‹ Guerre des GaulesChapitre 49 sur 66 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Soulèvement général des Gaules — Vercingétorix — Marche de César par les Cévennes — Prise de Vellannodanum, de Génabum, de Noviodunum — Siège de Gergovie — Échec de César de7ant Gergovie — Défection des Édues — Campagne de Labiénus contre les Parises — Bataille de Lutétia et mort héroïque de Eamulogène — Jonction de César avec Labiénus — Opérations snr la Saône — Vercingétorix s'enferme dans Âlésia — Siège d'Alésia — Donble investissement — Armée de secours — Trois batailles successives — Défaite de l'armée de secours ■— Reddition de la place — Vercingétorix se rend à César.

(10S dd Kuijie — av. J.-C.)

I. La Gaule pacificc, César, ainsi qu'il Tavait décidé, se rend en Italie pour y tenir les Etats. Là, il apprend le meurtre de P. Clodius. Il est, en outre, informé du Sériatus - Consulte qui appelle aux armes toute la jeunesse d'Italie. Il en proiite pour faire faire une levée dans toute la Province. Ces nouvelles se répandent promptemcnt dans la Gaule Transalpine. La vérité s'alicre

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en passant de bouche en bouche. Les imaginations travaillant, on arrive à se persuader (la chose ne manquait pas de vraisemblance] que César est retenu en Italie par les troubles de Rome, et que la gravité des événements le met dans rimpuissance de rejoindre Tarmée. Les Gaulois, qui souflVaient avec tant d'impatience le joug des Romains, saisissent ce prétexte pour songer à la guerre avec plus de liberté et d'audace. Les chefs provoquent des conciliabules dans les lieux écartes, au fond des forets. Ils se plaignent de Texécution d'Acco ; ils montrent que pareil sort les attend eux-mêmes; ils déplorent le sort de toute la Gaule. Promesses et récompenses, ils mettent tout en œuvre dans le but de provoquer quelques-unes des nations à prendre Tinitiative du mouvement et à se dévouer pour la cause de la liberté nationale. « Avant tout — disent-ils « — il s'agit d'isoler César de son armée avant a qu'il n'ait eu vent de nos desseins. La chose est « aisée. D'une part^ les légions n'oseront pas a sortir de leurs cantonnements en Tabscnce de a leur Général ; de l'autre, le Général ne pourra « pas rejoindre ses légions sans le secours d'une « escorte. Enfin, mieux vaut mourir les armes à « la main, qu'abditjuer pour toujours et notre

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(t vieille gloire militaire, et notre liberté, ce « double héritage de nos ancêtres ! »

II. A la suite de ces délibérations, les Carnutes déclarent qu'ils sont disposés à affronter tous les périls pour le salut commun, et ils s'engagent à donner le signal de l'insurrection. On ne pouvait échanger des otages sans courir le risque d'ébruiter l'affaire. Pour remplacer cette garantie, les Carnutes demandèrent que toutes les Cités conjurées prêtassent serment sur les étendards réunis en commun. C*est, chez les Gaulois, la forme la plus sacrée du serment. Les Carnutes sont comblés déloges. Tous les Gaulois présents jurent de marcher avec eux, et, après avoir fixé la date précise de l'exécution, on se sépare (i).

III. Le jour dit, à un signal donné, les Carnutes, ayant à leur tête Cotuat et Conétodun,

(i) Tout se réunissait pour rendre cette guerre-ci terrible: une jeunesse nombreuse et brillante» un immense approvisionnement d^armes rassemblées de toutes parts, les fonds énormes accumulés dans ce but, les forteresses mises en état, les lieux inaccessibles où la population non militante s'était réfugiée. On était en plein hiver. Les rivières étaient prises, les forêts couvertes de neige, les campagnes changées en marais, les routes ou ensevelies sous les neiges, ou inondées par le débordement des rivières. Tout faisait croire aux Gaulois que César ne pourrait les attaquer (Plutarque — César — par. 28).

