VII. César, averti que les Helvètes ont l'inten
lion de passer par noire Province, quitte Rome immédiatement, gagne en toute hâte la Gaule Ultérieure et arrive à Genève. Une fois à Genève, il donne à la Province Tordre de mettre sur pied tout le contingent dont elle peut disposer (la garnison de la Gaule Ultérieure se composait d'une seule légion), et, tout d'abord, fait couper le pont. Les Helvètes, informés de la présence de César, lui envoient une députation composée des plus nobles chefs de leur nation, et à la tète desquels se trouvent Nammei et Vérudoct. Ils disent que le dessein des Helvètes est de traverser la Province Romaine sans lui faire éprouver ni dégât ni dommage, et simplement parce qu'ils n'ont pas d'autre route que celle-là. Ils prient César de vouloir bien les laisser passer librement.
César n'avait pas oublié que les Helvètes avaient tué le consul Lucius Crassus (i), qu'ils avaient battu et fait passer sous le joug une armée ro-
(i) 647 de Rome, 106 av. J.-C.
Le Consul Lucius Cassius Longinus, ayant poursuivi les Tiiiurins jusqu'à l'Océan, tomba dans une embuscade, fut enveloppé et périt avec sa légion (Orose).
maine ; et ce souvenir lui paraissait un motif suffisant pour refuser. Il se disait, en outre, que ces gens-là, qui au fond étaient nos ennemis, s'abstiendraient bien difficilement de violences et de rapines, si on leur permettait de faire route par la Province. Mais, pour donner aux troupes, qu'il venait d'appeler, le temps de le rejoindre, il répondit aux députes Helvètes quil avait besoin de quelques jours pour réfléchir, et que, s^lls voulaient connaître sa réponse, ils eussent à se représenter aux Ides d^ Avril (8 avril),
VIII. Dans cet intervalle de temps, avec la légion dont il disposait et les troupes qu'il avait recueillies dans la Province, César fait construire, sur une longueur de dix-neuf mille pas (28 kilom.), à partir du lac Léman, qui se déverse dans le Rhône (i), jusqu'au mont Jura (2), qui sépare les
(1) Les opinions des anciens sur ce que nous pourrions appeler les relations intimes du Khône et du Léman, sont très varices et bien curieuses. César déverse le Léman dans le Khône; Ammien Marccllin et, avant lui, Pomponius Mêla aflirmcnt que les eaux du Rhône traversent le Léman sans se mêler avec les eaux du lac.
(2) Par montem Jurant, il faut entendre la partie du Jura située au sud du Rhône, c'est-à-dire le mont Vuache. Le mont Vuaclic, en efl'et, n'est pas autre chose que le dernier contrefort de la chaîne du Jura, cette chaîne se trouvant non terminée, mais bien coupée par la gorge qui donne passage au Rhône,
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Séquanes des Helvètes, un retranchement de seize pieds de hauteur, muni d'un fossé. Après avoir achevé cet ouvrage, il distribue ses troupes sur sa ligne de défense et les établit dans des redoutes, afin de repousser plus aisément Tennemi dans le cas où celui-ci voudrait forcer le passage. Au jour indiqué, les députés se représentèrent. César leur signitia que les traditions du Peuple Romain et les précédents s'opposaient à ce qu'il ouvrît la Province à aucun peuple étranger ; et que, s'ils tentaient de passer de vive force, il était prêt à les repousser. Déçus dans leur espoir, les Helvètes lièrent des bateaux les uns aux autres et construisirent une grande quantité de radeaux. Un certain nombre d'entre eux passèrent à gué dans les endroits où ils trouvèrent le moins d'eau, parfois en plein jour, plus souvent pendant la nuit.
On compte du lac de Genève au Vuache 27 kilomètres, juste la distance indiquée par César.
Le retranchement de César parlait de la pointe méridionale du lac de Genève, suivait la rive gauche du Rhône et aboutissait au Vuache.
Ce retranchement était, non continu, mais à inter\'a!le8. Certains points seulement furent munis d'ouvrages; les autres se défendaient d'eux-mêmes. On s'appliqua à utiliser les ressources de la topographie locale; on établit des redoutes de place en place ; mais, dans beaucoup d'endroits, la seule configuration du terrain constitua une barrière suffisante.
Bref, ils firent tout ce quUls purent pour percer
nos lignes. Mais, arrêtés par nos ouvrages, repousses par la vigoureuse résistance de nos soldats, et à coups de javelots, ils renoncèrent à leur dessein.
IX. Une seule route restait aux Helvètes, c'étaient les délilcs delà Séquanie. Encore était-il nécessaire quUls eussent pour eux les habitants ; sinon, il n'y fallait pas songer. Sachant bien qu'ils ne réussiraient pas par eux-mêmes à séduire les Séquanes, ils envoient des députés à TEdue Dumnorixpour le prier de vouloir bien intercéder pour eux. Dumnorix jouissait d'une grande influence chez les Séquanes : il y comptait une foule d'amis que lui avait attirés sa prodigalité, et les Helvètes lui inspiraient de la sympathie parce qu'il avait épousé une de leurs compatriotes, la fille d'Orgétorîx. C'était un ambitieux ; il saisissait avec avidité toute Occasion de bouleversement, dans le but d'arriver au pouvoir, et son plan consistait à enchaîner à lui le plus grand nombre de nations par la reconnaissance. Aussi n'hésita-t-il pas à se charger de cette négociation. Par son entremise, les Helvètes obtiennent des Séquanes l'autorisation de traverser leur pays. Les deux peuples échangent des otages : les Séquanes accorderont
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aux Helvètes libre passage ; de leur côté, les Helvètes s^abstiendront de tous dégâts et de toutes
violences.