‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme]Chapitre 41 sur 86 · RDA ESA A APE MAN ES 1 PR EVE E LT CLEA TA TR · texte numérisé non relu

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qu'il fût possible dv fermer lPœil, On se gabionnait comme on pouvait le long des murailles ou des parapets, contre lesquels on appuyait, en guise de toiture, des pièces de charpente reliées ensemble. En face du bastion de x Princesse avaient été construites, au temps de l'occupation anglaise, de vastes casernes en bois occupées pendant le Siège par la garnison, C'était, au dire d'un des assiégés, un véritable château de cartes, aussi inflammable qu'un paquet d'allumettes, Le séjour en était devenu tellement dangereux, que le gouverneur Pavait fuit évacuer. Les soldats en éluent réduits, comme Îles marins, à se créer des abris dans tous les recoins. Dans la nuit qui suivit Fincendie du château, un obus chargé de matière combuslible éelata en plein milieu des casernes eCen fil en moins d'une heure un hnmense bûcher, sur lequel les Anglais concentrérent leur canonnade. Les débris enflammés volaient de toutes parts et exposaient la ville à une conflagration générale. Citoyens et soldats étaient sur pied et couraient partout où se montrait le péril. Pour achever cette scène d'horreur et de confusion, au plus fort du danger, pendant que l'orage de projectiles grélait autour de l'édifice croulant, les régiments anglais, qu'on apercevait aux lueurs sinistres qui se projelaient sur lt campagne, se rangérent en bataille en face des glacis comme pour monter à Passaut.

De tous les assiégës, les plus à plaindre étaient les malades et les blessés, dont le nombre Sélevait au tiers de Ta garnison, Vers le commencement du siège, le chevalier de Drucour avait demandé au général anglais d'épargner Fhôpital et les maisons adjacentes, ot il v avait déjà des malades, Amherst répondit en offrant pour ambulance Pile de lEntrée où la côte voisine, mais que pour Phôpital il ne garan- Uissait rien, Soil que ses ordres ne fussent pas exécutés, soit qu'il n'en donnàt point, l'hôpital ne fat pas plus à l'abri que le reste de Ta ville, \toute heure du jour et de Ha nuit, les pauvres malades, étendus partout sur des matelas el incapables de bouger, entendaient des eris d'alarme et demandaient en vain du secours, Les chirurgiens, au milieu de leurs opérations, tressaillaient aux eris de: @ Gare à la bombe!» et s'éloignaient de leurs patients, dont souvent un éclat de fer venait lerminer les souffrances, Le chirurgien des volontaires étrangers fut tué au milieu d'une opération, et deux religieux de Ke Charité Qui Fassistaient blessés dangereusement.

Le 26, entre minuit ét une heure, pendant qu'une brume impénétrable couvrait le port, une flottille de berges montée: par Six cents soldats el marins anglais glissa dans un profond silence le long de Pile de FEntrée, et passa à portée de voix de la ville sans être apereue. Min de détourner l'attention de ce côté, Ambherst faisait rer ses batteries à toutes volées et marcher ses troupes armées d’échelles comme pour Passaut, Le gouverneur était accouru au bastion du Root. etle commandant des troupes, M. de la Houlière, au bastion du Dauphin. La garnison lout entitre bordait les remparts. «© Nous tirions à mittille du peu de pièces que nous avions, » dit M. de Drucour. Pendant ce temps-là, la flottille, divisée en deux escouades, S'approchait des deux vaisseaux / Prudent eUle Bienfaisant, dont les fanaux trahissaient la présence, tandis qu'autour d'eux tout était brouillard et ténèbres, Les berges arrivèrent j<que sous le: Manes des vaisseaux sans être aperçues; ce ne fut qu'à l'instant où elies accostérent que les sentinelles jetérent le eri d'alarme, auquel

les Anglais répondirent par de formidables hourras en montant à labordage. Les équipages, dont la plus grande partie était à terre, n’eurent pas le temps de se

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Caplure

reconnaitre et ne firent qu’une faible résistance. Au bruit du combat, les batteries du rivage et celle de la pointe de Rochefort firent feu, au risque de tuer quelquesuns des leurs. Puis tout rentra dans le silence au milieu du port. Une heure après, une grande lueur perça le voile de brume qui l’enveloppait : le Prudent se trouvant échoué à marée basse, les Anglais v avaient mis le feu, et ils touaient le Bienfaisant nors de la portée du canon et l’ancraient sous la protection de leurs batteries au nord-est de la rade.

Ce dernier désastre hâta le dénouement. La situation de la ville était lamentable ; il n’y avait pas une maison qui n’eût recu quelques projectiles. Le tiers de la garnison, comme on vient de le voir, était aux ambulances; on ne rencontrait pas un habitant qui ne fût en deuil de quelques parents ou amis. Les officiers, les soldats, accablés sous un travail de jour et de nuit, n'avaient pas un réduit sûr pour prendre une heure de repos; el pourtant ils montraient encore de l’ardeur. Toute la ligne des remparts du côté de terre n'était plus qu'un monceau de ruines, si bien qu'après la capitulation la foule circulait par les brèches tout autant que par les portes. Les pièces d'artillerie démontées gisaient parmi les décombres à côté de leurs aûts; il ne restait plus que quatre canons en état de servir, et leurs coups intermittents ressemblaient moins à une défense qu'au glas funèbre de la cité expirante. Les ennemis, de leur côté, étaient parvenus jusqu’au pied des glacis; sur les hauteurs de la gauche, leur feu enfilait le chemin couvert, tandis que de celles de la droite leurs batteries balayaient toute la ligne des fortifications de Pouest à l'est. Le matin du 26, la dernière pièce avait été réduite au silence.

