‹ Guerre du Canada; relations et journaux de différentes expéditions faites durant les anées 1755-56-57-58-59-60;Chapitre 16 sur 22 · JOURNAL DU SIEGE DE QUEBEC · texte numérisé non relu

JOURNAL DU SIEGE DE QUEBEC

AVEC UK DÉTAIL PARTICULIER, DES ATTAQUES DE L’ARMÉE BRITAN¬ NIQUE ET DE L'INVESTISSEMENT DE CETTE VILLE SOUS LES ORDRES DU VICE- AMIRAL SAUNDERS, DU MAJOR GÉNÉRAL WOLFE ET DES BRIGADIERS GÉNÉRAUX MONCKTON ET TOWNSHEND

[. Traduit de l’anglais par M. Saige ]

Le 26 juin, l’amiral Saunders arriva, avec la première division de la flotte et des transports, vers le milieu de l’Ue-d’Orléans. Le jour suivant, 27, le général major Wolfe, à la tête de ses troupes, débarqua en la dite île. Un instant après le débarquement, il s’éleva un ouragan si furieux que nombre d’ancres et de vaisseaux furent perdus. Les transports surtout se sentirent de sa fureur, car ils furent presque tous dispersés et considérablement éloignés les uns des autres.

L’amiral Saunders députa un message au général Wolfe pour lui donner avis qu’il a voit des raisons de

Ce journal n’est pas signé.

soupçonner l’artillerie et des forces à l’ennemi à la Pointe-de-Lévis ; sur quoi, le général détacha le brigadier Monckton, avec quatre bataillons, pour les en chasser.

Le 28 juin, à minuit, l’ennemi envoya de Québec sept brûlots. Malgré le nombre de nos vaisseaux et transports qui couvraient une grande partie du chenal, nous vînmes à bout de les resserrer et faire sortir sans recevoir aucun dommage.

La nuit du 29, le brigadier Monckton passa la rivière avec son détachement et marcha le lendemain vers la Pointe-de-Lévis. Il mit l’ennemi en désordre, le força de se retirer et s’empara de son poste. Les partis avancés eurent deux ou trois escarmouches avec les Canadiens et les Indiens ; mais la perte, d’une et d’autre part, fut peu considérable.

Le 1er juillet, l’amiral Saunders fit un mouvement entre la Pointe-de-Lévis et l’Ile-d’Orléans.

Le 3, le colonel Carleton marcha vers la partie occidentale de l’île, où notre armée resta campée depuis le 3 jusqu’au 8, où on établit ensuite l’hôpital et une place qui devoit servir de dépôt pour les magasins.

Les batteries de canon et les mortiers furent disposée avec beaucoup de promptitude près la Pointe-de- Lévis, pour bombarder la ville et pour détruire les ouvrages et les batteries de l’ennemi.

L’ennemi, apercevant dans le lointain ces ouvrao-es traversa la rivière avec seize cents hommes, dans le dessein de les attaquer et de les détruire. Malheureusement le désordre se mit dans leurs troupes. Ils firent feu l’un sur l’autre et furent forcés de faire retraite, ce qui nous fit perdre l’occasion de battre ce détachement.

Notre artillerie eut un succès si heureux que la Haute-Ville fut considérablement endommagée et la Basse entièrement détruite. Les ouvrages pour la sûreté de notre hôpital et de nos magasins dans l’Iled’Qrléans étant entièrement achevés, le 8, l’amiral plaça la chaloupe le Porc-Epic et le vaisseau Boscawen dans le chenal du Nord, pour couvrir une partie de l’année qui, cette nuit-là même, débarqua dans le rivage et campa près de la gauche de l’ennemi.

