‹ Guerre des Gaules (volume 2)Chapitre 264 sur 280 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

ce qu'on lui commanderait, et donna des otages en garantie. Il demanda seulement qu'on lui épargnát la honte de paraître jamais devant aucun Romain. Antoine, jugeant que cette demande était motivée par de justes appréhensions, lui accorda son pardon et recut ses otages.

Je sais que César a écrit ponr chacune de ses campagnes un commentaire particulier. Je n'ai pas cru devoir suivre la méme marche, parce que dans l'année qui suit celle dont je viens de parler, sous le consulat de L. Paullus et de C. Marcellus, il ne se passa rien de notable dans Ja Gaule. Cependant, pour qu'on sache dans quels lieux César et. son armée se trouvaient pendant ce temps-là, j'ai décidé d'en dire quelques mots dans ce livre.

XLIX. En passant l'hiver dans la Belgique, César n'avait qu'un seul but, c'était de retenir les cités dans l'alliance romaine, de ne leur donner aucun sujet de reprendre

dibus (datis] firmat. Unum illud orat, ut timori suo concedatur, ne in conspeetum veniat cujusquam Romani. Cujus postulationem Antonius quum judicaret ab justo nasci timore, veniam petenti dedit, obsides accepit. |

Scio Caesarem singulorum annorum singulos commentarios confecisse: quod ego non existimavi mihi esse faciendum, propterea quod insequens annus, L. Paullo, C. Marcello consulibus, nullas babet magnopere Gallis res gestas. Ne quis tamen ignoraret, quibus in locis Cesar exercitusque eo tempore fuissent, pauca esse scribenda conjungendaque huic eommentario statui.

XLIX. Cæsar, in Belgio quum hiemaret, unum illud propositam habebat, continere in amicitia civitates, nulli spem aut cau-

les armes, et de leur ôter l'espérance du succès; car il ne voulait point être forcé, au moment de son départ, d'entreprendre une guerre ou d’être en butte, au moment où il aurait retiré ses troupes, à des hostilités que les Gaulois reprendraient avec empressement quand ils n'auraient plus sa présence à craindre. C'est pourquoi, en rendant aux cités des visites officielles, en comblant des plus grands bienfaits les principaux habitants, en s'abstenant d'établir de nouveaux impôts, il parvint sans peine à contenir la Gaule, que tant de défaites avaient épuisée, en rendant son joug moins pénible.

L. Aprés l'hiver, César, contre sa coutume, partit pour l'Italie à grandes journées, afin de parcourir les municipes ei les colonies, et de leur recommander son questeur, M. Antoine , qui aspirait au sacerdoce. Il sollicitait volontiers pour un homme auquel il était uni par une étroite amitié, et qu'il avait envoyé peu de temps auparavant briguer cette charge. De plus, en agissant ainsi, il combattaitles intrigues de quelques hommes qui, en faisant rejeter M. Antoine, voulaient anéantir son propre crédit à lui-méme au moment où il allait quitter le pouvoir. Bien qu'il eût

sam dare armorum : nihil enim minus volebat, quam sub decessu suo necessitatem sibi aliquam imponi belli gerendi, ne, quum exercitum deducturus esset, bellum aliquod relinqueretur, quod omnis Gallia libenter sine presenti periculo susciperet. Itaque, honorifice civitates appellando , principes maximis præmiis afficiendo, nulla onera [nova] injungendo, defessam tot adversis prœliis Galliam, conditione parendi meliore, facile in pace continuit.

L. Ipse, hibernis peractis, contra consuetudinem in Italiam quam maximis itineribus est profectus, ut municipia et colonias appellaret, quibus M. Antonii, quæstoris sui commendaret sacerdotii petitionem. Contendehat enim gratia quum libenter pro homine sibi conjunctissimo, quem paullo ante promiserat ad petitionem, tum acriter contra factionem et potentiam paucorum, qui M. Antonii repulsa Cesaris decedentis gratiam convellere cupiebant. Hunc etsi augurem prius faetum, quam Italiam attingeret,

LIVRE VIII. 457 appris, avant d'arriver en Italie, qu'Antoine avait été créé augure, il ne s'en crut pas moins obligé de visiter les municipes et les colonies, et de les remercier d'avoir prété leur concours et leurs bons offices à Antoine, en méme temps qu'il se recommanderait à leurs suffrages pour le consulat de l'année suivante; car ses ennemis se vantaient insolemment d'avoir fait nommer corísuls L. Lentulus et C. Marcellus, qui devaient lui enlever toutes ses charges et tous ses honneurs; et d'avoir en méme temps fait exclure du consulat Sergius Galba, quoiqu'il ait eu plus de crédit et de suffrages que les autres, parce qu'il était l'ami de César et qu'il avait été son lieutenant.

