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elles pouvaient être assurées de sa protection, Son message adressé à Vaudreuil renfermait une somme de vingt livres sterling, qu’il priait de remettre au soldat de Guyenne qui avait empêché le capitaine d’être scalpé. Vaudreuil renvoya cette somme, et répondit, avec politesse et fierté, que le soldat n'avait fait qu’obéir à son devoir et aux ordres des commandants.
La victoire de Montmorency avait relevé le moral de l’armée et ranimé l'humeur guerrière de la population, malgré le spectacle de ruines qu’elle avait sous les yeux. Wolfe se vengeait en effet de sa défaite en accablant de projectiles ce qui restait de Québec, et en ordonnant d’incendier les campagnes. On calcula que du 13 juillet au 5 d'août, la ville ne recut pas moins de neuf mille bombes ou pots-à-feu et dix mille boulets, Ces 1avages\n’avaient d'autre but que de satisfaire l'opinion publique en Angleterre, qui lui demanderait un compte sévère des énormes dépenses faites pour cette expédition, s’il retournait à Londres sans avoir rien accompli. S'il ne prenait pas Québec, il voulait du moins pouvoir dire qu’il n'avait laissé après lui que des ruines.
Des événements d’une extrême gravité se passaient en ce moment aux frontières, Lorsque la nouvelle en parvint au camp, dans la soirée du 9 d’août, la confiance se changea en consternation, et l’on craignit l'envahissement prochain de la colonie.
Bourlamaque avait évacué Carillon et le fort Saint- Frédéric, après les avoir fait sauter, et retraitait vers l’'He-aux-Noix, faible et dernier rempart de la frontière sur le lac Champlain. Les trois milie hommes qu’il y
ramenait y seraient bientôt forcés si les douze mille d'Amherst étaient vigoureusement commandés, Les nouvelles de Niagara étaient plus désolantes encore. La petite armée rassemblée par Des Ligneris et Aubry, pour venir au secours de Pouchot, était tombée dans une embuscade, et avait été détruite ou dispersée. Niagara avait capitulé; sa garnison était faite prisonnière, et le chevalier de La Corne écrivait que si l’armée victorieuse de Johnson se tournait contre lui, il était incapable de tenir à la tête des rapides. Le succès d’une des armées anglaises sur l’une ou l'autre frontière décidait de la campagne.
A neuf heures du soir, les généraux francais étaient réunis en conseil de guerre au manoir seigneurial de Salaberry transformé, comme on la vu, en quartier général, Montcalm et Vaudreuil, d'accord cette fois, convinrent qu'un seul homme était de taille à faire face au danger: c'était le chevalier de Lévis. Il partit la nuit même en chaise de poste avec M. de Lapause. Huit cents hommes distraits de l'armée devaient le suivre dans les vingt-quatre heures. Il avait le pouvoir de faire tout ce qu’il jugerait nécessaire pour organiser une défensive, visiterait les deux frontières, prendrait le commandement de celle qui serait la plus menacée, et disputerait le terrain pied
à pied.
Le lendemain de son départ, Vaudreuil lui écrivit : “ Les sentiments que je vous ai voués vous persuaderont aisément la peine que je ressens de votre départ, et qu’il n’a fallu rien moins que les puissants motifs que j'eus l'honneur de vous communiquer hier, pour
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MONTCALM ET LÉVIS 143 me déterminer à vous éloigner; mais la partie que je vous ai confiée est dans ce moment si capitale, que tout a dû céder à l’excellent effet que votre présence va y produire, Je suis très convaincu, Monsieur, que vos sages et fermes dispositions en jimposeront à l'ennemi, Vous êtes parfaitement instruit de mes intentions à tous égards, et je ne puis que m'en rapporter à vous, quels que puissent être les événements, connaissant votre zèle, votre prudence et vos ressources 1”, :
Lévis emportait avec lui la fortune, ou pour mieux dire, la sagesse de l’armée, Les deux antagonistes iréconciliables, restés seuls en présence, n’eurent plus le contrepoids dont ils avaient besoin pour conserver leur calme et la rectitude de leur jugement aux heures critiques. Les derniers jours du siège furent marqués par une suite de fautes et de désastres qui amenèrent la catastrophe finale.
l— Vaudreuil à Lévis, 10 août.
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