‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme]Chapitre 75 sur 86 · LS A · texte numérisé non relu

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excédées de fatigue; mais ils abandonnèrent toute leur artillerie, munitions, outils, morts et blessés, »

Les Canadiens s'étaient montrés aussi fermes en rase campagne que les troupes régulières. Pendant que celles-ci se formaient à l'entrée de la forêt, ils avaient établi en avant d'elles un cordon infranchissable. Les Anglais, effrayés de la précision de leur tir, n'osérent jamais s'approcher du bois. « Les Canadiens des quatre brigades, dit Malartie, ceux qui étaient dans les intervalles ou en avant des brigades, ont tiré longtemps et fort à propos. Ils ont fait beaucoup de mal aux Anglais, »

Monument élevé en 1860 sur le champ de bataille de Ssinte-Fove,

Le capitaine de Laas, du régiment de la Reine, qui commandait un détache ment de Canadiens à l’extrème droite, ne reçut pas l'ordre de tourner l'aile gauche anglaise avec Roval-Roussillon, 1 le fit cependant avec autant d'intelligence que de bravoure, et Lévis a noté cette charge comme une des plus brillantes de la journée.

« L'armée des ennemis, dit le chevalier, était d'environ quatre mille hommes,

et la nôtre d'environ cinq mille, dont deux mille quatre cents miliciens; mais il \

a eu plus de quatorze cents hommes dudit nombre, comme la brigade de la Reine et la cavalerie, qui n'ont jamais eu part à l'action, Nous avions été obligés de lisser des délachements derrière, et nos sauvages, s'étant retirés, ne combattirent

point. »

A la tin de l’action, Malartic fut blessé par un raisin qui vint mourir sur sa poitrine. « Ce coup, dit-il, me renversa et me causa une grande commotion. En revenant à moi, je me trouvai entre les mains d'un sergent et d'un soldat qui voulient me relever, Je les priai de me laisser mourir sur la place. Comme ils me soulevaient malgré moi, je sentis quelque chose de froid glisser sur l'estomac. J'ouvris mi veste, que je trouvai percée, lt partie inférieure du sein gamche grosse comme

le poing et fort noire. » Malartic fut transporté à l'hôpital général avec les blessés des deux armées.

Les Anglais avouëèrent une perte de plus de mille hommes tués, blessés ou manquants. Le chiffre exact des morts du côté des Français fut de deux cent soixantesix, dont trente-trois officiers; celui de leurs blessés s’éleva à sept cent soixantetreize. Sur ce nombre, les Canadiens avaient deux cent trois morts et blessés, Ils eurent à regretter le commandant du bataillon de Montréal, le brave colonel Réaume, et quelques-uns de leurs meilleurs officiers partisans, tels que les capitaines de Saint-Martin et de Corbière. Les sauvages, qui, comme on vient de le voir, s'étaient lâchement tenus à l'écart durant l'action, ne poursuivirent pas les Anglais en déroute. Ils se répandirent sur le plateau, pendant que l'armée victorieuse s'attachait aux pas des fuvards, et scalpèrent indistinctement les Français et les Anglais restés sur le champ de bataille.

La plaine offrait un spectacle horrible à voir. L'œil ne s'arrêteit que sur des mares de sang que la terre gelée ne pouvait boire. Dans les plis du terrain, la neige en était rougie. Autour du moulin et de la maison de Dumont, le sol disparaissait sous les monceaux de cadavres. Aussitôt après la bataille, le général de Lévis envoya un oflicier avec des gardes prendre possession de l'hôpital général, situé en face, au fond de la vallée du Saint-Charles. On v avait suivi avec une émotion facile à comprendre les péripélies du combat.

« ne se tira pas un coup de canon, ni de fusil qui ne vint retentir à nos oreilles, raconte une des religieuses; jugez par là de notre situation! L'intérêt de la nation était en jeu, ainsi que celui de nos proches qui se trouvaient au nombre des combattants; cet état de souffrance ne se peut peindre.

€ I faudrait une autre plume que la mienne pour peindre les horreurs que nous eûmes à voir et à entendre pendant vingt-quatre heures que dura le transport des blessés, les cris des mourants et la douleur des intéressés. Il faut dans ces moments une force au-dessus de la nature pour pouvoir se soutenir sans mourir.

