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Cette cérémonie faite, M. Marin, en ramassant les colliers, a chanté sa chanson de guerre pour M, de Vaudreuil, les sauvages marquant la cadence par une inspiation gutturale, Puis il a remis les deux colliers aux deux principaux chefs, qui ont aussi l’un après l’autre chanté une chanson de guerre,
Tous les guerriers se levèrent ensuite et sortirent en file, précédés de leurs sanglants trophées.
En entrant à Montréal, dans la matinée du 19 juillet, Montcalm fut satisfait d’v trouver l'intendant Bigot, arrivé de la veille pour hâter par sa présence l'approvisionnement de l'armée, IE lui avait été en effet fort utile pour organiser le camp de Garillon.
François Bigot, dont le nom personnifie toutes les hontes de cette époque, de même que Montcalm en rappelle les gloires, appartenait à une famille distinguée du midi de la France. Son père et son grand-père avaient occupé un rang élevé dans la magistrature de Bordeaux. Il se poussa à la cour grâce à des influences de lunille, particulièrement à celle du maréchal d’Estrées, son proche parent, et obtint sucessivement l’intendance du Cap-Breton, puis celle de la Nouvelle- France (1748).
Au physique, Bigot était un homme de petite taille, avec des cheveux roux et une figure laide, couverte de boutons. Il était punais, défaut qu'il dissimulait par un continuel usage de parfums et d'eaux de senteur.
Au moral, c'était le vice élégant et raffiné du xvinr siècle. Quoiqu'il fût d’une santé délicate, il était aussi infatigable au plaisir qu'au travail. Hautain avec ses inférieurs, impérieux dans le commandement, il était souple avec ses égaux, prodigue et joueur effréné, I avait fait du palais de l’intendance, à Québec, un petit Versailles où il reproduisait les mœurs du roi son maitre.
Avec tous ces vices, il avait des qualités réelles, de Phabileté, de l’énergie et de l'expérience dans les affaires.
I était six heures et demie du matin (21 juillet), quand les cinq canots qui portaient Montcalm et son escorte quittérent le rivage de Lachine. Tandis que les embarcations, montées chacune par dix hommes, glissaient rapidement sur les eaux du fleuve, que le soleil du matin faisait reluire de teintes d’azur et de nacre, le général échangeail avec son premier aide de camp, assis auprès de lui, des paroles d'admiration à mesure qu'il découvrait de nouveaux horizons de chaque côté du rivage. Bougainville, le carnet à la main, notait avec un soin minutieux les noms de lieux, les observations des guides, tout ce qui le frappait. On fit halte à l'ile Perrot, où l’on prit un diner champêtre achevé par un dessert de bluets cueillis par les baleliers dans des cassots d’écorce. À quatre heures et demie, on campait à la pointe à Coulonge, après avoir franchi pied à terre le rapide des Cascades. « Dans toute cette route, remarque Bougainville, on a les plus beaux points de vue du monde. La rivière est remplie d’iles bien boisées. Les arbres sont clairs et admirables. Quel dommage qu’un aussi beau terrain soit sans culture! »
Le lendemain, de rapide en rapide, tantôt à pied, tantôt en canot, on atteignit le lac Saint-Franvois, où, grâce à un petit vent de nord-est, les bateliers purent serrer leurs rames et mettre à la voile. Il n’yeut plus, le reste du jour, qu’à charmer les heures de la route en chantant des airs de voyageurs : la Claire fontaine, Vive la Canadienne, et tout le répertoire des chansons populaires.
Le 26 au soir, on arriva à la Présentation, dont Bougainville a tracé en quelques lignes l'origine et la physionomie, € M. l'abbé Piquet, missionnaire habile et connu pour un voyage fait en France avec trois sauvages, a obtenu au-dessus de la Galette une concession de douze arpents; il a établi il y a cinq ans en cet endaoit un fort de pieux carré, flanqué de quatre petits bastions, palissadé en dehors, avec un retranchement et un fossé plein d'eau, A côté du fort est le village, habité par cent feux ou chefs d'Iroquois des Cinq-Nations, tous guerriers. Chacun de ces chels coûte environ cent éeus au roi. Hs ont fait un désert, ont vaches, chevaux, cochons et poules, Is sèment du blé d'Inde, et l'année passée en ont vendu six cents minots. L'abbé Piquet les instruit, les dresse aux exercices francais pour la guerre.
