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LIVRE I

Géographie de la Gaule — Guerre contre les Helvètes Guerre contre Arioviste

(096 do Romo — 88 av. J.-G.)

I. La Gaule se divise en trois parties : la première habitée par les Belges, la seconde par les Aquitains, et la troisième par les Celtes (en langue dupaysj ou Gaulois (dans notre langue).

Chacun de ces trois peuples a sa langue, ses coutumes, ses lois distinctes.

Les Gaulois proprement dits sont séparés des Aquitains par la Garonne et des Belges par la Seine et la Marne.

Les plus vaillants des trois sont les Belges. Plus éloignes que les autres de notre Province et

du contact de la civilisation, ils sont moins exposés

aux visites des marchands qui apportent avec eux le luxe et la corruption. En outre, ils ont pour % voisins les Germains établis sur Tautre rive du Rhin et ils sont en guerre continuelle avec eux. Pour un moiit semblable, les Helvètes sont les plus braves des Gaulois-Celtes, car ils combattent journellement, eux aussi, contre les Germains, tantôt pour repousser les invasions de ce peuple, tantôt pour envahir son territoire.

La région de la Gaule occupée, comme on vient de le dire, par les Gaulois-Celtes commence au Rhône. Elle a pour bornes la Garonne, l'Océan, le pays des Belges, et va jusqu^au Rhin en comprenant le pays des Scquanes et celui des Helvètes. Elle est située au Nord.

Le territoire des Belges commence où linit celui des Celtes et s'étend jusqu'à Tembouchure du Rhin. Il est situé au Nord-Est.

Enhn TAquitaine est comprise entre la Garonne, les Pyrénées et la partie de TOcéan qui touche l'Espagne. Elle est située au Nord-Ouest.

II. Chez les Helvètes, l'homme le plus considérable du pays, non seulement par sa naissance, mais par sa richesse, était Orgétorix (i). Sous le

(i) Orgétorix — or*kedo-ngh, chef de cent collines.

Consulat de M. Messala et de M. Pison (1)^ cet Orgétorix, poussé par Tambition d'arriver au pouvoir, se mit à la tôte d'une conspiration formée de la noblesse, et fit entendre à ses compatriotes « qu'il ne leur serait pas difficile de sortir de « chez eux avec toutes leurs forces et de réduire a sous leur domination les autres peuples de la a Gaule, quUls surpassaient tous en valeur guerflf rière ». Il eut d'autant moins de peine à les convaincre, que de toutes parts les Helvètes sont emprisonnés dans leur pays par des barrières naturelles. D'un côté, le Rhin, âeuve très large et très profond, les sépare de la Germanie; de Pautre, le Jura, montagne très élevée, les sépare des Séquanes; enfin, le Rhône et le lac Léman se trouvent entre eux et notre Province. Ces condi^ tions géographiques les condamnaient à rester chez eux et leur rendaicni fort difficile de porter la guerre chez leurs voisins ; et cela désespérait des gens dont tout le souci était la guerre. Ne pouvant mesurer dans leur pays qu'un espace de deux cent quarante mille pas (2] de long sur cent quatre-vingt mille pas de large (26Ô kilom. sur

(1) 693 de Rome, 61 av. J.*C.

(2) La mesure du pas Romain = 481"'"*. Le pas se divisait en 5 pieds.

355 kilom.), ils se trouvaient resserrés dans des bornes trop étroites pour leur nombre, pour leur valeur et pour leur gloire.

III. Séduits par ces raisons, et cédant à Finfluencc d'Orgétorix, ils prennent la resolution de tout préparer pour le départ. Ils réunissent la plus grande quantité possible de chariots et de bêtes de somme, font des semailles extraordinaires aiin d^amasser des provisions de grains pour le voyage, et renouvellent avec leurs voisins leurs traités de paix et d'alliance. Ils calculent qu^un délai de deux années suffira pour achever les préparatifs, et une loi fixe le départ pour la troisième année. Orgétorix est choisi comme organisateur de Texpédition et il se charge d'aller lui-même en ambassade chez les peuples d'alentour. Arrivé chez les Séquanes, il s'adresse à un fils de Catamantalède, à un certain Castic, dont le père avait longtemps régné sur le pays et avait même reçu du Sénat le titre d'ami du Peuple Romain. Il persuade à ce Castic de s'emparer du pouvoir suprême que son père avait exercé. Chez les Edues, il persuade la même chose à Dumnorix, frère de Divitiac, c'est-à-dire de Thomme qui occupait alors le premier rang dans le pays et qui y jouissait de la plus grande popularité. A ce

