XXX. Basilus exécute ponctuellement les
ordres de César. Il s'avance rapidement, et, avant que sa marche ait été éventée, il tombe à Timproviste au milieu des Gaulois occupés dans leurs champs. Sur leurs indications, il va droit à une villa où Ambiorix se trouve — lui dit-on — en personne, entouré de quelques cavaliers seulement. Le
hasard est un grand maître, à la guerre comme
ailleurs. D'un côte, ce fut pour Basilus un bonheur singulier de pouvoir ainsi arriver jusqu'à Ambî'orix sans que celui-ci se doutât de rien, sans qu'il eût eu le loisir de se mettre en défense, sans que la nouvelle de rapproche des Romains lui eût été apportée ni par la rumeur publique, ni par des courriers. D'un autre côté, ce ne fut pas pour « Ambîorix une moindre chance de pouvoir échapper à la mort dans les circonstances où il fut surpris, après s*être vu enlever tout son bagage, ses chevaux, ses voitures. Mais voici ce qui se passa. Les Gaulois, dans le but de rechercher la fraîcheur, choisissent volontiers le voisinage des bois et des rivières pour y construire leurs habitations. Gomme toutes les autres, celle d'Ambiorix se trouvait située au milieu des bois. Ses gardes et se§ amis arrêtèrent quelques instants nos cavaliers dans un défilé. Pendant cet engagement, un des gens de sa suite eut le temps de le faire sauter sur un cheval. Le bois protégea sa fuite. Et ce fut ainsi que le hasard, après Tavoir mis à deux doigts de sa perte, le tira d'affaire.
XXXI. Quelle raison empêcha Ambiorix de se mettre à la tête de ses forces? Jugea-t-îl le
moment inopportun pour livrer bataille ? Pensais
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t«il qu'il n^aurait pas le temps nécessaire pour s'y
préparer ? L'arrivée soudaine de notre cavalerie le força-t-il à renoncer à cette entreprise en lui faisant croire que le reste de notre armée était déjà là ? Toujours est-il quUl dépêcha en secret des courriers dans les campagnes et ordonna un sauve-qui-peut général. Une partie des rebelles se réfugia dans la forêt des Ardennes, Pautre dans les marais coniigus. Ceux qui habitaient le plus près de la mer cherchèrent un asile dans les îles qui se forment à marée haute. Un grand nombre abandonnèrent la contrée et se sauvèrent avec tous leurs biens. Catuvolke, roi de la moitié de la nation des £burons, s'était associé aux projets d'Ambiorîx. Accablé par Page, il ne se sentit plus assez de force pour supporter ni les fatigues de la guerre ni celles de la fuite. Maudissant mille fois Ambiorix qui Tavait embarque dans cette aventure, il s'empoisonna avec de Tif, arbre très commun en Gaule et en Germanie.
XXXII. Deux populations d'origine Germanique, les Sègnes et les Condruses, établis entre les Éburons et les Trévires, envoyèrent des députés à César. Ils le prièrent de ne pas les compter au nombre de ses ennemis. « Ne croyez pas — « lui dirent-ils — que tous les Germains Cisrhé-
a nans fassent cause commune contre vous. Quant « à nous, jamais nous n'avons songé à faire la « guerre contre les Romains ; jamais nous n'avons « fourni un seul homme à Ambiorix. » César interrogea les prisonniers pour savoir si telle était la vérité. Il ordonna aux Sègnes et aux Condruses de lui amener tous les Éburons réfugiés chez eux. A cette seule condition il promit de respecter leurs champs. Alors il divisa son armée en trois corps et fit transporter les bagages des trois corps à Aduatuka. Aduatuka est le nom d'un fort situé à peu près au centre du territoire des £burons, celui dans lequel Titurius et Aurunculéïus avaient pris leurs quartiers (l'hiver d'avant). Cette position convenait à César sous plus d'un rapport, mais particulièrement en ce que les fortifications de l'année précédente étaient restées exactement dans le môme état, ce qui allégeait d'autant le travail des troupes. Il confia la garde du bagage à la quatorzième légion : c'était Tune des trois récemment levées et reçues d'Italie. Il plaça cette légion et le fort sous le commandement de Q. TuUius Cicéron, avec deux cents chevaux.
