‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 2)Chapitre 57 sur 85 · RSR DO ET BPM EE BOUT PES · texte numérisé non relu

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embarras et d'anxiétés ponr tous ceux qui étaient obligés d'y pourvoir, La cour de Versailles, effrayée des millions qu'avait coûté Louisbourg, et du nombre de soldats qu’exigeait sa défense, avait renoncé à l’idée d'en compléter les fortifications, qui plus que jamais ‘tombaient en ruines. !

La maconnerie, dont le mortier avait été fait avec du sable de mer, n'avait aucune cohésion, et se disloquait continuellement sous l’action de la pluie et de la gelée !. Le mal était d'autant plus difficile à réparer que les fortifications étaient d’une grande étendue, n'ayant pas moins d’une demi-lieue de circonférence. Elles avaient la forme d’un quadrilatère irrégulier, et servaient d’enceinte à la ville qui occupait sur la pointe de Rochefort une élévation de vingt à trente pieds au-dessus du niveau de la mer, Les approches du côté de la rade et de l'Océan étant fort difficiles, la ligne la plus fortiriée était celle qui, au sud-ouest, regardait la terre ferme. Elle présentait, depuis la porte de l’ouest jusqu’au bord de la mer, un peu en decà du cap. Noir, un développement de douze cents verges flanqué d’un demi-bastion à chaque extrémité, et au centre deux bastions dont le principal, celui du roi, faisait partie de la citadelle ; en avant, s’ouvrait' un fossé large et profond terminé par la pente d’un glacis qui allait rejoindre un terrain bas et marécageux d’un accès difficile, Un étang qui se déchargeait par le fossé dans la rade en passant sous

1— Johnstone, The campaign of Louisbourg. — Rapport de M. de Lahoulière.

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le pont-levis qui reliait la porte de l’ouest à la campagne, rendait cette partie inattaquable,

Ces ouvrages, où avait été savamment appliqué le système de Vauban, avaient le grave désavantage d’être à proximité de hauteurs d’où ils pouvaient être battus en brèche, à l’est du côté de la falaise qui domine l'Océan, et encore plus à l’ouest du haut des monticules qui s’échelonnent vers l'horizon, L'accès de la rade était défendu par deux batteries dont les feux se croisa'ent : la Grande Batterie ou Batterie Royale, placée en face de l’ouverture unique du port, et la batterie de l’île de l’Entrée.

Quatre mille habitants, la plupart pêcheurs, peuplaient la ville, dont les rues assez larges, bordées de maisons en bois, avaient une apparence simple mais régulière, Il n’y avait guère de constructions en pierre que les, édifices publies, l'arsenal, les casernes, l'hôpital Saint-Jean de Dieu, le couvent de la congrégation de Notre-Dame et le château du gouverneur, le plus remarquable de tous, dominant le bastion du roi, avec sa chapelle attenante, servant d'église paroissiale.

Depuis la fin de l’hiver, la population de Louisbourg avait vécu dans l’atrente d’une crise inévitable,

Durant les intervalles où le soleil d'avril dissipait les brumes et les brouillards de neige, plusieurs vaisseaux étaient aperçus au loin sur la ligne de lhorizon,

s’approchant ou s’éloignant au gré des vents, et parfois venant cingler presque à portée du canon de la place. L’escadrille anglaise, aux ordres de Sir Charles Hardy, était déjà prête à intercepter les secours de France,

destinés à Québec, et à faire le blocus de Louisbourg. Elle ne put cependant empêcher quelques vaisseaux français d'y arriver.

Dans la persuasion où était le chevalier de Drucour que la place était incapable de soutenir un siège, il adopta un système de défense qui devait servir de modèle à Montcalm devant Québec durant sa dernière campagne : celui d'empêcher une descente.

De chaque côté de la baie, le rivage de la mer est bordé de précipices et de rochers escarpés, contre lesquels grondent sans cesse les vagues, et qu’elles couvrent d’un vaste rideau d'écume aux heures de tempêtes. La côte est cependant accessible en plusieurs endroits à l’ouest de la ville, sur un parcours d’une lieue et demie entre le cap Noir, voisin du bastion de la Princesse, et l’anse de la Cormorandière, M. de Drucour y fit élever des travaux de défense et placer du canon sur les trois points les plus faibles : à la Pointe-Blanche, à la Cormorandière et à la Pointe- Plate, à mi-distance entre ces deux endroits, A la Cormorandière, la côte s’affaisse et se termine par une plage de gravier: c’est le lieu le plus favorable à un débarquement, L'armée de Pepperell y avait abordé en 1745. Drucour y fit faire un large abatis qui dissimulait huit pièces de canon, Les arbres renversés la tête du côté de l'Océan, et serrés les uns contre les autres, produisaient leffet d’un champ de verdure percé çà et là de quelques touffes d’épinettes et de sapins. Les troupes pouvaient y attendre la descente de l’ennemi sans être vues,

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La garnison de Louisbourg se composait de deux

mille neuf cents hommes de troupes régulières, répartis

entre les régiments

ÿ u CS de Bourgogne,

(& CZ d'Artois, de Cambis,

Te ot des Volontaires

Etrangers !, outre les citoyens de la place et quelques

Indiens, Les murs de la ville et les batteries exté-

rieures étaient armés de deux cent dix-neuf canons et

de dix-sept mortiers, Cinq vaisseaux de ligne et six

frégates, qui avaient réussi à échapper aux pour-

suites des flottes anglaises, ancraient dans la rade et s’apprêtaient à prendre part au siège ?,

À l'aurore du premier de juin, toute la ville fut mise

en émoi par la nouvelle de lapparition de la flotte

1 Comme les historiens varient sur ce chiffre, je donne le texte même de M. Marchault de Lahoulière, commandant des troupes à Louisbourg., ‘“ La garnison, dit-il, consistait au commencement du siège en 2,900 soldats des troupes de terre ou de la colonie en état de porter les armes”, Lettre au ministre de la querre, le maréchal de Belle-Isle, 6 août 175$.

Le bataillon de Cambis était débarqué au Port D: iuphin, peu de jours avant l'ouverture du siège. Les dernières compagnies étaient encore en marche le jour du débarquement des Anglais, et durent traverser la rade en chaloupe pour pénétrer dans la ville, Le régiment auquel ce bataillon appartenait, tenait son nom du vicomte de Cambis, qui le commandait,

2 C'était le Prudent et l'Entreprenant, de T4canons; le Capricieux, le Bienfaisant et le Célèbre, de 64; l’Apollon, de 50; la #idèle et la Chèvre, de 22; l'Echo, de 2%; la Biche, de 18; et l'Aréthuse, de 36. Ce dernier vaisseau avait pour com nandant le brave Vauquelin, qui devait se couvrir de gloire devant Louisbourg, en attendant de s'immortaliser au

second siège de Québec, Deux autres vaisseaux détachés de

cette escadre, le Bizarre et la Comète, appareillaie 1t pour ln France.

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