Dumnorix il donne sa fille en mariage. « Rien de a plus aisé — leur dit-il — que de réussir dans « notre entreprise. Je suis à la veille de devenir le « chef de ma nation. Or, vous le savez, les Hel- « vêtes sont le peuple le plus puissant de toute la a Gaule. Fort de leur puissance et de leur armée, « je serai à même d'assurer votre domination ». Séduits par les discours d'Orgéiorix, Dumnorix et Castic lui engagent leur parole et reçoivent la sienne. Déjà ils se voient à la tête des trois nations gauloises les plus importantes et les plus braves, et les maîtres de la Gaule entière.

IV. Aussitôt que ce complot fut découvert, Orgétorix dut seconstituer prisonnier pour rendre compte de sa conduite. S'il était déclaré coupable, il devait, suivant la loi, être brûlé vif. Le jour fixé pour le jugement, Orgétorix amena avec lui devant les juges tous les hommes de son clan : leur nombre s'élevait à dix mille. En outre, il fit venir des points les plus éloignés tous ses clients et tous ses débiteurs : il en avait une quantité considérable. Ainsi entouré, il put éluder la loi. Pendant que la cité indignée voulait faire justice du coupable par les armes, pendant que les Magistrats appelaient à eux la population des campagnes, Orgétorix mourut. Les Helvètes pensèrent

qu'il s^était tué, et cette opinion est la plus

probable.

V. La mort d'Orgétorix n^empêcha pas les Helvètes de mettre leur projet à exécution et de quitter leur pays. Dès qu'ils se voient prêts pour le départ, ils détruisent par le feu tous leurs op* pides (i), au nombre de douze, tous leurs villages, au nombre de quatre cents, toutes leurs propriétés particulières, et, de plus, tout le grain qu'ils ne peuvent pas emporter avec eux, afin que, privés de tout espoir de retour, ils soient mieux disposés à braver les périls. Chaque Helvète reçoit l'ordre d'emporter avec lui une provision de farine pour trois mois. Cela fait, ils persuadent aux Raurakes, auxTulinges et aux Latobriges, leurs voisins, de les imiter, de brûler leurs oppides et leurs villages, et

(i) Ccsar distingue les oppida, les casiella, les vici et les adificia.

L'oppiduvi (mot que la laniruc des savants a francise depuis peu) était une forteresse, sdii naturelle, soit construite. Elle ser\ait à la fois de retranchement aux armées et de refuse à la population. En cas de danger, on v remisait tout ce qu'on pouvait, les bestiaux, les récoltes et tous les biens mcuHles.

Le Ciislellum était le diminutif de rf>ppiclum. Il diflerail du premier, non seulement par l'étendue, mais vraisemblablement aussi par l'importance p')litique.

Le viens était le village ouvert.

Lnlin il faut entenvlre par aJi/icia les demeures is'.»lées, ^oit chaumières des paysans, soit habitations analot;ucs à nos fermes et métairies, boii encore les villas des riches Gaulois,

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de se joindre à eux. Ils se grossissent encore des Boles, peuple qui, après avoir habité au delà du Rhin, s'était établi dans le Norique et rendu maître de Noreia.

VI. Les Helvètes, pour sortir de chez eux, n'avaient que deux routes. L'une, par le pays des Scquanes, étroite et difficile, resserrée entre le Rhône et le Jura, permettait à peine aux chariots de passer un à un. Ce défilé était commandé par une haute montagne, et un petit nombre d'hommes aurait suffi pour le défendre. L'autre route était notre Province, route bien autrement praticable et rapide que la première, les Helvètes n'étant séparés des Allobroges, nation récemment soumise à nos armes, que par le Rhône, et ce fieuve offrant plusieurs passages guéables. La dernière ville des Allobroges, et, par conséquent, celle qui se trouve la plus rapprochée des Helvètes, c'est Genève. Le pont de Genève met les deux pays en communication. Les Helvètes supposaient que les Allobroges ne nous regardaient pas encore avec une bien vive sympathie, et ils comptaient obtenir d'eux le passage ; eu cas de refus, ils étaient décidés à le forcer. Tous leurs préparatifs achevés, ils se donnent rendei^-vous sur le bord du Rhône pour le 3 des Kalendes d'Avril (24 Mars),

l6 C.-J. CÉSAR.

SOUS le Consulat de L. Caipurnius Pison et de

A. Gabînîus (696 de Rome, 58 av. J.-C).

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