CAMPAGNE DE
La campagne de 1758 n’a voit en Canada fini qu’avec les glaces. Les dispositions des ennemis du côté des lacs, l’hivernemeut de deux escadres à Louisbourg et Halifax annonçoient le projet formé d’attaquer la colonie par toutes ses parties et d’intercepter les secours que la France y pourrait envoyer.
Huit bataillons, quarante compagnies des troupes de la marine, affaiblies parles pertes de quatre campagnes, et les milices du pays mal armées, pour combattre contre des troupes réglées avec des sauvages portés d’assez mauvaise volonté par la faiblesse de nos forces vis-à-vis celle de nos ennemis, de mauvais forts qui n’en méritent pas le nom, voilà ce que le Canada devoit opposer aux efforts puissants de l’Angleterre constamment occupée de le conquérir. A peine les glaces étaient fondues que le sieur de Bourlamaque, brigadier, se rendit à Carillon avec environ deux mille cinq cents hommes, composés des bataillons de la Heine et de Berry, et deux cents sauvages iroquois.
Comme il était impossible de sauver la colonie en entier, on résolut d’en sacrifier quelques parties pour
Cette pièce n’est pas signée.
ne pas tout perdre. M. de Bourlamaque eut ordre d’évacuer, aux approches des ennemis, Carillon et Saint- Frédéric et de se retirer dans un poste moins éloigné de Montréal, qui couvrît cette frontière et qu’un petit nombre pût défendre contre les approches des ennemis. Le chevalier de Lévis, maréchal de camp, choisit l’Ileaux-Noix, située au bas du lac Champlain à quinze lieues de Montréal et tout à fait propre à remplir cet objet.
Cinq cents hommes, dont trois piquets des troupes de terre aux ordres du sieur Pouchot, capitaine au régiment de Béarn, furent destinés à défendre Niagara, et on crut indispensable un corps de douze à quinze cents hommes pour se montrer à la Belle-Rivière pour y conserver l’alliance des sauvages.
M. le chevalier de La Corne, capitaine des troupes de la marine, avec un pareil nombre de soldats de la marine et des miliciens, fut chargé de garder la tête des rapides du fleuve Saint-Laurent et l’embouchure de la rivière de Chouaguen.
Les cinq autres bataillons et le reste des troupes de la marine restèrent en quartiers dans les gouvernements de Montréal et des Trois-Rivières, ainsi que les milices, pour se porter au besoin le plus pressant. Il étoit d’ailleurs impossible de les tenir assemblés faute de vivres.
Le sieur de Bougainville, colonel, arriva de France le 15 mai. La flotte du sieur Cadet, munitionnaire général, conduite par le sieur Canon, lieutenant de frégate, chargée de quelques munitions de guerre et de bouche, parut devant Québec dans le même temps, et,
le 20 du même mois, une avant-garde de douze vaisseaux de ligne anglois étoit mouillé à l’Ile-aux- Coudres. Le reste de la flotte composée de près de trois cents voiles portant douze mille hommes de débarquement aux ordres des généraux Wolfe, Monckton et Townshend, arriva successivement jusqu’au milieu de juin.
Le 10 du même mois, leurs premiers vaisseaux firent la Traverse et mouillèrent au sud de lTle-d’Orléans.
Le marquis de Montcalm étoit arrivé à Québec le 22 de mai, le marquis de Vaudreuil le 25 ; et le chevalier de Lévis, avec les cinq bataillons de la Sarre, Idoyal- Iioussillon, Languedoc, Guyenne et Béarn, les troupes de la marine, les milices et les sauvages, les suivit de près. Ou a voit proposé de barrer la Traverse, passage jugé dangereux, en y coulant des navires à fond ; mais cette manœuvre se trouva impraticable, et Ion y renonça après l’avoir examinée avec les sieurs Vauquelin et Sauvage, commandants des deux frégates du Loi, arrivées en même temps que les vaisseaux du munitionnaire.
On ordonna d’armer huit navires en brûlots, de construire des radeaux et plusieurs chaloupes carnassières.
Les vaisseaux montèrent au-dessus de Quebec pour y servir de dépôt à nos vivres et munitions. La marine prêta trois cents matelots pour être employés a travailler aux lignes droites de la riviere Saint-Lharles, qui a son embouchure dans le fleuve Saint- Laurent près d un des faubourgs de Québec.
La marine fournit encore six cents matelots pour servir les batteries de la place et de la plage de Beau-
port, et on mit tout en œuvre pour fermer du moins en palissades la ville de Québec et y construire des batteries. On traça à celle de Beauport des redoutes et redans qui se flanquoient. L’on jeta un pont sur la rivière Saint-Charles pour communiquer à la plage de Beauport.
