‹ Guerre des Gaules (volume 2)Chapitre 164 sur 280 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

X. Quelques jours plus tard, il fut prévenu par les Ubiens que les Suéves concentraient toutes leurs troupes sur un seul point, et qu'ils avaient fait dire aux peuples qui leur étaient soumis d'envoyer des renforts d'infanterie et de cavalerie. César, aprés avoir reçu cet avis, fait des approvisionnements de vivres, choisit pour son. camp une forte position, et ordonne aux Ubiens de faire rentrer leurs troupeaux dans les villes et d'y transporter toutes les ressources des campagnes, — car il espérait que les barbares, dans leur inexpérience, pourraient être amenés par la famine à combattre dans des conditions défavorables, — et d'envoyer chez les Suèves de nombreux éclaireurs pour surveiller ce qu'ils faisaient. Ceux- ' ci exécutent les ordres qu'ils ont reçus, et quelques jours après ils annonçent « que tous les Suéves, aprés avoir appris par des courriers la marche de l'armée romaine, avaient réuni toutes leurs troupes et celles de leurs alliés, et s'étaient retirés avec elles à l'extrémité de leur territoire; que là une forêt immense, nommée Bacenis*, s'étendait au loin dans l'intérieur du pays, et que cette : forét, offrant comme l'obstacle d'un rempart naturel, défendait les Chérusques? contre les violences et les in-

X. Interim paueis post diebus fit abUbiis certior, Suevos omnes in unum copias cogere atque iis nationibus, que sub eorum sint imperio, denuntiare uti auxilia peditatus equitatusque mittant. His cognitis rebus, rem frumentariam providet, castris idoneum locum deligit, Ubiis imperat ut pecora deducant suaque omnia ex agris in oppida conferant, sperans barbaros atque imperitos homines, inopia cibariorum adductos, ad iniquam pugnandi conditionem posse deduci : mandat ut crebros exploratores in Suevos mittant, quaeque apud eos gerantur, cognoscant. Illi imperata faciunt et paucis diebus intermissis referunt «Suevos omnes, posteaquam certiores nuntii de exercitu Romanorum venerint, cum omnibus suis sociorumque copiis, quas coegissent , penitus ad extremos fines se recepisse: silvam esse ibi infinita magnitudine, quz appellatur Bacenis, ac longe introrsus pertinere, et pro nativo muro objecta Cheruscos ab Suevis , Suevosque ab Ghe-

cursions des Suéves, et les Suéves contre celles des Chérusques; que les Suéves s'étaient placés à l'entrée, et qu'ils avaient résolu d'attendre les Romains dans cette position. »

XI. Puisque nous en sommes arrivé là”, il nous semble qu'il n’est point hors de propos de parler des mœurs de la Gaule et de la Germanie, et de montrer en quoi les deux peuples différent l'un de l'autre. Dans la Gaule, ce n'est point seulement dans toutes les cités, mais dans tous les bourgs, dans tous les quartiers de ces bourgs et presque dans chaque famille, qu'on trouve des fédérations. Les chefs de ces fédérations? sont ptis parmi ceux qui passent pour avoir le plus de prépondérance, et on soumet à leur arbitrage et à leur jugement la plupart des affaires et des projets. Cette institution, qui date de trés-loin, parait avoir eu pour but d'empécher que personne parmi le peuple ne reste privé d'appui vis-à-vis des grands, car aucun de ceux qui ont des clients ne souffre qu'on les maltraite ou qu'on les inquiéte; et s'il ne.les protégeait pas, il n'aurait aucun crédit auprés de ses concitoyens. Cette coutume est générale dans la Gaule, car toutes les cités sont partagées en deux fédérations ?.

ruscis, injuriis incursionibusque prohibere : ad ejus initium sllve Suevos adventum Romanorum exspectare constituisse.»

XI. Quoniam ad hunc locum perventum est, non alienum esse videtur, de Gallie Germanieque moribus, et quo differant he nationes inter &ese , proponere. In Gallia non solum in omnibus civitatibus atque in omnibus pagis partibusque , sed pæne etiam in singulis domibus factiones sunt : earumque factionum principes sunt, qui summam auctoritatem eorum judicio habere existimantur, quorum ad arbitrium judiciumque summa omniam rerum consiliorumque redeat. Idque ejus rei causa antiquitus institutum videtur, ne quis ex plebe contra potentiorem auxilii egeret : suos enim quisque opprimi et circumveniri non patitur, neque, aliter si faciant, ullam inter &uos habent auctoritatem. Hæc eadem ratio est in summa totius Galliæ : namque omnes civitates in partes divise sunt duas.

Page 1