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suivie d’une grêle de balles, qui s'ahattirent sur les bateaux, (Quoique les Folles-Avoines eussent tiré un peu trop vite, la décharge avait été meurtrière ; car, à peine la fumée de la poudre eut-elle été emportée par le vent, qu’on apercut les bateaux, en partie désemyal'ÔS, tournés vers le rivage opposé, Les équipages, frappés d’une terreur panique, faisaient force de rames pour y chercher un abri, Quelques 1 les-Avoines se jetèrent à la nage et se précipitèrent sur les bateaux abandonnés, où gisaient les morts et les blessés dont ils eulevéreut les chevelures. Pendant qu'ils escarmouchaient avec les Anglais revenus de leur panique, un des leurs vint avertir M. de Villiers qu'ils allaient être cernés, Celui-ci prit alors soixante de ses plus braves soldats, avec les sauvages qui lui restaient, traversa à vué et réussit à les dégager, Ils lui montrèrent, avec des cris de triomphe, quinze chevelures,
Un bon nombre de bateliers anglais se trouvaient alors dans une île située un peu en amont, M. de Villiers leur ayant crié de se rendre, quarante se jetèrent dans des bateaux pour venir à lui, mais avant qu’ils eussent atteint la rive, les sauvages s'étaient jetés à la nage et s’en étaient emparés sans toutefois les scalper,
Il était six heures du soir, quand M, de Villiers, après avoir fait briser plusieurs bateaux, rejoignit son détachement qui venait d'échanger les derniers coups de fusil avec le reste du convoi, Il n'avait perdu que deux miliciens tués et deux soldats faits prisonniers pendant qu’ils se livraient au pillage. Une perte plus sensible fut celle du chevalier de Gannes, major des Trois-Rivières, blessé à mort par ses propres gens, qui
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Les prisonniers portèrent le nombre de leurs morts et de leurs blessés au chiffre exagéré de cinq cents, “Ce qu'il y a de sûr, ajoute M, de Villiers, c'est que nous avions quarante prisonniers !”, Le colonel Bradstreet avoua qu'il avait eu soixante où soixante-dix hommes tués, blessés ou pris, tandis qu'il n'avait fait que deux prisonniers; ce qui n'empèécha pas qu'il
prétendit, à son arrivée à Albany, avoir remporté une
victoire sur les Français. La raison qu'il donna pour s'excuser de ne les avoir point poursuivis, valait sa vietoire : c’est que le lendemain il pleuvait, Aïnsi, une journée de pluie du mois de juillet, voilà ce qui arrêtait deux mille hommes bien armés devant six ou sept cents Francais et sauvages, qu'il se vantait d’avoir battus,
Villiers et son détachement, qui n'avaient point peur de la pluie, reprirent la route de la baie de Niaourt, où ils arrivèrent le surlendemain, sans avoir reçu une
balle du parti de Bradstreet, qui ne songeait qu’à forcer de rames pour regagner Albany,
Quarante Folles-Avoines, avec Marin, allèrent porter à Montréal la nouvelle de la journée du 3 juillet, Bougainville, témoin de leur arrivée, a décrit dans son Journal, avec l’étonnement d’un nouveau venv, les cérémonies de leur réception :
“Ils étaient, dit-il, en cinq grands cänots d’écorce, apportant six chevelures et amenant plusieurs prison-
