PREMIÈRES ANNÉES DE MONTCALM ET DE LÉVIS, — LA NOUVELLE-FRANCE
Le 1% mars 1756, le général marquis de Montcalm descendait les degrés du palais de Versailles, où il venail de recevoir les derniers ordres du roi Louis XV. F partait pour le Canada, où il allait remplacer le baron de Dieskau, fait prisonnier, l'année précédente, à la malheureuse affaire du lac Saint-Sacrement. Le prince, à qui le marquis de Montcalm avait été recommandé comme un des plus brillants officiers de son armée, l'avait élevé au grade de maréchal de camp et nommé commandant des troupes qu'il envoyait soutenir la guerre dans cette colonie.
Le lendemain, le général partit de Versailles pour Brest, en compagnie de son premier aide de camp, M. de Bougainville, jeune homme alors peu connu, mais qui devait plus tard se rendre célèbre par ses voyages autour du monde.
Montealn état plein d'espérance et de joie à son départ, car le roi avait mis le comble à ses bontés en nommant son fils, à peine âgé de dix-sept ans, colonel d'un régiment de cavalerie. L'heureux père s'était empressé de faire part de ce joyeux événement à sa femme el à sa mère, en leur annonçant qu'il était allé avec son lils remercier le roi et présenter le jeune colonel à toute la famille royale.
La premiére édition de cet ouvrage à été publiée en deux volumes à Quéhee en IS94, chez les éditeurs Demers et frère, a été composé d'après un très crand nombre de documents entièrement inédits que auteur a trouvés en France, Le propriétaire des piéces originales, M. le comte Raimond de Nicolas, en a fait faire une copie authentique. qu'il a généreusement offerte au gouvernement de la province de Québec, qui les à publiés sous la direction de l'auteur, Cette collection forme onze volumes grand in-80, parmi lesquels se trouvent le Journal mème de Montealm, celui du chevalier de Lévis, leur correspondance, celle dé Vaudreuil, de Bourlamaque, de Bigot et d'une foule d'autres officiers civils et militaires du Canada avi Le chevalier de Lévis, le relations de plusieurs expéditions, les lettres et les pièces officielles de la cour de Versailles, Dans la présente édition, l'auteur à supprimé un certain nombre de détails qui offrent pas en France le même intérôt qu'au Canada.
44 MONTOALM ET LEVIS
Avant mème son départ de Versailles, Montcalm avait conçu la meilleure opi-
nion de Bougainville : « C’est un homme d'esprit et de société aimable, » éerivait-il à
sa mère, Et un peu plus tard, il disait dans son journal : « C’est un jeune homme
qui a de l'esprit et des belles-lettres, grand géomètre, connu par son ouvrage sur
le calcul intégral; il est de la Société royale de Londres, aspire à être de l'Académie
{| des sciences de Paris... Il sait três bien l'anglais, et a mis à profit un voyage qu’il a
| fait en Angleterre et en Hollande. I nr'est três recommandé par Mme de Pompadour. »
all De son cûté, Bougainville avait été entièrement subjugué par les manitres du
| marquis de Montcalm : « Je suis enchanté de mon général, écrit-il à son frère ; il est aimable, plein d'esprit, franc et ouvert. »
Le voyage à travers la Bretagne fut assez agréable, grâce aux premiers beaux jours du printemps, qui commencaient à faire éclater les bourgeons et reverdir les coteaux.
Montcalm trouva à Brest toute sa maison qui lv avait précédé, et son deuxième aide de camp, M. de la Rochebeaucour, € homme de condition, natif du Poitou, lieutenant au régiment de cavalerie de Montealm. » I v fut rejoint peu après par son troisième aide de camp, M. Marcel, sergent au régiment de Flandres, promu au grade d'oflicier.
A Brest vivait alors un des hommes les plus intègres qui eût exercé les fonctions d’intendant au Canada, M. Hocquart, qui fit grand accueil à Montcalm et aux officiers supérieurs qui le suivaient.
€ M. et Mme Hocquart m'ont très bien reçu. C'est un couple bien assorti : honnêtes gens, vertueux, bien intenticnnés, tenant une bonne maison. Aussi M. Hocquart a-til été vingt ans intendant au Canada sans avoir augmenté sa fortune, contre l'or dinaire des intendants des colonies, qui n'y font que de trop grands profits aux dépens du pays. »
Dans le salon de Mme Hocquart se trouvait un homme avec qui Montcalm venait de nouer les premiers liens d’une amitié qui ne devait jamaus se démentir : c'était le chevalier de Lévis, arrivé la veille à Brest, et qui avait été choisi pour commander en second sous ses ordres avec le grade de brigadier.
Personne depuis lors n'a possédé autant que Lévis la confiance de Montcalm. Il a été son ami le plus intime, son conseiller, le contident de tous ses secrets. Sa correspondance avec Lévis, découverte récemment, révèle qu’il reconnaissait en lui un maitre dans l’art militaire.
Ils ont été lous deux, avec des lortunes diverses, les derniers défenseurs d'une cause perdue, et ont concentré autour d’eux les dernières gloires des armes francaises en Amérique.
Louis-Joseph, marquis de Montealm, seigneur de Kaint-Véran, était né le 29 février 1712, au château de Candiac, près de Nimes. JE appartenait à une antique famille originaire du Rousrgue. Ses ancètres s'étaient illustrés de père en fils sur les champs de bataille. « La guerre, disait-on dans le pays, est le tombeau des Montcalm. »
La marquise de Naint-Véran, née Marie-Thérèse de Lauris de Castellane, mére de Louis-Joseph, était une femme d’un caractère éminent et d’une piété plus éminente encore. Elle avait converti au catholicisme son mari, né de parents huguenots, et avait exercé une influence extraordinaire sur son fils. Si les principes qu’elle
opi- lui inspira ne le préservèrent pas de tous les écarts, dans ce siècle de débordement t-il à et d'impiété, ils lui firent une impression qui ne s’effaca jamais et qui détermina mine » sur “mie Vila
Ir, »
les grandes lignes de sa vie.
Les premitres années de son enfance s'écoulérent à Roquemaure, auprès de son aieule maternelle, Mme de Vaux, « laquelle, comme toutes les grand’mères, le gâta
s du sil