‹ Guerre des GaulesChapitre 14 sur 66 · XXVIII. Cette bataille et le carnage qui en fut · texte numérisé non relu

XXVIII. Cette bataille et le carnage qui en fut

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la suite . avaient presque anéanti la nation des Nerves (i). Il ne restait plus guère des Nerves autre chose que le nom. Nous avons vu plus haut qu'ils avaient laissé dans des espèces dUles situées au milieu de marécages (2) leurs vieillards, leurs enfants et leurs femmes. Ces malheureux comprirent qu'aucune retraite ne serait capable de les dérober à leurs vainqueurs, et qu'aucun peuple n^ofifrirait asile à des vaincus. D'un commun accord, ils envoyèrent des députés à César et se rendirent. Dans ce mémorable désastre de leur nation, ils se trouvaient réduits — nous dirent-ils — de six cents sénateurs à trois seulement, et de soixante mille hommes en état de porter les armes, à peine au nombre de cinq cents. César voulut se montrer clément à l'égard de ces infortunés qui imploraient sa pitié. 11 pourvut avec soin à leur conservation. Il ordonna que leur territoire et leurs villes demeureraient leur propriété, et il défendit aux peuples voisins soit de

(1) Les Nsrves ne furent pas anéantis à ce point, puisque dans la campaçnc de l'année 700, c'est-à-dire, deux années seulement après leur défaite sur la Sambre, nous les retrouverons assiégeant le camp de Cicéron ; et puisque, dans la campagne de Tan 702, ils fourniront leur cohtingent de troupes pour l'armée confédérée.

(2) l'oicellini définit des œ^tuaria de simples inondations fluviales.

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leur nuire, soit de permettre qu'on leur nuisit dans leurs personnes ou dans leurs biens.

XXIX. Les Aduatukes, dont il a été question plus haut, s^étaient mis en marche avec toutes leurs forces pour venir se joindre aux Nerves. A la nouvelle de cette bataille, ils reprirent le chemin de leur pays. Arrives chez eux, ils abandonnèrent tout ce qui était ville ou place quelconque, et se renfermèrent avec tous leurs biens dans Tun de leurs oppides qui se trouvait admirablement défendu par sa position. C'était une place entourée de toutes parts par des rochers à pic et par des précipices. Elle n'était accessible que d'un seul côté par une rampe en pente douce qui n^avait pas plus de deux cents pieds de large. Ce point était furiirié par une double muraille très élevée et qui se composait d^un mur fait de rochers énormes, et surmonté d'une palissade de pieux aiguisés. Ce peuple descend des Kimbres et des Teutons. A Tépoque où ces barbares se dirigèrent sur la Province Romaine potu: pénétrer de là jusque dans l'Italie, tout le bagage qu'ils ne purent ni voiturer ni porter sur leur dos, ils le laissèrent en dépôt de ce côté-ci du Rhin, et en confièrent la garde à un corps de six mille hommes détachés de leur armée. Or ces six mille hommes

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de Pancienne armée des Kimbres et des Teutons

ne sont autres que les Aduâtukes d'aujourd'hui. Lesquels^ après s^étre battus durant de longues années avec les peuples qui les entouraient, tantôt comme agresseurs, tantôt pour se défendre, ont, d'un commun accord, fait la paix avec tous et se sont établis dans cette contrée d'une façon stable et définitive.

XXX. Les premiers jours que nous fûmes sous leurs murs, les assiégés firent de fréquentes sorties et escarmouchèrent avec nous. Mais quand ils se virent enveloppés par un rempart de douze pieds de haut et de quinze mille pieds (i] de circuit, appuyé de forts nombreux, ils se tinrent renfermés dans la place. On pose les mantelets, on élève la terrasse, on construit la tour. £t les Aduâtukes de rire, de nous plaisanter du haut des remparts. « Etes-vous fous — nous crient-ils — « pour établir à une si grande distance de nos « murailles une si énorme machine ? Vous aurez « de bons bras, vous autres, vous serez des gail-

(i) A propos des mesures de la contrerallation, la commission de la carte des Gaules croit devoir faire observer qu*il s^agit bien de 15,000 pieds, et non de 15,000 pas de circuit. L^observation était superflue. Le texte ne prête nullement à la confusion. Nous disons de mftme en français sans ambiguïté : un rempart de la pieds de haut et de 15,000 de circuit.

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t lards solides, si vous pouvez transporter jusqu'à « nous une tour de cette taille-là !... Il est vrai que « vous êtes de si beaux hommes! (i) » On sait que les Gaulois, dont la stature est élevée, ont généralement en mépris notre petite taille.