CUya dans le fort un capitaine de la colonie commandant; mais le gouvernement pour la police intérieure et extérieure est ecclésiastique, On a dessein de Lransporter en ect endroit eéeux des CingeNations qu'on pourra gagner à la France, » Ê
L'émoi causé dans 1e village par la présence du général fat augmenté par l'arrivée d'une députation d'Iroquois Onevouts el Onontagués se rendant à Montréal sous prétexte de garantir leur neutralité. Montcalm n'eut pas de peine à discerner en eux des espions, et les renvoya à M. de Vaudreuil en Pavertissant de les garder auprès de lui sous divers motifs, jusqu'après li prise de Chouaguen.
Le lendemain 27, au départ, les sauvages du fort donnérent le spectacle tout nouveau d'une troupe indienne formée aux exercices militaires. € Hs se rangérent
en haie, sous les armes à la francai u deux battant aux champs fort bien, el tous saluant le général par trois dé de mousquelerie. »
Toute la journée du 28, la fotille cireula au milieu des paysages enchanteurs des Mille-lles, où elle tit halte pour Ha nuit, et entra le matin dans la rade de Frontenac.
Le capitaine des Combes, premier ingénieur de l'armée que Montcalm avail dépéché en avant de lui pour reconnaitre Chouaguen, était arrivé la veille au fort, « épuisé de fatigue, harassé et défait à en être méconnaissable, tant il avait soulrert
dans sa course, » Il soumit son rapport au général, avec un croquis de la cle du
lac Ontario, depuis là baie de Niouré jusqu'à lPanse aux Cabanes, puis du chemin
qui conduisait à travers les bois, de lanse aux Cabanes au fort Chouaguen,
distance de trois lieues et demie. Les explications dont l'ingénieur en chef accom- k pagna son rapport parurent faire connaitre suffisamment la route à suivre et la
force des travaux de l'ennemi pour établir un projet d'attaque.
La célérité était la condition du succès. Montcalm n'eut pas trop de sa prodigieuse activité pour tout prévoir et tout préparer. Six jours seulement après son arrivée, il était prêt à partir de sa personne.
En mettant pied à terre à Frontenac, il avait trouvé, déjà en marche, le régiment de la Sarre dirigé sur la baie de Niaouré, où M. de Rigaud, qui venait de remplacer M. de Villiers, avait sous ses ordres € cinq cent quatre-vingt-neuf hommes, troupes de la colonie et miliciens; cent vingt sauvages, trois piquets de la Sarre, Guyenne et Béarn» .
Son premier soin fut de rassembler les cent cinquante bateaux destinés à l'expédition, afin de faire réparer et calfater ceux qui se trouveraient avariés, et de
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les tenir tous prêts à appareiller, I divisa les milices par bn ;ades, pour les mieux discipliner ; ordonna à chaque corps d'armée de se tenir prèt à être passé en revue; se fit donner un compte rendu exact et minutieux des dépôts d'armes, des munitions et des vivres.
Une partie de la journée du 40 fut employée à tenir un grand conseil avec les sauvages pour les lier de nouveau à l'expédition, particulièrement les Folles- Avoines, qui menaçaient de s'en retourner dans leur pays. » On leur donna dix-huit branches de porcelaine, dit Bougainville, vin, cochons, tabac, vermillon, ce qui coûte quarante pistoles, et ils finiront par s'en aller. L'après-midi, ils ont chanté la guerre et ont qualifié cette cérémonie de « prière au Maitre de la vie ». Ils ont demandé un chien, parce qu'ils ont hier rèvé que cela leur porterait bonheur à la guerre. Un enfant de six ans dansait sans braie, parce qu'on ne la donne qu'à dix ans. Après la déroute des barques (commandées par Bradstreet), ses parents lui ont donné un Anglais à tuer pour l'empêcher de pleurer, Il y à trois jours, on fit une prisonnière anglaise. Sa réception fut d’être livrée aux femmes sauvages, qui la traitèrent assez humainement, ne lui donnant qu'une volée de coups de bâton. »
On ne taxera pas d'inhumanité Montcalm et les officiers français témoins de ces horreurs ; ils étaient impuissants à les réprimer. Bougainville, qui les raconte après les avoir vues, n'a pas l’idée d'en blâmer son général. On verra cependant plus tard le même Bougainville, entrainé par ses antipathies, se répandre en reproches contre Vaudreuil parce que, pas plus que Montcalm, il n'avait pu empêcher de semblables cruautés.