Le lendemain matin de notre campement à Montmorency, la compagnie de chasseurs du capitaine Dank, postée dans un bois pour convoyer quelques ouvriers, fut attaquée et défaite par un corps d’indiens. Elle perdit tant demande et eut tant de blessés, qu’elle fut presque entièrement hors d’état de servir le reste de la campagne. Les ennemis souffrirent aussi beaucoup dans cette affaire et furent à leur tour repoussés par les troupes les plus proches. L’endroit de la partie orientale de la chute sembloit, comme il l’est en effet, (de même nature que) celui qu’occupoit l’ennemi, et en conséquence, paroissoit devoir nous être avantageux. Il y a de plus eu bas de la chute un endroit guéable qui en facilite le passage, vers la fin du reflux, pendant quelques heures. M. de Montcalm se trouvoit dans une situation si avantageuse qu’il falloit saisir cet instant pour attaquer ses retranchements. En allant à la découverte de la rivière de Montmorency, nous trouvâmes trois milles plus haut une place guéable ; mais le bord opposé étoit si bien retranché, si escarpé et si rempli de bois, que 1 on ne pouvoit raisonnablement penser à y tenter un passage. Les Indiens attaquèrent deux fois le retranchement et

furent autant de fois repoussés ; mais, dans ces rencontres, nous eûmes quarante hommes, tant officiers que soldats, tués ou blessés.

Le 17 juillet, l’amiral ordonna au capitaine Rous, du Sutherland, de s’éloigner de Québec lorsque la nuit pourrai t le permettre, au premier vent favorable, et d’amener avec lui la Diane avec Y Ecureuil, deux chaloupes et deux petits bateaux aussi armés et chargés de provisions. Dans la nuit du 18, ils passèrent devant la ville de Québec sans aucune perte, à l’exception de la Diane qui donna avec tant de force contre un rocher de la Pointe-de-Lévis, qu’elle en reçut un très grand dommage. L’amiral fut obligé de l’envoyer, avec vingtsept voiles de transport de l’Amérique, à Boston, pour y être radoubée, et se retira dans la partie supérieure de la rivière ; ce qui nous donna occasion de reconnoître le pays. Nous trouvâmes la même attention du côté de l’ennemi et de grandes difficultés du nôtre, occasionnées par la nature du terrain et les obstacles insurmontables qui s’opposoient à notre communication avec la flotte. Mais ce que nous avions le plus à craindre, en cas que nous vinssions à aborder entre la ville et la rivière du Cap-Rouge, étoit que nous ne pussions renforcer le corps qui débarquerait le premier avant qu’il fût attaqué et investi par l’armée ennemie. Malgré les difficultés, le général opina d’abord de faire une tentative à Saint-Michel (de Sillery), distant de la ville d’environ trais milles. Mais, s’apercevant que l’ennemi se méfioit de son dessein, qu’il s’efforçoit de le prévenir par ses préparatifs, qu’il avoit même conduit de l’artillerie et des mortiers, qu’il pourrait augmenter à son gré

étant à la proximité de Québec, pour faire jouer sur notre flotte ; considérant d’ailleurs qu’on ne pouvoit faire que de longtemps l’attaque, en supposant même une nuit favorable au passage des vaisseaux devant la vilje, l’entreprise lui parut si hasardeuse qu’il en abandonna le projet. Quoi qu’il en soit, pour diviser les forces de l’ennemi et pour attirer son attention vers le plus haut de la rivière qu’il seroit possible, ainsi que pour acquérir quelques connoissances, le général détacha un corps sous le commandement du colonel Carleton, avec ordre d’aborder à la Pointe-aux-Trembles, d’attaquer tout ce qui s’y trouveroit et d’y faire autant de prisonniers qu’il pourroit et de se saisir de tous les papiers qui pourroient être de quelque utilité. On avoit de plus informé le général que nombre d’habitants de Québec étoient retirés dans cette place, et que nous pourrions y trouver un magasin de provisions.

Au premier abord du colonel, les Indiens firent feu sur lui ; mais bientôt ils furent dispersés et réduits à chercher un asile dans les bois. Le premier soin du colonel fut de faire rechercher des magasins, mais inutilement ; il fit quelques prisonniers et s’en retourna avec très peu de pertes.

