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LIVRE VI

Guerre contre les Sénons — Guerre couke les Tré vires et Âmbiorix — 2*" passage du Rhin — Mœurs des Gaulois ; mœurs des Germains — Poursuite d'Âm-

biorix — Épisode de cxvalerie — Les Sicambres surprennent Ckéron — Exécution d'Acco.

(701 do nomo — S3 ar. J.-C.)

I. César avait de nombreux motifs pour craindre une insurrection plus générale en Gaule. 11 cliarge ses Lieutenants M. Silanus, G. Antistius, Régînus, et T. Sextius, de faire des levées. En même temps, il s'adresse au Proconsul Cn. Pompée, resté devant Rome avec le commandement suprême pour veiller à la sûreté de PÉtat. Tous les soldats de la Gaule Cisalpine assermentés sous le consulat de Pompée, César prie celui-ci de vouloir bien les rappeler sous les drapeaux et les lui envoyer. 11 attachait une grande importance, même en vue de Tavenir, à inspirer aux Gaulois une haute opinion des ressources de

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ritalie. Il tenait à, leur montrer avec quelle faci* lité, avec quelle promptitude, nous pouvions, en

cas d'échec, non seulement réparer nos pertes, mais mettre en ligne des forces plus imposantes qu'avant. Pompée acquiesça à cette demande, tant dans Tintérêt de la République que par amitié pour César. Grâce à Tactivité des Lieutenants chargés des levées, avant la fin de Thiver trois légions nouvelles se trouvèrent formées et rendues. De cette manière le nombre des cohortes que César avait perdues avec Q. Titurius, se trouva doublé. Celte rapidité et ce déploiement de forces firent voir aux Gaulois quelles immenses ressources le Peuple Romain savait tirer de $on organisation militaire et de sa puissance.

II. Après la mort d'Induiîomare, tué dans les circonstances qu'on a vues plus haut, les Trévîres confièrent le pouvoir à ses proches. Ceux-ci firent de nouvelles démarches auprès des Germains ; ils leur offrirent des subsides. N'obtenant rien des nations Germaines voisines, ils s'adressent à d'autres plus éloignées. Ils parviennent à décider plusieurs d'entre elles. Ils échangent des serments avec elles, leur livrent des otages pour caution de Targent qu'ils s'engagent à leur payer, font entrer dans cette ligue Ambiorix. De tous

côtés on se préparait à la guerre. Les Nerves, les Aduatukes et les Ménapes, augmentés de tous les Germains Gisrhénans, étaient en armes ; les Sénons refusaient de se rendre à Tinjonction de César et se concertaient avec les Carnutes et les peuples voisins ; entin les Trévires dépêchaient aux Germains dcputations sur dépuiations pour les solliciter par des promesses... Dans ces conditions, César jugea qu'il ne pouvait trop tôt entrer en campagne.

III. En conséquence, il n'attend pas la fin de Thivcr ; mais réunissant les quatre légions les plus rapprochées de lui, il marche à Timproviste contre les Nerves. Il ne laisse à ceux-ci ni le temps de se rassembler pour la résistance, ni le temps de se dérober à ses coups par la fuite. Il s'empare d'une grande quantité d'hommes et de bestiaux, distribue le tout comme butin à ses soldats, ravage les champs, et force la nation à se soumettre et à livrer des otages. Après cette rapide expédition, il ramène ses légions dans leurs cantonnements. Suivant sa coutume, il convoqua l'Assemblée de la Gaule pour les premiers jours du printemps. Seuls, les Sénons, les Carnutes et les Trévires s'abstinrent de venir. César considéra leur abstention comme une déclaration de guerre.

Convaincu que toute autre préoccupation devait

disparaître devant celle-là, il transféra l'Assemblée à Lutétîa, chez les Parises. Les Parises et les Sénons sont deux peuples dont les territoires se touchent; de mémoire d'homme, ils n'ont fait qu'un. Toutefois, on disait que dans le cas présent les Parises n'étaient nullement de connivence avec leurs frères. César, après avoir prononcé du haut de son siège cette translation, part le jour même avec ses légions et se dirige à marches forcées sur le territoire des Sénons.

IV* A la nouvelle de l'approche de César, Âcco, le principal insiigalcur Je l insurrcciion, ordonna à la population de se retirer dans Tintérieur des oppides. Mais l'ordre n'avait pas encore eu le temps d'être exécuté, lorsque déjà l'arrivée des Romains était signalée. Forcés d'abandonner leur dessein, ils envoient des députés à César pour demander grâce. Ils ont recours pour cette négodation à Tentrcmise des Edues, leurs anciens alliés. Sur la demande des Ëdues, César ne fit aucune diOiculté à accepter les excuses des Sénons et à leur pardonner. A la veille de la lutte qui allait s'engager, il ne voulait pas perdre une partie de l'été à rechercher les coupables ; il se borna à imposer aux Sénons des otages, qu'il

confia à la garde des Édues. Il reçut, en outre, les

dcpuics et les otages des Garnutes. Ceux-ci avaient eu recours à l'intercession des Rêmes, leurs patrons. César imposa aux Garnutes les mêmes conditions. Puis il alla clore l'Assemblée et fixa le contingent de cavaliers que les Cités auraient à fournir.