XXXIII. César divise le reste de son armée en trois corps. Il ordonne à Titus Labiénus de s'avancer avec trois légions dans la direction de
r Océan jusqu'au pays qui sert de limites à celui des Ménapes. Il envoie C.Trébonîus avec trois autres légions ravager la contrée voisine des Aduatukes. Lui-même, à la tête des trois dernières, décide de se porter sur TEscaut, rivière qui se jette dans la Meuse ( i ), pour atteindre Teztrémité de la forêt des Ardcnnes. Là — disait-on — s^était retiré Ambioriz, à la tête d^un parti de cavalerie. César, en partant, annonce que son absence ne se prolongera pas au-delà de sept jours, c'est-à-dire qu'il sera de retour précisément le jour où devra avoir lieu la distribution des vivres pour la légion demeurant à la garde du bagage. Il prescrit à Labiénus et à Trébonius de revenir, eux aussi , pour cette même date, à moins d'empêchements graves. « Alors — dit-il « — nous pourrons nous concerter de nouveau, tt La pensée de l'ennemi étant mieux connue de « nous, il nous deviendra possible de combiner flr un plan dclinitif de campagne. »
XXXIV. Nous Tavons dit, il n'y avait, du côté de Tennemî, ni armée en ligne, ni forteresse mise en état de soutenir un siège et enfermant des défenseurs. C'était une multitude de détachements
(i) Sic.
GUKHRE DES GAULES. 3oi
dispersés sur tous les points. Partout où une vallée profonde, un bois loudu, un marais inaccessible leur offrait, soit un avantage pour la défense, soit une facilite pour la retraite, ils prenaient position là. Ces endroits étaient connus de tous les gens des environs, et il fallait déployer une activité incessante pour veiller, non au salut du corps d'arnice lui-mcmc (que pouvait-on redouter d'hommes démoralisés par la peur et combattant, pour ainsi dire, un à un?], mais à la sécurité de chaque soldat isolément, ce qui revenait à défendre l'armée en détail. Le désir de faire du butin entraînait souvent nos légionnaires un peu loin, et, dans une marche à travers buis, par des
chemins à peine frayés, incertains, les troupes ne
pouvaient pas s'avancer en corps. Voulait-on arriver à un résultat et exterminer ces bandits, il fallait, dans ce cas, disséminer les troupes, les former en pelotons isolés. Préférait-on garder l'armée massée et compacte, conformément à Tart militaire et à la tactique Romaine, alors la nature même de la contrée où Ton opérait, servait de déiense aux Barbares. Pour nous dresser des embuscades, pour envelopper nos soldats isolés, renneini retrouvait son audace. Au milieu de ces difficultés, César dut recourir à une extrême
prudence. Quel que fût le désir de vengeance qui
ranimât^ il se préoccupa moins de faire du mal aux ennemis qu^à empêcher ceux-ci de lui en faire. En conséquence, il expédie des courriers chez tous les peuples d'alentour. Il les attire par Tespoir du butin; il les convie, tous en masse, à la curée des Ëburons. Dans cette lutte sous bois, il aimait beaucoup mieux risquer la vie des Gaulois que celle des légionnaires. En même temps, il tenait à réunir assez de monde pour pouvoir tirer vengeance d'un si grand forfait en exterminant jusqu^au nom des Eburons. Bientôt une horde innombrable accourut de toutes parts à son appel (i).
XXXV. Telles étaient les opérations militaires qui avaient lieu sur les divers points du territoire
des Eburons, et déjà approchait le septième jour, terme fixé par César pour le retour auprès des bagages cl de la légion qui les gardait. A ce moment, la Fortune montra quel rôle elle joue à
(i) Détails abominables. La pensée cI*exposer les auxiliaires, de les sacrifier pour épargner les légionnaires Romains, est d*un cynisme révoltant. Quant à cette chasse à rhomme, savamment organisée, quant à cette détermination arrêtée de supprimer par le fer toute une population jusqu^au dernier homme, c'est une grande honte pour la civilisation Italienne de Tan 53 av. J.-C.
