LA
de la conserver avec une autre inscription datée et
signée Î,
Les Canadiens étant les meilleurs jarrets et d’excellents tireurs, avaient ordinairement la plus large part dans ces expéditions. Bougainville, à son passage à Saint-Frédérie, avait remarqué l'excellente qualité de ceux qui venaient d'y arriver.
“ Ce détachement, dit-il, est de la bonne espèce, presque tous voyageurs, On les reconnaît aisément à la mine, à la taille et à ce que tous se font piquer sur le corps la fivure de quelque plante où animal : opération longue et douloureuse, La figure se trace en piquant la peau avec une aiguille, et s’imprime en faisant brûler de la poudre dans les trous. On ne passerait pas pour un
1] — Journal de Desandrouins.
homme parmi les sauvages des pays d'en haut, si on ne se faisait piquer ?, é “ Il ne fera pas bon sous la toile dans un mois ” ! : ( écrivait le 29 septembre, M. Le Mercier au chevalier de I
Lévis ! [L'armée de Carillon y était encore la veille d de la Toussaint, Il était tombé de la neige dès le 4 ù octobre, et l'hiver s’annoncait précoce. Sous les nuages 1 ternes qui planaïient au-dessus du lac et s’enroulaient B autour de la montagne du Serpent-à-Sonnettes, passaient co de longues bandes de barnaches et d’outardes, qui à R rasaient le promontoire, en jetant par intervalles leurs À 1D cris rauques, auxquels répondaient les coups de fusil ï à des chasseurs, Les sentinelles grelottaient sous les tr
froides rafales qui balayaient les feuilles mortes ; et quaud le matin le soldat sortit de sa tente ou de la aserne, il trouvait le sol couvert de givre, et le bord du lac blanchi par une frange de glacons, Un mur-
mure de joie passa dans tous les rangs de l’armée,
les
quand le jour de la Toussaint le général annonca la
levée du camp. La garnison de Carillon devait se
. . Ÿ composer de trois cents hommes de la ligne et de cent | Séi de la colonie, aux ordres du vigilant et brave por
d'Hébécourt, à qui échéait ÿ gla ’ € encore cette année ce poste mo CAN F4 qe avancé, M. de Lusignan com- ecrl manderait cent quatre-vingts hommes à Saint-Frédéric. par à ?
qu
1— Lettres du chevalier Le Mercier au chevalier de Lévis, Montréal, 29 septembre 1758. Le 21 octobre, Montcalm l écrivait à Bourlamaque, alors à Montréal : ‘Tout le monde trouve qu'il fait froid, j'ai encore mon habit d'été ”.
La Reine irait prendre ses cantonnements d'hiver au-dessus de Québec, depuis Saint-Augustin jusqu'aux Grondines ; le premier bataillon de Berry à la côte de Beaupré; le deuxième à l’île d'Orléans !; Languedoc, depuis Sainte-Anne de la Pérade jusqu’à Batiscan ; La Sarre à l’Ile-Jésus, Lachenaie, Terrebonne, Mascouche et l’Assomption; Royal-Roussillon à Laprairie, Longueuil, Boucherville, Varennes, Verchères ; Guyenne à Contrecœur, Sorel, Saint-Ours, Chambly ; Béarn au Saut-au- Récollet, la Longue-Pointe, la Pointe-aux-Trembles, la rivière des Prairies, Saint-Sulpice, Lavaltrie ; la Colonie à Lachine et dans les îles voisines, On n’assigna que trois cents hommes pour le service à Québec, cinquante aux Trois-Rivières, et deux cent cinquante à Montréal. Les Canadiens et les compagnies coloniales destinés à hiverner dans les gouvernements des Trois-Rivieres et de Québec furent mis en marche les premiers, le jour de la Toussaint, Chaque bataillon suivit, l’un après l'autre, les jours suivants.
Dans la rade déserte ‘de Québec, un dernier navire, la Sérieuse, attendait à l'ancre pour aller à tout risque porter en France les adieux des exilés, avant que les glaces de l'hiver les eussent séparés pour sept à huit mois du reste du monde, Le 14 novembre, Montcalm écrivait à sa femme: “ Quoique nos troupes soient parties de meilleure heure, ma très chère et bien aimée, qu'en 1755 et 1756, nous avons éprouvé sur le lac
1 — La côte du sud, depuis Québec jusqu'à Kamouraska, était exempte de loger les troupes, parce qu'elle avait la charge d'alimenter la ville, Lettre de Péan au chevalier de Lévis, 26 octobre 1757.