deux risque-tout, se portent sur Génabum et massacrent les citoyens Romains établis dans cette ville pour y faire du commerce. Au nombre des victimes se trouva C. Fusius Cita, honorable (i) Chevalier Romain, à qui César avait confie la direction de Tapprovisionnement. Tous leurs biens furent livres au pillage. La nouvelle de ce massacre se répandit rapidement dans toutes les Cités de la Gaule. Car, des qu'il se passe un fait remarquable et d'une importance exceptionnelle, il est cric à travers la campagne et transmis à voix d'homme de proche en proche. Ce fut ainsi que le massacre, accompli à Génabum au lever du soleil, avant la ân de la première veille (8 h. du soir), était déjà connu chez les Arvernes, c'està-dire à une distance de cent soixante mille pas (236 icilom.).

IV. 11 y avait alors chez les Arvernes un jeune chef jouissant d'une grande autorité, malgré son âge. C'était Vercingétorix, iils de Keliill (2), Keltill avait été élevé au premier rang dans la

(1) Formule honorifique.

(2) Ver-cingeto-righ (Kingeadh-/r/ait<^ats)-* grand chef des braves. Kelt-ile (Irl.) — Celte fameux.

« Alors — dit Florus — parut ce guerrier à la haute « taille, aux armes et à Tair redoutables, et dont le nom seul « inspirait la terreur ».

Gaule ; mais ses compatriotes Arvernes Tavaient mis à mort pour le punir d'avoir visé à la Royauté, Vercingétorix, obéissant au même motif (que les Carnutes), appelle à lui ses clients et n'a pas de peine à les enflammer. Dès que Ton apprend sa résolution, on court aux armes. Son oncle Gobaniiion, d'accord avec les autres chefs Arvernes, ne juge nullement à propos de jeter la nation dans ces hasards et le chasse de Gergovîe (i). Vercingctorix ne se tient pas pour battu. 11 lève dans la campagne une troupe de gueux et de vagabonds. A la tcte de cette bande, il entraine dans son parti tous ceux qu'il rencontre sur ses pas. Il les exhorte à s'armer pour la cause de l'indépendance nationale. Bientôt il se trouve à la icie de forces imposantes, et, prenant sa revanche sur ceux qui Vont chassé de Gergovie, les en chasse à leur tour. Ses compatriotes le décorent du titre de Roi. Il expédie aussitôt des courriers dans toutes les directions et adjure tous les Gau« lois de ne pas reculer. En peu de temps il a pour alliés les Sénons, les Parises, les Pictons, les

(i) Faut-il suivre ici un érudit local, le très savant, mais très audacieux Auguste Caliet, et admettre comme étymologîe du nom de Gergovie : ger ou ker (ville) et gof (forgeron), c'est-à-dire Cité des forgerons.

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Cadurkes, les Turons, les Aulerkes, les Lemovikes, les Andes, ainsi que les autres peuples du llttorâl de l'Océan. D'un commua accord, on lui défère le souverain commandement militaire. Revêtu de cette autorité, il se fait livrer des otages par les nations coalisées et il leur ordonne de lui envoyer dans le plus bref délai un contingent de combattants quUl leur fixe. 11 règle la quantité d'armes que chacune d'elles devra fabriquer, la date précise à laquelle ces armes devront être prêtes. Il donne particulièrement ses soins à la formation de sa cavalerie. A une activité excessive il joint une excessive sévérité. Ceux qui hésitent, il les détermine à l'aide d'une pénalité effroyable. Pour une faute grave, la mort par le feu ou dans les supplices les plus cruels ; pour une faute plus légère, les oreilles coupées ou les yeux crevés, et le coupable renvoyé chez lui dans cet état afin que Ténormité de son châtiment y serve de leçon et d'épouvantail à ses compatriotes.

