FAMAM, HISTORIA, MONUMENTUM. POSTERITAS, DEDIT
traité, qui ne devait être que la reproduction exacte des préliminaires. La France cédait le Canada et tout ce qu’elle possédait dans l'Amérique du Nord, à l’est du Mississipi, à l'exception de la Nouvelle-Orléans et d'un petit territoire adjacent. Elle renonçait à toutes prétentions sur l’Acadie, le Capbreton et toutes les iles du Saint-Laurent, ne conservant que le droit de pêche sur une partie des côtes de Terre-Neuve et les petites iles de Saint-Pierre et Miquelon comme station maritime, mais à condition que ces iles ne seraient ni fortifiées ni munies de garnison. Dans les Antilles, l'Angleterre restituait les iles de la Guadeloupe, la Martinique, Marie- Galante et la Désirade, qu’elle avait conquises. La France ne gardait des iles neutres
que Sainte-Lucie, L'Espagne recouvrait la Havane, mais cédait en retour la Floride et loutes les possessions à l’est du Mississipi. La France lui livrait en compensation la Nouvelle-Orléans et toute la Louisiane, c’est-ï-dire l'immense territoire s'étendant à l’ouest du Mississipi jusqu'au Pacifique.
En Europe, la France se soumettait à l'humiliante condition de démolir les forlilications de Dunkerque. Elle rendait Minorque aux Anglais, et l'Angleterre lui restituait Belle-lsle. Les deux puissances s’obligeaient à ne plus fournir aucun secours à leurs alliés respectifs qui resteraient engagés dans la guerre d'Allemagne. La France abandonnait le Kénégal, où elle ne gardait que les ilots de Gorée. Dans l'Inde, elle perdait tous les territoires qu'elle avait acquis depuis le traité d’Aixla-Chapelle, mais recouvrait quelques postes de commerce en s’engageant à n’en fortifier aucun dans le Bengale.
Le traité de Paris, signé le 10 février 1763, mit fin à la guerre de Sept ans. Il paraissait n'avoir rien changé à la physionomie de l'Europe; en réalité, il marquait une évolution dans l'histoire de l'humanité. La France, confinte dans le vieux continent, allait se replier sur elle-même, se livrer tout entière aux idées nouvelles qui fermentaient dans son sein, et qui, avant la fin du siècle, devaient faire explosion sur le monde, L’éclatante revanche qu'elle prit sur l'Angleterre, vingt ans après le traité de Paris, fut le prélude de ce vaste embrasement qui à creusé un abime entre le passé et le présent.
Le traité de Versailles, conclu en 1783, a consacré l'indépendance des colonies anglaises, devenues la république des États-Unis. Par ce traité, l'Angleterre ne conservait plus en Amérique qu'une partie de la Nouvelle-France, avec le petit peuple qu’elle avait conquis el qui commençait à renaitre de ses ruines. Si M. de Malartic, interrogé par le général Murray, avait pu lire dans l'avenir, il lui aurait répondu :
Le cabinet de Londres sera moins prévoyant que vous : il ne laissera pas de frein à ronger aux colonies voisines, qui avant peu briseront celui de leur alléseance. Devenus indépendants, les États-Unis étonneront l'univers par leur rapide accroissement. Dans un siècle ils formeront un peuple de cinquante millions d'hommes. Vous me demanderez sans doute comment s’accomplira ce prodige ? I viendra de toutes les parties de l'Europe un tel flot d'émigration, que les invasions des barbares peuvent seules en donner une idée. Il vous est facile d'en privoir les conséquences. Celle invasion pacifique sera plus funeste aux colons primitifs des États-Unis, que ne le sera pour les Canadiens la conquête violente de la Nouvelle-France. À la fin du xixe siècle, les descendants des Pilgrim Fathers, c’està-dire vos colons les plus intelligents et les plus actifs, auront à peu près disparu
de la Nouvelle-Angleterre, Is auront été remplacés par d'autres races qui donneront au pays une tout autre physionomie, si bien que si les Eldetrs du temps de Cotton Mather revenaient sur la terre, ils ne retrouveraient plus rien des mœurs, des usages, de la religion «autrefois, :
I en sera lout autrement des Canadiens, Délaissés par la France dans un état de ruine inconcevable et livrés à un vainqueur qui emploicra sa toute -puissance à les anéantir comme race, ils survivront à tout, Sans émigration étrangère, par le seul développement de leurs familles, ils accroitront si rapidement, qu'à la fin du siècle prochain il formeront un peuple homogène de plus de deux millions, uni comme un seul homme et resté si français, qu'un de leurs poètes pourra dire en toute vérité
Nous avons conservé le brillant héritage Légué par nos aïeux, pur de tout alliage, Sans jamais rien laisser aux ronces du chemin.
Is jouiront alors des libres institutions de la Grande-Bretagne, qu'ils auront conquises par des luttes non moins héroïques que celles qu'ils viennent de soutenir.
Et ils n'auront plus qu'à rester fidèles à eux-mêmes, pour réaliser les desseins que la Providence à eus en vue dans la fondation de la Nouvelle-France.
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