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la guerre, et quels graves incidents elle y produit parfois. On a vu plus haut que Tennemi se trou« vait dispersé, affolé par la terreur, sans un noyau d'armée à nous opposer, hors d'état de nous inspirer la moindre crainte. Cependant la nouvelle
du sac des Eburons et de l'appel adressé à tous pour y prendre part, franchit le Rhin et arriva aux Germains. Les Sicambres, voisins du Rhin, ce même peuple que nous avons vu plus haut recueillir chez lui les Tenctères et les Usipètes vaincus, les Sicambres rassemblent immédiatement un corps de deux mille cavaliers. Cette cavalerie franchit le Rhin sur des bateaux et sur des radeaux, à trente mille pas au-dessous de • Tendroit où César avait jeté un pont et établi un poste. Ils commencent par envahir l'extrémité du territoire des Eburons, ramassent une foule de fuyards, font main basse sur un nombreux bétail, sorte de butin dont les Barbares sont le plus avides. Peu à peu, cédant à l'attrait du pillage, ils s'avancent davantage. Nés dans la guerre et dans le brigandage, rien ne les arrête, ni bois, ni marais. Ils interrogent des prisonniers et leur demandent où est César ? Les autres répondent : « Ccsar est bien loin d'ici. L'armée Romaine a « évacué le pays. » L^un d'eux ajoute : « Que
« perdez-vous votre temps à courir, comme vous a faites, après une proie chétive et misérable, a quand la fortune s^offre à vous ? En trois heures a de marche vous pouvez atteindre Aduatuka. c C'est là que Parmée Romaine a déposé toutes 0 ses richesses. La garnison est si faible qu'elle ne et pourra même pas border le rempart. Toute « sortie lui est absolument impossible. » Confiants dans cet espoir, les Germains cachent le butin déjà ramassé par eux et marchent sur Adualuka, guidés par le prisonnier qui leur a fourni ces indications.
3CXXVI. Conformément aux instructions de César, Cicéron avait, jusqu'alors, veillé avec le plus grand soin à tenir ses troupes renfermées dans rintérieur du fort. Les valets eux-mêmes avaient été privés de la liberté de sortir du rempart. Quand le septième jour fut venu, César commença à se demander si César ne dépasserait pas le terme fixé. On disait que César s'était avance très loin ; on n'avait aucun indice de son retour. En outre, Cicéron était influencé par les murmures de ses soldats. Ceux-ci critiquaient son obstination à les consigner dans les retranche^ ments. « Nous sommes comme des assiégés » — disaient-ils. Il se voyait couvert par neuf légions,
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soutenues par une nombreuse cavalerie ; il savait les forces des Ëburons détruites et mises à néant. Dans ces conditions, il crut pouvoir sans imprudence s'éloigner du camp à une distance de trois mille pas. Il envoya donc cinq cohortes moissonner dans des champs tout proches de là, et dont il n'était séparé que par une colline. Toutes les légions avaient laissé leurs malades à Aduatuka et ils étaient en assez grand nombre ; mais pendant cet intervalle de sept jours, environ trois cents de ces malades s'étaient rétablis. On les forma en une cohorte. Puis venaient une multitude de valets et une longue file de bêtes de somme, que l'on avait laissées en dépôt dans le fort. Tout cela profita de la permission et sortit avec les troupes.
