Le fort Ontario, 8. Port des berges
3. Le fort George, 9. Parallèle ouverte la nuit du 12 au 13 août.
4. Le lac Ontario. 10. Batterie de six pièces commencée le 18.
5. Rivière de Chouaguen. 11. Batterie de neuf pièces faite dans la nuit du 43 au 44. 6. Chemin des Cinq - Nations, 12. Baticrie de mortiers et d'obus commencée !e 14.
€ les gens à qui nous sommes obligés de nous rapporter; ils exposent, sans en « sentir les conséquences, le salut de toute la colonie. » Ces paroles me pénétrèrent jusqu’au fond de l'âme.
€ Mais Le Mercier, qui le premier avait découvert l’anse, cause de tant d’ennuis; Le Mercier, lui, ne doute de rien et soutient sa pointe. Il fait immédiatement débarquer ses quatre pièces d'artillerie, qu’il étale sur le rivage, et cherche à rendre la sécurité à M. de Montcalm et à lui prouver la bonté de notre poste.
« Il rendit, je crois, en cette occasion, un service signalé. »
Les bateaux furent déchargés et tirés à sec sur le rivage, pour faire place à ceux de Béarn, qui approchaient avec l'artillerie.
Le 11, avant le lever du jour, des Combles et Desandrouins étaient en marche, ayant pour escorte la compagnie des grenadiers de la Sarre et un piquet de sauvages et de Canadiens, afin d'examiner Chouaguen de plus prés et de disposer l'attaque. Ils arrivèrent bientôt sur la lisière d’une haute fataie, où, ayant laissé leur escorte de grenadiers à deux portées de fusil en arrière, ils attendirent jusqu'\ ce que la clarté du jour leur permit de bien distinguer les objets. Alors l’infortuné des
RE
smart eemepens
Combles, qui l'instant d’après allait se faire tuer par une surprise de ses propres gens, ct qui ne voulait point de la société des sauvages, qu’il n’aimait pas, pria quelques ofticiers de la Sarre de venir avec lui, et frappant sur l'épaule de Desandrouins : «© Vous restez là, » lui dit-il. Desandrouins fut surpris de cette parole, d'autant plus qu'ils étaient convenus d'aller ensemble. Cependant c'était son chef, il obéit sans mot dire. Des Combles disparut au milieu des grands arbres et des broussailles.
Desandrouins, le perdant de vue, résolut de faire seul sa reconnaissance. Il prit avec lui deux sauvages qu'il avait sous la main, S'avança dans la forêt et arriva sur la crête d’un coteau, d’où l'on apercevait les bords de la rivière.
Les défenses de Chouaguen, appelé Oswégo par les Anglais, consistaient en trois forts distinets : le fort Ontario, le vieux Chouaguen et le fort George.
Le fort Ontario s'élevait sur la droite de la rivière, par où venaient les Français, au sommet d’un plateau fort élevé, terminé par des escarpements à pic du coté de la rivière et du lac, et du cùté de la forêt par une pente assez raide, qui commençail à cinq cent quarante pieds du fort et formait un ravin traversé par un ruisseau, On pouvait ainsi arriver jusqu'à cette distance sans être aperçu. Le fort avait la forme d’une étoile et était bâti de troncs d'arbres de dix-huit pouces de diamètre, équarris sur deux faces, solidement joints et sortant de terre d’environ neuf pieds. Le fossé qui lentourait avait dix-huit pieds de largeur au sommet sur huit pieds de profondeur. Les terres en avaient élé rejetées en glacis sur la con- Lrescarpe el en talus sur la berme. Les embrasures y étaient percées à fleur de terre, et l’on pouvait lirer par-dessus les pieux au moyen d’une galerie de charpente pratiquée lout autour. Le fort était armé de huit pièces de canon, de quatre morliers à double grenade, et défendu par trois cent soixante-dix hommes.
