‹ Guerre du Canada, 1756-1760Chapitre 10 sur 29 · Partie des ruines de Louisbourg : les casemates · texte numérisé non relu

Partie des ruines de Louisbourg : les casemates

plus d’audace. Déjà il avait écrit à son père : « Nous avons été bien lents dans nos opérations; j’espère toutefois que nous aurons encore assez de beau temps pour frapper un autre coup..., le plus tôt sera le mieux. »

Et dans une lettre à son oncle, le major Walter Wolfe : « Si nos forces avaient été bien conduites, c’eût été la fin de la colonie française dans l’Amérique du Nord; car nous avons, outre nos matelots et nos troupes de mer, près de quarante mille hommes sous les armes. »

Enfin, le 7 août, il disait ironiquement dans une lettre à son père : « Nous cueillons des fraises et autres fruits sauvages de ce pays, sans avoir l’air de nous occuper de ce qui se passe dans les autres parties du monde. »

Wolfe ne fut tiré de cette inaction que pour être chargé d’une besogne qui révoltait sa noble nature : celle d’incendier et de détruire les établissements français du golfe Saint- Laurent , depuis JVliramichi jusqu’à Gaspé; d’en enlever les habitants et de les embarquer sur des navires qui les transporteraient en Europe. Lord ltollo était parti avant lui, avec plusieurs vaisseaux, pour exécuter les mêmes ordres sur l’ile Saint- Jean. Ces mesures, plus nuisibles qu’utiles à l’Angleterre, étaient d’autant plus barbares qu’elles étaient prises contre les restes de l’infortunée population acadienne qui, trois ans auparavant, avait été expulsée de ses foyers par les Anglais eux- mêmes.

MONTCALM ET LEVIS

« Sir Charles Hardy et moi, écrivait VYolfe à son père, le 21 août, nous nous préparons à voler aux pêcheurs leurs filets et à brûler leurs chaumières. Quand ce grand ouvrage sera fini, je retournerai à Louisbourg et de là en Angleterre, à moins que d’ici là il ne m’arrive des ordres qui me retiennent. »

D’après le rapport même de Rollo, il n’y avait pas moins de quatre mille cent habitants dans file Saint- Jean, avec dix mille têtes de bétail et beaucoup de terres en culture. 11 y avait également une population considérable et de beaux établissements au sud du Cap-Breton, à l’Ardoise, au Port-Toulouse, dans Pile Madame, etc.

Le fer et le feu furent promenés sans merci d’une extrémité à l’autre de cette région. Tous les villages et jusqu’aux moindres constructions aperçus de l’ennemi furent rasés, les familles qu’on put atteindre enlevées, les autres chassées dans les bois, où une partie périt de misère. Le reste ne survécut que pour être soumis à de nouvelles déportations.

A son retour à Louisbourg, Wolfe ne put s’empêcher d’exprimer à Amherst la répugnance qu’il avait éprouvée à exécuter l’odieuse besogne dont il l’avait chargé. Ce général venait d’arriver à New-York, où il s’était hâté de se rendre avec une partie de ses troupes, en apprenant la défaite d’Abercromby. « Vos ordres ont été exécutés, lui écrit Wolfe. Nous avons fait beaucoup de mal et répandu la terreur des armes de Sa Majesté dans toute l’étendue du golfe; mais nous n’avons rien ajouté à sa réputation. »

En Angleterre, où la prise de la forteresse française avait soulevé l’enthousiasme public, le surnom de héros de Louisbourg était sur toutes les lèvres, quand Wolfe arriva à Londres, où il reçut les compliments de Pitt et les embrassements de sa mère. Sa santé était plus que jamais altérée par les fatigues de la guerre et de la traversée; il ne lui restait cependant que trois mois avant de s’embarquer pour sa dernière et immortelle campagne.

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