‹ Guerre des GaulesChapitre 32 sur 66 · XXXIV. Cette manière de combattre, tout à · texte numérisé non relu

XXXIV. Cette manière de combattre, tout à

fait nouvelle pour nos soldats, les avait déconcertés, et il était grandement temps que César vînt à leurs secours. Des qu'il parut, l'ennemi ' s'arrêta et les nôtres retrouvèrent leur assurance. Après quoi, César, jugeant le moment inopportun pour livrer bataille, se contenta de rester quelque temps en position, puis ramena les légions au camp. Pendant cette affaire, le reste des Bretons, ceux qui n^avalent pas quitté la plaine, voyant toute notre armée occupée, s'éclipsèrent. Les jours suivants furent marqués par des orages continuels qui nous retinrent dans le camp et empêchèrent Tennemi de nous attaquer. Les Barbares employèrent ce temps-là à envoyer des gens dans toutes les parties de la Bretagne. Ils répandirent partout le bruit de notre faiblesse numérique. « Quelle occasion — publièrent-ils « — et pour faire un riche butin, et pour assurer « à jamais notre liberté, si nous réussissons à a chasser les Romains de leur camp 1 j> Grâce à ces appels, ils rassemblèrent très rapidement des forces considérables en infanterie et en cavalerie, et marchèrent contre nous.

XXXV. César prévoyait bien qu'il en serait de ce combat comme des précédents, c*est-à-dire

que nous aurions beau mettre Pennemi en déroute,

nous ne pourrions pas rcmpccher de nous échapper par la rapidité de sa fuite. Faute de mieux, il se servît d'une trentaine de cavaliers appartenant à TAtrébate Comm, et que celui-ci avait amenés avec lui du Continent. Il rangea ses légions en bataille à la tête du camp, et le combat s'engagea. Les Bretons ne furent pas longtemps à tenir. Ils tournèrent les talons. On se lança à leur poursuite et on courut tant qu'on eut de forces et d'haleine. On leur tua beaucoup de monde et on ne rentra au camp qu'après avoir détruit par le feu toutes les habitations à la ronde.

XXXVI. Le jour même, les Bretons envoyèrent des députés à César pour demander la paix. César doubla le chiffre d'otages qu'il avait imposé précédemment, et il ordonna que la livraison en fût faite sur le Continent. Car on approchait de l'Équinoxe (i), et, n'ayant pas une flotte très solide, il ne se souciait nullement d'attendre l'hiver pour embarquer. Profitant d'un vent favorable, il leva Tancre à minuit et aborda sans accident sur la terre des Gaules. Deux seulement de ses bâtiments de transport ne purent aborder au

(i) 26 septembre, suivant Leverher.

même point que les autres et furent entraînés un

peu plus bas ^i).

XXXVII. Ces deux bâtiments portaient environ trois cents hommes. Ce détachement, après avoir débarqué, se mit aussitôt en marche pour rejoindre l'armée. Mais les Morins, que César en partant pour la Bretagne avait laissés parfaitement soumis, cédèrent à l'appât du butin et attaquèrent cette petite troupe. Ils commencèrent par la cerner sans déployer toutes leurs forces, et ils la sommèrent de se rendre, si elle ne voulait pas être massacrée. Les nôtres se formèrent en rond et se défendirent. Les Gaulois se mirent à pousser des cris pour appeler leurs frères, et en un instant nos trois cents soldats se trouvèrent enveloppés par environ six mille hommes. A cette nouvelle, César envoya immédiatement à leur secours la cavalerie tout entière. En attendant, nos soldats soutinrent les efforts de Tennemi et combattirent vaillamment pendant plus de quatre heures. Ils n'eurent, de leur côté, qu'un petit nombre de blessés, et tuèrent beaucoup de monde aux Gaulois. Ceux-ci n'eurent pas plus tôt aperçu notre cavalerie qu'ils jetèrent leurs

(i) Au Châtelet, près le cap Gris-Nez.

armes cl tournèrent les talons. On en lit un grand carnage.

XXXVIII. Le lendemain, Cësâr envoya son Lieutenant Titus Labiénus, avec les légions qui revenaient de Bretagne, chez les Morins révoltés. Les marais, où ceux-ci s'étaient retirés l'année précédente, étant à sec et ne pouvant plus leur offrir de refuge, ils tombèrent presque tous entre les mains de Labiénus. Quant aux deux Lieutenants Quintus Titurius et Lucius Cotta, ils avaient conduit leurs légions sur le territoire des Ménapes, mais n'avaient pas pu atteindre ceux-ci. Les Ménapes s'étaient dérobés à leur poursuite en sVnfonçant dans leurs impénétrables forêts. Titurius et Cotta ravagèrent les champs, coupèrent les récoltes, incendièrent les habitations, puis rejoignirent César. César lit hiverner Tarmée tout entière chez les Belges. Là, de toutes les nations de la Bretagne, deux seulement lui envoyèrent des otages; les autres s'abstinrent. Quand on reçut à Rome la lettre de César qui rendait compte de ces succès, le Sénat décréta vingt jours d'actions de grâces.

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