Après cette expédition, le général Wolfe revint à Montmorency, où il trouva que le brigadier Townshend avoit, par un feu supérieur, empêché les François de disposer une batterie sur le bord de la riviere, d ou ils avoient intention de canonner notre camp. On forma de nouveau la résolution de saisir le premier instant qui se présenterait d’attaquer l’ennemi, quoique dans

un poste plus avantageux et disposé de toutes parts à nous recevoir.

L’on disoit que l’armée françoise étoit composée de seize mille hommes et qu’ils changeoient de camp en différentes fois.

Comme les vaisseaux de guerre ne pouvoient, faute d’eau, s’approcher assez près des retranchements ennemis pour entreprendre de les détruire, l’amiral à la fin prépara deux transports tirant pen d’eau, espérant que quelque occasion favorable pourroit les conduire vers la terre et faciliter une descente. Par le secours de ces petits vaisseaux, que le flux seul pouvoit porter vers le rivage, le général se proposoit de se rendre maître d’une redoute détachée près du bord de l’eau et dont la situation paroissoit être à l’abri du mousquet des retranchements de la hauteur. S’il arrivoit que l’ennemi voulût secourir cette petite pièce, il en résulterait nécessairement un engagement, ce que le général désirait, et, s’il s’en rendoit maître sans trouver de résistance, il comptoit profiter de cette situation pour découvrir le camp ennemi et déterminer en conséquence par où il serait à propos de donner l’attaque.

Au milieu de la nuit du 28, l’ennemi envoya près de cent radeaux qui n’eurent pas plus de succès que les brûlots.

Le 31 juillet, dans l’après-midi, les bateaux de la flotte furent remplis de grenadiers et d’une partie de la brigade de Monckton de la Pointe-de-Lévis. Les deux brigades, sous leurs chefs, Townshend et Murray, eurent ordre de se préparer aussitôt qu’on le jugerait nécessaire. Pour faciliter le passage de ce corps, l’amiral avoit placé le

Centurion dans le chenal (de T Ile d’Orléans), ensorte qu’il pût arrêter le feu de la basse batterie qui défendoit le gué. Ce vaisseau fut d’un très grand usage par l’adresse avec laquelle on dirigea son feu. On plaça sur l’éminence une grande quantité d’artillerie de manière à pouvoir battre et détruire jusqu’au moindre retranchement. Il ordonna aussi de faire remonter en pleine eau deux nacelles qu’il avoit armées' pour ce dessein, contre deux petites batteries et deux redoutes où nos troupes dévoient débarquer.

Du petit vaisseau qui aborda le plus près de la terre, le général observa que la redoute étoit trop bien défendue pour être prise sans une grande perte, d’autant plus qu’on ne pouvoit conduire ces deux vaisseaux armés assez près pour les couvrir l’un et l’autre de leur artillerie, ce que l’on avoit d’abord cru possible. Mais, comme l’ennemi sembloit en confusion et que nous étions disposés à une action, le général jugea à propos d’attaquer leurs retranchements. On envoya sur-le-champ ordre aux brigadiers généraux de se tenir prêts avec les corps qu’ils commandoient : au brigadier Monckton d’aborder la terre et aux brigadiers Townshend et Murray de passer le gué. A l’heure même de la marée le signal fut donné ; mais plusieurs bateaux en évitant le rivage, s’engravèrent dans un bord qui s’avance à une très grande distance. Cet accident causa parmi nous quelque désordre et nous fit perdre un temps très considérable, et obligea le général d’envoyer un officier arrêter la marche du brigadier Townshend, qui étoit alors en mouvement. Tandis que les matelots s’occupoient à dégraver les petits bateaux, l’ennemi fit une décharge

de son artillerie qui ne nous fit heureusement que très peu de mal. Aussitôt que nous fûmes assez revenus de notre désordre pour pouvoir nous ranger un peu' sur la droite et que les bateaux furent rangés d’une manière convenable, quelques officiers allèrent avec le général à la découverte de quelques places favorables au débarquement. Nous prîmes avec nous un bateau plat à fond de cuve pour faire les épreuves, et, aussitôt que nous eûmes trouvé une position plus accessible, le général ordonna aux troupes de débarquer, croyant qu’il n’étoit pas trop tard pour donner l’attaque.