* « Me voici, mon cher chevalier, écrivait le général à Lévis, à cent quarante lieues de vous, toujours au moment d'opérer. J’attends Béarn et les barques de Niagara. » Montcalm lui détaille ensuite son plan d'attaque, puis il ajoute : « Si je ne fais rien de ce que je vous écris, n’en soyez pas surpris. Au reste, il faut être fort téméraire ou bon citoyen pour tenter celle besogne avec moins d'artillerie, moins de troupes que les assiégés, et un embarras horrible pour les vivres. »
Dans la soirée du 31 arrivèrent de Niagara les dernières compagniss du régiment de Béarn, dont le: retard commencait à inspirer de l'inquiétude. Des vents contraires avaient obligé les bateaux qui les amenaient de se réfugier dans la baie de Toronto, puis de rebrousser chemin jusqu’à Niagara, d’où ils étaient repartis la veille. Les communications entre Frontenac et Niagara étaient maintenues au moyen d'une pelite flotte, commandée par le capitaine Laforce, la Marquise de Vaudreuil, de vingt canons; la Hurault, de quatorze; la Lionne, de six, et le bateau Saint-Victor, armé de quatre pierriers. Une rencontre avait eu lieu, peu de lemps auparavant, avec les six grosses barques armées que les Anglais avaient lancées sur le lac. À la suite d’un engagement assez vif, les Anglais s'étaient retirés après avoir perdu un voilier armé de quatre pierriers, el monté par quatorze hommes, dont les Français s'étaient emparés.
Le dernier renfort venu de Niagara, où il n’était resté qu’une garnison de cinquante hommes, portail les forces que Montcalm avait sous la main à deux mille sept cent soixante-trois homm:s, dont mille quatre cent quatre-vingt-six des régiments de la Sarre, Guyenne et Béarn; le reste était composé de canonniers de la
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colonie, de Canadiens et de voyagenrs des pays d'en haut, La réunion de ces forces avec celles de M. de Rigaud al'ait porter leur effectif à trois mille deux cents hommes.
A Frontenac, Montealm rencontra pour la première fois un officier dans lequel il remarqua en talent supérieur : c'était M. de Lapause, aide-major au régiment de Guyenne, qui lui apporta un concours si efficace durant cette campagne, qu'il le qualifia € d'homme divin ». Là aussi se trouvait le docteur Arnoux, l'hahile chirurgien en chef de l'armée, qui devait prendre place dans Pamitié de Montealm.
Dans une note écrite à Lévis, le 2 août, le marquis lui disait ses perplexités :
« Pour prendre Chouaguen, il faut mener de l'artillerie; où la débarquer?
« Je ne veux pas qu'il soit dit que j'ai marché à un siège pour le lever, que
J'ai exposé l'artillerie, Je pars demain au soir où le 5 au matin avec quatre pièces
de canon de campagne, des munilions pour deux mille hommes, des vivres: et, moins roi que pirate, je vais reconnaitre avee mes deux veux ce qu'il v a à faire.
«de Gcherai de tenir la campagne audacieusement, si je ne puis faire un siége. »
Le chevalier de Lévis doutait pour le moins autant que son chef de la possibilité d'un succès, I écrivait de Carillon au ministre de la guerre, le comte d’Argenson : € M. le marquis de Montcalm doit vraisemblablement aller tenter de faire le siège de Chouaguen, ou, ce qui est plus possible, une diversion qui dégage cette partie qui est menacée; car je crains que les moyens ne lui manquent pour le siège. Toutes les entreprises sout dans ce pays très difficiles ; on en doit presque toujours le succès au hasard. Toutes les positions qu'on peut prendre sont critiques; les attaques et les retraites sont difiiciles à faire; on ne voyage que dans les bois ou par des rivières; il faut user des plus grandes précautions, et avoir la plus grande patience avec les sauvages, qui ne font que leur volonté, à laquelle dans bien des circonstances il faut céder. »
Ain que rien n'embarrassät la marche des troupes, le général enjoignil aux ofliciers de n’apporter aucune espèce d'équipage et de se contenter de la ration du soldat.