XXXI. Mais quand ils virent notre tour se mettre en marciie et s'approcher contre leurs murs, ce spectacle nouveau pour eux, et dont ils n'avaient aucune idée, fit sur eux tant d'impression qu'ils députèrent tout de suite à César pour capituler. Voîcî en quels termes s'exprimèrent les envoyés : « Nous voyons bien que les Romains € font la guerre avec le secours et la protection « du Ciel. Sinon, comment mettraient-ils en « mouvement, et avec une telle vitesse, des ma- « chines d'une telle hauteur, et viendraient-ils « nous combattre de si près ? Nous nous rendons « à eux, corps et biens. Nous avons entendu « vanter la clémence et le grand cœur de César. « Si, par un effet de cette bonté, César nous « laisse la vie, nous ne lui demandons qu'une « grâce, nous ne lui adressons qu'une prière, « c'est qu'il ne nous relire pas nos armes. Pres-

(i) Comme cette gouailleric est bien conforme ù notre caractère national !

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« que tous les peuples qui nous entourent sont

« pour nous des ennemis. lissent jaloux de notre « valeur. Le jour où nous serons désarmés, corn- « ment nous défendrons-nous contre eux ? Si une a telle destinée nous est réservée , plutôt subir a n^importe quel traitement de la part du Peuple « Romain, que mourir dans les tortures de la « main même de ceux à qui nous commandions « en maîtres ! »

XXXII. César répondit : « Si vous vous ren- « dez avant le premier coup de bélier, vous serez, « en effet, épargnés; non par une faveur, dont « vous êtes peu dignes, mais parce que telle est « ma régie habituelle. Mais sachez que je ne « veux entendre parler d'aucune capitulation « avant que vous n'ayiez préalablement livré vos « armes. J'agirai à votre égard comme j'ai agi à « l'égard des Nerves : j'intimerai aux peuples qui « vous entourent de respecter une nation soumise <r aux Romains. » Les envoyés reportèrent cette réponse. Les Aduatukes dirent qu'ils acceptaient les conditions de César. Ils jetèrent leurs armes du haut du rempart dans le fossé qui était en avant de la place. Il y en avait une telle quantité qu'elles formèrent un monceau atteignant en hauteur le niveau des murs et de notre terrasse. £t pourtant,

comme on ne devait pas tarder à s^en apercevoir, ils en avaient détourné environ le tiers et l'avaient caché dans la place. Après quoi, ils ouvrirent leurs portes, et la journée s^acheva pacifiquement.

XXXIII. Vers le soir, César fit évacuer la ville par ses troupes. Il ordonna que les portes fussent fermées, pour éviter que, pendant la nuit, les habitants ne devinssent Tobjet d'aucune violence de la part des soldats. Mais, comme on le vit bien, les Aduatukes avaient leur plan. Ils supposaient que, par suite de leur soumission, ou nous dégarnirions tout à fait nos postes, ou, tout au moins, nous ne les garderions pas avec la même vigilance. Dans cette conviction, les uns tirèrent de leur cachette les armes qu'ils avaient dérobées à nos regards ; les autres s'armèrent de boucliers d'osier ou d'écorce qu'ils couvrirent de peau à la hâte, va Turgcnce. Puis, à la troisième veille (minuit), prenant pour objectif la partie de nos retranchements qui leur parait la plus accessible, ils s'élancent brusquement hors de la place et tombent sur nous avec toutes leurs forces. L'alarme fut donnée aussitôt par de grands feux (c'était le signal d'alerte ordonné par le Général], et des redoutes les plus proches on court immédiatement sur le point attaqué. Les ennemis se

comportèrent avec une vigueur admirable. Ils

firent tout ce que Ton pouvait attendre d'hommes braves réduits au desespoir et combattant dans une position désavantageuse, c'est-à-dire contre des soldats qui les criblaient de traits du haut de tours et de retranchements. Bref, ils se battirent en gens qui n'avaient plus de salut que dans leur courage. On en tua quatre mille; le reste fut rejeté dans la place. Le lendemain, on enfonça les portes, et nos troupes entrèrent dans la ville sans résistance. César fît vendre à Tencan tout ce qui s y trouvait renfermé. Le chilfre accusé par les adjudicataires fut de cinquante-trois mille têtes.

XXXIV. César avait envoyé son Lieutenant Paulus Crassus avec une légion contre les Vénètes, les Unelles, les Osismes, les Curiosoliies, les Ésuves, les Aulerkes et les Redons, toutes popu* lations maritimes des côtes de TOcéan. En même temps qu'il terminait ce siège, il reçut la nouvelle que ces différents peuples avaient fait leur soumission.

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