22 MONTGALM ET LÉVIS
Champlain un coup de vent qui a dispersé notre flotte de bateaux comme ceux de Saint-Cloud, Cela a été suivi d’un froid qui nous a fait craindre de rester dans les glaces ; mais, Dieu merci, avec beaucoup de misères, d’embarras, tout est rentré dans ses quartiers et la misère oubliée, J’ai tâché de remédier autant qu’il m’a été possible au mal-être de l'officier et du soldat ; il ne m’en coûte que quatre soldats et quelques frais d'équipage, mais l'objet n’en vaut pas la peine. Le chevalier de Lévis a couru personnellement quelque risque ; pour moi, j'avais au milieu de la tempête le bateau qui portait César et sa fortune... En vérité, il semblait que mon bateau eût quelque avantage sur les autres. J’ai toujours été, malgré la violence du vent, et ai devancé de quarantehuit heures mon chevalier avec qui je suis parti; mais nous voici enfin tranquilles jusqu’en mai.
“Nous avons fait de notre mieux en 1756-1757-1708. Ainsi soit en 1759! Dieu aidant, si vous ne faites la paix en Europe... Je souhaite que mon fils se soit bien tiré, que le chevalier étudie bien, que mes filles se portent à merveille, ma mère et vous tous, ma très chere, que j'aime tendrement pour toujours... Quand irai-je en carrosse, au lieu de bateau et de traîneau ? et quand vous verrai-je 1”? ?
Avec la rentrée des troupes dans leurs quartiers d'hiver, la besogne du soldat était finie, mais celle du peuple recommencait. C'était sur lui que retombuait le
1 Lettres à Mme la marquise de Montcalm et à M. de la Bourdonnaye.
farde pens Dep valid servi des n neur accot paral les di la gu la mi terre, duit.
et un servil enlev grains la cra prései conste ment que le l’affro domin milicic au-de:
Québe Du Montr
MONTCALM ET LÉVIS 23 fardeau de loger et de nourrir l’armée, sans autre compensation, on le sait, que dix sous par jour par soldat. Depuis le printemps, les trois-quarts de la population valide avaient été enlevés à leurs champs, soit pour le service militaire, soit pour le transport des tr,upes et des munitions. C’était la quatrième année que le gouverneur avait fait appel à leur patriotisme, et ils étaient accourus sous les drapeaux avec le même élan incomparable, Ils avaient enduré avec la même patience tous les dangers, toutes les privations, toutes les fatigues de la guerre, A leur retour au foyer, ils avaient rencontré la misère à leurs portes. Je peu de semences jetées en terre, récoltées trop tard faute de bras, avaient peu produit.…. Les étables étaient presque vides de bestiaux, et une grande partie des chevaux avaient été tués pour servir de nourriture, Les habitants exposés à se voir enlever au nom du roi, comme cela se fit, le peu de grains qu’ils avaient, en étaient réduits à le cacher dans la crainte de mourir de faim. Jamais hiver ne s'était présenté sous un aspect plus menaçant. Cependant la constance du peuple ne se démentait pas ; son dévouement et son courage croissaient avec le danger. Il sentait que la crise suprême était venue, et il s’apprôtait à l’affronter avec l’entêtement du désespoir, Le héros qui domine tous les autres dans ce drame, c’est l’obseur milicien qui n'a ni trève, ni relâche, et qui va courir au-devant des balles dans la forêt ou sous les murs de Québec,
Durant les quelques semaines que Montcalm passa à Montréal après son retour de Carillon, il éprouva le
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même ennui qui lui faisait répéter à Bourlamaque sous une nouvelle forme : “ La vie d’iei est aussi plate qu’ennuyeuse, et c’est bien du temps perdu... Je sors peu; jamais reclus n’a mieux gardé la retraite, Je ne vais nulle part ou du moins si peu que c’est de même. J'ai même en général retranché ma petite visite du matin mais les jours impairs je vais faire une ou deux parties de tri avec mon général, et les jours pairs je lis au coin de mon feu ; aussi ai-je entrepris la lecture de suite du Dictionnaire Encyelopédique, en sautant les articles que je ne veux pas savoir, ceux que je ne puis comprendre. Je m’observe fort sur le manger; je digère mal, et Massé dispute vis-à-vis de moi une médecine. I faut croire que Québec m'égayera plus et cela ne sera pas difficile, ear je m'ennuie bien. J'aurai dans quelque temps 47 ans; la dignité de maréchal de France me flatterait autant qu’un autre. Il serait beau de l'avoir dans six ans, mais l'acheter par cette vie serait trop cher 1”.
