‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 2)Chapitre 56 sur 85 · PRET · texte numérisé non relu

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longs promontoires, contre lesquels viennent se briser les vagues de la mer, Ce port, toujours libre de glaces en hiver, offrait un refuge aux navires pêcheurs bien longtemps avant que Champlain l'eût entendu désigner sous le nom de Port-aux-Anglais, Il paraît aujourd’hui presque aussi inhabité qu'à cette époque reculée ; mais quand on y descend, on ne tarde pas à s'apercevoir que le sol a été remué en pl vieurs endroits par la main des hommes, Sur la pu ite méridionale gisent les ruines d’une ville fortifiée, à moitié ensevelie sous le gazon, avec ses portes et ses murs renversés dans les fossés par les boulets et la mine, Quelques pans d'édifices aux vastes proportions, des casemates qui ont résisté à la poudre, étalent leurs ouvertures béantes au soleil, et servent d’abri contre le vent et la pluie à quelques moutons et vaches, qui paissent parmi ces décombres et dans le cimetière voisin où dorment des légions de vaillants soldats, Quand on parcourt cette cité morte et déserte, dont le silence n’est troublé que par le tintement des clochettes des bestiaux et par le roulement mélancolique des vagues, on se croirait au milieu des ruines de Pompéi.

Du haut d'un monticule qui fut autrefois la citadelle, l'œil embrasse toute la rade, où dorment quelques barques de pêcheurs sur une eau tranquille, tandis que au dehors la grande houle de l'Océan vient déferler et rejaillir en écume blanche sur la pointe de Rochefort, sur l’île de l’Entrée et sur le promontoire opposé. Les hauteurs rocailleuses qui s’étagent aux alentours sont couvertes d’une végétation de sapins et d’épinettes rabougris, d’un vert dur, dont les branches barbelées

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rendent un sifflement triste et monotone, en se balancant aux vents du large, On croirait entendre les lamentations lointaines de quelque invisible Jérémie, Cù et là, quelques huttes de pêcheurs, dont les filets sèchent sur les galets et sur les courtines écroulées, Voilà tout ce qui reste de Louisbourg, surnommé le Dunkerque de l'Amérique.

La fondation de Louisbourg date du traité d'Utrecht (1713). Ses premiers habitants furent les pêcheurs de Plaisance, que la France fit transporter en cet endroit lorsqu'elle évacua l’île de Terre-Neuve, cédée à l'Angleterre en même temps que lAcadie, par une clause du même traité, Jusqu'à ce moment, la France avait regardé d’un œil fort indifférent l'ile du Cap- Breton, mais après qu’elle eut signé la paix d’Utrecht, ells comprit la faute impardonnable qu’elle avait commise en laissant l'Angleterre maîtresse de tout le littoral de l'Atlantique, depuis la Floride jusqu’à la baie d'Hudson, à la seule excéption du Cap-Breton, Cette île attira alors toute son atten‘ion, et pour montrer l'importance qu’elle y attachait, son nom fut changé en celui d’Ile-Royale, et le petit établissement du Port-aux-Anglais s’appela Louisbourg, en l'honneur du roi de France, Des colons y furent attirés et favorisés, Les groupes acadiens de la Nouvelle- Ecosse furent même sur le point de venir s’y hxer à l'exemple dès habitants de Plaisance. Ils y étaient poussés par le double motif de rester sujets de la France, et de profiter des avantages qu’elle leur promettait, Ils avaient même construit des embarcations pour se transporter avec leurs familles et leurs effets ; mais les gouverneurs

de la Nouvelle-Ecosse les avaient retenus malgré eux, contrairement aux clauses du traité d'Utrecht et aux ordres formels de la cour d'Angleterre 1, Un petit nombre seulement parvinrent à s'établir au Cap-Breton, Mais ce fut surtout sur Louisbourg que se concentra la sollicitude du gouvernement français, I} voulut en faire une station navale de premier ordre, et son principal entrepôt entre le Canada et la France. A partir de l’année 1720, d’immenses sommes d'argent furent dépensées pour y construire des fortifications, et si les trente millions qui, dit-on, y furent jetés, avaient été judicieusement employés, Louisbourg serait devenu une forteresse imprenable, Malheureusement, la mauvaise administration du règne de Louis XV se fit sentir là comme ailleurs. Il suffit de dire que M. Bigot y était commissaire-ordonnateur, et qu'il y faisait l'apprentissage des dilapidations qu'il devait continuer sur une si vaste échelle au Canada. © Les matériaux employés pour la maçonnerie des remparts étaient si mauvais, qu'une partie des murailles croulaient d’elles-mêmes peu de temps après leur construction, et qu'il fallut combler les vides avec des fascines.

C’est dans cet état que se trouvaient les fortifications quand Louisbourg fut attaqué à limproviste, en 1745, par une armée de plus de quatre mille miliciens de la Nouvelle-Angleterre, aux ordres du colonel Pepperell, soutenue par une flotte anglaise de dix vaisseaux. Cette expéditi n, conçue avec autant d’audace qu'exé-

1 Voir Un Pèlerinage au pays d'Evangéline, deuxième édition.

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eutée avec bonheur, réalisa pleinement les espérances qui l'avaient fait naître; tout sembla concourir à son succès : les éléments, l’imprévoyance du gouvernement francais, l'incapacité du commandant !, enfin les dissensions intestines,

Au mois doctoire précédent, la garnison s'était mise en révolte parce que le commissaire s’obstinait à refuser la solde due aux soldats pour les travaux qu’ils avaient faits aux fortifications. La sédition fut apaisée par une demi-mesure de justice ; mais le sourd mécontentement qui subsista parmi les troupes paralysa la défense et fut une des causes de la perte de Louisbourg, qui entraîna celie du Cap-Breton. La ville capitula après quarante-neuf jours de siège, et resta au pouvoir des Aaglais jusqu’en 1748, où elle fut restituée à la France par le traité d’Aix-la-Chapelle,

Au printemps de 1758, Louisbourg avait pour commandant un brave oflicier, dont le nom mérite d’être associé à ceux de Montcalm et de Lévis, A la suite de l'événement qui mit fin à l’histoire de cette forteresse,

AZ CAT Duccco um M. de Drucour fai-

ti if, A1) (riste tableau des quatre années qu’il y avait passées, Il aurait voulu, écrivait-il à un de ses amis de Paris, les effacer de sa mémoire, Le mauvais état de la place, limpossibilité de l'améliorer, la question de la subsistance de la garnison et des habitants .nenacés de famine une fois par mois, étaient des sujets de continuels

1 Duchambon, père du trop fameux Vergor,

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