L’on forma un corps de deux cents volontaires à cheval aux ordres du sieur de la Bochebeaucour, capitaine de cavalerie, aide de camp du marquis de Montcalm. On en forma aussi un de deux cent cinquante à pied, aux ordres du sieur Duprat, capitaine au régiment de la Sarre. Ces deux corps ont servi avec beaucoup de distinction et ont été de la plus grande utilité pendant le cours de la campagne.
Le 4 juin, le sieur de Bougainville fut chargé de faire travailler aux redoutes qui ne dévoient fermer que le terrain compris entre la rivière Saint-Charles et le ruisseau de Beauport ; mais le chevalier de Lévis, ayant bien reconnu cette plage, fut d’avis et insista à embrasser aussi dans notre développement l’espace compris entre la rivière de Beauport et le Sault- Montmorency, qui devoit former la gauche de notre ligne, point d’appui presque invincible. Aussitôt que les troupes furent entièrement arrivées, elle vinrent camper entre la rivière Saint-Charles et le Sault-Montmorency ; le marquis de Vaudreuil à la droite avec les gouvernements de Québec et des Trois-Rivières, le chevalier de Lévis à la gauche avec celui de Montréal et les volontaires a pied et à cheval, le marquis de Montcalm au centre avec le sieur de Senezergues, brigadier, et les cinq bataillons.
Le 29 juin, ou voulut faire usage des brûlots qui furent sans effet. Les radeaux, quoique conduits près de la ligne des vaisseaux anglois par le sieur de Courval et soutenus par des grenadiers aux ordres du sieur de Bougainville, ne firent pas non plus l’exécution qu’on en attendoit.
Le 30, les Anglois débarquèrent au Sud, presque visà-vis de Québec, la moitié de leur monde, et l’autre en l’Ile-d’Orléans, et nous menacèrent en même temps d’une attaque générale sur tout le front de la ligne. On travailla avec vivacité à joindre les redoutes et redans et les batteries par des épaulements, de manière que nous nous trouvâmes assez bien enfermés dans nos lignes.
Le 9, la plus grande partie de l’armée des ennemis, qui étoit à l’Ile-d’Orléans, débarqua au Sault-Montmorency et s’établit sur la rive gauche de cette rivière avec une artillerie considérable qui battoit de revers nos retranchements, ce qui fit faire quelques changements à la position de notre camp.
Le chevalier de Lévis, qui avoit reconnu les gués de la rivière de Montmorency, les fit retrancher, et le sieur de Repentigny, capitaine des troupes de la marine, fut chargé de les défendre.
La nuit du 12 juillet, les batteries construites par les ennemis à la. Pointe-de-Lévis commencèrent a tiiei. Cinq mortiers et dix pièces de gros canons firent sur les maisons de cette ville un feu très vif qui ne s est point ralenti pendant deux mois et que la disette où on étoit de poudre ne permettoit pas aux batteries de tacher
d’éteindre. Les incendies étoient continuels par les carcasses et les pots-à-feu.
Le feu du canon et des bombes du Sault-Montmorency contraignit le chevalier de Levis à changer la position de son camp et à faire monter dans le retranchement une garde d’un bataillon relevée comme celle d’une tranchée.
La nuit du 18 au 19, trois vaisseaux remontèrent le fleuve malgré le canon de la place, la nuit étant fort obscure. Ils se mouillèrent à demi-lieue au-dessus. Cette démarche fit craindre qu’ils ne tentassent un débarquement dans cette partie. On y détacha le sieur Dumas, major général des troupes de la marine, avec six cents hommes, et le sieur de la Kochebeaucour, avec les volontaires à cheval, se porta vers la rivière de Jacques-Cartier. Il étoit très important de nous conserver une communication libre avec Montréal et nos vaisseaux, dont nous tirions toutes nos munitions.
Le 21 juillet, les ennemis firent une descente à la Pointe-aux-Trembles, sept lieues au-dessus de Québec. Ils se rembarquèrent aussitôt, prirent des femmes, des enfants et des bestiaux.
Nous apprîmes le 22 que le sieur de Bourlamaque a voit évacué Carillon après l’avoir démantelé. Il fit la même manœuvre à Saint-Frédéric trois jours après. Il tira de ces deux forts toutes les munitions de guerre et de bouche. Il prit poste à l’Ile-aux-Noix, qu’il s’appliqua à fortifier et à garder le lac Champlain avec trois chebecs et une barque armée de canon.