Les premiers qui débarquèrent furent les treize compagnies de grenadiers et deux cents hommes du second bataillon de Loyal - Américain. On ordonna aux grenadiers de former quatre corps séparés et de commencer l’attaque, supportés par le corps du brigadier Monckton, aussitôt que les troupes auroient passé le gué et seroient à même de les secourir. Mais les grenadiers, excités par le bruit qu’ils firent en débarquant, soit par empressement ou par quelque autre cause, au lieu de former quatre bataillons, comme on le leur avoit ordonné, fondirent tout en désordre et en confusion sur leâ retranchements ennemis, sans attendre les corps qui dévoient les secourir et les joindre dans l’attaque.

Le brigadier Monckton n’étoit pas encore à bord, et le brigadier Townshend étoit encore fort éloigné, quoiqu’il précipitât sa marche en grand ordre. Les grenadiers furent arrêtés par le feu de l’ennemi et obligés de se réfugier aux environs ou dans la redoute que les François abandonnèrent à leur approche. Ils restèrent

quelque temps dans cette situation, étant hors d’état de supporter un feu si violent. Ils eurent plusieurs braves officiers de blessés, qui prenoient très peu de soin de leur personne et étoient restés courageusement constamment dans leurs postes. Le général s’aperçut de la situation malheureuse où ils étoient réduits, les rappela en retraite, comptant toujours qu’ils pourroient reprendre leur rang et former leurs bataillons à l’aide du corps du brigadier Monckton, qui ne faisoit que de débarquer et qui s’avançoit de la Pointe en très bon ordre.

La nuit suivit de près ce nouvel accident et ce second délai. Il s’éleva une tempête soudaine et le flux commença. Le général crut qu’il n’étoit pas à propos de persévérer dans une attaque si difficile, étant d’ailleurs incertain de la retraite du corps du brigadier Townshend en cas de désavantage.

Notre artillerie fit un très grand effet sur l’ennemi que les brigades de Townshend et Murray attaquèrent, et il est probable que, si cet accident n’etoit pas survenu, nous n’eussions jamais pu rentrer, tandis que notre gauche et le centre, plus éloignés de notre artillerie, auroient supporté toute la violence du feu de 1 ennemi.

Les François ne tentèrent pas seulement d arrêter notre marche. Quelques-uns de leurs sauvages vinrent égorger les blessés et leur faire la chevelure, comme c’est leur coutume.

L’amiral, pour empêcher les deux frégates qui etoient à sec sur le rivage de tomber entre les mains de l’ennemi, fit sortir l’équipage et ordonna qu’on y mît le feu, ce qui fut fait sur-le-champ. L’endroit où l’on

avoit déterminé de faire l’attaque avoit sur tous ceux des environs les avantages suivants : nous pouvions faire usage de notre artillerie ; la plus grande partie, et même toutes nos troupes pouvoient agir à la fois, et la retraite, en cas de désavantage, étoit assurée au moins pour un certain temps du reflux. Dans aucun autre lieu on ne pouvoit trouver aucun de ces avantages. L’ennemi étoit posté sur une éminence avantageuse ; la pointe où nos troupes étoient descendues étoit couverte de creux remplis de bourbe fort épaisse, la montagne fort escarpée et n’étant pas praticable partout, l’ennemi nombreux dans leur retranchement et leur feu très violent. Si l’attaque eût réussi, notre perte eût été certainement très considérable, vu les bois voisins qui les mettoient à couvert. Il falloit encore passer la rivière Saint-Charles avant qu’on pût investir la ville. Le général avoit considéré toutes ces circonstances ; mais le désir qu’il avoit de se conformer aux intentions du Roi lui fit courir tout risque, persuadé qu’une armée victorieuse ne trouvoit jamais de difficultés.