V. Grâce à ces moyens de terreur, Vercingétorix se trouve promptement à la tête d*une armée. Alors, il envoie chez les Rutènes, avec une partie de ses forces, le Cadurke Luctérie, homme d'une remarquable audace, et s'avance de sa personne contre les Bituriges. A son appro-

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che, les Bituriges députent aux Édues, leurs

alliés, et leur demandent des renforts qui les mettent à même d'opposer à Tennemi une résis* tance sérieuse. Sur Tavis des Lieutenants, laissés par César à la tête de Tarmée, les £dues envoyèrent effectivement de Tinfantcric et de la cavalerie au secours des Bituriges. Mais, arrivées à la Loire, qui sépare le tcnituirc des Bituriges de celui des Édues, ces troupes restèrent quelques jours immobiles, sans oser passer le fleuve. Elles finirent par rebrousser chemin et contèrent à nos Lieutenants que le soupçon d'une trahison de la part des Bituriges les avait empêchées d'aller plus loin. Elles prétendaient avoir découvert le plan de ceux-ci, plan qui, suivant leur dire, aurait coiiconsisté à laisser passer la Loire par les Edues pour les prendre ensuite entre deux armées, c'està-dire entre Tarmée des Bituriges et celle des Arvernes. Cette explication qu'ils fournirent aux Lieutenants fut-elle sincère ? Ne doit-on pas plutôt imputer leur conduite à la trahison? C'est ce qu^on ne saurait décider, faute de preuves. Quoi

qu'il en soit, les Edues ne se furent pas plus tôt retirés que les Bituriges se réunirent aux Arvernes.

VI. César était encore en Italie, quand il reçut la nouvelle de ces événements. Voyant que^ grâce

à Tattitude énergique de Cn. Pompée, les affaires

de Rome commençaient à prendre une meilleure tournure, il partit pour la Gaule Transalpine. En y arrivant, il se trouva en présence d'une grosse diâiculté. De quelle façon allait-il s'y prendre pour rejoindre l'armée? Faire venir à lui les légions, c'était les mettre dans la nécessité de livrer bataille sans leur Général ; d'un autre côté, aller les retrouver lui-même, c'était se condamner à traverser des populations auxquelles, malgré leur apparente tranquillité, il ne jugeait pas prudent de confier sa personne.

VII. Sur ces entrefaites, le Cadurke Luctcric, envoyé en expédition chez les Rutènes, gagne cette nation à la cause des Arvernes. Il s'avance ensuite chez les Nitiobriges et chez les Gabaies, reçoit les otages de ces deux nations, réunît de grandes forces, et marche sur la Province Romaine pour Fenvahir du côté de Narbonne. A la nouvelle de ce mouvement, César jugea que le plus pressé était de partir pour cette ville. En y arrivant, il rassure les esprits, établit des postes Chez les Rutènes Provinciaux, chez les Volkes Arckomikes, chez les Tolosates, et tout autour de Narbonne, c'est-à-dire sur toute la région menacée. Puis, il ordonne à une partie des troupes de

la Province et au renfort ramené par lui d'Italie d'opérer leur jonction sur le territoire des Helves, nation limitrophe des Arvernes.

VIII. Ces mesures arrêtent Luctérie et le forcent à s'éloigner, car il ne jugeait pas prudent de s'engager entre nos garnisons. César se rend chez les Helves. Les Arvernes et les Helves sont séparés par les Cévennes, et, dans cette saison, la plus rigoureuse de Tannée, une neige de six pieds d'épaisseur rendait la route impraticable. César fait déblayer le terrain en marchant, et, à force de travail, ses troupes lui ouvrent un chemin. Il arrive sur le territoire des Arvernes, et tombe sur eux à rimproviste. Les Arvernes, en effet, se croyaient protégés par les Cévennes comme par une muraille, et il était sans exemple que même un voyageur isolé se fût aventure à pareille époque de Tannée dans les sentiers de la montagne. César ordonne à sa cavalerie de battre le pays aussi avant que possible pour frapper Tennerai d'une plus grande terreur. Vercingétorix est promptement informé de ces événements et par la rumeur publique et par des courriers qu'on lui expédie. Les Arvernes, éperdus, accourent . auprès de lui. Ils le conjurent de prendre en pitié leur situation, d'empêcher Tennemi de con-

sommer leur ruiae, de considérer que c^est sur

eux seuls que porte tout le poids de la guerre. Il se laisse émouvoir, lève son c^mp, et quittant le pays des Bituriges, s^avance sur le territoire des

Arvernes.

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