LIVRE LIL
en s’annonçant comme un déserteur, il leur parle de la frayeur des Romains, de la situation dangereuse à laquelle les Vénétes ont réduit César lui-même; et il leur apprend que Sabinus, sans attendre plus longtemps, doit faire sortir son armée la nuit suivante, en cachant sa marche, et se mettre en route pour porter secours à César. Dès qu'ils eurent connaissance de ce prétendu projet, ils se mirent tous à crier qu'ils ne devaient point perdre l'occasion d'agir dans des circonstances si favorables; qu'il fallait marcher contre le camp. Plusieurs motifs les poussaient à cette résolution : la timidité que Sabinus avait montrée depuis quelques jours, les assurances du transfuge, le manque de vivres, car ils ne s'en étaient point suffisamment pourvus, l'espoir que leur inspirait la guerre des Vénétes, et ce sentiment qui fait que les hommes croient volontiers ce qu'ils désirent. Décidés par toutes ces choses, ils empéchent Viridovix et les autres chefs de sortir du conseil avant de leur avoir permis de prendre les armes et d'attaquer le camp. Cette permission leur est accordée, et joyeux comme s'ils étaient sûrs de la victoire, ils ramassent des branches d'arbre et des broussailles pour combler les fossés des Romains et se dirigent vers notre camp.
fuga ad eos venit, timorem Romanorum proponit, quibus angustiis ipse Cæsar a Venetis prematur, docet, neque longius abesse, quin proxima nocte Sabinus clam ex castris exercitum educat et ad Cesarem auxilii ferendi causa proficiscatur. Quod ubi auditum est, conclamant omnes oécasionem negotii bene gerendi amittendam non esse : ad castra iri oportere. Multæ res ad hoc consilium Gallos hortabantur : superiorum dierum Sabini cunctatio, perfuge confirmatio, inopia cibariorum, cui rei parum diligenter ab his erat provisum, spes Venetici belli, et quod fere libenter homines id quod volunt, credunt. His rebus adducti non prius Viridovicem reliquosque duces ex consilio dimittunt, quam ab his sit concessum , arma uti capiant et ad castra contendant. Qua re concessa leti ut explorata victoria , sarmentis virgultisque collectis, quibus fossas Romanorum compleant, ad castra pergunt.
XIX. Ce camp était situé sur une hauteur dont la rampe en pente douce avait environ mille pas, à partir de la vallée. Tls s'y portérent en courant trés-vite , afin de laisser aux Romains le moins de temps possible pour se rassembler et s'armer, et arrivérent tout essoufflés. Sabinus, aprés avoir exhorté les siens, donne le signal qu'ils attendent avec impatience ; il ordonne de sortir rapidement par deux portes et de tomber sur les ennemis embarrassés par les fascines dont ils étaient chargés. Gráce à l'avantage de la position, à l'inexpérience et à la fatigue des Gaulois, au courage de nos soldats et à l'habitude que leur avaient donnée les guerres précédentes, pas un seul des assaillants ne soutint le choc, et ils prirent aussitót la fuite. Nos troupes toutes fraiches les poursuivirent sans qu'ils pussent se défendre et en tuérent un grand nombre; la cavalerie se mit aux trousses des autres, et ne laissa échapper qu'un petit nombre de ceux qui fuyaient. Ainsi, dans le méme temps, Sabinus apprit la victoire navale, et César la victoire de Sabinus; toutes les cilés se soumirent aussitót à Titurius; car si les Gaulois sont prompts et pleins d'ardeur à faire la guerre, ils sont tout aussi
XIX. Locus erat castrorum editus, et paulatim ab imo acclivis, circiter passus mille. Huc magno cursu contenderunt , ut quam minimum spatii ad se colligendos armandosque Romanis daretur, exanimatique pervenerunt. Sabinus suos hortatus, cupientibus signum dat. Impeditis hostibus propter ea qux ferebant onera, subito duabus portis eruptionem fieri jubet. Factum est opportunitate loci, hostium inscientia ac defatigatione, virtute militum et superiorum pugnarum exercitatione, ut neunum quidem nostrorum impetum ferrent, ac statim terga verterent. Quos impeditos integris viribus milites nostri consecuti, magnum numerum eorum occiderunt; reliquos equites consectati, paucos, qui ex fuga evaserant, reliquerunt. Sic uno tempore et de navali pugna Sabinus et de Sabini victoria Cæsar certior factus, civitatesque omnes se statim Titurio dediderunt. Nam ut ad bella suscipienda Gallorum alacer ac promptus est animus, sic mollis ac -