Le 31, un vaisseau de soixante canons et deux frégates de vingt s’embossèrent vis-à-vis la gauche de nos
retranchements. Les ennemis démasquèrent en même temps sur la hauteur du Sault-Montmorency une nouvelle batterie de vingt canons et de six mortiers. Sur les onze heures, ils firent un mouvement par la droite de leur camp, qui paroissoit être pour marcher aux postes du sieur de Bepe-ntigny.
Le chevalier de Levis y envoya sur-le-champ les volontaires de Duprat avec la compagnie des grenadiers de Royal-Roussillon qu’il rappela une heure après, les ennemis étant rentrés dans leur camp. Les troupes du camp de la Pointe-de-Lévis s’étant embarquées dans des berges et mises en panne entre leurs vaisseaux, le marquis de Montcalm envoya au chevalier de Lévis les quatre autres compagnies de grenadiers et fit avancer jusqu’au centre la droite de l’armée. Sur les quatre heures, les berges commencèrent à s’approcher de leurs vaisseaux échoués. Le chevalier de Lévis renforça sa gauche qui se tint dans ses retranchements, malgré le feu terrible des ennemis. Sur les cinq heures, l’attaque paroissant absolument déterminée entre les vaisseaux embossés et le Sault-Montmorency, le sieur de Bougainville eut ordre de conduire à la gauche les piquets de Eoyal-Roussillon, Guyenne et Languedoc. Les deux premiers bataillons y marchèrent aussi. Dans le même temps, la mer étant presque basse, les troupes angloises, campées au Sault, descendirent en colonne, passèrent le Sault a gué et vinrent se joindre a celles de la Pointe-de-Lévis, qui débarquèrent sous la protection de leurs frégates et se mirent aussitôt en bataille. Onze compagnies de grenadiers et quatre cents volontaires s’avancèrent sur-le-champ pour attaquer une redoute
que le chevalier de Lévis ordonna d’abandonner. Ils marchèrent à nos retranchements de bonne grâce ; mais le feu que leur fit faire le chevalier de Lévis les mit en désordre. Une grosse pluie interrompit le combat. Le marquis deMontcalm arriva avec une partie des troupes de la droite ; mais, lorsque l’orage fut passé, les ennemis se retirèrent, partie dans leurs berges, le reste au Sault, et mirent le feu à leurs frégates qu’ils avoient fait échouer. L’attaque leur coûta six cents hommes. On suppose qu’ils nous tirèrent trois mille coups de canon, sans compter les bombes et grenades.
Le 5 août, les ennemis ayant embarqué environ quinze cents hommes sur les bâtiments qu’ils avoient' au-dessus de Québec, le sieur de Bougainville fut envoyé avec la compagnie des grenadiers de Béarn, un piquet de Languedoc et deux de milices pour suivre leurs mouvements.
Le 8, ils tentèrent deux fois, la première à marée basse et la seconde à marée haute, de débarquer à la Pointe-aux-Trembles. Le sieur de Bougainville, avec quatre cents hommes qu’il rassembla et dont étoient les volontaires à cheval qu’il fit combattre à pied, les repoussa avec perte.
Le 9, nous apprîmes la prise de Niagara. Les troupes que l’on avoit rappelées de la Belle-Rivière pour le secourir, furent battues par la trahison des sauvages, et ce secours battu força le commandant à se rendre après dix-sept jours de tranchée ouverte. On craignit alors que les ennemis ne pénétrassent parles Rapides jusqu’à Montreal, et cet objet parut si intéressant que le chevalier de Lévis partit en poste la même nuit. Il
emmena avec lui le sieur Mercier, commandant d’artillerie, et le sieur Lapause, faisant les fonctions d’aidemaréchal des logis.
Le 10 et le 11, huit cents hommes de notre armée furent détachés pour le suivre. Il ne s’en arrêta à Montréal qu’autant qu’il en falloit pour rassurer les esprits. Il se hâta d’aller rendre la confiance au détachement du chevalier de La Corne, auquel il donna ses nouvelles instructions. Ce détachement s’étoit porté à la rivière de Chouaguen. Il y avoit débarqué ; mais la supériorité des ennemis le fit rembarquer précipitamment et avec perte. Le chevalier de Lévis choisit une île nommé Oracointon pour y construire un petit fort de campagne et couvrir la tête des Rapides. Le marquis de Montcalm, après le départ du chevalier de Lévis, fut se poster de sa personne à la gauche, et, le lendemain, il fit passer la rivière du Sault à huit cents hommes qui battirent un détachement des ennemis.
