppugnandi sui causa convenisse, neque longius millia passuum vin ab hibernis suis abfuisse; sed nuntio allato de victoria Cesaris, discessisse , adeo ut fugæ similis discessus videretur. |

LIV. At Cæsar, principibus cujusque civitatis ad se evocatis, alias territando, quum se scire quz fierent denuntiaret, alias cohortando, magnam partem Galli» in officio tenuit. Tamen Senones, qua est civitas imprimis firma et magna inter Gallos auctoritatis, Cavarinum, quem Cæsar apud eos regem constituerat : (cujus frater Moritasgus adventu in Galliam Caesaris cujusque majores regnum obtinuerant ), interficere publico consilio conati, quum ille presensisset ac profugisset, usque ad fines insecutl, regno domoque expulerunt; et missis ad Cæsarem satisfaciundi causa legatis, quum is omnem ad se senatum venire jussisset, dicto audientes non fuerunt. Tantum apud homines barbaros va-

grande affaire d’avoir trouvé parmi eux quelques hommes qui avaient pris l'initiative de la guerre, et il en résulta un si grand changement dans les dispositions de tous les peuples de la Gaule, que toutes les cités excitórent notre défiance, à l'exception des Éduens et des Rémois, que César eut toujours en grande estime, les uns à cause de leur vieille et inébranlable fidélité pour le peuple romain, Jes autres à cause des services qu'ils nous avaient récemment rendus dans cette guerre. Je ne sais du reste s'il faut s'étonner, sans compter les autres motifs, qu'un peuple qui s'était placé au-dessus de tous les autres par ses vertus guerriéres, ait ressenti une profonde douleur en se voyant abaissé au point de subir le joug des Romains.

LV. Les Trévires et Indutiomare s'occupérent continuellement pendant l'hiver d'envoyer des députés au delà du Rhin, de solliciter le concours des cités, de promettre de l'argent en disant qu'une grande partie de notre armée avait été tuée, et qu'il ne nous restait qu'un trés-faible effectif. Cependant ils ne purent décider aucune peuplade germaine à passer le Rhin, car les Germains disaient que deux fois ils avaient fait des tentatives au moment de la

luit esse aliquos repertos principes inferendi belli, tantamque omnibus voluntatum commutationem attulit, ut prseter Æduos et Remos, quos præcipuo semper honore Cesar habuit, alteros pro vetere ac perpetua erga populum Romanum fide, alteros pro recentibus Gallici belli officiis, nulla fere civitas fuerit non suspecta nobis. ldque adeo haud seio mirandumne sit, quum compluribus aliis de causis, tum maxime quod ii qui virtute belli omnibus gentibys preferebantur, tantum se ejus opinionis depere didisse, ut a populo Romano imperia perferrent , gravissime dolebant, |

LV. Treveri vero atquo Indutiomarus totius hiemis nullum tempus intermiserunt, quin trans Rhenum legatos mitterent, ci= vitates sollicitarent, pecunias pollicerentur, magna parte exercitug nostri interfecta, multo minorem superesse dicerent partem. Neque tamen ulli civitati Germanorum persuaderi potuit, ut Rhenum transiret, quum se bis expertos dicerent, Ariovisti bello et Ten-

LIVRE Y. 459 guerre d'Arioviste et de l'invasion des Tenctéres, et qu'ils ne tenteraietit plus les chances d’une expédition nouvelle. Bien que déchu de ses espérances, Indutiomare n'en continua pas moins à réunir et à exercer des troupes, à se procurer des chevaux dans les pays voisins, à s'attacher par l'espoir de grandes récompenses tous les prosctits et tous les condamnés de la Gaule; et il prit en peu de temps un tel ascendant que des députations venaient de tous côtés lui demander, au nom des cités et au nom des particuliers, son appui et son amitié.