Le vieux Chouaguen, situé sur la rive gauche de la rivière, consistait en une redoute où château à mâchicoulis, erénelée au rez-de-chaussée et au premier étage, dont les murs avaient trois pieds d'épaisseur, Autour de vette redoute, à dix-huit pieds de distance, régnait un mur de quatre pieds d'épaisseur et de dix de hauteur, flanqué de deux grosses tours carrées, (était un véritable château fort du moyen âge. I était de plus entouré de solides retranchements armés de dix-huit piéres de canon et de quinze mortiers.
Enfin le fort George, situé à dix-huit cents pieds plus loin, sur une éminence du mème côté de la rivière, n’était qu'une enceinte faite de mauvais pieux qui n’était pas susceplible de défense. Tous ces ouvrages étaient protégés par seize cent einquante-huit hommes, dont treize cents soldats de la vicile Angleterre.
Desandrouins, abrité derrière un trone d'arbre qui lui servait en même temps d'appui pour écrire, complétait ses observations à mesure que le soleil levant inondait de ses rayons obliques les deux berges de la rivière et faisait ressortir les saillies des fortifications où tout dormait dans un profond silence, quand soudain deux coups de canon furent tirés des remparts : c'était le signal du lever. Presque
aussitôt une décharge de coups de fusil éclata sur sa droite, suivie de cris. « Les
sauvages qui m'accompagnaient, continue Desandrouins, me firent signe de revenir. Je crus que les coups de fusil venaient d’une patrouille ennemie sortie dès le matin de ses retranchements. Je me doutais qu’elle avait rencontré M. des Combles et les officiers, et qu’elle les avait repoussés. Craignant qu'elle ne me coupât la
ses propres L pas, pria de Desantte parole, t son chef, res et des
ice, I prit arriva sur
nt en trois
les Franà pic du aide, qui rsé par un u. Le fort pouces de d'environ )mmet sur ir la con- \ fleur de charpente altre mor-
IL en une icr élage, dix-huit hauteur, lu moyen
pièces de
inence du ui n'élail cent cin-
ne temps il levant sortir les soudain Presque s. « Les revenir, dès le Combles upât la
LA
MONTCALM ET LEVIS bn)
retraite, je me retirai vers M. de Bourlamaque, venu aussi en curieux, et qui était resté avec les grenadiers.
€ Mais j'avais à peine fait huit pas en arrière, que j’entendis M. d: Saint-Luc criant, tout désolé, que notre pauvre ingénieur était blessé à mort. Je courus de son coté pour lui porter secours si c'était possitle. Je le trouvai expirant et étendu à terre d’un coup de fusil chargé d’une balle et d'une poignée de gros plomb, que lui avait tiré un sauvage nommé Hotchig.
«le malheureux Pavait pris pour un Anglais qui venait à la découverte. I le vit passer sous un tronc d'arbre, poussant sa canne devant lui. Il erut que c'était un fusil, entendit ou aperçut quelqu'un qui l'accompagnait, et ne balança pas de lâcher son coup; mais son intention avait été de le faire prisonnier.
« Je fus assommé de ce récit et de l'état de mon pauvre camarade, que J'embrassai et {is transporter sur-le-champ dans sa lente, où il expira une demi-heure après, malgré les soins des chirurgiens. »
A la nouvelle de cet accident, Montealm accourut tout consterné, Des Combles était le seul de ses ingénieurs qui eûl assisté à un siège en qualité d’officier du génie. Mais le temps n'était ni aux larmes ni aux regrets. Les hésitations mêmes devenaient un danger. Les Anglais avaient léveil, et d'un moment à Pautre on pouvait les avoir sur les bras. Après avoir rassuré les sauvages, que cet accident avait démoralisés, et les avoir persuadés que c'était une méprise involontaire qui ne relarderait pas les opérations du siège, Montcalm fit prendre rapidement posilion aux troupes à mesure qu’elles débarquaient. € M. de Rigaud fut posté à un quart de lieue en avant pour faire l'investissement du fort Ontario par de pelits détachements de Canadiens et de sauvages. » L'armée fut campée sur une hauteur voisine de Panse du débarquement, la droite appuyée sur le lac et couverte par ane batterie établie sur la grève, * gauche défendue par un marais impraticable. Quatre cents travailleurs des troupes de terre ou de la colonie furent employés à ouvrir un chemin pour l'artillerie, pendant que tout le reste de l'armée s'occupait à faire des amas de fascines, de sabions et de saucissons.
