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en un instant les culbute de telle sorte que pas
un d'entre eux n'essaie de tenir. Us perdirent énormément de monde et abandonnèrent toutes leurs armes sur le terrain.
I«II. César ne voulut pas se risquer à poursuivre les Barbares, car il trouvait devant lui des bois et des marais. Satisfait, d'ailleurs, d*une victoire qui ne lui avait pas coûté un seul homme, le jour même, avec son armée intacte, il arrive auprès de Cicéron. La, il considère avec étonnement les tours, les tortues, les retranchements exécutés par les Gaulois. 11 passe en revue la légion, et constate qu'il ne reste pas un soldat sur dix sans blessure. D'après ces témoignages il juge de la grandeur du péril et de Théroisme de la défense. Il donne à Cicéron et à la légion tout entière les éloges auxquels ils ont tant de droits, 11 félicite nominativement chacun des Centurions et des Tribuns militaires que le rapport de Cicéron lui a signalés comme s'étant plus particulièrement distingués. 11 apprend par les prisonniers des détails plus circonstanciés touchant le désastre de Sabinus et de Coita. Le lendemain, il fait assembler Tarmée. Il rappelle aux soldats ce qui s'est passé. 11 leur donne des consolations et des encouragements. « Tout ce malheur doit être
tt imputé à rimprudcnce d'un Lieutenant — leur « dit-il. — Ce qui doit nous aider le plus à le supu porter, c'est de songer ^ue, grâce aux Dieux « immortels et à votre courage, la vengeance est « venue vite et que les ennemis n'ont pas été « longtemps à se réjouir de leur succès, ni vous à « souffrir de votre revers. »
LUI. Le bruit de la victoire de César parvint à Labiénus avec une incroyable rapidité. Entre le camp de Labiénus, chez les Rèmes, et celui de Cicéron, il y avait une distance de soixante mille pas (89 kilom.j. Or, César n'avait opéré sa jonction avec Cicéron qu'après la neuvième heure du jour (3 h. du soir) ; et, il n'était pas minuit, lorsqu'une immense clameur s'éleva aux portes du camp de Labiénus. C'étaient les Rêmes qui venaient apporter au Lieutenant la nouvelle du succès de César et leurs félicitations à ce sujet. Cette nouvelle parvint aux Trcvires, et Indutiomare, qui avait décidé pour le lendemain même l'attaque du camp de Labiénus, opéra sa retraite pendant la nuit et ramena toutes les troupes dans leur pays.
César renvoya Fabius dans ses quartiers avec sa légion. Quant à lui, il se proposa d'hiverner en personne aux environs de Samarobrive. Il forma là trois camps d'une légion chacune. £n raison de
l'eut J'olfcrvcscencc où il voyait la Gaule, il prit le parti de ne pas quitter l'armée de Thiver. A la suite du désastre qui avait coûté la vie à Sabinus, il n'y avait pas en Gaule une seule nation qui ne songeât à la guerre* Députés et messages se croisaient en tous sens. On dressait des plans de campagne. On se consultait pour déterminer sur quel point on commencerait les hostilités. On tenait des assemblées, la nuit, dans les lieux écartes. Bref, durant tout Thiver, César ne fut pas un seul jour sans recevoir quelque rapport plus ou moins alarmant soit sur des conspirations, soit sur des projets d'insurrection. Le Questeur Lucius Roscius, qui commandait la treizième légion, lui apprit, notamment, que les nations dites Armoricaines avaient réuni des forces considérables pour venir Tattaqucr. Elles n'étaient plus qu'à une distance de huit mille pas (12 kil.) de son camp, lorsqu'elles avaient re»;u la nouvelle de la victoire de César. Elles avaient immédiatement fait demi-tour et s'étaient éloignées avec tant de précipitation que leur retraite avait eu Ta} parence d'une déroute.
LIV. César manda auprès de lui les chefs de chaque nation. Il intimida les uns en leur disant qu'il était au courant de leurs menées ; il exhorta
les autres, et maintint dans le devoir une grande partie de la Gaule. Cependant les Sénons, nation des plus puissantes, et jouissant auprès des Gaulois d'une grande autorité, décidèrent, en assemblée publique, la mort de leur roi Cavarin, qui leur avait été imposé par César. Cavarin était de race royale, et son frère Moritasg régnait encore sur les Sénons au moment de l'arrivée de César en Gaule. Cavarin eut vent du complot et prit la fuite. Les Sénons le poursuivirent jusqu'à la frontière de leur territoire (i), et le déclarèrent déchu du trône et banni du pays. Cela fait, ils envoyèrent des député^ à César pour justifier leur conduite. César ordonna que le Sénat tout entier se rendit auprès de lui. Les Sénons refusèrent. Quel ne fut pas Tenthousiasme de tous les Barbares en apprenant qu'il s'était trouvé parmi eux des hommes capables de prendre l'initiative de la lutte ! Quelle subite métamorphose un tèl incident n'opèra-t-il pas dans les esprits 1 A part les Educs et les Remcs, dont César n'eut jamais qu'à se louer, les uns pour leur vieille et inébranlable fidélité, les autres pour les services qu'ils avaient rendus récemment dans la guerre des
(i) Par exception, le mot fines signitic bien ici frontière non territoire.
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Gaules ; à part, dis-je, ces deux peuples, il n*y eut, pour ainsi dire, pas une seule nation en Gaule qui ne nous donnât sujet de nous métier d'elle. Du reste, comment s'étonner d'un tel résultat, si roii songe à tous les motifs qui pouvaient pousser les Gaulois à se soulever contre nous, surtout au dcpit qu'ils avaicut de se voir humiliés dans leur ancienne renommée guerrière ! Ils étaient réduits à subir le joug des Romains, eux qui naguère encore étaient placés, grâce à leur vaillance, en tête des nations Barbares !