LI. César, en arrivant dans les municipes et les colonies, fut recu avec des honneurs et des témoignages extraordinaires d'affection, car il y venait alors pour la premiére fois depuis le soulévement général de la Gaule. On n'oublia rien de ce que l'on pouvait imaginer pour orner les portes, les chemins, et tous les lieux par lesquels il devait passer; la population tout entiére venait au-devant de lui avec les enfants; sur tous les points on immolait des victimes; on établissait des tables dans les places publiques

in itinere audierat : tamen non minus justam sibi causam municipià et colonias adeundi existimavit, ut iis gratias ageret, quod frequentiam atque ofücium suum Antonio præstitissent ; simulque se et honorem suum insequentis anni commendaret, propterea quod insolenter adversarii sui gloriarentur, L. Lentalumet C. Marcellum consules creatos, qui omnem honorem et dignitatem Cxsaris exspoliarent; ereptum Sergio Galbæ consulatum , quum is multo plus gratia suffragiisque valuisset, quod sibi conjunctus et familiaritate et consuetudine legationis esset.

LI. Exceptus est Cæsaris adventus ab omnibus municipiis et coloniis incredibili honore atque amore : tum enim veniebat primum ab illo universe Galliæ bello. Nihil relinquebatur quod ad ornatum portarum, itinerum, locorum omnium, qua Cesar iturus erat, excogitari posset. Cum liberis omnis multitudo obviam procedebat: hosti? omnibus locis immolabantur : tricliniis stratis fora templaque occupabantur, ut vel exspectatissimi triumphi

et dans les temples, comme pour lui donner à l'avance les joies d'un triomphe qu'il avait si ardemment souhaité, tant étaient grandes la magnificence chez les riches et l'affection chez les pauvres!

LH. Lorsque César eut parcouru toutes les contrées de la Gaule qui porte la toge, il revint avec la plus grande rapidité rejoindre l'armée à Némétocène. Il convoqua dans le pays des Trévires toutes les légions qui étaient en quartiers d'hiver; il se rendit de sa personne dans ce pays, et passa l'armée en revue. Il donna à T. Labiénus le commandement de la Gaule qui porte la toge, afin que celui-ci fût plus à portée de le‘seconder lorsqu'il briguerait le consulat ; quant à lui, il ne faisait marcher son armée que pour la changer de lieu, dans l'intérét de la santé des troupes. 1l entendait souvent dire que ses ennemis sollicitaient Labiénus; il savait que cette manœuvre était le fait de quelques hommes qui voulaient que le sénat lui enlevát une partie de ses troups; et cependant il ne voulut rien croire de ce qui se disait de Labiénus, ni rien entreprendre contre l'au torité du sénat, car il savait que si les suffrages étaient libres, les sénateurs lui donneraient gain de cause. En

letitia præcipi posset. Tanta erat magnificentia apud opulentiores, cupiditas apud humiliores.

LII. Quum omnes regiones Galliz Togatz Cæsar percucurrisset, summa cum celeritate ad exercitum Nemetocennam rediit : legionibusque ex omnibus hibernis ad fines Treverorum evocatis, eo profectus est ibique exercitum lustravit. T. Labienum Gallie Togatæ praeficit, quo majore commendatione conciliaretur ad consulatus petitionem. Ipse tantum itinerum faciebat, quantum satis esse ad mutationem locorum, propter salubritatem existimabat. Ibi quanquam crebro audiebat Labienum ab inimicis suis sollicitari, certiorque fiebat id agi paucorum consiliis, ut, interposita Senatus auctoritate, aliqua parte exercitus spoliaretur ; tamen neque de Labieno credidit quidquam, neque, contra senatus auctoritatem ut aliquid faceret, potuit adduci; judicabat enim, libe—ris sententiis patrum conscriptorum causam suam facile obtineri. Nam C. Curio tribunus plebis, quum Cæsaris causam dignita-

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