EVE Quand il vit qu'on s'empressait de venir à lui, que d'un cóté les Sénonais et les Carnutes étaient poussés par le souvenir de leur crime, que de l'autre les Nerviens et lés Aduatiques se préparaient à faire la guerre aux Romains, et qu'il aurait une nombreuse armée de volontaires dés qu'il sortirait de son pays, il convoqua une de ces assemblées oü les Gaulois, lorsqu'ils veulent faire la guerre , ont l'habitade de se réunir en armes, et de faire périr au milieu des plus cruels supplices, sous les yeux mêmes de la foule, celui qui arrive le dernier. Dans cette assemblée, il déclara traitre au pays son gendre Cingétorix,

chtherorum transitu: «non esse amplius fortunam tentaturos. » Hac spe lapsus Indutiomarus, nihilo minus copias cogete, éxercere, a finitimis equos párare, exules damnatosque tota Gallia magnis premiis ad se allicere cepit. Ac tantam sibi jam iis rebus in Gallia auctoritatem comparaverat, ut undique ad eum legationes concurrerent, gratiam atque amicitiam publice privatimque peterent.

LVI. Ubi intellexit ultro ad se veniri, altera ex parte Senones Carnutesque conscientia facinoris instigari, altera Nervios Adua-tucosque bellum Romanis parare, neque sibi voluntariorum copias defore, si ex finibus suis progredi cepisset : armatum concilium indicit (hoc, more Gallorum , est initium belli), quo lege communi omnes puberes armati convenire consuerunt; qui ex iis novissimus venit, in conspectu multitudinis omnibus cruciatibus affectus necatur. In eo concilio Cingetorigem alterius principem factíonis, generum suum (quem supra demonstravimus, Cæsaris

chef de l'autre parti , qui était resté comme nous l'avons dit fidéle à César et ne s'en était point séparé, et il mit ses biens à l'encan. Cela fait, il déclara qu'il était appelé par les Sénonais, les Carnutes et plusieurs autres peuples de la Gaule, qu'il se rendrait chez eux en passant par les pays des Rémois, qu'il ravagerait leurs champs, mais qu'il assiégerait d'abord le camp de Labiénus, puis il donna ses ordres.

LVII. Labiénus, qui se tenait dans un camp que son assiette et de grands travaux rendaient très-fort, ne craignait rien ni pour lui-méme, ni pour la légion ; et il réfléchissait au moyen de ne laisser échapper aucune occasion de bien mener l'affaire. C'est pourquoi, lorsqu'il sut par Cingétorix et les siens le discours qu'Indutiomare avait tenu dans l'assemblée, il envoya des courriers aux cités voisines, et demanda de tous côtés des cavaliers, en leur fixant un jour pour rejoindre. Pendant ce temps, Indutiomare avec toute sa cavalerie faisait des excursions en vue du camp, soit pour le reconnaitre, soit pour parlementer ou nous effrayer , et ses hommes lançaient presque chaque lois des traits dans l'intérieur des retranche-

secutum fidem, ab eo non discessisse), hostem judicat bonaque ejus publicat. His rebus confectis, in concilio pronuntiat, arcessitum se a Senonibus et Carnutibus aliisque compluribus Galliæ civitatibus, huc iturum per fines Remorum, eorumque agros populaturum, ac prius quam id faciat, castra Labieni oppugnaturum : qua fierit velit, precipit.

LVH. Labienus, quum et loci natura et manu munitissimis castris sese teneret, de suo ac legionis periculo nihil timebat; ne quam occasionem rei bene gerendz dimitteret, cogitabat. Itaque a Cingetorige atque ejus propinquis oratione Indutiomari cognita, quam in concilio habuerat, nuntios mittit ad finitimas civitates, equitesque undique evocat: iis certum diem conveniendi dicit. Interim prope quotidie cum omni equitatu Indutiomarus sub castris ejus vagabatur, alias ut situm castrorum cognosceret, alias colloquendi aut territandi causa : equites plerumque omnes tela intra vallum conjiciebant. Labienus suos intra munitiones con-

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