Nous apprîmes le 19 que les ennemis avoient débarqué à Deschambault, à quatorze lieues au-dessus de Québec, où les équipages de l’armée étoient en dépôt. Le marquis de Montcalm jugea l’événement d’une assez grande importance pour s’y porter de sa personne. Il emmena avec lui le chevalier de Montreuil, major général, et il fit avancer les grenadiers jusques à la Pointe-aux-Trembles ; mais il apprit que le sieur de Bougainville avoit fait rembarquer les ennemis, dont la première opération, après leur débarquement, avoit été de brûler la maison où étoient déposés les effets de l’armée.
La nuit du 27 au 28 août étant fort obscure, cinq
vaisseaux remontèrent la rivière et allèrent joindre les quatre voiles que les ennemis avoient fait passer précédemment et qui mouillèrent vis-à-vis Saint-Augustin, quatre lieues au-dessus de Québec.
La nuit du 29 au 30, ils attaquèrent le sieur de Bougainville et firent un grand feu de canon et de mousqueterie depuis dix heures du soir jusqu’à une heure après minuit, mais sans avoir osé débarquer. Il ne se passa presque pas un jour dans le cours de ce mois que le général Wolfe ne fît brûler des habitations dans les côtes Nord et Sud, où ses troupes pouvoient débarquer sans obstacles.
La nuit du 31 août au 1er septembre, quatre voiles' passèrent encore sous le canon de la place pour aller grossir le nombre de celles qui y étoient déjà. L’ennemi se préparait en même temps à quitter sa position du Sault-Moutmorency, et augmentoit par ses manœuvres la ciainte où nous étions de voir notre communication coupée.
Le 3 septembre, on aperçut à la pointe du jour quatrevingts ou cent berges [près] de la frégate mouillée au Sault-Montmorency, les unes pleines de soldats, les autres vides. Trois colonnes descendirent successivement et enfin une grosse arrière-garde ; le tout s’embarqua presque a la portée du canon, que le marquis de Montcalm fit cependant tirer à toute volée. Vers midi, à marée haute, toutes les berges descendirent en rangeant la côte du Sud de très près pour ranger nos batteries. En même temps on vit paraître à la Pointede-Lévis une quarantaine de berges qui firent soupçonner une attaque à la droite et à la gauche de la
ligne. Le marquis de Montcalm fit ses dispositions pour les recevoir ; mais cette manœuvre n’avoit pour objet que de nous occuper et favoriser la retraite du camp du Sault. Trois à quatre bataillons allèrent camper à l’Ue-d’Orléans et le reste vint s’embarquer dans les vaisseaux.
Ce changement dans la position des ennemis détermina le marquis de Vaudreuil et le marquis de Montcalm à changer les nôtres. 11 fortifia la droite des troupes qu’il retira de la gauche. On augmenta les postes qui gardoient les passages accessibles au-dessus de Québec et on joignit au camp volant du sieur de Bougainville les grenadiers et les volontaires de l’armée.
La nuit du 7 au 8 septembre, un grand nombre de berges, qui furent aperçues par nos rondes sur l’eau, firent border le retranchement en passant la nuit au bivouac. Une heure avant le jour, quatre bâtiments montèrent au-dessus de la place.
La nuit du 12 au 13, un mouvement extraordinaire de berges fit coucher les troupes au oivouac. Une heure avant le jour, on entendit quelques coups de fusil au-dessus de Québec. Uous ne doutâmes point qu’un petit convoi que 1 on attendoit de faire passer par l’eau n’eût été découvert et pris. Comme il n arriva aucune nouvelle de cette partie et que tout paroissoit tranquille, on ne soupçonnoit rien. Ce ne fut qu au grand jour qu’on entendit une autre fusillade. Le régiment de Guyenne eut ordre de se porter sur les hauteurs de Québec, et y trouva à son arrivée 1 ennemi débarqué au nombre de six mille hommes qui travailloient déjà à se retrancher. Us avoient pénétré par la
rampe escarpée de l’Anse-au-Foulon, dont le poste avoit été surpris. Le marquis de Montcalm y courut avec le chevalier de Montreuil, à qui il ordonna, en arrivant sur les hauteurs de Québec, où il vit l’ennemi qui se formoit, de faire venir les troupes qui étoient campées à Beauport et d’y laisser quatorze cents hommes aux ordres du sieur de Poulariés, lieutenant-colonel, pour garder la ligne, qui étoit formée par quatre-vingts berges qui étoient en panne vis-à-vis la Pointe-de-Lévis.