V. Après avoir ainsi pacifié cette partie de la Gaule, César pouvait maintenant se donner tout entier à la guerre contre les Trévires et Ambiorix. Il ordonna à Cavarin de le suivre avec la cavalerie Sénonne, dans la crainte que le ressentiment de ce chef envers ses compatriotes, ou la haine qu'il s'était attirée de leur part, ne devinssent des prétextes d'agitation dans le pays. Ces dispositions prises, César, ayant acquis la certitude qu' Ambiorix ne se proposait nullement de livrer bataille, chercha à pénétrer le plan de cet homme. Les Ménapes avaient pour voisins les Éburons. Ceux-ci étaient défendus par des marais sans fin et par des forets. Seuls de tous les peuples de la Gaule, les Eburons n'avaient jamais envoyé de députés à César pour demander la paix. César savait qu'Ambiorix était uni avec eux par les liens de rhospitalité ; il savait encore que, par Tentremise des Trévires, Ambiorix était entré en rap-

ports d'ainhic avec les Germains. Avant de rattaquer par les armes, César regardait comme une chose urgente de lui enlever ces appuis. Il ne voulait pas que, réduit à une situation désespérée, Ambiorix eut la ressource, soit de trouver asile chez les Ménapes, soit de former une ligue avec les peuples Transrhénans. Ce plan arrêté, il envoie à Labicnus, chez les Trévires, tous les bagages de Tarmée avec deux légions. Il garde avec lui cinq légions sans bagages, et, à la tcte de ces forces, marche contre les Ménapes. Ceux-ci, qui se fiaient aux avantages de leur position, n'avaient point rassemblé d'armée, lis se réfugièrent dans leurs forêts et au milieu de leurs marais, et y transportèrent tout ce qu'ils possédaient.

VI. César partage son armée en trois colonnes, dont Tune comniandce par lui, les deux autres par son Lieutenant C. Fabius et son Questeur M. Crassus. Il construit vivement des ponts, envahit la contrée sur trois points simultanément, brûle tout sur son passage, villages et habitations isolées, et fait main basse sur une grande quantité de bestiaux et d'hommes. Les Ménapes sont réduits à envoyer des députés et à faire leur soumission. César reçoit leurs otages, et leur déclare qu'ils continueront à être traités en

ennemis s^ils reçoivent sur leur territoire soit Ambiorix, soit ses lieutenants. Cette afTaîre terminée, César laisse chez les Ménapes de la cavalerie sous le commandement de l'Atrébate Comm, pour tenir la nation en respect. Après quoi, il marche contre les Trévires.

VII. Pendant que César était occupé par ces opérations, les Trévires rassemblaient des forces considérables, tant en infanterie qu'en cavalerie, et se disposaient à attaquer Labiénus, cantonné chez eux avec une seule légion. [Is n'étaient plus qu'à deux journées de marche de lui, lorsqu'ils apprirent l'arrivée des deux légions envoyées par César, lis établirent leur camp à quinze mille pas (22 kilom.) de celui de Labiénus, et décidèrent d'attendre là les renforts des Germains, Labiénus fut informé de la cause de leur inaction. Comptant sur leur témérité, il conçut Tespoir de les amener à accepter la bataille. Il laisse au camp cinq cohortes pour garder les bagages, et s'avance vers Tennemi à la tête de vingt-cinq cohortes et d'une nombreuse cavalerie. Il prend position à une distance de mille pas des Trévires, et se fortifie. Il y avait entre Labiénus et l'ennemi une rivière aux abords escarpés, d'un passage difficile. Labiénus ne songeait nullement à tenter le pas-

sage do cette rivière, et il ne supposait pas que Pennemi y songeât plus que lui. Cependant le bruit de rapproche des Germains se confirmait de jour en jour. Labiénus dit à voix haute, en plein conseil : « Du moment que les Germains « approchent réellement, je ne veux exposer ni « moi, ni Tarmée. Je décampe dès demain au « point du jour. » Dans un si grand nombre de Gaulois faisant partie de Tarmée comme cavaliers auxiliaires, il eiait bien impossible qu'il ne s'en trouvât pas au moins quelques-uns iidèles, dans le fond de leur cœur, à la cause nationale. Aussi ce propos de Labiénus est-il immédiatement reporté à l'ennemi. Pendant la nuit, Labiénus assemble les Tribuns militaires et les Centurions de première classe. Il leur expose son plan. Puis, pour mieux persuader les Gaulois que c'est la peur qui le pousse, il donne ordre de lever le camp avec beaucoup de fracas ei d'agiuiiiun, contrairement aux habitudes Romaines. Grâce à cet artifice, le départ à Tair d*une fuite. Les deux camps se trouvaient à une si petite distance Tun de l'autre, qu'avant l'aube l'ennemi était déjà au courant de tout cela par ses éclaireurs.

