‹ Guerre des Gaules (volume 2)Chapitre 262 sur 280 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

mettait d'autant plus d'ardcur à se signaler que sa valeur avait un plus grand nombre de témoins, et ils bravaient tous les traits de l'ennemi et les flammes.

XLIH. En voyant plusieurs des siens blessés, César donna ordre aux cohortes de gravir de tous cótés la montagne et de pousser un grand cri sur toute la ligne, comme si elles avaient voulu assaillir les remparts. Cette manœuvre effraya les assiégés, qui ne sachant pas ce qui se passait sur les autres points, eurent un moment d'hésitation, rappelérent ceux qui attaquaient nos ouvrages, et prirent position sur les murs de la ville. Gráce à cette ruse, les nótres, délivrés de tout danger, s'occupérent, les uns d'éteindre les ouvrages qui brülaient, les autres de les abattre pour couper le feu. Les habitants néanmoins résistaient avec opiniátreté; et quoiqu'un grand nombre des leurs fussent morts de soif, ils s'obstinaient dans leur résolution, lorsqu'enfin les galeries souterraines coupèrent et détournérent les canaux de la source; elle tarit immédiatement, ce qui causa aux assiégés un si grand désespoir qu'ils s'imaginérent que cet événement était arrivé, non par le fait des hommes, mais par la volonté des dieux.

sustinebant animo: res enim gerebatur et excelso loco et in conspectu exercitus nostri; magnusque utrimque clamor oriebatur. Ita quam quisque poterat maxime insignis, quo notior testatiorque virtus esset ejus, telis hostium flammædque se offerebant.

XLIII. Cæsar quum complures suos vulnerari videret, ex omnibus oppidi partibus cohortes montem ascendere, et simulatione monium occupandorum clamorem undique jubet tollere. Quo facto perterriti oppidani, quum , quid ageretur in locis reliquis, essent suspensi, revocant ab impugnandis operibus armatos murisque disponunt. lta nostri fine proelii facto celeriter opera damma comprehensa partim restinguunt, partim interscindunt. Quum pertinaciter resisterent oppidani, magna etiam parte amissa siti suorum, in sententia permanent; ad postremum cuniculis vene fontis intercise sunt atque aversæ. Quo facto repente perennis exaruit fons, tantamque attulit oppidanis salutis desperationem,

C'est pourquoi, forcés par la nécessité, ils se rendirent.

XLIV. César, sachant que sa clémence était connue de tous, ne craignait pas qu'on attrjbuát à la cruauté de son caractére une mesure rigoureuse; et comme il voyait qu'il ne pourrait mener ses projets à bonne fin si les Gaulois venaient à se révolter ainsi de différents côtés, il résolut d'effrayer les autres peuples par l'exemple d'un grand chàtiment. Il fit donc couper les mains à tous ceux qui avaient porté les armes, mais il leur laissa la vie, afin de témoigner d'une maniére éclatante du chátiment dont il avait frappé les coupables. Drappès, qui avait été fait prisonnier par Caninius, comme je l'ai dit plus haut, refusa de manger pendant plusieurs jours ct mourut de faim , soit qu'il eût été indigné et désespéré de se voir dans les fers, soit qu'il eût craint un plus grand supplice. Vers le même temps Luctérius, qui s'était, ainsi 4ue Je l'ai dit, échappé de la mêlée, tomba au pouvoir de l’Arverne Épasnact. En changeant souvent de lieux, Luctérius se mettait à la discrétion d'une foule de gens, parce qu'il croyait ne pouvoir rester longtemps au méme endroit, et qu'il savait combien César devait étre irrité contre lui. L'Arverne Épasnact, qui

ut id non hominum consilio, sed deorum voluntate factum putarent. Itaque se necessitate coacti tradiderunt.

XLIV. Cæsar, quum suam lenitatem cognitam omnibus sciret, neque vereretur ne quid crudelitate nature videretur asperius fecisse, neque exitum consiliorum suorum animadverteret, si tali ratione diversis in locis plures [rebellare] consilia inissent; exemplo supplicii deterrendos reliquos existimavit. Itaque omnibus, qui arma tulerant, manus præcidit, vitamque concessit, quo testatior esset poena improborum. Drappes, quem captum esse a Caninio docui, siye indignitate et dolore vinculorum, sive timore gravioris supplicii, paucis diebus cibo se abstinuit atque ita interiit. Eodem tempore Lucterius, quem profugisse ex proelio scripsi, quum in potestatem venisset Epasnacti Arverni (crebro enim mutandis locis, multorum fidei se committebat, quod nusquam diutius sine periculo commoraturus videbatur, quum sibi conscius esset quam inimicum deberet Caesarem babere), hunc

LIVRE VIIL 451 était trés-attaché au peuple romain, n’hésita point à l'amener enchainé à César.