Le chevalier de Montreuil fit marcher l’armée avec la plus grande diligence, après avoir rendu compte au marquis de Vaudreuil de la manœuvre des ennemis et de l’ordre qu’il venoit de recevoir pour mettre l’armée en mouvement. Il joignit ensuite le marquis de Montcalm qui avoit formé les troupes à mesure qu’elles arrivoient. Ce général fit avancer des pelotons qui fusillèrent à la faveur des buissons et que soutenoient six pièces de campagne que le sieur de Montbeillard, capitaine d’artillerie, y avoit conduites. Le travail de l’ennemi avançoit et il y avoit déjà deux pièces de gros canons. Le marquis de Montcalm qui avoit toujours senti l’impossibilité d’attaquer des retranchements avec les troupes qu’il commandoit, résolut d’attaquer l’ennemi avant qu’il fût plus à couvert. Il se mit à la tête d’environ trois mille hommes qu’il avoit assemblés et qui s’avancèrent avec beaucoup de courage jusqu’à trente pas de l’ennemi. Mais ce brave général ayant été blessé à mort, le sieur de Senezergues, brigadier, et le sieur de Fontbonne, lieutenant-colonel, tués, et plusieurs officiers des troupes de terre et de la marine tués, blessés et pris, la déroute fut générale. On jeta
dans la ville un piquet de chaque bataillon, et le reste se retira au camp.
Le marquis de Vaudreuil, le chevalier de Montreuil, le sieur d’Alquier, lieutenant-colonel, et tous Messieurs les officiers firent leurs efforts pour rallier les troupes. Le marquis de Montcalm fut conduit à la ville, où il mourut le lendemain. Il avoit reçu deux coups de feu, dont l’un le perçoit de part en part au bas-ventre. Son cheval avoit été blessé de trois coups. Le général Wolfe fut aussi tué à la tête de son armée.
Le sieur de Bougainville, qui étoit au Cap- Rouge, à trois lieues de Québec, fut averti trop tard. Quand il arriva à portée de l’ennemi, nos troupes s’étoient retirées, et l’armée angloise s’avança pour l’attaquer. Comme il n’a voit que huit cents hommes, il fut contraint de faire sa retraite. Il la fit en bon ordre, et fut occuper un poste qui le mettoit a portée du marquis de Vaudreuil.
On crut devoir abandonner tout tendu le camp de Beauport et devoir se retirer derrière la rivière Jacques- Cartier. La réserve du sieur de Bougainville couvrit cette retraite ; il occupa toujours la rivière du Cap- Rouge et conserva la communication avec Québec que les ennemis assiégeoient, où le chevalier de la Rochebeaucour fit entrer un convoi de vivres.
Le chevalier de Lévis, qu’on avoit envoyé cherchei, arriva le 16. Le 17, l’armée remarcha aux ennemis. Le sieur de Bougainville eut ordre de passer la rivière Saint-Charles. Il n’étoit qu’à trois quarts de lieue de la ville, lorsqu’il apprit qu’elle avoit capitulé, cette place
étant presque en cendres, ayant été canonnée et bombardée pendant soixante-huit jours. L’armée revint prendre sa position derrière Jacques-Cartier ; le sieur de Bougainville, avec sa réserve, occupa les postes de Lorette et du Cap-Bouge, à portée de Québec.
Le chevalier de Lévis s’occupa à construire à Jacques- Cartier un fort qui put assurer la tête de ses quartiers d’hiver. Nos partis ont toujours tenu la campagne et empêché les ennemis de sortir de la ville, où ils ont laissé dix bataillons ; ils ont renvoyé seulement les grenadiers de la garnison de Louisbourg, les malades et les blessés de l’armée.
On eut nouvelle à Montréal le 15 que l’armée du. général Amherst alloit faire un mouvement. Un bâtiment de douze canons de 18 et des petits portant quatre pièces de 24 qu’ils ont construits à Saint-Frédéric, forcèrent nos chebecs à se faire couler bas, et beaucoup de berges parurent à la vue de l’Ue-aux-Noix. Le marquis de Vaudreuil fit marcher de ce côté une partie des troupes et des milices qu’il rappela de Jacques- Cartier; mais le mouvement des ennemis ne s’est trouvé qu’un gros détachement.
Du côté des Bapides, ils n’en ont fait aucun. Les efforts de plus de soixante mille hommes et d’une flotte immense contre une poignée de monde manquant presque de tout, se réduisirent à la prise de Niagara, où les sauvages nous ont trahis, de Carillon et Saint-Frédéric que nous avons abandonnés et des ruines de Québec. Nous avons fait une grande perte en M. le marquis de Montcalm ; il est généralement regretté.