LIVRE I
ment à son devoir? Quant à lui, il est persuadé qu'en apprenant ce qu'il demande, Arioviste reconnaitra que ses propositions sont équitables, et qu'il ne répudiera ni sa bienveillance, ni la bienveillance du peuple romain. Mais si, poussé par la colére et la folie, il fait la guerre, qu'ontils à craindre? Pourquoi désespérer de leur courage ou de sa vigilance ? Le méme danger, le méme ennemi s'est présenté du temps de nos péres , lorsque Marius triompha des Cimbres et des Teutons, et que son armée acquit une gloire égale à la sienne; le méme danger s'est présenté récemment en Italie, dans la guerre servile; et cependant les esclaves puisaient une nouvelle force dans la tactique et la disciplirfe qu'ils nous avaient empruntées. On pouvait juger par là de quel prix était la confiance, puisque ceux qu'ils avaient un instant redoutés sans motif, quand ils étaient sans armes, ‘ils les avaient ensuite battus armés et victorieux. Enfin, c'était ce méme peuple que les Helvètes avalent combattu mainte fois, non-seulement chez eux, mais encore sur son propre territoire, et dont ils avaient presque toujours triomphé, quoique eux-mémes aient été cependant inférieurs aux troupes romaines. Ceux qu'ef-
judicaret ? Sibi quidem persuaderi, cognitis suis postulatis atque æquitate conditionum perspecta, eum neque suam neque populi — Romani gratiam repudiaturum. Quodsi furore atque amentia impulsus bellum intulisset, quid tandem vererentur? aut cur de sua virtute aut de ipsius diligentia desperarent? Factum ejus hostis periculum patrum nostrorum memoria , quum Cimbris et Teutonis a Caio Mario pulsis non minorem laudem exercitus quam ipse imperator meritus videbatur; factum etiam nuper in ]talia servili tumultu, quos tamen aliquid usus ac disciplina, quam a nobis accepissent , sublevarent. Ex quo judicari posset , quantum haberet in se boni constantia; propterea quod, quos aliquandiu inermes sine causa timuissent, hos postea armatos ac victores superassent. Denique hos esse eosdem , quibuscum sæpenumero Helvetii congressi, non solum in suis, sed etiam in illorum finibus plerumque superarint, qui tamen pares esse nostro exercitui non potuerint. Si quos adversum prelium et
frayent la défaite et la déroute des Gaulois peuvent s'assurer, s'ils prennent des informations, que les Gaulois étaient fatigués par les lenteurs de la guerre; qu'Arioviste, immobile pendant plusieurs mois dans son camp et ses marécages, n'avait rien fait qui püt montrer sa force, et qu'en les attaquant lorsqu'ils ne comptaient plus sur une bataille, et qu'ils étaient éparpillés, il les avait vaincus par une ruse habilement concue, plutót que par son courage. Cette tactique pouvait réussir contre des barbares sans expérience de la guerre ; mais sans aucun doute il n'espérait pas lui-méme que les Romains s'y laisseraient prendre. Ceux qui, pour cacher leur frayeur, font semblant d'étre inquiets au sujet des vivres, et qui mettent en avant les difficultés des chemins, agissent d'une étrange maniére, puisqu'ils paraissent craindre que le général ne fasse pas son devoir, ou qu'ils veulent le lui indiquer. Il a, quant à lui, pris toutes ses mesures ; les Séquanes, les Leukes?, les Lingons fourniront le blé, qui du reste est déjà mür dans les campagnes; quant à la route, ils en jugeront bientót par eux-mémes. Ce qu'on dit des soldáàts, qu'ils n'obéiront point à ses ordres, qu'ils ne léveront point les enseignes, ce sont là
fuga Gallorum commoveret , hos, si quærerent, reperire posse, diuturnitate belli defatigatis Gallis, Ariovistum, quum multos menses castris se ac paludibus tenuisset neque sui potestatem fecisset, desperantes jam de pugna et dispersos subito adortum magis ratione et consilio, quam virtute, vicisse. Cui rationi contra homines barbaros atque imperitos locus fuisset, hac ne ipsum quidem sperare nostros exercitus capi posse. Qui suum timorem in rei frumentariæ simultationem angustiasque itinerum conferrent, facere arroganter, quum aut de officio imperatoris de- * sperare, aut præscribere viderentur. Hæc sibi esae curæ : frumentum Sequanos, Leucos, Lingones subministrare, jamque esse in agris frumenta matura ; de itinere ipsos brevi tempore judicaturos. Quod non fore dicto audientes neque signa laturi dicantur, nibil se ea re commoveri ; scire enim, quibuscumque exercitus dicto audiens non fuerit, aut male re gestà fortunam defuisse, aut aliquo facinore comperio avaritiam esse convictam : suam