Quelques jours après, le marquis ajoutait: “ J'ai regretté et je regrette dans mes accès d'imagination folle et romanesque... de ne m'être pas fait chevalier de Malte pour mourir grand-maître, C’est le sang des Gozon qui coule dans mes veines ?,
Montcalm avait hâte de quitter Montréal pour être débarrassé de la présence de Vaudreuil, et aussi pour retrouver le petit cercle de familles canadiennes qui l'avaient captivé; car, disait-il à Bourlamaque: “Je suis attaché, sans réserve, à toute la rue du Parloir ?,
1 — Le 9 novembre 1758.
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Il était de retour à Québec dans les derniers jours de décembre, et recommencait ses promenades habituelles de la rue des Remparts à cette petite rue où il oubliait une partie de ses déboires, dans des amusements qu’il se reprochait parfois à lui-même, car ils ne seyaient ni à son âge ni à sa position, encore moins à l’heure présente. Il reprit en même temps avec son ami Lévis cette correspondance où, sans y songer, il a tracé un tableau si vivant de la société qui gravitait autour de lui, Dès son arrivée, il note dans son Journal: Misère affreuse au gouvernement de Québec ”.
Les premiers jours de l’année 1759 furent signalés par un soulèvement populaire qui n’attendait qu'une occasion pour éclater, La patience du peuple était à bout, Déjà on a entendu, l'année précédente, Montcalm justifier la défiance publique dans une autre occasion, celle où les soldats avaient été excités à l’insubordination. L'irritation du peuple avait toujours été depuis en s’accroissant, et l’on eût dit que l’aristocratie civile et militaire avait pris à tâche de la fomenter en lui donnant journellement le spectacle des réjouissances scandaleuses, du jeu effuyable et des excès de tout genre auxquels elle se Hivrait, À mesure que la misère publique augmentait, ces plaisirs et ces désordres devenaient plus effrénés. En vain la voix de lEglise s’était fait entendre, En vain l’évêque de Québec avait tonné du haut de la chaire et publié des mandements pour exhorter tout le monde à détourner la colère du ciel par un retour à de meilleurs sentiments, Sa voix s'était perdue dans le tourbillon des fêtes Du moins, ses exhortations avaientelles eu pour effet d’enhardir le peuple,
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Une ordonnance de lintendant, annonçant une nouvelle réduction dans la distribution des vivres, acheva d’exaspérer la population. Les hommes n’osant se mettre en émeute dans les rues où ils auraient été immédiatement balayés par les troupes qui gardaient la ville, engagèrent leurs femmes à faire une démonstration publique, Quatre cents de ces femmes vinrent en tumulte assiéger le palais de l’intendant, et lui firent entendre des menaces si formidables, qu'il en fut intimidé et retira son ordonnance,
Montcalm en dit un mot à son ami dans le passage suivant :
“ Le 4 janvier 1759, — …. Dieu fait bien tout ce qu'il fait ; le contraire de Montréal. Nullité dans ma personne, tant mieux,
“ … La misère excessive iei; l’intendant voulait nous mettre au quarteron; quatre cents femmes l'ont fait trembler hier ; il a cédé à la demi-livre ”.
En entrant dans cette année de 1759 qui s’annoncait si menaçante, Montcalm fut pris d’une immense tristesse, comme s'il avait eu le pressentiment de sa mort prochaine.
“ Ah! s'écrie-t-il dans l'extrait qu'on va lire, que je vois noir ” !
La suite de sa correspondance contient d’autres expressions qui indiquent les sombres pensées dont son
esprit était obsédé,
“ Souvenez-vous que, faute de vivres, trois à quatre mille hommes à Carillon au plus à la fin de mai... La paix, ou tout ira mal. 1759 sera pis que 1758. Je ne
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sais comment nous ferons, Ah ! que je vois noir! M. de Vaudreuil, et un peu l’intendant, attendent des miracles, Je vous écrirai exactement, Mes vœux, mes sentiments sont et seront toujours sans bornes, mon cher chevalier, dans cette nouvelle année et suivantes ?
“ Le 8 janvier, — .…, Hier grand bal; j'y ai resté jusqu’à une heure, Je suis beaucoup plus cette année de la cour de M" Péan ; cela prouve le désœuvrement, Ma santé a besoin de ménagements ”
On apprit à cette date l'abandon du fort Duquesne. … Montcalm en prit vite son parti.”
