AUTEUR
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hasarder, me flatter de les trouver dans les passions aux- -quelles nous avons eu le malheur d’être trop sujets, ou plutôt
dans les désordres qui en sont les suites nécessaires.
Quand le roi a fait passer des troupes de terre en Amérique, il ne les a considérées que du côté des services qu’elles pouvaient y rendre, et l’on peut dire que Sa Majesté, au lieu de les exiger en maitre, a semblé ne vouloir les attendre que de la reconnaissance que devaient exciter ses bienfaits ; mais ces mêmes faveurs dont les troupes de terre se trouvaient comblées en arrivant au Canada, ne contribuèrent pas peu à dégoûter celles dont le sort était d’y servir à perpétuité, et sur lesquelles on ne peut disconvenir que l’on ne dût, malgré le relâchement de leur discipline, plus compter que sur les premiers. Chaque nation a sa méthode de faire la guerre, et l'on sait que celle qu’il faut suivre dans le Canada n'a que peu
de rapport avec celle que l’on pratique en Europe.
« De ce genre de jalousie naquit bientôt, entre les différents corps, une mésintelligence à laquelle le partage de l'autorité dans le commandement prépara les voies, pour monter de grade en grade jusques aux chefs, où elle produisit les ravages
dont les suitex dévaient être si funestes,
M. de Montcalm en ressentit et en laissa le premier apercevoir les accès: plein d'esprit, mais d'une ambition démesurée, plus brillant par les avantages d'une mémoire ornée que profond dans les sciences relatives à l’art de la guerre, dont il n'avait pas même les premiers éléments, ce général était peu propre au commandement des armées; il était d'ailleurs sujet à des emporteinents qui avaient refroidi pour lui ceux mêmes qu'il avait obligés, et qui par état devaient lui
être unis d'intérêts. J'ajouterai que, quoique brave, il n'était
nullement entreprenant ; il n'eût jamais, par exemple, attaqué
Chouaguen, s'il n'avait pas été forcé par les reproches que lui tit sur l'espèce de timidité qu’il montrait, M. de Rigaud, homme borné à la vérité, mais plein de valeur et d’audace, accoutumé à courir les bois; il eût abandonné le siège du fort George, dès l'instant même qu'il l’eut entrepris, s’il n’eût été ramené par la fermeté de M. le chevalier de Lévis; il joignait à cette médiocrité dans les talents nécessaires à un militaire de son rang un défaut bien grand pour un général: c'est l’indiscrétion. Plus occupé du soin de faire briller son éloquence que des devoirs qu'exigeait son état, il ne “pouvait s'empêcher de publier ses desseins longtemps avant qu'ils dussent être mis à exécution, et il suffisait qu'il en voulût à quelqu'un pour qu’il ne cessât d’en déchirer la réputation en termes indécents, en présence de ses domestiques même et par conséquent des troupes; c’est par ses propos, qu'il ne répandait pas dans le fond sans intention, qu’il a fait perdre à M. de Vaudreuil la confiance du soldat, des habitants et du sauvage même, auxquels ce gouverneur eût certainement été cher, si ces gens avaient pu pénétrer ses sentiments pour eux.
Du bon sens, point de lumières, trop de facilité, une confiance dans les événements qui rend les précautions souvent tardives, de la noblesse et de la générosité dans les sentiments, beaucoup d'affabilité ; voilà les principaux traits qui m'ont paru caractériser M. le marquis de Vaudreuil. Sa bonté poussée à l'excès eût certainement, en Europe, été sujette à des inconvénients infinis ; en Canada, le vice opposé eût certainement précipité la ruine de lacolonie ; on ne peut sans y avoir vécu se faire une idée exacte de la patience dont il faut, en particulier, être douée, pour soutenir les importunités de la part des sauvages auxquels un gouverneur est
continuellement exposé, et surtout en temps de guerre.
Ignorant également les maximes du gouvernement civil ou
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militaire, M. de Vaudreuil n’a pu, d'un autre côté, comprendre les inconvénients qu'il y avait à pousser trop loin l’indulgence, dont il convenait cependant d'user, avec mesure, envers les milices; cela a produit deux effets également fâcheux. ”
Les Canadiens, de la valeur, de l'adresse et de la docilité desquels, bien modifiées, il n’est rien que l'on ne pûtattendre, sont tombés insensiblement dans le relâchement, et M. de Montcalm, de son côté, fut assez peu citoyen pour en tirer une sorte de droit de laisser périr parmi ses troupes de terre, toute espèce de discipline ; le soldat cessa de reconnaître l'officier, qui, lui-même, devint insubordonné ; les désordres de tous genres suivirent, il n’y eut plus de règle ni d’exactitude dans le service ; rien n'égale les dégâts commis par les troupes dans toutes les campagnes où l'ennemi a campé (sic) ; on s’en plaignait, le général répondait que tout appartenait au soldat, qui, instruit de ces dispositions, se répandait dans les habitations à deux et trois lieues à la ronde. C’est à cette occasion qu’une femme, un jour d'alerte, en reprochant à M. de Montcalm la dureté avec lequelle il laissait ravager par ses soldats, le bétail, la volaille, les jardins, les plantations de tabac, et même les blés, lui dit chez M. de Vaudreuil, en présence de vingt officiers, qu'il aurait cinq cents soldats de moins à opposer aux efforts de l'ennemi dont on s'attendait à être attaqué dans le moment, s’il ne se hâtait d'envoyer battre la générale dans les profondeurs de Charlesbourg (environ deux lieues), où ils s'occupaient à piller dans l’intérieur même des maisons .…
Il serait superflu que je fisse ici de nouvelles réflexions sur
ce qui devait résulter d'un gouvernement aussi convulsif.