VIII. A peine notre arrière-garde avait-elle franchi les retranchements, et déjà les Gaulois

commençaient à s'exciter entre eux. « Cette proie a — disaient-ils — cette proie, si longtemps con- « voitcc, la laisserons-nous ainsi échapper de nos « mains ? Les Romains sont terrifiés... Les Ger- « mains trop longs ù venir. Est-il digne de « guerriers tels que nous d'hésiter à attaquer, « surtout étant si nombreux et ayant affaire à une « poignée de fuyards embarrassés de bagages ? » Là-dessus, ils franchissent la rivière et viennent se placer sur un terrain défavorable pour livrer bataille. Labiénus Tavait prévu, et pour mieux réussir à les aliirer en deçà de la rivière, il continuait sa ruse, il reculait lentement devant eux, comme s'il battait vraiment en retraite. Il envoie ses bagages un peu en avant, et les fait placer sur une hauteur. Puis, tout à coup, s'adressant à ses soldats ; a Soldats — s'écrie-t-il — vous avez ce « que vous demandiez! Vous tenez enfin votre « ennemi dans une position désavantageuse pour « lui, excellente pour vous. Montrez devant le « Lieutenant de César la même valeur que vous « avez montrée. tant de fois devant César en per- « sonne. Conduisez-vous comme si le Général « était présent, comme si vous combattiez sous « ses yeux ! » En même temps, il ordonne de faire demi-tour, de se former en bataille, et de

marcher à Tennemî. Il envoie quelques escadrons pour garder ks bagages, et dispose tout le reste de sa cavalerie sur ses deux ailes. Sans perdre un instant, nos soldats poussent un cri, et lancent leurs javelots. Trompés dans leur espoir, les Gaulois voient tout à coup devant eux des troupes à combattre, au lieu de fuyards qu'ils croyaient poursuivre. Leur surprise est telle qu'ils ne peuvent même pas supporter notre charge. Mis en déroute au premier choc, ils se sauvent dans les forêts voisines. Labiénus, à la tête de la cavalerie, s'élance à leur poursuite. Il en tue un grand nombre, et fait une multitude de prisonniers. Quelques jours après, il reçoit la soumission de la nation ; car, à la nouvelle de cette défaite, les Germains, qui s'avançaient, rebroussèrent chemin. Les parents d'indutiomare, à Tinstigation desquels les Trévires avaient pris les armes, quittèrent le pays à la suite et dans les rangs des Germains. Cingétorix, resté, comme on Ta dit plus haut, constamment fidèle aux Romains, fut mis par César à la tête de la nation et investi de Tautorité souveraine.

IX. Du pays des Ménapes César s'était rendu dans celui des Trévires. Une fois là, il conçut le projet de passer le Rhin, et pour deux motifs :

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D'abord, les Germains avaient envoyé contre lui des renforts aux Tré vires ; puis il fallait fermer celte retraite à Ambiorix. Cette expédition décidée, il fit construire un pont un peu au dessus de Pendroit où Tarmée avait effectué son premier passage. Grâce à Texpérience acquise alors, grâce aussi au zèle des soldats, quelques jours suffirent pour ce travail. César laisse une garde solide à la tête du pont, côté des Trévires, pour le cas où ce peuple serait tente de remuer de nouveau. Puis il franchit le Rhin avec le reste de Tarmée et toute la cavalerie. Les Ubes, dont il avait reçu antérieurement la soumission et les otages, envoient des députés pour se disculper. Ils protestent tt qu'ils n'ont envoyé aucuns renforts aux « Trévires, qu'ils n'ont en aucune façon trahi « leur foi envers les Romains. Ils conjurent César « de les épargner, de ne pas les confondre, dans a sa haine, avec les autres Germains ; de ne pas « les faire payer, eux innocents, pour les coupaa bles. Si, d'ailleurs, il veut de nouveaux otages, a ils sont prêts à le satisfaire. » César se renseigne et apprend que, en effet, ce sont les Suèves, non les Ubes, qui ont envoyé les renforts. Il accepte les excuses des Ubes, et s'enquiert des chemins et des passages qui mènent chez les Suèves.

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