LIVRE III
que faire, ni quel ordre de bataille adopter. Ils voyaient que les éperons ne pouvaient faire aucun mal à l'ennemi; que nos tours, si hautes que nous les élevions, seraient toujours dominées par les poupes de ses navires, de sorte qu'il serait difficile de lancer les traits d'en bas, tandis que ceux des Gaulois nous arriveraient avec une force extréme. Cependant nous nous servimes trés-utilement d'une espéce d'arme qui fut fabriquée par nos hommes: c'était une faux dont la lame était aiguisée à la base? ; elle était emmanchée au bout d'une longue perche, et ressemblait beaucoup aux faux dont on se sert dans les siéges. Au moyen de cette arme, nos soldats accrochaient et tiraient à eux les cordages qui attachaient les vergues aux máts, et les coupaient par le mouvement rapide que les rameurs imprimaient au navire. Il fallait alors que les vergues tombassent, et comme les voiles et les agrés faisaient toute la force des navires gaulois, ceux-ci, en les perdant, se trouvaient du coup complétement paralysés. Dès lors, le succès ne dépendait plus que du courage, et celui de nos soldats triomphait aisément, d'autant plus qu'ils combattaient sous les yeux de César et de toute l'armée, et qu'il était impos-
" busque, quibus singule naves erant attributæ, constabat quid agerent, aut quam rationem pugna insisterent. Rostro enim noceri non posse cognoverant; turribus autem excitatis tamen has altitudo puppium ex barbaris navibus superabat, ut neque ex inferiore loco satis commode tela adjici possent et missa ab Gallis gravius acciderent. Una erat magno usui res praeparata a nostris, falces præacutæ, insertz affixæque longuriis, non absimili forma muralium falcium. His quum funes, qui antennas ad malos destinabant, comprehensi adductique erant, navigio remis incitato prerumpebantur. Quibus abscisis, antennz necessario concidebant, ut, quum omnis Gallicis navibus spes in velis armamentisque consisteret, his ereptis, omnis usus navium uno tempore eriperetur. Reliquum erat certamen positum in virtute, qua nostri milites facile superabant, atque eo magis, quod in conspectu Cæsaris atque omnis exercitus res gerebatur, ut nullum paullo fortius factum latere posset; omnes enim colles ac loca supe-
sible que les moindres traits de valeur ne fussent pas remarqués, attendu que l'armée occupait à peu de distance toutes les collines et tous les points élevés , du haut desquels la vue pouvait s'étendre sur la mer.
XV. Lorsqueles vergues, comme nous l'avons dit, étaient tombées, deux ou trois de nos navires s’attachaient à chaque navire gaulois, et nos soldats tentaient l'abordage avec un grand élan. Lorsqu'ils se virent attaqués de cette maniére, les barbares, qui perdaient un grand nombre de leurs vaisseaux, et ne trouvaient aucun moven de les défendre, cherchérent leur salut dans la fuite. 113 avaient déjà tourné une partie de leur flotte de maniére à prendre le vent, lorsque tout à coup il se fit un calme si profond qu'il leur fut impossible d'avancer. Cet incident nous servit au mieux pour mener les choses à bonne fin; car les nótres les attaquérent et les prirent les uns aprés les autres, et de toute la flotte quelques vaisseaux seulement purent gagner le rivage, grâce à la nuit; on s'était battu depuis la quatriéme heure du jour jusqu'au coucher du soleil.
XVI. Cette bataille termina la guerre dans le pays des Vénétes et sur tout le littoral : car tous les jeunes hommes,
riora, unde erat propinquus despectus in mare, ab exercitu tenebantur.
“XV. Disjectis, ut diximus , antennis, quum singulas bin: ac terne naves circumsteterant, milites summa vi transcendere in hostium naves contendebant. Quod postquam harbari fieri animadverterunt, expugnatis compluribus navibus, quum ei rei nullum reperiretur auxilium, fuga salutem petere contenderunt ; ac jam conversis in eam partem navibus, quo ventus ferebat, tanta subito malacia ac tranquillitas exstitit, ut se ex loco commovere non possent. Quæ quidem res ad negotium conficiendum maxime fuit opportuna; nam singulas nostri consectati expugnaverunt , ut perpaucæ ex omni numero noctis interventu ad terram pervenerint, quum ab hora fere quarta usque ad solis occasum pugnaretur. *
XVI. Quo prelio bellum Venetorum totiusque ore maritime confectum est. Nam quum omnis juventus, omnes etiam gravioris