‹ Guerre des GaulesChapitre 8 sur 66 · LI. Le lendemain, César ne laissa dans Pun · texte numérisé non relu

LI. Le lendemain, César ne laissa dans Pun

et dans l'autre de ses deux camps que juste le nombre d'hommes indispensable pour les garder, et, comme ses troupes légionnaires étaient, inférieures en nombre aux troupes d' Arioviste, il eut soin de disposer devant le petit camp et face à Tennemi toutes ses troupes auxiliaires, pour qu'elles eussent Pair de faire partie des légions. Puis, il rangea son armée sur trois lignes et s'avança de sa personne contre le camp des Germains. Ceux-ci

G.-J. ciSÀR.

cédèrent à la nécessité, et, ne pouvant plus éviter

le combat, ils sortirent enfin de leur camp avec toutes leurs forces. Ils se rangèrent par nationalités. On distinguait à égale distance les uns des autres les Harudes, les Markomans, les Tribokes, les Vangions, les Némètes, les Séduses et les Suèves. Ils se barricadèrent avec leurs chariots et leurs voitures, afin de s'ôter à eux-mêmes tout espoir de chercher leur salut dans la fuite. Ils placèrent leurs femmes sur les chariots, et pen« dant qu'ils défilaient devant elles pour marcher au combat, celles-ci, échevelées et en larmes, les exhortaient à bien combattre pour qu'elles ne devinssent pas les esclaves des Romains.

LU. César mit à la tête de chacune des légions soit un des Lieutenants, soit le Questeur (i), afin que chaque soldat les eût pour témoins de son courage. Puis, s'étant aperçu que le point faible de Tennemi était sa gauche, il engagea en pcr«

(i) Lemaîre suppose à tort que chaque légion avait son questeur particulier. César, dans ce cas, eut dit: Singulis Ugionibus sing^ulos Ug^atos et qumstores. Sing^lis legionibuê singulos Itgatos et quœstorem ne saurait être pris dans ce sens. Le texte signifie exactement ceci : Le nombre des légions . étant supérieur à celui des Lieutenants, César fait commander Tune des légions par le questeur de Tarmée faisant fonctions de lieutenant, et les autres légions par leurs Lieutenants respectifs.

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sonne Faction avec son aile droite. Dès qu*il eut

donné le signal de Tattaque, nos soldats s'élancèrent sur Tennemî avec tant de vigueur, et celui-ci courut au-devant d'eux avec une telle impétuosité qu^on se trouva trop près pour lancer le javelot. On abandonna le javelot, on mit Tépée à la main et le combat s'engagea corps à corps. Suivant leur habitude de combattre, les Germains se formèrent rapidement en phalange (i) et soutinrent le choc de nos épées. Quelques-uns de nos hommes sautèrent sur ces phalanges, et, détournant de la main les boucliers, frappèrent les Germains sur lesquels ils étaient montés. Pendant que Taile gauche de Tennemi était enfoncée et mise en déroute, son aile droite nous pressait vigoureusement et nous accablait par le nombre. Le jeune Paulus Crassus, qui commandait la cavalerie, s'en aperçut, et, comme il était plus libre de ses mouvements que les autres* lieutenants engagés dans la mêlée, il envoya immédiatement la troisième ligne pour soutenir nos troupes qui pliaient,

LUI. La bataille se trouva rétablie. Toute Tarmée ennemie tourna les talons. Elle ne s*ar-

(i) Cest-à'dire en ordre de phalange.

rêta dans sa fuite qu'aux bords du Rhin, à cin« quante mille pas 74 kîlom.) environ du champ de bataille. Là, un petit nombre d'entre eux, se tiant à leurs forces, essayèrent de franchir le fleuve à la nage ; les autres purent se sauver dans des barques qu'ils trouvèrent sur la rive. Parmi ces derniers fut Arioviste. Il eut le bonheur de mettre la main sur une petite barque amarrée au rivage et échappa ainsi. Tout le reste des Germains furent taillés en pièces par la cavalerie lancée à leur poursuite. Arioviste avait deux femmes (i) : la première^ une Suève qu'il avait amenée de son pays ; la seconde, originaire du Norique et fille du roi Vocion. Cette dernière lui avait été envoyée par le roi Vocion en Gaule, où il Tavait épousée. Toutes deux furent tuées dans la déroute. Elles avaient chacune une fille ; Tune de ces filles périt, Tautre fut prise. Caîus Valérius Procillus avait été chargé d'une triple chaîne et les Germains préposés à sa garde l'entraînaient dans leur fuite, lorsqu'il tomba entre les mains de César, qui, à la tête de sa cavalerie, s'était élancé lui-même à

(i) c Les Germains — dit Tacite sont presque les seuls c de tous les Barbares qui se contentent d*une seule femme, c Excepté un petit nombre d*entre eux, les plus puissants, € qui en ont plusieurs, non par libertinage, mais comme mar- « que de distinction ».

la poursuite des Germains. Cette rencontre causa autant de joie à César que la victoire elle-même. Il avait arrache à Tennemi rhoinine le plus distingué de la Gaule Romaine, et la Fortune, en lui rendant ainsi son ami et son hôte, n'avait pas permis qu'une perte douloureuse vînt mêler la moindre amertume aux faveurs si douces qu*il recevait d'elle. Caius Valérius Procillus racontait que Ton avait, lui présent, consulté les Sorts jusqu'à trois fois pour savoir s'il devait être brûlé vif immédiatement, ou si son supplice serait diffère. Il avait dù son salut à la réponse des Sorts. Marcus Mettius, son compagnon, fut également retrouvé et on le ramena a Ccsar.

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