XLV. Pendant ce temps, Labiénus livra aux Trévires un heureux combat de cavalerie; il leur tua un grand nombre d'hommes, ainsi qu'aux Germains, qui ne refusaient jamais à personne leur secours contre nous; et il prit leurs chefs vivants, entre autres l'Éduen Surus , que son courage et sa naissance rendaient également illustre, et le seul des Éduens qui n'eüt point encore mis bas les armes. |

XLVI. En apprenant ces événements, César , qui voyait que les affaires étaient prospères sur tous les points de la Gaule, et que ses dernières campagnes avaient vaincu et dompté le pays, se rendit avec deux légions dans l'Aquitaine, pour y passer le reste de l'été, car il n'avait jamais visitó cette province, qui avait été en partie soumise par P. Crassus. Cétte affaire fut heureusement et promptement terminée comme les autres, car toutes les cités de l'Aquitaine lui envoyérent des députés et lui donnérent des otages. Il partit ensuite avec une escorte de cavalerie pour Narbonne, et il chargea les lieutenants de conduire

Epasnactus Arvernus, amicissimus populi Romani , sine dubitatione ulla vinctum ad Cesarem deduxit. |

XLV. Labienus interim in Treveris equestre proelium facit secundum; compluribusque Treveris interfectis, et Germanis, qui nullis adversus Romanos auxilia denegabant, prineipes eorum vivos redegit in suam potestatem ; atque in iis Surum Æduum, qui et virtutis et generis sunimam nobilitatem habebat solusque ex Æduis ad id tempus permanserat in armis.

XLVI. Ea re cognita, Casar, quum ia omnibus Gallix partibus bene res geri videret judicaretque superioribus æstivis Galliam devictam subactamque esse, Aquitaniam nunquam [ipse] adisset, sed per P. Crassum quadam ex parte devicisset ; cum duabus legionibus in eam partem est profectus, ut ibi extremum tempus consumeret æstivorum : quam rem, sicut cetera , celeriter feliciterque confecit; namque omnes Aquitaniæ civitates legatos ad Caesarem miserunt obsidesque ei dederunt. Quibus rebus gestis,

l'armée en quartiers d'hiver. Il placa quatre légions dans la Belgique, sous les ordres des lieutenants M. Antoine, C. Trébonius, P. Vatinius et Q. Tullius. ll en envoya deux chez les Éduens, qu'il savait jouir dans toute la Gaule d'une grande autorité ; deux chez les Turons, sur les frontières des Carnutes, pour contenir toute la contrée qui s'étend jusqu'à l'Océan; les deux autres chez les Lémoves, non loin des Arvernes, afin qu'aucune partie de la Gaule ne fût dégarnie de troupes. Il ne s'arréta lui-même que peu de jours dans la Province; et pendant ce temps il visita rapidement les assemblées, prit connaissance des affaires litigieuses qui intéressaient les cités, et récompensa ceux qui l'avaient bien servi, car il avait une trés-grande habileté pour discerner quels avaient été les sentiments de chacun à l'égard de Rome au moment de cette révolte de la Gaule qu'il avait comprimée, gráce à la fidélité et à l'appui de la Province. Ces affaires terminées , il alla rejoindre les légions en Belgique, et passa l'hiver à Némétocenne.

XLVII. Là il apprit que l'Atrébate Commius avait engagé sa cavalerie contre nous. Bien qu'Antoine füt arrivé

ipse cum equitum presidio Narbonem profectus est, exercitum per legatos in hiberna deduxit : quatuor legiones in Belgio collocavit cum M. Antonio et C. Trebonio et P. Vatinio [et Q. Tullio] legatis : duas legiones in Æduos deduxit, quorum in omni Gallia summam esse auctoritatem sciebat : duas in Turones ad fines Carnutum posuit, quæ omnem illam regionem conjunctam Oceano continerent : duas reliquas in Lemovicum finibus non longe ab Arvernis, ne qua pars Gallix vacua ab exercitu esset. Paucos dies ipse in Provincia moratus, quum celeriter omnes conventus per- Cucurrisset, publicas controversias cognosset, bene meritis praemia tribuisset (cognoscendi enim maximam facultatem habebat, quali quisque fuisset [in rempublicam] animo in totius Galliæ defectione, quam sustinuerat fidelitate atque auxiliis Provinciz illius), confectis rebus, ad legiones in Belgium se recipit, hibernatque Nemetocennæ.

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