Immédiatement après cet échec, le général envoya le brigadier Murray au delà de la ville avec vingt bateaux plats à fond de cuve, montés de douze cents hommes. Il alloit secourir le contre-amiral Holmes qui avoit été renforcé par les chaloupes Loivestoff' et le Chasseur, avec deux chaloupes armées et deux frégates, pour la destruction des vaisseaux françois, et, en cas de réussite, pour ouvrir une communication avec le général Amherst. Le brigadier épia toutes les occasions favorables de combattre tous les détachements ennemis, cherchant tous les moyens possibles pour les

provoquer au combat. Il fit deux tentatives différentes pour aborder au rivage septentrional, mais sans aucun succès. Mais la troisième fut plus heureuse : il débarqua à Deschambault ; il y brûla un magasin où étoient quantité de provisions, de munitions, d’habits, d’armes, en un mot tout le bagage de l’armée. Les prisonniers qu’il fit l’informèrent de la reddition du fort de Niagara et nous découvrirent, par des lettres interceptées, que l’ennemi avoit abandonné la pointe de Carillon et de la Couronne *, qu’il s’étoit retiré à l’Ile-aux-Noix et que le général Amlierst s’étoit préparé à passer le lac Champlaiu pour tomber sur le corps de M. de Bourlamaque, composé de trois bataillons d’infanterie et de plusieurs Canadiens, qui form oient en tout trois mille hommes.

Dans la nuit du 28 juillet, l’amiral avoit envoyé au delà de la ville le Cheval- Mar in, deux chaloupes armées et deux frégates chargées de provisions pour joindre l’amiral Holmes.

Le général Wolfe fut attaque de la fievre. Au bout de dix jours, il se trouva si foible et si malade qu il convoqua les officiers généraux pour consulter avec eux sur l’utilité publique. Ils opinèrent tous, comme ils avoient des vaisseaux et des provisions au delà de la ville, de faire passer un corps de quatre à cinq mille hommes, toute la force qui leur restoit de surplus de ce qu’ils avoient laissé pour la défense de la Pointe-de- Lévis et de l’Ile-d’Orléans, afin d’essayer de tirer l’en-

* Crown-Point, Saint-Frédéric des Français.

nemi de la situation où il «Stoit et l’engager dans une action ; à quoi le général consentit.

L’amiral Saunders et le général Wolfe examinèrent la ville dans le dessein de donner un assaut général ; mais, nous consultant après avec M. Mackellar, ingénieur en chef, qui en connoissoit parfaitement toutes les parties intérieures, après avoir considéré tout avec la plus grande attention, nous trouvâmes que quoique les batteries de la Ville-Basse pussent être aisément détruites par les vaisseaux de guerre, l’affaire d’un assaut ne procurerait qu’un bien foible avantage, puisque le peu de passages qui conduisoient de la Basse- Ville à la Haute étoient retranchés avec le dernier soin et que les hautes batteries n’avoient rien à craindre de nos vaisseaux, au lieu que nous avions tout à craindre d’elles et de leurs mortiers. Tous opinèrent que cette affaire promettoit si peu de succès et étoit d’ailleurs si dangereuse qu’on ne devoit point en courir les risques.

A la force extraordinaire et naturelle du pays, l’ennemi avoit encore ajouté pour la défense de la rivière grand nombre de batteries flottantes et de bateaux. Il veilloit avec tant d’exactitude, ainsi que les Indiens, à tous nos différents postes qu’il nous étoit impossible de rien faire par surprise, nous avions presque tous les jours des escarmouches avec ses sauvages dans lesquelles nous les battions toujours, mais non sans pertes de notre côté. On détermina enfin de porter les opérations au delà de la ville, et l’amiral, dans la nuit du 4, envoya tous les bateaux plats au-dessus de la ville ; le 5 et le 6, il se mit en marche avec les forces de la Pointe-de-

Levis et les embarqua dans les transports qui avoient passé la ville dans ce dessein.

Le 7, le 8 et le 9 août, l’amiral Holmes, au haut de la rivière, fit faire un mouvement aux vaisseaux dans le dessein d’amuser l’ennemi alors posté sur le rivage septentrional ; mais les transports et autres, extrêmement pressés et le temps fort mauvais, le général jugea à propos de détourner la moitié de ses troupes dans les villages de la côte du Sud, où ils se rafraîchirent et se rembarquèrent.

