PERTE
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362 MONTOALM ET LEVIS
de front, et se mit en marche vers les hauteurs où l'automne précédent Wolfe avait attendu l’armée de Montcalm. C’est à ce moment que Lévis les vit surgir du ravin, couvrant toute la plaine depuis la cime du rivage jusqu’au chemin de Sainte -Foye. Ils avançaient en étendant leurs lignes, afin d'occuper le plus d'espace possible sur le plateau. Dès que le chevalier eut reconnu qu'il avait affaire à toute l'armée anglaise, il fit retirer de la redoute les cavaliers, et donna ordre au major général Montreuil de resserrer ses troupes et de les pousser de l’avant. [l enjoignit en même temps à Boufrlamaque de placer cinq compagnies de grenudiers dans le moulin et la maison de Dumont, que les Anglais avaient abandonnés pendant la nuit, et de porter les einq autres compagnies sur une petite hauteur commandant la droite. Ses deux ailes ainsi appuyées, il posta M. de Lapause au débouché du chemin de Sainte-Vove, par où s'avançail l'armée, pour indiquer à chaque commandant la place assignée à ses bataillons. Les deux brigades de la droite, celles de Royal- Roussillon et de Guyenne, eurent le temps de se mettre en position, et la troisième, celle de Berry, débouchait du chemin, lorsque l'armée anglaise, à qui Murray avait lait jeter ses outils, parut sur le terrain élevé au bas duquel défilaient les régiments francais. En avant du moulin de Dumont, le brave d'Aiguebelle, avec ses grenadiers, contenait Pinfanterie légère de Dalling, tandis que ceux de la droite reloulaient les volontaires et les rangers de Tazen. Murray, avec son étal-major, se porta à quelques pas en avant de ses lignes. Ise vit alors en présence d'un spectacle capable d'enflammer une âme moins ardente que la sienne. Le terrain qu'il oceupait était aussi favorable que celui où Wolle, au mois de septembre précédent, avait foudroyé l’armée de Montealim. Iavait de plus une artillerie formidable et une armée encore toute pleine du souvenir de sa victoire, Sur sa gauche, il était maitre de le redoute que venaient d'abandonner les cavaliers français. A sa droite, l'infanterie légère n'était qu'à quelques pas du moulin de Dumont, En arrière de ce moulin se creusait comme une défense naturelle, une ravine au fond de laquelle coulait un ruisseau, gonfé par la fonte des neiges, et qui venait tomber en cascade dans la côte Sainte-Geneviève, Sur la lisiére de la forêt de Nillers S'avancaient à grands pas les brigades de Berry et de Va marine, qui allaient prendre poste an centre, tandis que Le bataillon de Béarn émergeuit du chemin de Sainte-Fove, La
droite seule de Lévis achevait de se ranger en tige Le moment ne paraissait pas pouvoir être plug pfopice pour écraser en détail
chaque tronçon de l'armée française, Murray commanda l'attaque, L'arüllerie ouvrit, à cent pa de distance, un feu de mitraille qui fit un effet terrible, principale-
ment sur les deux dernières brigades en marche. Lévis apereut le danger et prit
sur-le-champ la résolution hardie de faire retraiter son armée à l'entrée du bois. FM alla luisméme ordonner ce mouvement, qui, ditil, € Sexécuta avec la plus orande valeur et activité sous le feu du canon et de li mousqueterie, » Murray se méprit Sur cette marche rétrograde il erut à un commencement de fuite et ordonna à ses troupes de charger en inelinant vers la droite, pour S'emparer du moulin et de la maison de Dumont, qui commandaient le chemin de Sainte-Foye, Plusieurs pièces d'artillerie balasaient déja cette route, en travers de laquelle commençait à se dépleser la brigade de la Sarre, formant la gauche des Français, Une lutte furieuse s'engagea autour du moulin entre les grenadiers et l'infanterie légère, derrière laquelle s'avançait toute la droite anglaise, composée des régiments de Webb,
d’Amherst et d’une partie du Royal-Américain, aux ordres du colonel Burton. Les grenadiers, écrasés par le nombre, évacuèrent le moulin et se replièrent sur la Sarre, Lévis passait en ce moment devant sa ligne de bataille, tenant son chapeau au bout de son épée : c'était le signal convenu pour l’attaque générale. La brigade de la Sarre, que le vieux colonel Dalquier, qui la commandait, avait fait retirer un peu en arrière pour la former en alignement des autres brigades, ramena les grenadiers et reprit le moulin, ainsi que deux monticules voisins dominant la route. L'infanterie légère fut si maltraitée durant cette attaque, qu'elle se retira à l’arrièregarde et ne revint plus à la charge. À la droite, les cinq compagnies de grenadiers, soutenues par les franes-tireurs canadiens, venaient de chasser de la redoute les rangers et les volontaires et marchaient vers une seconde redoute, couronnant une butte à quelques pas plus loin. Les deux brigades de la droite, appuvées de trois pièces d'artillerie, disputaient le terrain avec opiniätreté aux formidables Highlanders et aux deux régiments de Bragg et de Lascelles, formant la gauche des Anglais.
L'attention du général francais se portait surtout sur ses deux ailes; car le centre où combattait la masse des Canadiens, avec la marine et Berry, lui parut loujours inébranlable. Chaque bataillon était précédé et flanqué d'une nuée de coureurs de bois, aux ordres du vaillant Repentigny, qui éclaircissaient les rangs anglais avee une efroyable rapidité, Ces admirables tireurs, répandus dans les plis du terrain, ajustaient avec la mème précision que s'ils eussent été à la chasse, et abattient un homme à chaque coup de fusil. His se couchaient ensuite pour laisser passer la mitraille où une déchage de mousqueterie, puis se relevaient de nouveau pour mettre en joue. Pendant plus de deux heures que dura li bataille, le gros des ennemis, formé des meilleures troupes d'Angleterre, essava de profiter de Pavantage de la position pour écraser ces miliciens mal armés, Chaque fois il fut forcé de reculer et d'aller se relormer sous la protection de son artillerie.