La veille, le chevalier de Drucour, accompagné de lPingénieur Franquet et des officiers supérieurs, passa une partie de la journée à faire le tour du chemin couvert pour se rendre un compte exact de l'état des fortifications. De bonne heure, le lendemain, un conseil fut convoqué, auquel assistérent les commandants de terre et de mer, La Houlière et Desgouttes. Franquet, dont le point d'honneur était engagé parce qu'il avait surveillé les derniers travaux faits à la forteresse, fut le seul à soutenir que le siège pouvait être prolongé. Il s'ensuivit une longue et vive altercalion; mais on finit par s’accorder à demander unanimement la capitulation.

A dix heures du matin, le drapeau blanc fut arboré devant le bastion du Dauphin, et un officier de l'armée régulière, M, Loppinot, fut envoyé au camp anglais, avec une lettre dans laquelle M. de Drucour offrait de se rendre aux mêmes conditions que celles accordées aux Anglais à la prise de Mahon. Amherst et Boscawen tenaient conseil en ce moment même, et venaient de décider de forcer l'entrée du port et de bombarder la ville par mer et par terre. Le général répondit avec une dureté indigne de la belle défense des Français. Il exigea que la garnison se rendit prisonnière de guerre, ajoutant que si dans une heure il n'avait pas de réponse, il ferait donner l'assaut.

La lecture de cette lettre souleva un mouvement d’indignation dans le conseil. Le gouverneur chargea le lieutenant-colonel des volontaires étrangers, M. d’Anthonay, d'aller demander de meilleurs termes; mais Amberst ne voulut pas Île recevoir.

« Eh bien! répondit fièrement Drucour, nous subirons l'assaut. » Et il envoya M. Loppinot porter au camp anglais la note qui contenait ce défi, Get officier venait

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de sortir, lorsque arriva au château le commissaire-ordonnateur, M. Prévost, avec une requête des citoyens suppliant en grâce le gouverneur d’accepter la capitulalion. Cette requête représentait en substance que le conseil ne se composait que d'hommes de guerre obligés par état d'affronter tous les périls les plus extrêmes et n'envisageant que la gloire de la France et l'honneur de ses armes, mais qu'il v avait dans Louishbourg quatre mille citoyens non moins utiles au pays que ses soldats, ct qui avaient droit d’être écoutés. La garnison s'était vaillamment défendue et avait fil tout ce qu'exigeait l'honneur militaire, mais il était évident qu’elle ne pourrait repousser un assaut. Que deviendraient alors les quatre mille citoyens et les douze cents malades enfermés dans les hôpitaux? IIS seraient livrés à la rage d’un vainqueur irrilé et avide de pillage, qui les massacrerait peut-être jusqu’au dernier, pour venger le malheur arrivé à la prise de William-Hlenrv, L'humanité, autant que lintérèt bien entendu de la France, exigeait qu’on acceptât la capitulation.

En présence de cette requête si bien motivée, le gouverneur ne put se refuser à revenir sur sa décision, et, de l'avis du conseil, il ordonna au chevalier de Courserac de courir après M. Loppinot et de lui redemander sa lettre. Ce messager, conseillé probablement par M. Prévost, ne s'était pas pressé de partir, car il avait à peine franchi le pont-levis quand il fut rejoint par M. de Courserac. D'Anthona\ et Duvivier, major du régiment d'Artois, et le même M. Loppinot, furent dépèchés aux quartiers généraux anglais avec pleins pouvoirs de conclure la capitulation.

Is revinrent au château à onze heures de nuit avec les articles convenus, auxquels le chevalier de Drucour apposi sa siunature.

Ces articles portaient que la garnison de Louisbourg serait prisonnière de guerre et transportée en Angleterre sur les vaisseaux de Sa Majesté brilannique; que les iles du Cap-Breton et Saint-Jean (Prince- Édouard) passeraient sous le domaine de la couronne; que les blessés et malades des hôpitaux auraient les mêmes soins que ceux des Anglais; que la population de la ville qui w’avait pas porté les armes serait transportée en France; qu'enfin, le lendemain matin, à huit heures, la porte Dauphine serait livrée aux troupes anglaises, et qu'à midi la garnison livrerait ses armes et ses couleurs sur la place de lEsplanade.

À buit heures précises du matin, les lignes rouges des soldats anglais défilèrent, musique en tête, sur le pont-levis de la porte Dauphine, et se rangèrent autour du bastion. Les salves d'artillerie de la flotte et du camp saluèrent le drapeau britannique qui montait au-dessus des remparts. Dans l'intérieur de la ville, les régiments français débouchèrent à travers les décombres sur l'Esplanade, où ils s’alignèrent sous leurs uniformes usés, gris de poussière et maculés de sang, seule marque de leur héroïque défense qu'on n'avait pu leur arracher. Mornes et silencieux, ies traits accablés, la rage et le mépris au cœur, les soldats jetèrent leurs armes au milieu de la place.

Le même jour, Wolfe écrivait à sa mère : «Je suis entré à Louisbourg ce matin pour rendre mes devoirs aux dumes; mais je les ai trouvées si pâies el si amaigries par leur long emprisonnement dans les casemates, que ma visite à été très courte. Les pauvres femmes ont été terriblement effrayées, et elles avaient raison de Pètre; mais aucun malheur réel ne leur est arrivé soit pendant, soit après le siège. Dans un jour ou deux elles auraient été entièrement à notre merci. J'étais résolu de sauver autant de vies et d'empêcher autant de violences que possible, parce que j'étais sûr qu'une telle conduite, digne d'un militaire, aurait votre approbation. Louisbourg

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