XXXVII. Juste à ce moment, arrivent les cavaliers Germains. Sans s'arrêter, ils fondent d'un trait sur la porte Décumane et menacent d'en forcer l'entrée. Masqués par le bois, qui s'étendait de ce côlc, ils ne furent aperçus que lorsque déjà ils étaient sur nous. Leur apparition fut si soudaine, que les vivandiers, dont les cantines étaient établies sur la contrescarpe, n'eurent même pas le temps de se réfugier dans le fort. Nos soldats, brusquement surpris, perdent la tête. La cohorte
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de garde a beaucoup de peine à soutenir le premier choc. L'ennemi se répand^de tous les côtés et tourne tout autour du camp pour chercher un passage. Nos soldats peuvent à peine défendre les portes. Quant à Tenceinte elle-même, elle est sufllsamment défendue et par sa position et par les ouvrages. L'alarme est partout. Chacun demande à son voisin la cause du tumulte. On ne sait ni sur quel point porter les enseignes, ni comment distribuer les postes de combat. L'un crie : « Les Barbares sont maîtres du camp 1 » Tautre : « L'armée est anéantie, César tué. Voici ' « les Gaulois qui arrivent sur nous après leur » avoir passé sur le corps. » La plupart, songeant au lieu où ils se trouvent, sont frappés d'une terreur superstitieuse. Ils se représentent le désastre de Cotta et de Titurius, massacrés précisément dans ce même fort. A la vue' d'une terreur si profonde, les Barbares ne doutent plus de la vérité des assertions du prisonnier : ils se persuadent que le camp est sans défense. Ils redoublent d'efforts pour y pénétrer et s'encouragent mutuellement à ne pas laisser échapper une si belle occasion.
XXXVIII. Au nombre des malades laisses dans le camp se trouvait Publius Sextius Baculus,
GUERRE DES GAULES. 3oj
ce même Prîmîpîle qui avait servi sous les ordres de César et dont il a été question dans le récit des précédents combats. Depuis sept jours il n'avait pris aucune nourriture. Inquiet pour lui-même et pour tous, il sort de sa tente et s'avance sans armes. Il voit que Tennemi est menaçant, que la situation est des plus graves. Saisissant les armes du premier venu, il court se placer à l'une des portes. Il y est rejoint aussitôt par les Centurions de la cohorte de service. En réunissant leurs efforts, ils parviennent à organiser momentanément la résistance. Sextius reçoit plusieurs blessures graves. Il s'évanouit. On le passe de mains en mains et on ne le sauve qu'avec beaucoup de peine. Ce commencement de combat permet à nos hommes de se retrouver un peu et leur donne tout juste assez de courage pour oser se tenir sur le rempart et présenter un semblant de défense.
XXXIX. Cependant nos soldats avaient achevé leur moisson. En revenant, ils entendent des clameurs. Les . cavaliers se portent en avant et voient le danger. Nuls retranchements pour s'abriter. Les soldats, nouvellement enrôlés, sans nulle expérience de la guerre, se tournent vers le Tribun et les Centurions et attendent des ordres.
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Un danger imprévu déconcerte même les plus
braves. Les Barbares, apercevant de loin nos enseignes, abandonnent l'offensive. Dans le premier moment, ils croient au retour de Tarmée, contrairement au rapport des prisonniers qui la disaient loin. Mais bientôt, pleins de mépris pour cette poignée d'hommes, ils fondent sur nous de
toutes parts.
XL. Les valets se sauvent à toutes jambes sur une hauteur voisine. Bientôt chassés par Tennemi, ils se jettent affoles au milieu des manipules et sous les enseignes, et augmentent encore Tépouvante des soldats. Les uns disent : « Il faut nous « former en coin, faire une vigoureuse trouée à « travers la ligne ennemie et gagner le camp,
dont nous sommes si près. Quelques-uns péri- « ront, mais le reste sera sauvé. » D'autres soutiennent qu il vaut mieux tenir ferme sur la colline et courir tous ensemble la même fortune. Ce dernier avis ne fut pas celui des vétérans, de ceux qui, ainsi qu'on Ta dit plus haut, avaient été réunis sous une enseigne commune. Ils s'encouragent entre eux, et, sous le commandement de Caius Trébonius, Chevalier Romain, qui avait été mis à leur tète, ils se précipitent à travers les Germains et parviennent jusqu'au fort, sans avoir
perdu un seul homme. Les valets et les cavaliers s^élancent à leur suite et doivent leur salut à la vigueur de ces braves. Quant aux jeunes soldats qui étaient restés sur la colline, trop novices à la guerre, ils ne surent ni persister dans leur premier plan qui consistait à protiter des avantages de leur position, ni imiter le fougueux élan qu'ils avaient vu si bien réussir à leurs compagnons. En s'efforçant de se rapprocher du camp, ils s'engagèrent sur un terrain désavantageux. Leurs Centurions, dont plusieurs avaient mérité par leur courage d'être élevés des grades inférieurs d'autres légions aux grades supérieurs de celle-ci, ne voulurent pas déchoir. Ils se firent tuer en combattant avec la plus grande vigueur. Leur héroïque défense tint Tennemi un peu en respect et permit à une partie des soldats de gagner le camp, où ils arrivèrent sains et saufs, comme par miracle. Le reste fut enveloppé et taillé en pièces par les Barbares.
