‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme]Chapitre 3 sur 86 · AUX · texte numérisé non relu

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lui Le marquis de Montealm, ui d'aprés un portrait appartenant à M, le marquis Victor de Montcalm.

7. un peu; ce qui, dit-il, joint à ma santé délicate, fit qu'en 1718 je ne savais pas lire. »

I fut alors confié aux soins de M. Louis Dumas, son oncle de la main gauche, L esprit original, qui avait les qualités et les défauts d’un savant et d’un pédagogue. D Heureusement qu'il ne trouva pas en Louis-loseph un disciple aussi docile qu’en Fu son frère cadet, qu'il fit mourir, à l'âge de sept ans, d’un excès de travail. Il avait Fu lit de cet enfant un petit prodige, qui, dès l’âge de six ans, savait l’hébreu, le grec et le latin, outre le gascon qu'il parlait si bien, qu'il semblait ne connaitre jee que cette langue. Il possédait aussi les éléments de l’histoire de France, l'arithmé- Lu tique, la géographie et le blason, ca Louis-Josecph, malgré de fréquentes révoltes contre le système de son rude

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maitre, fit de rapides progrès dans l'étude du latin, du grec et de l’histoire, grâce à une intelligence vive et à une heureuse mémoire,

Le marquis de Saint-Véran, qui avait transporté dans sa nouvelle croyance l'âpreté du calvinisme, n’était pas moins sévère que M. Dumas pour le jeune Montealm; il l'obligeail à tenir un journal où il lui rendait compte de son temps et de ses progrès, L'enfant S'oubliait assez souvent; il était si jeune ! Son père l'en gourmandait, et il est amusant de lire comment le fils plaidait sa propre cause.

A peine entré dans sa quatorzième année, il suivit les traditions de famille et joignit l'armée, nrais sans abandonner son cours d'étude, M, Dumas voyait tant de différence entre ses progrès el ceux qu'il avait vu faire au petit prodige, dont il ne S'attribuait pas li mort, qu'il en était désespéré, Mais ce qui le désolait pour le moins autant, c'était l'écriture de son élève; elle était désastreuse, C'était un défaut radical dont, malgré des efforts héroïques, Montcalm ne devait jamais se corriger, et qui était destiné à faire le désespoir de ses biographes après avoir fuit celui de son précepleur.

La carrière de Montcalm Pappelait à être un homme d'action : il en avait les goûts et les aptitudes, fut un militaire à la facon antique, faisant toujours une arge part à l'étude dans la vie des camps. I écrivait de Parmée à son père en 173% :

€ J'apprends l'allemand, et je lis plus de grec, grâce à la solitude, que je n'en avais lu depuis trois où quatre ans. »

Montealin reçut le baptème de feu sous les murs de Kehl (173%), et ne démentit pas la vaillance de ses aieux. L'année suivante, il assistait à la prise de Philippsbourg, où il vit le vieux maréchal de Berwiek, victorieux comme Turenne, emporté comme lui par un boulet.

La mort de son père ramena le jeune officier au château paternel, à son cher Candiae, devenu sa propriété.

I ne reste plus aujourd'hui que li moitié du château de Candiac; mais sa masse sévére est encore imposante, Entourée d'arbres fruitiers, elle domine la eampagne ondulée et solitaire qui lui sert d'horizon !. C'est là, sous le ciel ensoleillé du Languedoc, parmi les plantations d'oliviers et d'amandiers qu'il cullivait, que le futur héros du Canada passa les quelques années de paix et de bonheur qui lui élaient réservées, Cest à qu'il conduisit &t jeune femme, dont, par une Singulière coïncidence, la famille avait eu des rapports avec le Canada. Son crand-oncle, l'intendant Talon, v avait été le fondateur de Padministration royale. |

Angélique- Louise Talon du Boulay, que Montealm avait épousée en 1736, lui avait apporté quelques biens qui ne Pavaient pas rendu riche.

La marquise était plus à la hauteur de son mari par le cœur que par lintellisence, mais elle élait épouse aussi tendre que mère dévoute, Fs eurent dix enfants, dont six vécurent : deux garçons et quatre filles.