« Après avoir dressé plus de cinq cents lits, que nous eûmes des magasins du roi, il en restait encore autant à placer. Nos granges et nos étables étaient remplies de ces pauvres malheureux. Nous avions dans nos infirmeries soixante-douze officiers; il en mourut trente-trois. On ne voyait que bras et jambes coupés. Pour surcroît d’affliction, le linge nous manqua : nous fûmes obligés de donner nos draps et notre linge de corps. Il n’en était pas de cette bataille comme de la première. Nous ne pouvions espérer de secours des hospitalières de Québec; les Anglais s'étaient emparés de leur maison ainsi que de celle des ursulines pour loger leurs blessés, qui étaient encore en plus grand nombre que les nôtres. Il nous vint encore une vingtaine d'officiers qu’ils n’eurent pas le temps d'enlever, et dont il fallut aussi nous charger. »

La nouvelle de la victoire de Sainte-Foye se répandit rapidement de paroisse en paroisse et fit éclater une explosion de joie. Au premier moment, on se errt sauvé. La plupart des Canadiens, s’obstinant à espérer que la France ne les avait pas abandonnés, s’imaginèrent que les secours demandés avaient été expédiés, et que la flotte qui les apportait allait, comme l’année précédente, devancer celle des Anglais et fournir à Lévis les moyens de reprendre Québec, ce qui aurait décidé de la campagne.

« Mon général, lui écrivait Bougainville, agréez mon compliment sur votre belle

ssés victoire. J'en suis d'autant plus enchanté que j'y vois belles manœuvres dans l'ac- K tion, diligence incroyable dans votre marche, et fermeté faite pour être citée. Ma (1: AR” foi! vous serez notre père, puisque vous nous avez rendu l'honneur, Et ne prissiez- \f nte- vous pas la ville, vous n'en serez pas moins couvert de gloire. Ah! mon général, | “s vous n'avez pas voulu que je fusse avec vous! J'en ai une douleur mortelle, Mais l£ . Is dans ce métier il faut obéir et non choisir, Nous avons bien perdu, il n'était pa: | onel possible de le faire à moins. C’est ici une jubilation sans égale. Nous attendons | de avec impatience des nouvelles de la suite, C'est affaire à vous de ne pas perdre } (A ai de temps. : 1 « Rien ici de nouveau; nous travaillons tandis que vous gagnez des batailles, » |] atln- Vaudreuil avait déjà derit au chevalier : lais € n'a fallu rien moins que votre expérience el votre eoup d'œil militaire pour déterminer la victoire en votre faveur. Celle journée sera mémorable et entièredes ment votre ouvrage. We serait bien diflicile de vous exprmmer la vive joie que je . nee ressens.

al € dé regrotte imiiment les braves officiers, soldats et Canadiens que nous avons Lévis perdus : is ne poiaient que signaler leur valeur, combattant sous les yeux d'un sie général Qu'ils ataient également, et dont la bravoure doit étre admiré, » tion | nos { mbre que A I “por! CAMPAGNE DE 1760, = CAPITULATION DE MONTRÉAL. LE CANADA h | CÉDE À L'ANGLETERRE. CONCLUSION [l n. | s du plies « Les ennemis ont manqué un coup d'or (a golden opportunity), » Coma | | offi- Knox à la date du 2 mañ. I ajoute que si le général de Lévis eût donné Pass ‘4 Pour dans les trois jours qui suivirent la bataille de Sainte-Fove, il est très probable que 1 lraps Québec serait retombé entre les mains de ses anciens maitres, La garnison était. |] | ière. en effet, complétement démoralisée. Les soldats, devenus incontrèlables, proi plais taient du désordre et de la confusion qui régnaient dans la ville pour se livrer leurs à toute espèce de violences, IS pillaient les dépôts de provisions, enfonçaient mêm vint les maisons des particuliers afin de se procurer de leau-de-vie et de s'emivrer nt il Ces excès se commettaient en plein jour, sous les veux des officiers incapables de les réprimer. € C'était, conclut lannaliste, le résultat de la panique et du désespoir ; j Fe en portés à leur comble par l'ivrognerie. » Murray se vit obligé d'en venir aux dernières } Luvé. rigueurs pour rétablir la discipline; il fit mème pendre un des émeutiers sans pes aucune forme de procès. (| que Le chevalier de Lévis n'aurait pas laissé échapper une aussi bonne occasion de 4 des reprendre Québec s'il avait pu supposer une pareille désorganisation; mais il n’en ÿ lé de sut rien. Le soir même de la bataille, il fit camper son armée sur le revers des } ET ë î!