“ Le 12 janvier, — …. L'aventure de la Belle-Rivière me fâche un peu; je ne la voulais qu'au printemps. Elle n’a pas empêché hier une-jolie fête dont je n'étais pas prié; et, si l’on dit à Montréal que jy ai été en masque, dites que je ne me masque jamais. Cependant j'y étais avec le plus joli officier de la Sarre que l’on puisse voir, Je vous jure que vous lui donneriez la préférence sur la Naudière, Mais motus 1!
“,,, La misère est grande, Je suis de votre avis : nourrir le peuple avant de songer à entrer en campagne. Heureux qu’on ne nous consulte pas! De vous à moi, avant mon départ, je conclurai avec Cadet pour le vin
1 C'était de la même personne que Montcalm disait dans une lettre à Bourlamaque: ‘Je suis bien aise qu'on parle de moi aux trois dames qui l’habitent (la rue du Parloir), Flatté de leur souvenir. Je ne suis véritablement touché que de celui d'une, à qui je trouve, dans certains moments, trop d'esprit et trop de charmes pour ma tranquillité ”, 20 février 1757.
pour nos officiers ; mais mot à personne, Ce sera un bon service à nos troupes,
“ Nous méditons une grande fête, pour jeudi prochain, avec Roquemaure, qui sera sur son compte où je serai de hasard, Ma santé me reprend, Je suis inquiet pour du Vernys,
“ Adieu, mon cher chevalier; amusez-vous, portezvous bien, aimez-moi autant que je vous aime, Ma laconicité vient de ce que j'ai trop de lettres à écrire”.
Pendant que la Grande Socicté se livrait à tous les divertissements, le peuple mourait de froid autant que de faim. Le thermomètre était descendu à vingt-six degrés et demi, et le pont de glaces était pris devant Québec,
“ Le 17 janvier, —.., Bourlamaque est triste, Demain, grande partie de campagne, cinquante-deux personnes ; pique-nique ; Roquemaure, M" Gauthier, M" de k Naudière ont tout arrangé, J’en suis; on m'en a mis, on a compilé sur moi; je ne puis jamais être un homme ordinaire, Aussi je fournis l’illumination, violons, orgeat, bière, partie du vin et de quoi faire vingt-six plats sur soixante-six qu'il y aura à deux tables servies également en ambigu, Ce détail pour vous seul ; mais, comme Montréal est l'écho de’ Québee, on dira: “M. de Montcalm donne la fête”. Le chevalier répondra : “ Non, c’est un pique-nique; c’est la répétition de celui de la Sainte-Catherine ; on y a mis M. de Montcalm. Je crois bien que, noble et galant comme il est, il aura suppléé à tout ce qui aurait pu embarrasser la société qui l’en a mis, et fourni par là plus que les autres”. L’intendant
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1 Je
en avait fait un, moins arrangé que celui de demain, jeudi dernier, Les dames de la société Péan, avec qui je suis très intimement, en méditent un pour jeudi d’ensuite ”.
La conduite chrétienne, et rangée du marquis et de la marquise de Vaudreuil, à Montréal, était une censure de ce qui se passait à Québec, Montcalm avait quelques remords de s'y voir compromis ; il n'aurait pas voulu donner cette arme à Vaudreuil. Celui-ci était alors occupé d'un plus grave sujet : il faisait faire le recensement de tous les hommes, depuis seize ans jusqu’à soixante, en état de porter les armes, Le gouvernement de Québec en compta sept mille cinq cent onze; celui de Montréal, six mille quatre cent cinq ; et celui des Trois-Rivières mille trois cent treize, formant un total de quinze mille deux cent vingt-neuf, Une levée de grains fut faite en même temps dans le gouvernement de Montréal. On espérait qu'elle rapporterait trente mille minots. “On aura de la peine, remarque Lévis en constatant ce résultat, de pouvoir primer l'ennemi en campagne, faute de vivres 1”,
Montcalm note dans son journal : “ Les plaisirs, malgré la misère et la perte prochaine de la colonie, ont été des plus vifs à Québec. Iln’y a jamais eu autant de bals ni de jeux de hasard aussi considérables ”,
Il continue avec Lévis :
“ Le 22 janvier. — Je cherche à tuer le temps et à m’amuser, La partie de campagne a été au mieux