Stone, Life of Sir William Johnson, vol. IT, p
Deux heures après, un pavillon parlementaire fut arboré sur la tranchée, et le major Hervey vint lui remettre une lettre de M. Johnson, dans laquelle il lui disait d'ajouter foi à la parole du gentilhomme qu’il lui députait, fils de Lord Bristol, qui lui apprendrait la déroute de l’armée de secours, et lui remettrait la liste des officiers français captifs dans son camp. Pouchot feignit de ne rien savoir, et demanda qu'il fût permis à un de ses officiers d'aller parler aux prisonniers. Il confia ce message à M. de Servies, capitaine au régiment de Royaltoussillon. Cet officier vit en effet MM. Des Ligneris, Aubry, Marin, blessés, gisant “ dans une feuillée ” avec leurs compagnons d’infortune auprès de la tente de Sir William Johnson, qui s’occupait de les racheter par des présents. Les sauvages avaient fait cent cinquante chevelures et quatre-vingt-seize prisonniers, qui ne furent pas rachetés, et qui, par conséquent, étaient condamnés, selon la coutume indienne, soit au bûcher, soit à l'esclavage 1, Ce destin inspira à un sauvage un acte de pitié qui ne pouvait naître que dans la pensée d’un Peau-Rouge, Ce guerrier était l’ami intime d’un cadet de la colonie, nommé Moncour., Le voyant captif, il alla le trouver et lui dit: “-— Mon frère, je suis au désespoir de te voir mort : mais sois tranquille ; je veux empêcher qu'on te fasse souffrir”, Et d’un coup de casse-tête, il l’étendit mort à ses pieds ?,
1-4 T divided among the several nations the prisoners and scalps”’. Stone, Life of Johnson, vol. IT, p. 395,
2 __ M. Des Ligneris avait.été blessé mortellement. ‘ L'Anglais à la dureté de l’abandonner dans une cabane, seul et sans secours, et il meurt dans les plus vives douleurs, Il emporte en mourant le regret de laisser presque toute sa
Dans le conseil de guerre tenu par Pouchot, il fut reconnu qu'il n'y avait plus d'effectifs que trois cent quarante hommes de la garnison: les autres gisaient dans les hôpitaux ou avaient été tués. Il n’y avait en outre que cent quarante fusils en état de servir LL Une plus longue résistance naurait d'autre résultat que d’exposer tout ce qu'il y avait d'êtres vivants dans le fort à être égorgés par les sauvages.
Aux termes de la capitulation, qui fut signée le 25 juillet, la garnison devait sortir du fort avec les honneurs de la guerre, être protégée de toute insulte de la part des sauvages et conduite à New-York, Les femmes, les enfants et l’aumônier seraient escortés jusqu’au prochain poste francais.
Avant d'ouvrir les portes du fort, le commandant rangea en ordre de bataille sur la place d'armes tonte la garnison, armée jusqu'aux dents, les havresacs entre les jambes de chaque soldat, Il leur fit comprendre la nécessité de cette mauœuvre, s'ils ne voulaient pas se faire égorger comme des moutons, à l’exemple de la garnison de William-Henry. S'il fallait mourir, leur dit-il, mieux valait être tué en se battant en brave, qu'au milie: des tortures. Du moment qu'un sauvage les attaquerait, ils devaient le repousser à grands coups de poings ou de pieds dans le ventre, [ls savaient qu'aux yeux des indiens ce n’était pas une insulte, et qu’ils ne chercheraient à venger que des coups portés avec des
famille prisonnière ”. Afluire du Canada; Mémoire de M. Duverger de Saint-Blin.—"* MM. Marin et de Montigny ont reçu la bastonnade par les Agniers”. Journal de Montcalm. Mémoires de Pouchot, vol, II, pp. 108 et suivantes.
armes, Le mauvais temps commencé la veille ayant tourné en une tempête qui dura jusqu’au 26, et empêcha toute embarcation de sortir sur le lac, la garnison, déjà exténuée, fut près de trente heures en bataille, Les Anglais, qui avaient pris possession du fort, auraient voulu que la garnison livrât ses armes, sous prétexte qu'ils auraient moins de peine à la défendre, Le commandant s’y refusa obstinément, les assurant qu’ils n'étaient pas capables d'empêcher les sauvages d'entrer. Effectivement, il n’y avait pas deux heures que le fort était rendu, que les murailles étaient escaladées de toutes parts par plus de cinq cents sauvages, qui entourèrent la garnison et cherchèrent à enlever les armes aux soldats ; mais ceux-ci, résolus à tout, les bousculèrent si rudement qu'ils les tinrent en respect. Dès lors ils se montrèrent paisibles, et essayèrent plutôt à les consoler qu'à les insulter, La même chose serait arrivée à William-Henry, si les Anglais avaient montré la même énergie,
Dans l'après-midi du 26, la garnison du fort Niagara sortit de la place, “le fusil sur lépaule, tambour battant, et deux pièces de gros canons à la tête de la colonne ”, Les soldats ne livrèrent leurs armes qu'après être montés dans les embarcations, qui prirent immédiatement le large. Ils partaient plutôt écrasés’ par le nombre que vaincus, après s'être montrés braves jusqu’à la fin, Avec eux, disparaissait la puissance francaise dans le pays des lacs où elle avait régné pendant plus d'un siècle, D’autres races étaient destinées à le peu. pler; mais aucune n’y a laissé d’empreinte plus glorieuse ni de souvenir plus aimé,
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