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buttes à Neveu, à six cents toises des fortifications. « Ge côté de Québec, dit-il, est défendu par une enceinte de six bastions revèlus, et presque sur une ligne droite. Un fossé peu profond, dont l’excavation en quelques endroits n’est que de cinq à six pieds; quelques terres rapportées sur la contrescarpe, six ou sept redoutes de bois, construites par les Anglais, couvraient cette enceinte. Le terrain pour les approches est pierreux; il devient presque roc en approchant de la place, et les hauteurs même dont nous nous élions emparés ont à peine six pouces de terre, Il fut décidé, après avoir reconnu la place, qu'on couronnerait par une parallèle les hauteurs qui sont devant le front des bastions Saint-Louis, de la Glacière et du cap Diamant, et qu'on y établirait des batteries, d'où on espérait, malgré l'éloignement et la faiblesse du calibre de nos pièces, qu'elles pourraient faire brèche, le revétement étant mauvais dans cette partie. »

Toute la journée du 29 fut employée à charroyer de l’anse du Foulon, où avaient abordé les frégates et les transports, une partie du matériel de siège, quelques pièces d'artillerie et une grande quantité de fascines apportées de Montréal. A l'entrée de la nuit, six cents travailleurs ouvrirent la tranchée, Elle fut continuée sans relâche les jours suivants, « malgré des diflicultés incroyables, » On cheminait sur le roc; la terre gelée était presque aussi dure que la pierre ; il fallait, de plus, la prendre très loin et la transporter dans des sacs par des sentiers montuieux,

Le 90 avril, Lévis écrivit à Vaudreuil :

Les ennemis démasquent beaucoup d'embrasures, ce qui nous annonre un feu considérable de leur part, Tout cela ne serait rien st nous avions l'artillerie et les munitions nécessaires pour leur répondre; mais il faut espérer qu'il nous viendra quelque chose de France, Ni notre faible artillerie pouvait ouvrir le mur, je vous assure que j'y grimperais le premier, et que le succès ne dépendra ni de moi ni des troupes, qui sont très bien disposées, »

Murray, qui manquait de science stratégique, mais non de volonté, avait trouvé un moyen eflicace de rétablir l'ordre dans ses troupes, I les avait sorties de leurs casernes, dispersées dans les différents quartiers de la ville, et les avait rassemblées sous sa main en les faisant camper sur le terrain vague qui s’étendait en arrière des fortifications, depuis le bastion de la Caserne, placé au-dessus de la côte Sainte-Geneviève, jusqu'à celui du cap Diamant. Aucun soldat qui n'était pas de service ne pouvait sortir de l'enceinte du camp sans un permis. Le rhum ne leur était distribué que largement coupé d'eau et seulement en présence des officiers. Ceux-ci leur remontaient le moral en faisant eux-mêmes les travaux du soldat et en les assurant de la prochaine arrivée de la flotte anglaise. Le gouverneur de la place avait expédié le Racehorse à Halifax et Louisbourg pour la faire hâter. Lévis, qui avait vu partir cette frégate, n'en espérait pas moins que la première voile qui paraitrait devant Québec serait française.

Assiégeants et assiégés avaient les yeux tournés vers le bas du fleuve, attendant avec une égale anxiété les vaisseaux de leurs nations.