Vers midi, trois grosses barques anglaises sortirent de Chouaguen et vinrent s'embosser en face de anse. « Mais elles furent fort surprises de se voir vivement saluées, à la suédoise, des quatre pièces de onze; et elles s’en retournérent après avoir fait quelques décharges de leur artillerie sans aucun effet, et avoir recu quelques-uns de nos boulets dans leur bord!, »
« Comme elles avaient de la peine à rentrer dans leur rade, raconte Montcalm, lous nos sauvages nous donnèrent un spectacle amusant : ils fusillaient les barques, qui leur répondaient à coups de canon, et avec une agilité Singulière ils étaient rentrés au moment que chaque décharge allait partir, »
Le 12, Béarn, avec l'artillerie et les vivres, arriva à la pointe du jour. Deux barques ennemies sortirent presque en même lemps, mais trop tard pour leur couper chemin, grâce à la batterie de la grève augmentée de quelques pièces.
Dans la nuit du 11 au 42 et le jour suivant, l'élite des Canadiens et sauvages se glissèrent d'arbre en arbre, de souche en souche, d’où ils ne cessèrent de fusiller le fort Ontario. Cette manœuvre contribua beaucoup à contenir dans leurs retran-
1 Journal de Desandrouins,
chements les assiégé confiance à l'armée.
Mais le fait important de la journée fut la capture de deux courriers iroquois, porteurs de lettres du colonel Mercer, commandant de Chouaguen, dans lesquelles il demandait d'expédier d'Albany, en toute hâte, un secours de deux mille hommes. I s'exagérait la force des Français et la faiblesse de sa garnison. On peut se figurer la joie de Montcalm.
a Ces lettres, dit-il, étaient de quatre heures du matin, et le marquis de Montcalm les avait à neuf heures, avec deux états très exacts de la force de la garnison et des malades. »
A minuit, le chemin de l'artillerie étant terminé, Desandrouins, aidé du capitaine Pouchot, commença l'ouverture de la tranchée sur la crête du coteau. Trois cents travailleurs, soutenus par deux compagnies de grenadiers et trois piquets, y travaillérent sans relâche, sous les ordres de Bourlamaque, chargé de la direction du siège. € C'était, dit Desandrouins, un rude officier, continuellement blessé au feu, mais toujours debout. Il ne quitta plus la tranchée, quoiqu'il reçüt une contusion dans la journée du 13. »
Cent Canadiens avec les sauvages, commandés par des Ligneris et de Villiers, avaient été embusqués en avant vers la gauche, sous le couvert d’un taillis, avec ordre de Lirer à toute volée sur les assiégés, s'ils apercevaient les travaux et tentaient de les arrûter.
& I faisait un magnilique clair de lune qui, en éclairant les travailleurs, facilitait leur besogne; mais d'un autre côté ce demi-jour les exposait à être découverts et à ètre inquiétés par le feu de l'ennemi. Par bonheur il ne s’en aperçut pas, et on fit trêve de part et d’autre. Ce qui, pour des sauvages, est peut-être le plus à admirer, ajoute Moncalm, c’est la tranquillité avec laquelle ils passèrent toute une nuit au même poste sans tirer un coup de fusil. »
La surprise des sauvages fut aussi grande que celle des Anglais en apercevant, au point du jour, tout le travail qui avait été fait pendant la nuit. « Is demandaient à venir, dit Montcalm, et on les plaçait derrière des espères de créneaux faits avec des saes de terre, d'où ils regardaient à loisir. »
Toute la journée du 15 fut employée à élargir la parallèle, à y faire un rempart de troncs d'arbres et de gabions, à ouvrir des chemins de communication, et à tracer l'emplacement d’une batterie de six pièces. « Mais cette journée fut chaude. Les ennemis firent sur nous un feu d'enfer. Aux canons, aux bombes, à la mousqueterie qu'ils tiraient des deux forts à la fois, nous n'avions à opposer que les coups de fusil de quelques grenadiers à travers les créneaux formés de sacs de
s, toujours craintifs pour leurs chevelures, et à inspirer de la
terre, et de cinq ou six sauvages ivres qui, sautant par-dessus le parapet, allaient derrière une souche lâcher leur coup, puis revenaient encore plus vile, poussant des cris comme s'ils eussent remporté une victoire. Enfin, vers deux heures du soir, leur feu devint si violent, que ni sauvages ni Français n’osèrent plus se montrer; puis tout à coup, vers quatre heures, il cessa tout à fait.