XLI. Les Germains, voyant nos remparts garnis de défenseurs, renoncèrent à Tespoir d'emporter le fort. Ils reprirent le butin qu'ils avaient laissé en dépôt dans la foret, et repassèrent le Rhin. Même après leur départ, la panique dura encore. Elle était si forte que Calus Volusénus, qui mar-
chait en avant-garde avec la cavalerie, étant arrivé ' au camp cette nuit-là, eut toutes les peines du monde à persuader les soldats que César le suivait avec Tarmée intacte. L'épouvante avait si bien bouleversé les esprits, que personne n^avaît plus la tête à soi. « L'armée — disait-on — n'existe « plus... Seule, la cavalerie a pu échapper au « massacre par la fuite... S'il était vrai que l'ar- « mée fût encore debout, est-ce que les Germains a auraient osé venir attaquer le camp? » L'arrivée de César dissipa ces terreurs.
XLII. Une fois de retour, César, qui connaissait les hasards de la guerre, ne fit entendre aucuns reproches. Il se plaignit simplement que Ton eût fait sortir les cohortes du poste qu'elles étaient destinées à garder. On n'aurait pas dù s'exposer au moindre risque. Dan^ cette surprise, les Germains avaient été singulièrement favorisés par le hasard ; mais — au jugement de César — nous l'avions été nous-mêmes encore plus qu'eux. En effet, les Barbares étaient déjà à moitié maîtres de nos retranchements et il avait tenu à bien peu de chose qu'ils ne s'emparassent tout à fait du camp. Le plus curieux de tout ceci, ce fut que les Germains, venus en Gaule pour piller les Eburons, se trouvèrent, par suite de cette attaque du campi
avoir agi, au contraire, comme les auxiliaires les plus dévoués du chef Gaulois. .
XLIII. César se remit en campagne pour porter de nouveaux coups à Tennemi. En réunissant loulcs les forces des nations d'alentour, il put disposer d*une armée innombrable, qu'il lit rayonner dans tous les sens. Au fur et à mesure que Ton rencontrait soit un village, soit une habitation quelconque, on l'incendiait. Pas un coin du territoire n'échappa au pillage. Cette immense multitude d'hommes et de chevaux consomma pour sa nourriture tout le blé du pays ; en outre, les récoltes sur pied furent versées par les orages et par les pluies. Par suite, même en admettant qu'un certain nombre d'Ëburons eussent réussi à nous échapper pendant cette expédition, nous avions la presque cenitude qu'ils mourraient de faim après notre départ. Notre cavalerie clait tellement nombreuse, qu'elle battait le pays dans tous les sens. Maintes fois, des prisonniers affirmèrent avoir vu Ambiorix fuyant. « Nous venons de Tapercevoir... Il ne doit pas être loin ». Voilà ce qu'ils disaient, et nos soldats se donnaient un mal infini pour tâcher de l'atteindre. lîs savaient qu'une telle capture leur vaudrait la reconnaissance de César, et, stimulés par cette pensée, ils
faisaient de véritables prodiges. Il s'en fallait toujours d^un rien qu^îls ne missent la maîn sur Ambiorix, mais, en delinitive, Ambiorix leur échappa. Il se cachait dens des cavernes et au iuiid des bois. La nuii, à la faveur des ténèbres, il réussit à gagner une autre région. Quatre cavaliers seulement raccompagnaient dans sa fuite. C^étaient les seuls hommes à qui il osât confier sa vie.