« Les Anglais dans Québec avouaient, dit Johnstone, que ie premier pavillon qui apparaitrait dans le Saint-Laurent déciderait de la question de savoir si le Canada resterait au pouvoir de l'Angleterre ou retournerait à la France. »

En attendant, les travaux d’attaque et de défense se poursuivaient avec une fié-

l' pr Ù \' : in MONTCALM ET LÉVIS 371 | pi (4 it-il , vreuse activité, Les obstacles que rencontraient les troupes françaises augmentaient Au Ü . . Ü . . n pers chaque jour par les nouvelles batteries que démasquaient les Anglais. Outre les } . obus et les bombes lancés dans la parallèle, ils tiraient avec plus de soixante canons | | outes avant que les assiégeants eussent eu le temps de monter un seule pidee, Il ne se 4. S . , . . A a , sit ur le passait guère de jour sans que le drapeau parbementaire fût arboré d’un côté ou | el . d'un autre, tantôt pour faire passer des effets ou des vivres aux blessés anglais re. | soignés à l'hôpital général, tantôt pour traiter de l'échange des prisonniers. | lle les A mesure que le siège avançait, le général anglais devenait plus soucieux, Du | u Cap |

haut des remparts de l'ouest, il suivait avec une poignante inquiétude les progrès

| ement de la tranchée, Si par malheur les Francais reprenaient Québec, il savait quel | ; eu compte terrible lui demanderait l'Angleterre du sang qu'il avait inutilement fait { verser le 28 avril, Dans la matinée du 9 mai, il était rentré à son quartier ‘néral [{ valent de la rue Saint-Louis, après une de ces visites, et se livrait à ses sombres pensées [| elques en se chauffant devant sa cheminée, lorsque le commandant de l'artillerie vint ntréal. frapper à sa porte et lui annoncer qu'un navire de guerre apparaissait dans le | tinuec chenal de l'ile d'Orléans, 1 se leva en sursaut, ordonna de faire hisser le drapeau {} chemi- anglais sur la citadelle et courut à la terrasse du château Saint-Louis, La nouvelle | fallait, s'était répandue, et une foule de militaires de tous grades bordaient la cime du entiers cap, depuis la grande batterie jusqu'à celle du fort Saint-Louis, Le vaisseau doublait lentement la pointe de Lévis, poussé par une fraiche brise de l'est. Était-it | français où anglais? Chacun se le demandait, hésitant entre la crainte et l'espérance. | un jeu Tout à coup un pavillon parut à la tète du grand mât et déroula au vent les { el les couleurs d'Angleterre.

viendra « Cependant, rapporte Knox, il y en eut quelques-uns parmi nous qui, s'étant Je Pen a enrichis durant la guerre et craignant de perdre leurs gains, se tenaient prudemjui des ment sur la réserve, Nous restämes quelque temps en suspens, n'ayant pas assez | d'yeux pour regarder. » N , trouve Enfin la frégate jeta l'ancre devant le quai du Roi et dissipa tous les doutes en | | le leurs saluant la ville par vingt et un coups de canon, Le capitaine Deane, commandant NP: | emblées du Lowestoff, descendit à terre el annonça qu'une escadre anglaise remontait le arrière

la côte

Saint-Laurent et ne tarderait pas d'arriver. &« La joie des troupes est impossible | | pas de

à exprimer; officiers et soldats montèrent sur les remparts, en face de l'ennemi, et remplirent l'air de hourras, en agitant leurs chapeaux pendant près d'une heure. Il

Le!

ne leur La garnison, le camp des ennemis, le bassin et tous les environs, à plusieurs milles | | officiers. de distance, retentirent de nos acclamations et du tonnerre de notre artillerie, Les ] | lat et en canonniers étaient si transportés, qu'ils ne firent que tirer et charger pendant un la place temps considérable. »

mA Le Les Français sortirent de la tranchée en entendant ce bruit, et répondirent à 'oile qui chaque hourra des Anglais par des cris de : Vive le roi!! À Lévis dissimula ses appréhensions et poussa les travaux avec un redoublement de | tendant de vigueur. Enfin le 11 de mai, vers midi, il ouvrit le feu sur la ville. « Notre } | artillerie, dit-il, était de mauvaise espèce; elle était composée de pièces de fer, la 1 illon qui plus grande partie de dix-huit ou douze, excepté une seule de vingt-quatre, qui Fi e Canada creva, ainsi que plusieurs des autres, les jours suivants. Le peu de poudre que nous à

une fié- 3 Journal de Malurtie, p.384.

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