Le colonel de Bourlamauque eommuniquait à la gauche qu'il commandait son invincible Lénacité, Au plus fort de l'action, il traversa un instant vers lt droite pour aller prendre des ordres du général, Pendant qu'il redescendait vers le chemin de Sainte-Fove, son cheval fat renversé sous lui, et un boulet lui emportx une partie du gras de la jambe, I fut transporté chez M. de lt Gorgendière, établi dans
le voisinage.
Un détachement d'Ecossais, envoié pour remplacer l'infanterie légère, s'égor-
geail en ce moment au moulin de Dumont avec les grenadiers de d'Aiguebelle, « Antagonistes dignes les uns des autres! dit le chevalier Johnstone, les grenadiers, lu baionnette au poing, forçaient les Highlanders de sauter par les fenêtres de la maison, etceux-ci, la dague à la main, revenant par Ke porte, obligeaient les grenadiers de sortir par le même chemin, La maison fut prise et reprise plusieurs fois, et la lulle aurait continué tant qu'il v aurait eu un Highlander et un grenadier, si les généraux des deux armées ne les avaient rappelés et abandonné pour le moment la maison comme un terrain neutre, Les grenadiers étaient réduits à quatorze au plus par compagnie, el les Highlanders décimés dans les mûmes proportions. » Le chevalier de Lévis accourut pour soutenir la brigade de la Sarre de sa présence, et traversa ensuite € de la gauche à la droite entre les deux armées, ordonnant en passant à ses brigades de charger », el aux grenadiers de s'emparer
de la dernière redoute. L’élan fut irrésistible, et les rangers culbutés avec les volontaires, laissant à découvert le flanc gauche du régiment de Bragg, qui commença à plier.
La brigade de la Sarre, après avoir traversé le ruisseau, s’avançait sans tirer sur l'aile droite des Anglais. Elle n’en était plus qu’à une trentaine de pas; mais une épaisse couche de neige dans laquelle elle s’'enfonçait jusqu'aux genoux l’empèchait d'aller plus loin. D'ailleurs le terrain qu’elle occupait, s’affaissant graduellement vers la côte Sainte-Geneviève, l’exposait au feu plongeant des canons anglais chargés à mitraille. Elle souffrait si cruellement et se trouvait en si grand danger, que Lévis envoya M. de Lapause, puis un autre officier, dire de faire demi-tour à droite et de s’appuyer à quelques maisons rangées un peu en arrière. Quoique l’ordre füt transinis par un homme aussi intelligent que Lapause, il fut mal interprété et faillit compromettre la journée. Malartic, n'osant y contrevenir, se porta sans rien dire à quinze pas en avant de la brigade, afin qu’elle vit qu'il fallait avancer. Une minute après, Dalquier, tout saignant d’une blessure qu'il venait de recevoir au côté, le rejoignit et lui dit :
« Major, je prends sur moi de contrevenir à l’ordre du général. Profitons de l’ardeur de nos soldats. Ne tirons pas, tombons sur l'ennemi avec la baïonnette , et nous le vaincrons. »
Puis s'adressant aux soldats :
€ Mes enfants, s'écria-1-il, ce n’est pas le temps de se retirer quand on est à vingt pas de l'ennemi. Fonçons sur lui à la baïonnette, c’est ce qu'il a de mieux à faire. »
Le centre, voyant avancer la gauche, fit la même manœuvre. Les grenadiers se jetèrent dans le moulin et s'emparèrent des deux monticules, d'où il ne fut plus possible de les déloger. Lévis arriva en ce moment, et dit à Dalquier :
« Vous avez rendu au roi le plus grand service possible en ne faisant pas demitour à droite. Tenez cinq minutes : je vous réponds de la victoire. »
Le général disparut ensuite derrière les toulfes d'arbres disséminées sur le plateau, et regagna la droite. Le moment était venu de porter un coup décisif. L'intentioa du chevalier était d'opérer un mouvement de flanc avec les brigades de Roval-Foussillon et de la Reine, de refouler l'armée anglaise vers la vôte Sainte- Geneviéve, de l'en précipiter et de lui couper la retraite sur Québec. Mais, par suite d’un ordre mal exécuté, la Reine se trouvait placé en arrière de laile gauche. Lévis prit sur-le-champ le parti d'opérer son mouvement avec la seule brigade de Roval-Roussillon, et en donna l’ordre à Poulariès, qui, profitant d’un pli du terrain, défila sans être aperçu le long de la falaise. La panique <e répandit parmi les Anglais, quand ils virent briller les rangées de baïonnettes sur la crète du rivage. Murray, éperdu, jeta son corps de réserve sur ses deux ailes à la fois; mais il étais trop tard. « L'ennemi, dit Johnstone, prit la fuite avec une telle précipitation et une confusion telle, qu'au milieu de la panique pas un soldat anglais ne put être rallié par les officiers. »
« Si la brigade de la Reine, dit Lévis, eût été à son poste, on aurait enveloppé les ennemis par leur gauche, et vraisemblablement on leur aurait coupé la retraite sur la place, ce qui aurait été décisif. Mais ils se retirérent avec tant de précipitaion, et ils étaient si près de la place:qu'on ne pr! les joindre, nos troupes étant
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