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XXVIII. La paix se trouvait donc parfaitement

(i)' Le reproche était au moins sini^ulicr. César voulait apparemment que les Bretons le reçussent à bras ouverts comme un hôte et un ami, disons comme un voyageur et un touriste, non comme un envahisseur. On ne se moque pas du droit des i^cns avec plus d'insolence. Les Bretons lui avaient fait la LTuerrc dans la guerre des Vcnclcs, c'est vrai. Mais la paix avait été conclue entre César et les nations vaincues. Les Bretons avaient lait leur soumission et envoyé des otages. N'étaient-ils pas fondés, des lors, à considérer César comme les attaquant sans raison > Leur reprocher d'avoir fait la guerre après avoir envoyé des otages, c'est leur reprocher de s'être défendus contre Tinvasion des Romains.

l88 C.-J. CKSAR.

établie, et îl y avait déjà quatre jours que nous avions mis le pied sur le sol de la Bretagne, quand les dix-huit vaisseaux, dont il a été question ci-dessus, et qui portaient la cavalerie, profitèrent d*un vent favorable et appareillèrent du port supérieur. Déjà ils approchaient de la côte, et même étaient en vue du camp. Tout à coup s'éleva une tempête si furieuse que pas un d'entre euxr ne put poursuivre sa route. Les uns furent rejetés au port d'embarquement; les autres, emportés, non sans courir les plus grands dangers, dans la direction du Couchant, et jusqu^à la pointe Sud de Pile. Ces derniers essayèrent de se maintenir sur leurs ancres; mais sous peine d'être submergés par les lames, il se virent forcés, dans cette nuit terrible, de prendre le large et de regagner le Continent.

XXIX. C'était pleine lune (3p août). Or, dans l'Océan, les pleines lunes coïncident toujours avec les plus fortes marées. Voilà ce que nos hommes ignoraient (i). Le désastre fut double. Tandis

(i) Oa peut 8*étonner que César n'ait pas été informé de ce phénomène par les chefs gaulois qui Tenlouraient, notamment par TÂtrébate Comm qui venait de lui être rendu par les Bretons. Comm ne pouvait ignorer le danger qu'allait courir là flotte Romaine. Jouait-il, lui aussi, la comédie pour les tromper ? On serait tenté de le croire.

que les galères^ dont César s^était servi pour le

transport des troupes et qu'il avait fait tirer à sec sur le rivage, disparaissaient sous le ilux, en même temps, les navires de charge, restés en rade sur leurs ancres^ be trouvaient battus par la tourmente, sans que nous eussions aucun moyen ni de les gouverner, ni de les secourir. Un certain nombre d^entre eux furent brisés. Les autres, ayant perdu câbles, ancres, agrès, furent mis hors de service. Ce désastre répandit la consternation dans Tarmée, consternation bien explicable, si Ton songe que, pour regagner la Gaule, nous n'avions pas d'autres bâtiments que ceux-là, et que nous ne posse'dions rien de ce qu'il fallait pour les radouber. Ajoutez à cela que, dans l'assurance où l'on était en partant de revenir hiverner en Gaule, on n'avait embarqué aucun approvisionnement pour un hivernement en Bretagne (i).

(i) On n'avait embarqué aucunes provisions ! L'aveu d'une bien grosse faute. Dccidcment tout allait de mal en pis dans celte premicrc c.\péditi<»n. S'embarquer sans biscuits ! On ne reconnaît plus Jà le grand général, celui dont le génie consiste habituellement ù ranger de son côté le plus de chances qu'il peut.

On remarquera que, dans cette occasion comme dans plu^ieurs autres semblables, (^ésar, forcé de reconnaître une imprudence imputable à lui seul, a l'habileté oratoire de rejeter

igO C.-J. CÉSAR.

XXX. A CCS nouvelles, les chefs Bretons, qui, après la bataille, étaient venus se mettre aux

ordres de César, tinrent conseil entre eux. Ils comprenaient très bien que tout nous manquait,

cavalerie, vaisseaux et vivres. L'exiguité de notre camp leur révélait assez clairement notre faiblesse numérique, et cette exiguïté était d'autant plus sensible que César avait transporté ses deux légions sans bagages. Dans ces conditions, ils jugèrent que ce qu'ils avaient de mieux à faire, c'était de reprendre Toffensive, de nous bloquer, et de traîner la guerre en longueur jusqu'à Thiver, persuadés que, s^ils pouvaient triompher de cette année et lui fermer la retraite, personne désormais n'oserait plus franchir le détroit pour porter la guerre en Bretagne. Une nouvelle ligue se forme. Les chefs barbares s'éloignent successivesur l'armée entière une part de responsabilité. Lui, qui ne inanque jamais de dire : « César donna tel ordre » ou « César prit telle précaution utile », lorsque cet ordre ou cette précaution a pu amener quelque résultat glorieux, ici il renonce à sa personnalité. Au lieu de dire: « César, dans l'assurance « où il était... n'avait embarqué aucunes provisions » ; il dit : « dans Tassurance où Ton était..., on n'avait embarqué aucunes « provisions ». Petite ruse, peu dij^ne d'un grand homme, mais que nous retrouverons plus d'une fois dans son récit.

Celte légèreté de César dans les préparât il s de celle descente en Bretagne a été blâmée sévèrement par Napoléon l*''.

ment de notre camp, et rappellent en secret les

hommes qu'ils avaient licenciés.

XXXI. César ne savait rien encore de leur dessein. Toutefois, le désastre de sa flotte et le retard qu'ils mettaient à livrer les otages promis, lui donnaient de la mctiance. A tout hasard, il prit ses mesures pour être prêt à parer aux éven** tualités. Chaque jour, par ses ordres, on allait ramasser du blé dans la campagne et on le transportait au camp. Ceux des navires qui avaient le plus souffert furent démolis, et le bois et Tairain quon en tira servirent pour radouber les autres (i). On fit venir du Coniinciit tout le nécessaire. Grâce au zèle extrême apporté par les soldats à Pexécutîon de ces travaux, notre perte définitive se borna à douze vaisseaux. Tout le reste de la flotte fut remis en état de tenir la mer.

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