« Ce silence absolu du fort Ontario étonne : on croit à une feinte pour nous engager à quelque étourderie. Cependant, après une couple d'heures, un sauvage s'offre pour aller à la découverte. Enjambant le parapet, il glisse de souche en souche jusqu’au pied du rempart et écoute un instant; puis tout à coup on le vit
irer de la
iroquois, lesquelles hommes.
e figurer
de Montgarnison
du capiau, Trois piquets, direction olessé au le contu-
Villiers, lis, avec et ten-
rs, faciavertis et s, el on le plus t toute
"cevant, ndaient ils avec
‘emparl n, et à haude.
L Mousque les sacs de allaient oussant lu soir, ontrer;
r nous auvage che en a le vit
MONTCALM ET LÉVIS d7
presque aussitôt sauter dans le fort et reparaître aux yeux de toute l'armée accourue dans la tranchée, qui battait des mains. »
On fit marcher la compagnie de grenadiers de Guyenne pour s'emparer de la place.
La hardiesse des Canadiens et des sauvages, qui n’avaient cessé de tirer autour du fort, avait épouvanté la garnison. Elle avait craint d’être cernée pendant la nuit, séparée du vieux Chouaguen, prise et scalpée, où bien assaillie par une brusque attaque et jetée à ‘a rivicre, sur laquelle il ny avait point de pont. Alors ils avaient eneloué leur canon, noyé leur poudre, et s'étaient relirés avec une telle précipitation, qu'ils avaient abandonné trois hommes malades ou blessés et tous leurs bagages.
La joie et l'espérance, ajoute Desandrouins, éclatèrent alors, comme on peut
Batterie francaise devant Chouaguen.
bien le penser, sur tous les visages. On disait : € Eh bien! quand nous ne ferions que cela, n'est-ce pas assez pour notre gloire? Mais les Anglais sont des pleutres, ils se rendront bientôt. »
Le colonel Mercer ne pouvait commettre une plus grande faute que d’abandonner le fort Ontario : c'était livrer les clefs de Chouaguen. Il aurait dû, au contraire, y concentrer ses moyens de défense, et il aurait pu s’y maintenir jusqu’à l’arrivée du général Webb, qui s’avançait rapidement avec deux mille hommes de renfort.
Le système de fortifications d’Ontario était loin d’être aussi défectueux que lont prétendu certains historiens. Les énormes pièces de bois, fortement liées ensemble et enfoncées de cinq pieds en terre, qui formaient son enceinte, étaient protégées jusqu'aux trois quarts de leur hauteur par le talus de la contrescarpe, exhaussé, comme on l’a vu, par les terres rejetées du fossé. Ces palissades, dont la tête seule était accessible, pouvaient résister longtemps aux boulets qui les ébranlaient ou les entamaient, mais ne les renversaient que difficilement".
Les troupes de terre, avec cent Canadiens, furent immédiatement employées
1 Au siège de Dantzig (1807), les soldats de Napoléon furent arretés plusieurs jours par une rangée de palissades placées au fond d'un fossé. « La difliculté que nous rencontrions ici, dit M. Thiers, était une preuve des propriétés défensives du bois. Le boulet fracassait la tête de quelques-unes de ces palissades , souvent les écorchait à peine, et n'en renversait aucune. « (Histoire du consulat et de l'empire, t, VU, p. 525.)
mm.