« Persuadé, dit-il dans son Journal, que dans les occasions l'exemple est plus décisif que l'ordre, il le leur à donné, et n'a eu lui-même d'autre habitation avec uh de ses aides de camp qu'une canonnière de toile, »
Le lieu de rendez-vous convenu avec M. de Rigaud était la baie de Niaouré. Le # août au malin, tout étant prèt, Montcalm régla le départ de la manière suivante :
Lui, il parlirait de sa personne, à neuf heures du soir, emmenant les deux ingénieurs, des Combles et Desandrouins, avec quelques sauvages, sous les ordres de M. de Montigny. Le 5 au matin, le coleñel Bourlamaque, avec Guyenne, le capitaine d'artillerie Le Mercier, et quatre pièces de canon légères prises sur les Anglais à Monongahéla. Le 7, Béarn, le lieutenant d'artillerie Jacquot de Fiedmond, avec la poudre, les munitions de guerre et de bouche, et quarante-sept pièces de canon, obusiers et mortiers.
Les deux barques l& Marquise de Vaüdreuil el la Hurault croiseraient jusque vers Chouaguen, pour protéger les convois et observer si l'ennemi ne faisait pas quelque tentative contre Niagara. Deux cents hommes avaient été détachés du corps
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expéditionnaire pour l’armement de ces deux vaisseaux, el cent quarante restaient à la garde de Frontenac.
Les canots d’écorce qui portaient Montcalm et son escorte traversèrent la baie de Cataracoui par une nuit d’orages, sillonnés d’éclairs, qui retardèrent leur marche. I fallut descendre vers minuit dans Pile aux Chevreuils el v camper jusqu’au jour. Le reste du trajet se Bt heureusement, et le général mit pied à terre, le 6 au malin, au camp de M. de Rigaud. Les autres divisions se succédérent les jours suivants. Dans l'intervalle, l’éternelle inconstance des sauvages faillit encore compromettre le succés de Pentreprise, et Montealm eut à déployer son éloquence dans un nouveau conseil pour les attacher à lui.
M. de la Rochebeaucour, second aide de camp, éerivit de la baie de Niaouré à Carillon :
€ M. de Montcalm n'en peut plus de travail; il n'a pas le temps de dormir, ce sera trop pour ne rien faire...
« Jusqu'à présent nous n'avons manqué de rien; mais de demain la fine peau d'ours, là redingote, le prélart, lard, pois et biseuits. M. l'exemple.
de Montcalm donne
« Ge camp-ci est beau, bien militaire par sa position et l’aisance. On ÿ mange de l'ours; c’est un morceau délicieux. »
Divers délachements sous les ordres de MM. de Langy et Richerville et autres officiers furent envoyés en différentes directions pour savoir si l’ennemi faisait quelque mouvement, et intercepter les courriers qui pourraient être expédiés de Chouaguen. Rien jusque-là ne laissait croire qu’on y eût vent de l’entreprise.
L'avant-garde, composée de cinq cents Canadiens et des sauvages, au nombre de deux cent cinquante, commandée par M. de Rigaud, alla prendre position le 8 août, après deux jours de marche, au fond de lanse aux Cabanes, d’où le commandant de l'artillerie, M. Le Mercier, et l'ingénieur Desandrouins, venus en mème temps, avaient ordre d'aller reconnaitre une petite anse située à une demilivue de Ghouaguen afin d'examiner si on pouvait v faire un débarquement, et si, de là, on pouvait frayer un chemin pour Partillerie. L'armée s’avançait avec une extrème précaution pour ne pas être découverte, ne marchant que la nuit, se cachant le jour au fond des anses où à l'entrée des rivières, et couvrant les bateaux de branches d'arbres pour en dissinuler la présence. Les soldats au bivouac ne faisaient que de petits feux dans l'épaisseur du bois.