Le 13 août au matin, l’infanterie légère commandée par lord Iiowe, les régiments de Bragg, de Kennedy, de Lascelles et d’Anstruther, avec un détachement de montagnards et de grenadiers américains, le tout sous le commandement des brigadiers Monckton et Murray, entrèrent dans de petits bateaux, et, après quelques mouvements que l’amiral Holmes fit faire à ses vaisseaux pour attirer l’attention de l’ennemi, ils descendirent avec la marée et débarquèrent au rivage septentrional à une lieue du Cap-Diamant, une heure avant la pointe du jour. La rapidité de la marée les porta [dans une anse] un peu plus éloignée que celle qui étoit désignée pour donner l’attaque, ce qui obligea l’infanterie légère de franchir un précipice de bois pour assurer le débarquement des troupes, en chassant un capitaine qui défendoit ce foible retranchement, par où les troupes dévoient passer. Après un feu assez foible l’infanterie légère gagna le haut du précipice et dispersa le poste du capitaine. Par ces moyens, les troupes, après une perte médiocre que leur firent souffrir quelques Canadiens dans le bois, gagnèrent le dessus et se trou-

vèrent immédiatement rassemblées. Les bateaux, à mesure qu’ils étoient vides, étoient renvoyés pour un second embarquement que le général Townshendfit faire sur-le-champ. Le brigadier Murray, que l’on avoit détaché avec un bataillon d’Anstruther pour attaquer une batterie de quatre canons sur la gauche, fut rappelé par le général qui s’aperçut que l’armée françoise traversoit la rivière Saint-Charles. Sur cela le général Wolfe commença à former la ligne, ayant sa droite couverte par les grenadiers de Louisbourg. Il y fit mettre de plus ensuite ceux d’Otway. A sa gauche étoient les grenadiers de Bragg, de Kennedy, de Lascelles, les montagnards et les Anstruthers. Le brigadier Mon ckton commandoit la droite de son armée et le brigadier

Murray la gauche ; son contre-amiral et sa gauche étoient protégés par l’infanterie légère du colonel Howe qui étoit revenue de la batterie de quatre canons cidessus mentionnée, qu’on lui avoit abandonnée sans presque aucune résistance. Le général de Montcalm ayant ramassé toutes ses forces du côté de Beauport, s’avança et fit apercevoir l’intention qu’il avoit de flanquer notre gauche, où le général Townshend venoit de se rendre avec le bataillon du général Amherst qu’il avoit fait former en potence. Il fut bientôt renforcé par deux bataillons de Boyal-Amérieain, et le général forma de ceux de Web'o un corps de réserve qui fut mis sous divisions, mettant entre eux de grands intervalles. L’ennemi borda le front des buissons avec quinze cents Canadiens et sauvages qui firent sur toute notre première ligne un feu fort incommode quoique irrégulier. Nous supportâmes ce feu avec beaucoup de courage et sans abandonner

nos rangs. Nous réservâmes notre feu pour le gros de l’armée qui s’avançoit, Au reste le feu de l’ennemi fut arrêté par le front de notre armée à l’abri de laquelle nous formions nos lignes. La droite de l’ennemi étoit composée de la moitié des troupes de la colonie, des bataillons de la Sarre, de Languedoc et du reste de leurs Canadiens et sauvages. Leur centre étoit une colonne formée par les bataillons de Béarn et de Guyenne. Leur gauche étoit composée du reste des troupes de la colonie et du bataillon de Boyal-Boussillon. Ils avoient avec eux deux petites pièces d’artillerie. Nous ne pûmes avoir qu’un canon qui nous servit merveilleusement bien et incommoda beaucoup leurs colonnes.