Montcalm avait à un haut degré Pesprit de famille: il était profondément attaché à ce coin de la France, où il trouvait dans la compagnie de sa mère, de sa femme et de ses petits enfants, toux les plaisirs qu'il air ait, De fait, il v jouissail de Pexistence féodale avec tous ses charmes. Aussi, quand il sera exilé à quinze cents lieues de là, au fond des forêts d'Amérique, on l’entendra bien des fois soupirer :

1 Lorsque je visitai le château de Candiac, en 173, il était devenu la propriété de la famille de Bernis.

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« Quand reverrai-je la patrie? Quand reverrai-je mon cher Candiac? »

Durant les fréquentes et longues absences auxquelles l'obligeait le service militaire, l'avenir de sa jeune famille le préoccupait. Alors, avec cet esprit de foi qu'il tenait de sa mère, il demandait à Dieu, — c'est lui-même qui l'écrit, — de les conserver tous et de les faire prospérer pour ce monde et pour l'autre. « On trouvera, ajoutait-il, que c'est beaucoup et surtout quatre filles pour une fortune médiocre; mais Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin?

Aux petits des oiseaux il donne la päture, Et sa bonté s'étend à toute la nature, »

Chäteau de Candiuc, où est né le marquis de Montealin.

+ Pendant la guerre de la succession d'Autriche, Montcalm avait suivi son régiment en Bohème, et eut sa part des souffrances de l’armée française. Plus tard, au Canada, il rappellera à ses soldats la famine qu'ils eurent à endurer pendant cette terrible campagne, et il écrira à Lévis (1797) : « Les temps vont être plus durs, à certains égards, qu'à Prague... Accoutumés à se prêter à tout et en avant déjà donné des preuves à Prague, je n’attends pas moins d'eux dans les circonstances présentes. »

Une étroite amitié l'avait uni alors à l'intrépide Chevert, dont il sentait l'âme égale à la sienne.

Montcalm était colonel du régiment d’Auxerrois-infanterie durant la campagne d'Italie (1746), où il faillit terminer sa carrière. Fait prisonnier tout sanglant sur le champ de bataille, après la défaite des Français devant Plaisance, il écrivait à sa mére : « Nous avons eu hier une affaire des plus fâcheuses. Il y a eu nombre d’ofliciers, généraux et colonels, tués ou blessés. Je suis des derniers, avec cinq coups de

sabre. Heureusement aucun n’est dangereux , à ce que l’on m’assure, et je le juge

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par les forces qui me restent, quoique j'aie perdu de mon sang en abondance, avant une artère coupée. Mon régiment, que j'avais deux fois rallié, est anéanti. »

Promu au grade de brigadier à sa rentrée en France, il alla se faire écharper de nouveau dans une gorge des Alpes, où le frère du maréchal de Belle-lsle se fit tuer follement avec quatre mille Français. Les deux nouvelles blessures qu'il avait reçues à cette affaire lui valurent les félicitations du roi, le grade de mestre de camp et le commandement d'un nouveau régiment de cavalerie, désigné sous le nom de Montcalm.

La paix d'Aix-la-Chapelle (1748) lui procura quelques années de repos, les dernières qu'il eut à passer au château de Candiac, Nous lv trouvons en février 1756, lisant à sa mère et à sa femme la lettre suivante que venait de lui adresser le garde des sceaux :

« À Versailles, 25 janvier, à minuit,

€ Peut-être ne vous attendiez-vous plus, monsieur, à recevoir de mes nouvelles au sujet de la dernière conversation que j'ai eue avec vous le jour que vous m'êtes venu dire adieu à Paris. de n'ai pas cependant perdu de vue un instant, depuis ce temps-là, l'ouverture que je vous aï faite alors, et c’est avec le plus grand plaisir que je vous en annonce le succès. Le roi à donc déterminé sur vous son choix pour vous charger du commandement de ses troupes dans PMmérique septentrionale, et il vous honorera à votre départ du grade de maréchal de camp.

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