‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 2)Chapitre 12 sur 85 · partie · texte numérisé non relu

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Une trentaine de soldats anglais, qui, selon la version de Bougainville “ avaient voulu se sauver à travers les bois ”, furent pris et massacrés par les sauvages, Ce n'était que le prélude d’un plus grand malheur qui devait arriver, l’année suivante, après la prise de William-Henry.

Le massacre de Chouaguen ne fit pas grand bruit, probablement parce que les malheureuses victimes s'étaient mises elles-mêmes dans le tort en cherchant à s'enfuir, ensuite parce qu’elles ne se composaient que d’obseurs soldats.

“ On ne saurait, remarque Desandrouins en terminant son récit du siège de Chouaguen, donner trop d'éloges à l’ardeur et au zèle de chaque officier en particulier, Chacun s'est porté au progrès et à l’avancement de l'ouvrage commun, sans délibérer ni sur les fatigues déjà essuyées, ni sur aucune autre considération, La plupart des soldats ne descendaient la garde que pour prendre des outils, et travaillaient néanmoins avec une activité qui n’a pas d'exemple.

“ Les Canadiens et les sauvages n’en méritent pas moins par la bonne contenance qu’ils onttenue vis-à-vis de l'ennemi.

“ Il est vrai que la présence de M. de Bourlamaque, colonel, commandant particulier du siège qui, quoique blessé dès le second jour d’une baïle à la tête, n’en discontinua pas d’un instant de porter ses soins par toute la trançhée; la confiance que M. de Rigaud inspira aux Canadiens et aux sauvages ; et le zèle infatigable de M. le marquis de Montcalm qui, à travers les bombes et les boulets, arrivait d’heure en heure, au

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milieu des travaux les plus avancés, malgré les cris des soldats et les représentations de chaque officier; il est vrai, dis-je, que rien ne doit surprendre de la part de troupes conduites par de semblables généraux ”.

Pendant que les fortifications de Chouaguen croulaient sous la poudre et les flammes, Montcalm avait annoncé à son ami Lévis le brillant succès qu’il venait d'obtenir, 11 lui donne en confidence son jugement sur quelques-uns des officiers francais et canadiens. C’est une boutade originale et satirique :

“... Bourlamaque s’est très bien conduit, et, pour vous le prouver, Bougainville en convient, Je ne’ saurais trop me louer de mes aides de camp: de Lapause, de Malartice, J’eusse succombé à la besogne sans eux, et Lapause est un homme divin qui m'a bien soulagé. Cela n'empêche pas que je sois excédé, Dites à votre "amp que j'ai été très content de Messieurs de la colonie, Souvenez-vous que Le Mercier est un ignorant et un homme faible ; Saint-Luc, un fanfaron et un bavard ; Montigny, admirable, mais un pillard ; Ligneris, Villiers, Léry, bons ; Langy, excellent ; Marin, brave, mais sot ; tout le reste ne vaut pas la peine d’en parler, même mon premier lieutenant-général Rigaud 1”,

Le 28 d’août, toutes les troupes étaient rentrées à Montréal pour de là être dirigées sur Carillon, à l’exception des milices qu’on dut renvoyer dans leurs familles pour faire la moisson ; il n'avait été laissé que

1 — Au chevalier de Lévis, au camp de Chouaguen, 17 août

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cent hommes de garnison à Frontenac et cent cinquante à Niagara,

Le lendemain, qui était un dimanche, deux des drapeaux anglais furent remis solennellement par M. de Vaudreuil au colonel Bourlamaque, en présence des troupes sous les armes, et portés en procession à travers toute la ville, au milieu des acclamations d’une foule enthousiaste, Arrivé sous le portique de l’église paroïis< siale, où s'était réuni le clergé, M. de Bourlamaque, portant les deux d'apeaux, s’avanca vers l’abbé de Tonancour, représentant de l’évêque de Québec, et les remit entre ses mains, en lui adressant cette allocution, rapportée textuellement par Montcalm :

“ Monsieur,

“Nous vous présentons, de la part de M. le marquis de Vaudreuil, ces drapeaux, pris à Chouaguen sur les ennemis du roi, Il les consacre à Dieu par vos mains et les dépose en cette église, comme un monument de sa piété et de sa reconnaissance envers le Seigneur, qui bénit la justice de nos armes et protège visiblement “tte colonie ”?.

L'abbé de Tonancour remercia en quelques mots le colonel Bourlamaque, en linvitant à venir avec sa brave armée rendre grâce à Dieu dans l’église, où un Te Deuwm solennel fut chanté.

Deux autres drapeaux apportés à Québec furent suspendus avec de semblables démonstrations aux voûtes de la cathédrale, et le cinquième dans l’église des Trois-Rivières.

“Voilà une jolie aventure, écrivit Montcalm à sa femme, en lui racontant son exploit; je vous prie d’en remercier Dieu dans ma chapelle 1”,

Cette jolie aventure, menée avec autant d’audace que de promptitude et d’habileté, n’apportait pe” eulement des lauriers à pleines mains, mais des fr lus abondants encore, Par l’anéantissement de Chouaguen, la France, devenue inaîtresse du lac Ontario, n'avait

plus besoin que de faibles garnisons à Frontenac et à

£ Niagara pour maintenir ses communications avec l'Ouest, L’ennemi était refoulé jusqu’à ses anciennes frontières, et il n’y avait plus rien à craindre de ce côté jusqu’à la fin de la campagne, Vaudreuil pouvait done concentrer toutes ses forces sur Carillon, les masser à la tête du lac Sairc-Sacrement, et refouler jusque sous les murs d’Albany les colonnes anglaises ébranlées par la défaite.

La chute de Chouaguen, aussi prompte qu'ir due, avait été en effet un coup de foudre pour les . nies

voisines, Le général Webb, qui marchait au secours de cette place, s'était même imaginé que Montcalm s’avançait de là contre lui; dans sa frayeur il avait fait brûler les dépôts de munitions établis sur la route, et avait obstrué, à mesure qu’il retraitait, la rivière qui servait de voie de communication, en y renversant une grande quantité d'arbres.

Lord Loudon ordonna à Winslow, qui commandait à la tête du lac Saint-Sacrement, d'abandonner tout projet d’offensive et de se retrancher fortement pour tenir les

1— À madame la marquise de Montcalm, 30 août 1756.

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Francais en échec, Le contre-coup de cet événement se fit sentir en Angleterre, où l’on comprit que la France avait au Canada un habile général !,

1— Voici, d'après le Journal de Montcalm, l’état des prisonniers de Chouaguen, tel que constaté lors de la capitulation :

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Officiers et matelots des bâtiments. JV A08

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Ces chiffres officiels mettent à nésnt les assertions de certains auteurs anglais, qui ont prétendu que la garnison de Chouaguen se réduisait à mille cinquante hommes.

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