LIVRE 1. À
grands dont il avait été comblé par lui-méme et par le peuple romain lui donnaient l'espoir qu'il ne s'obstinerait point davantage. On convint que l'entrevue aurait lieu cinq jours aprés ; pendant ce temps, comme des courriers étaient fréquemment échangés de part et d'autre, Arioviste demanda que César n'amenát au lieu du rendezvous aucune troupe d'infanterie: «il craignait qu'on ne lui tendit une embuscade. Ils se feront accompagner tous deux par des cavaliers; sinon, 1l ne se présentera pas. » Ne voulant point qu'une allégation quelconque fit manquer l'entrevue , et craignant, d'autre part, de se confier à la cavalerie gauloise, César pensa qu'il était bon de prendre aux cavaliers gaulois tous leurs chevaux, et de les faire monter par les soldats de la dixiéme légion, en laquelle il avait une confiance absolue, certain qu'il était de trouver en eux, s'il en était besoin, l'appui le plus dévoué. Tandis qu'on procédait à cette mesure, un soldat de la dixiéme dit plaisamment « que César accordait plus qu'il n'avait promis : il avait dit qu'il ferait des hommes de cette légion sa cohorte prétorienne, et maintenant il en faisait des chevaliers 9. »
suis tantis populique Romani in eum beneficiis, cognitis suis postulatis, fore ut pertinacia desisteret. Dies colloquio dictus est, ex eo die quintus. Interim sepe ultro citroque quum legati inter eos mitterentur, Ariovistus postulavit, ne quem peditem ad colloquium Csesar adduceret : «vereri se, ne per insidias ab eo circumveniretur : uterque cum equitatu veniret: alia ratione sese non esse venturum.» Cæsar, quod neque colloquium interposita causa tolli volebat, neque salutem suam Gallorum equitatui committere audebat, conimodissimum esse statuit, omnibus equis Gallis equitibus detractis, eo legionarios milites legionis decime, cui quam maxime confidebat, imponere, ut præsidium quam amicissimum, si quid opus facto esset, haberet. Quod quum fieret, non irridicule quidam ex militibus decim legionis dixit: «plus, quam pollicitus esset , Czesarem facere : pollicitum se in cohortis prætoriæ loco decimam legionem habiturum, ad equum rescribere. »
XLIII. Dans une vaste plaine, à distance égale des deux camps, se trouvait un tertre assez élevé. Ce fut vers ce tertre qu'ils se dirigérent tous deux pour conférer, ainsi qu'ils en étaient convenus. César établit à deux cents pas de ce tertre la légion qu'il avait amenée sur des chevaux. De leur cóté, les cavaliers d'Arioviste se placérent à la méme distance ; celui-ci demanda que tous deux, pendant les conférences, restassent à cheval, en se faisant accompagner par dix hommes seulement. Quand ils se furent rencontrés, César commenca son discours en rappelant les bienfaits dont lui-méme et le sénat avaient comblé Arioviste : « le sénat lui avait donné le titre de roi, le nom d'ami, et lui avait envoyé de nombreux présents; de pareilles faveurs avaient été rarement accordées; elles étaient ordinairement réservées à ceux qui rendaient de grands services, et lui les avait obtenues de la bienveillance et de la libéralité du sénat, sans y avoir droit, sans pouvoir méme, en les demandant, invoquer des motifs plausibles. » Il lui rappelait en méme temps « combien était ancienne et justement motivée l'alliance des Éduens et des Romains; combien étaient hono-
XLIII. Planities erat magna, et in ea tumulus terrenus satis grandis. Hic locus æquo fere spatio ab castris Ariovisti et Czesaris aberat. Eo , ut erat dictum, ad colloquium venerunt. Legionem Csesar, quam equis devexerat, passibus ducentis ab eo tumulo constituit. Item equites Ariovisti pari intervallo constiterunt. Ariovistus ex equis ut colloquerentur, et, præter se, denos ut ad colloquium adducerent, postulavit. Ubi eo ventum est, Cæsar initio orationis sua senatusque in eum beneficia commemoravit, « quod rex appellatus esset a senatu, quod amicus, quod munera amplissime missa, quam rem et paucis contigisse, et pro magnis hominum officiis consuesse tribui docebat ; illum, quum neque aditum, neque causam postulandi justam haberet, beneficio ac liberalitate sua ac senatus ea premia consecutum. » Docebat etiam, «quam veteres quamque just: causz necessitudinis ipsis cum Æduis intercederent; quz senatusconsulta, quoties quamque honorifica in eos facta essent; ut omni tempore totius Galliae