Les François commencèrent leurs charges environ vers les neuf heures et avancèrent vigoureusement et pour quelque temps en bon ordre. Le front de leur armée commença à faire feu avant d’être à notre portée ; il continua immédiatement par toutes leurs lignes ; mais enfin, en avançant, ils commencèrent à chanceler. A peine les vîmes-nous à cent verges loin de nous que nos troupes marchèrent à leur rencontre sans interrompre l’ordre qui y régnoit, et continuant un feu très violent que nous ne commençâmes que lorsque nous fûmes à quarante verges près d’eux. Ce fut alors que le brave général Wolfe tomba à la tête des grenadiers de Bragg et de Louisbourg baïonnette au bout du fusil. Ce fut environ en même temps que le général Monckton reçut une blessure à la tête des brigades de Lascelles ; dans le sein droit, une balle vint traverser une partie

de ses poumons, lui cassa l’os de l’épaule, précisément dans l’instant que les François ployoient, ce qui l’obligea de quitter le champ de bataille. Dans le front des bataillons opposés tomba aussi M. de Montcalm et le second commandant après lui, qui mourut de ses blessures à bord de notre flotte. A peine l’armée francoise se vit-elle environnée à vin^t ou trente verges de nos troupes qu’elle tourna presque dans le même instant à droite et à gauche. On la poursuivit au milieu du feu de mousqueterie, et à peine osa-t-elle regarder derrière elle avant qu’elle eût atteint ses retranchements. Une partie de l’armée feignit une seconde attaque ; l’autre partie s’enfonça dans un bois feignant de faire tête. Dans cet instant chaque corps suivit les mouvements qu’excitoient en eux leurs différents caractères. Les grenadiers de Louisbourg, de Bragg et de Lascelles les poursuivirent baïonnette au bout du fusil ; le brigadier Murray à la tête de ses troupes s’avançant vigoureusement ferma la route de ce bois. Les montagnards supportés par les Anstruthers fondirent l’épée à la main une partie dans la ville et l’autre partie sur les ouvrages du pont de la rivière Saint-Charles. L’action à notre gauche, où étoit notre contre-amiral, ne fut pas si terrible, quoique quelques corps irréguliers aient donné quelques attaques sur le flanc gauche pendant l’action ; mais ils furent repoussés. Les maisons dans lesquelles ils s’étoient jetés furent prises. Le colonel Howe se porta avec deux compagnies derrière une petite hauteur et tomboit fréquemment sur le flanc dejl’ennemi durant leur attaque, tandis que le géné-

ral Townshend faisoit avancer contre le front de ce corps quelques détachements, ce qui empêcha à l’aile droite d’exécuter leurs premières intentions. Avant tout ceci, on avoit des bataillons de Boval- Américain pour garder notre communication avec nos bateaux, et l’autre fut envoyé pour occuper la place que le mouvement du brigadier Murray avoit laissé ouverte. Le général Townshend resta avec Amherst pour soutenir cette disposition et pour garder la droite de l’ennemi et la droite de leurs sauvages qui tournoient encore autour de notre contreamiral, à l’opposite des postes de notre infanterie légère, n’attendant que l’occasion de tomber sur lui.

Dans cette situation de la bataille, le brigadier général Townshend fut chargé du commandement. Il se retira immédiatement vers le centre, et, trouvant que la poursuite avoit mis en désordre une partie des troupes, il les rassembla le plus promptement qu’il lui fut possible. 11 finissoit à peine que l’on vit paraître M. de Bougainville à la tête des troupes du Cap-Bouge, formant environ deux mille hommes, en présence de notre contreamiral. Le général avança contre lui deux pièces de canons et deux bataillons, ce qui l’obligea de se retirer. JSTous prîmes sur le champ de bataille une pièce de cauon et nous fîmes prisonniers graud nombre d’officiers françois. Leurs pertes se montent à environ quinze cents hommes.

Il y a eu quelques escarmouches devant l’action, tandis qu’on se disposoit d’un et d’autre côté. Après l’action il y eut une escarmouche assez considérable dont la fin nous rendit maîtres du champ de bataille.

Liste des morts, blessés et perdus

Morts.

Blessés.

Perdus

Officiers .

Sergents . 3 . 25

Tambours . 4

Soldats .

Totaux..

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