« Le 9, à huit heures du matin, dit Desandrouins dans le récit d’une de ses reconnaissances, nous nous remimes en marche, M. de Villiers, Marin, Saint-Luc, Le Mercier et moi, après avoir passé la nuit au bivouac. Nous avions quinze Canadiens des plus ingambes et onze sauvages pour nous accompagner. Nous commençâmes par le chemin qu'avait indiqué M, des Combles, el que nous jugeâmes, ainsi que lui, très difficile. Puis nous allâmes examiner la côte du lac, et trouvämes à demi-licue du fort Ontario Panse trouvée par Le Mercier, qui nous parut commode.
« Les deux pointes qui la bordent de chaque côté étaient des rochers à pic; mais la courbure en dedans était de sable et en état de contenir environ deux cents bateaux. Nous jugeâmes tous unanimement que c’était le seul endroit propre à un débarquement de l'artillerie. L’anse aux Cabanes était si éloignée, qu’il eût fallu
un temps infini, ie chemin supposé fait, pour transporter devant Chouaguen lartillerie et les munitions; car elle en est distante de quatre lieues, et nous n'avions que vingt chevaux assez mauvais. Ainsi, il devait sembler bien avantageux de trouver une anse aussi voisine; cependant la première impression dans l’armée ne lui fut pas favorable.
« Le chemin, depuis ladite anse jusqu’au fort Ontario, n’offrait aucune diffieulté qu'on #e pût surmonter en deux jours au plus. I y avait au milieu un ruisseau très facile à passer, ét un autre plus faible au pied du coteau sur lequel est situé le fort.
« Notre reconnaissance faite, nous retournämes à l’anse aux Cabanes, où nous arrivämes à neuf heures du soir.
« J'étais si fatigué d’avoir marché treize ou quatorze heures à travers les branches d'arbres, les chicots et les souches, que je pouvais à peine mettre une jambe devant l’autre. Après avoir satisfait chez M. de Rigaud la faim violente qui me pressait, mon premier soin fut de rendre compte par écrit à M. de Montcalm de mes remarques.
« M. de Rigaud dépêcha un canot d'écorce en diligence porter ma lettre. M. Le Mercier étant resté à demi-lieue du camp dans les bois, à cause de sa fatigue, ne put écrire de son côté. Mais, comme nos deux sentiments se rapportaient, cela était égal.
« M. de Montcalm était parti le 9 de la baie de Niaouré avec la Sarre et Guyenne et les quatre pièces d'artillerie. Il reçut ma lettre chemin faisant, et elle lui fit grand plaisir. Il arriva le 10, à trois heures du matin, à l’anse aux Cabanes.
a Il fit partir le même jour M. de Rigaud avec les sauvages et les Canadiens pour aller s'emparer de l’anse reconnue la veille, et lui recommanda de faire des feux sur le rivage pour indiquer le lieu du débarquement.
« Il dépécüa aussi vers M. de l'Hôpital, commandant de Béarn ct conduisant l'artillerie et les munitions, pour l'instruire de ses mouvements et dispositions.
« Montcalm quitta l’anse aux Cabanes le 10, vers six heures du soir, accompaoné des deux ingénieurs des Combles et Desandrouins, qui l’avaient attendu, et de ses deux bataillons; et on aborda vers minuit l’anse autour de laquelle était déjà M. de Rigaud.
« Malheureusement les batcaux restèrent sur le sable à cinq ou six pas de la rive et ne purent aborder. Alors on s’imagina tout de suite que celte anse n’était pas sûre pour l'artillerie, les poudres et les vivres; on les croyait déjà voir mouillés, et les bateaux pleins d’eau. L’anse était remplie de cent cinquante bateaux que nous avions, On ne manqua pas de me faire reproche là-dessus et de me demander sil serait possible de faire aborder encore plus de cent bateaux que l’on attendait avec Béarn et l'artillerie.
« J’eus beau représenter que rien n’était plus aisé que de tirer nos bateaux sur le sable, après les avoir déchargés, pour faire place aux autres; on m’objecta la difficulté qui naitrait de faire un embarquement précipité si nous avions le dessous. Je répondais que s’il y avait quelque chose de ce côté, il fallait, de nécessité, renvoyer tous les bateaux à l’anse aux Cabanes, ne conserver que ceux de l'artillerie, des vivres, et faire ensuite retirer les troupes à travers bois, où l’ennemi n’oserait nous poursuivre à cause des Canadiens et des sauvages.