LV. Durant tout Thiver, les Trévircs et Indutiomare ne cessèrent pas d'envoyer des députés au delà du Rhin, d'exciter les Germains à se mettre en marche, de leur faire des promesses d'argent. « Une grande partie de notre armée « était détruite... nous n'étions plus en Gaule « qu'une poignée d'hommes. » Voilà ce qu'ils leur disaient. Mais leurs tentatives échouèrent. Nul peuple Germain ne se décida à passer en Gaule. Tous répondirent : « Voici déjà deux expé- « ditions que nous risquons, la guerre d'Arioviste a et l'invasion des Tenctères. Nous nous en « en tiendrons là, et ne tenterons pas une troia sième épreuve. » Dé<;u de ce cùic, Induiioniare ne se rebuta pas. Il rassembla des troupes et les
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exerça \ il tira des chevaux des régions voisines ; il attira à lui, par Tappât d'un riche butin à conquérir, tous les proscrits, tous les condamnés. Grâce à ces manœuvres, bientôt son ascendant fut tel que, de tous les points de la Gaule, Cités et particuliers, chacun lui envoya des députés pour solliciter son alliance et son amitié.
LVI. Indutiomare voyait tout le monde se rallier à lui. Il voyait, en outre, d'une part, les Sénons et les Garnutes acquis à l'insurrection par le fait même de leur crime ; de Tautre, les Ner« vcs et les Aduatukes se préparer à cnircr en campagne. Il pouvait compter de plus, il le savait bien, sur le concours d'une multitude de volontaires, qui ne manqueraient pas d'accourir dans ses rangs dès qu'il aurait mis le pied hors de son territoire. Alors, suivant l'usage des Gaulois au moment d'entreprendre une guerre, il convoque une assemblée en armes. Là, tout Gaulois en âge d'homme doit se rendre avec ses armes. Celui qui arrive le dernier meurt dans' les plus cruels supplices sous les yeux de la foule. Telle, est la loi. Dans cette assemblée, Indutiomare prononce la condamnation de Gingétorix, son propre gendre, le chef du parti opposé ; de ce Gingétorix, qui, ainsi qu'on Ta vu plus haut, était toujours
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resté attaché à César, et n^avait jamais voulu le
trahir. Cingétorix est déclaré ennemi public : ses biens seront conâsqués et vendus. Après quoi, Indutiomare annonce à l'assemblée que, appelé par ks Sénons et les Carnutes, ainsi que par un grand nombre d'autres nations de la Gaule, il se portera chez eux en traversant le territoire des Rêmes et en le ravageant, mais qu'avant tout il attaquera le camp de Labiénus. Il donne des ordres dans ce but.
• IjVII. Labiénus ne bougea pas. Il savait son camp très fort, tant par sa position que par les ouvrages, et n'avait rien à craindre ni pour lui ni pour sa légion. 11 ne songeait qu'à une chose, c'était à guetter Poccasîon d'un coup d'éclat. Instruit par Cingétorix et par les proches de celui-ci des paroles prononcées dans l'assemblée par Indutiomare, il expédie immédiatement des courriers aux nations voisines, demande de tous côtés des cavaliers et fixe à ceux-ci une date précise pour rejoindre. Indutiomare poussait avec sa cavalerie des reconnaissances autour du camp, tantôt pour étudier notre position, tantôt avec Tespoir d'entamer des négociations, ou dans le but de nous intimider. Souvent ses cavaliers lançaient des traits jusque dans rintérieur des retranchements. L*abiénus
restait immobile. Il faisait tout pour les pénétrer de plus en plus de Tidée qu'il avait peur.
LVIII* Pendant quUndutiomare continue à s^approcher des retranchements avec une présomption de jour en jour plus insultante, Labiénus, en une seule nuit, introduit dans le camp toute la cavalerie auxiliaire à laquelle il a donné l'ordre de le joindre. Il fait observer par les sentinelles une surveillance très rigoureuse pour empêcher personne de sortir ; de sorte que nul indice, nulle indiscrétion ne révèle à Tennemî Tarrivée de ce renfort. Le lendemain, suivant sa tactique quotidienne, Indutiomare s^approche et passe autour du camp une grande partie de la journée. Ses cavaliers lancent des traits à nos soldats. Ils les provoquent au combat en les accablant d'outrages. Puis, voyant que toutes leurs provocations restent sans réponse, sur le soir, ils rompent les rangs et se retirent en marchant à la débandade. Aussitôt, Labiénus fait ouvrir les deux portes principales, et lance toute sa cavalerie. 11 donne pour consigne expresse et formelle: « dès que l'ennemi sera culbuté et qu'il aura « commencé à fuir (la chose arriva comme il « Pavait prévue), négliger tout le reste et s'occuper « exclusivement d'Indutiomare... ne pas toucher
« à un seul des autres, avant d'avoir tue Indu- « tiomare. » Tant il craignait qu'en s'attardant à tuer les autres, on ne laissât au chef le temps de s'échapper 1 Une magniiiquc prime est promise à ceux qui l'auront tué. Il fait appuyer la cavalerie par les cohortes. Le succès ne trompa pas son attente. Indutîomare, poursuivi seul par tous, fut atteint au milieu de la rivière, juste au moment où il la franchissait à gué. On Tégorgea et l'on rapporta sa tete au camp. En revenant, nos cavaliers poursuivirent les fuyards et en massacrèrent ce qu'ils purent. A la nouvelle de la mort d'Indutiomare, toutes les forces des Eburons et des Nerves coalisés se retirèrent. Bientôt César put constater que l'état de la Gaule était plus calme.