‹ Guerre des GaulesChapitre 46 sur 66 · XXV. Cette forêt Hercynie (i), dont nous · texte numérisé non relu

XXV. Cette forêt Hercynie (i), dont nous

venons de parler, a une longueur de neuf journées de marche accélérée. Impossible de compter autrement, les Germains n^ayant aucune mesure itinéraire. Kile commence à la frontière des Helvètes, des Némètes et des Raurakes, s*étend suivant le cours du Danube jusque chez les Daces et les Anartes ; de là elle tourne à gauche, et

(i) Le nom de forêt Hercynienne fut souvent étendu par les anciens à Tensemble des forêts qui occupaient le centre de la Germanie. César donne déjà à ce nom une acception générale, puisqu'il fait commencer la forêt qu'il appelle ainsi aux frontières des Helvètes, des Némètes et des Raurakes, et qu'il la prolonge suivant la direction du Danube jusqu'au pays des Daces et des Anartes. 11 englobe donc dans la forêt Hercynienne la forêt Marciane et toutes les chaînes boisées de la Bavière et de l'Autriche.

Strabon ne lui assigne guère moins d'étendue, car il nous la représente comme occupant le territoire des Boîes et des Suèves.

Le poète Gaudien la prolonge au Sud jusqu'à la Rhétie. Cette élasticité topographique de la forêt Hercynienne s'explique par ce fait que toute la Germanie, du Sud-Ouest au Sud-Est, apparaissait comme une seule et même forêt, redoutable retraite qu'il fallait absolument traverser pour arriver aux frontières de la Sarmatîe et de la Dacie (Alfred Maury — Forêts de la Gaule^ p. 74).

Claudien mentionne en vers élégants le caractère sacré de la forêt Hercynienne.

Ut procul Hercynis per vasta silentia sylvs Venari tuto lîceat, lucusque vetusta Relligione tnices et robora numimis instar.

(Claudian. de laud. Stilich. I — 328-30)

GU£RR£ D£S GAULES. 2g3

remonte en s^éloignant du Danube. Dans son immense parcours, elle sert de frontière à un grand nombre de peuples. Dans cette région de la Germanie, personne, même après soixante jours de marche, ne saurait dire ni où la foret commence, ni où elle finit. On y trouve plusieurs espèces d'animaux inconnues ailleurs. Voici celles qui s'éloignent le plus des espèces connues et qui méritent d*étre citées.

XXVI. D'abord, un grand animal ressemblant à un cerf, mais portant au milieu du front, à égale distance de Tune et de l'autre oreille, une corne unique. Cette corne est plus haute et plus droite que celles des bêtes que nous connaissons. Elle porte à son sommet de larges rameaux s'étendant en forme de palmes. Le mâle et la femelle se ressemblent exactement, et leurs cornes ne pré-* sentent entre elles aucune différence, ni pour la dimension, ni pour la forme.

XXVII. Puis, un animal qu'ils nomment Elan. Pour la forme, c'est à peu près le chevreau ; mais avec une fourrure mouchetée et une taille sensiblement plus élevée. En outre, TÉlan n'a pas de cornes, et ses jambes sont d'une seule pièce, sans articulations. Aussi est-il force de dormir debout. S'il vient à tomber, il ne peut

294 césAR.

ni se relever, ni se remettre sur pattes. Ces «nimaux gîtent le long des arbres. Ils s'appuient contre les troncs, se tiennent légèrement inclinés, et dorment dans cette position. Quand les chasseurs ont dcpistc un Elan et qu'ils ont découvert son gîte, ils déracinent ou sapent à rez terre tous les arbres de l'endroit, mais en ayant soin de ne pas les abattre et de leur laisser Tapparence d*arbres qui se tiennent parfaitement. L'Élan vient à son heure habituelle, s'appuie contre Tarbre. L'arbre cède sous le poids et roule en entraînant la bête avec lui.

XXVIII. Enfin, un troisième animal, TUrus (i). L'Urus est d'une taille un peu au-dessous de celle de T Éléphant. Sa couleur et son aspect sont ceux d'un taureau. Aussi vigoureux que rapide, il n'épargne ni hommes ni bêtes, attaque indistinctement tout ce qu'il aperçoit. On s'appli-

(i) Huit siècles plus tard, Charlemagne chassait encore rc/rtis dans la forêt Hercynienne ; mais XVrus avait changé de nom, et 8*appelait de son temps le Bubale,

En allant porter la guerre en Bohème il traversa cette forât et s'y livra au plaisir de la chasse.

Venationem ^ubalorum cœterarumque ferarum per saltum Hircanum exercuil (Eckart. de rcbus Franc. Ori.nt. — T. U, p, 33).

Les bubales ne sont pas autre chose que les Urus de César.

que à creuser des fosses pour le prendre et pour

le détruire. Cette chasse offre aux jeunes gens un excellent exercice pour les endurcir aux fatigues. Ceux qui ont tué le plus d'Urus en exposent publiquement les cornes, comme preuves de leurs prouesses, et cela leur fait beaucoup d'honneur. L'Urus ne s'apprivoise pas ; même pris tout petit, il reste farouche. Comme grandeur, comme forme et comme disposition, les cornes de TU rus ditfèrent essentiellement de celles du bœuf. Elles sont très recherchées. On les garnit d'un cercle d'argent et on s'en sert comme de coupes dans les grands festins.

XXIX. Quand César eut appris par les éclaireurs des Ubes que les Suèves s'étaient retirés dans les forets, il craignit d'exposer son armée à la disette, car (on Ta dit plus haut) les Germains font très peu de culture. Il résolut donc de ne pas s'engager plus avant dans la contrée. Mais, pour maintenir les Germains sous le coup d'une nouvelle menace d'invasion, en même temps que pour retarder l'arrivée de leurs renforts en Gaule, après avoir fait repasser l'armée, il coupa son pont à un bout, du côté des Ubes, sur une longueur de deux cents pieds. A l'extrémité de la partie tronquée, il éleva une tour à quatre étages,

établit sur la rive Gauloise un poste de douze cohortes pour garder la tête du pont, et protégea le tout par de forts retranchements. Il confia au jeune C. Vokatius Tulius le commandement du poste et des troupes. Après quoi, les blés commençant à mûrir, il se porta de sa personne contre Ambiorix à travers la forêt des Ardennes. Cette foret est la plus grande de toute la Gaule. Elle s'étend depuis les bords du Rhin et le territoire des Trévires jusqu'au pays des Nerves, sur une longueur de plus de cinq cent mille pas. Toute la cavalerie, sous les ordres de L. Minucius fiasilus, part en avant pour tâcher de profiter des avantages d'un mouvement rapide et de saisir quelque occasion favorable. César recommande à Basilus de ne pas allumer de feux dans ses haltes, afin qu'aucun indice ne révèle son approche. Il lui donne l'assurance qu'il le suit de près.

Page 1