1 Journal de Coulon de Villiers.
niers, Arrivés vis-à-vis de Montréal, les canots se sont rangés sur plusieurs lignes et sont restés en panne quelque temps. Les sauvages ont salué par des décharges de fusil et de granas cris auxquels on a répondu par trois coups de cano de la nlace, Ensuite ils ont abordé et pris terre, Ils ont monté au château sur deux files, portant des baguettes ornées de plumes, les prisonniers au milieu des deux files. Ceux-ci n’ont point ét£ maltraités comme c’est l’usage en entrant dans les bourgs et les villes. Entrés chez M. de Vaudreuil, les prisonniers s’assirent en rond à terre, et le chef des sauvages fit, avec une action et une force qui me surprirent, une harangue assez courte. Ils avaient, disaient-ils, suivant leur expression, fermé les yeux et jeté leurs corps au travers de la mort, en bravant la petite vérole, pour venir avec M. Marin, d’abord joindre M. de Villiers, avec lequel 1ls étaient à l'attaque des bateaux anglais, et ensuite descendre à Montréal, Les Folles -Avoines, différents des autres nations qui retenaient quelque chose de leurs prises, apportaient à leur Père toute la viande qu'ils avaient gagnée. Ensuite ils dansèrent en rond autour des prisonniers, au son d’une espèce de tambourin placé au milieu : spectacle singulier plus propre à effrayer qu'à réjouir, curieux cependant aux yeux même d'un philosophe qi: cherche à étudier l’homme dans ceux surtout qui sont le plus près de la
remière nature, Ces hommes avaient le visage et le | Le]
corps matachés, des plumes sur la tête, symbole et signal de la guerre, le casse-tête et la pique à la main. En général, ce sont des hommes nerveux, grands et de
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bonne mine ; presque tous sônt fort gras, On ne peut avoir plus d'oreille que n’en ont ces peuples. Tous les mouvements de leurs corps marquent la cadence avec la plus grande justesse. Cette danse est la pyrrhique des Grecs. La danse finie, on leur fit distribuer de la viande et du vin. Les prisonniers furent envoyés en prison avec un détachement pour empêcher des Algonquins et Iroquois du Saut, qui sont à Montréal, de les assommer ; ces sauvages étant dans le deuil pour des hommes qu’ils ont perdus,
“ Les Folles-Avoines placèrent d'eux-mêmes à la porte du château deux. sauvages en faction avec ordre d'empêcher tout sauvage de leur nation d’y entrer pendant que le général serait à table ?.
En partant, ils laissèrent au château leurs trophées de chevelures et leurs baguettes garnies de plumes,
Quatre jours-après, ils vinrent les emporter en prenant congé du gouverneur, qui leur fit un discours pour louer leur zèle et leur courage, et les exhorter à suivre son frère, M. de Rigaud, qui partait pour relever M. de Villiers dans son commandement,
“ Le gouverneur confirma son discours en présentant des colliers qui furent mis aux pieds des deux principaux chefs. Puis il offrit deux médailles, une plus grande et l’autre plus petite, et par conséquent l’une plus honorable que l’autre, à deux guerriers, et leur en a lui-même passé le ruban au cou; il a aussi donné huit hausse-col. Les médailles portent d’un côté l’em-
preinte du roi avec la légende ordinaire, et de l’autre,
un guerrier francais et un sauvage qui se donnent la main 1”,
Cette cérémonie faite, M. Marin, en ramassant les colliers, a chanté sa chanson de guerre pour M. de Vaudreuil, les sauvages marquant la cadence par une inspiration gutturale, Puis il a remis les deux colliers aux deux principaux chefs qui ont aussi l’un après l'autre chanté une chanson de guerre,
Tous les guerriers se levèrent ensuite et sortirent en file, précédés de leurs sanglants trophées.
En entrant à Montréal, dans la matinée du 19 juillet, Montcalm fut satisfait d'y trouver l’intendant Bigot, arrivé de la veille, pour hâter par sa présence lapprovisionnement de l’armée, Il lui avait été en effet fort utile pour organiser le camp de Carillon.
Francois Bigot, dont le nom personnifie toutes les
 sé hontes de cette époque, de pelle les gloires, appartenait à Mn une famiile distinguée du midi de la France. Son père et son grand-père avaient occupé un rang élevé dans la magistrature de Bordeaux. Il se poussa à la cour, grâce à des influences de famille, particulièrement à celle du maréchal d'Estrées, son proche parent, et obtint successivement l'intendance du Cap-Breton, puis celle de la Nouvelle-France (1748). Au physique, Bigot était un homme petit de taille, avec des cheveux roux et une figure laide, couverte de
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1— Journal de Bougainville.
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de taille, uverte de
boutons, Il était punais, défaut qu'il dissimulait par un continuel usage de parfums et d'eaux de senteur.
Au moral, c'était le vice élégant et raffiné du X VITI® siècle, Quoiqu'il fût d’une santé délicate, il était aussi infatigable au plaisir qu'au travail, Hautain avec ses inférieurs, impérieux dans le commandement, il était souple avec ses égaux, prodigue et joueur effréné. Il avait fait du palais de l’intendance, à Québec, un petit Versailles, où il reproduisait les mœurs du roi son maître,
Avec tous ces vices, il avait des qualités réelles, de l'habileté, de l'énergie et de l'expérience dans les affaires,