‹ Guerre du Canada; relations et journaux de différentes expéditions faites durant les anées 1755-56-57-58-59-60;Chapitre 19 sur 22 · MM · texte numérisé non relu

MM

Royal-Roussillon. <

Desrouins, capitaine, j coup de feu Beaumavielle,lieuten’t,/ à la jambe, Léonard, lieutenant, coup de feu au bras,

Beausadel, sous-lieutenant des grenadiers, l’é23aule fracassée, mort, Destor, capt. des grenadiers,') , , Dufresnoy, capitaine, blesses

Lefèvre, capitaine, | leëere'

Grandjean, J ment-

Languedoc.

Guyenne .

Berry

'MM. Senneterre, lieutenant, blessé légèrement,

Domange, sous-lieutenant des grenadiers, tué,

Dalayrac, lieutenant des grenadiers, blessé.

MM. Morambert, lieutenant, blessé à mort, Montagner, capitaine, coup de feu au bras,

Launay, capt. des grenadiers, Debieau, capitaine,

Bellot, capitaine,

Ghassignol, capitaine,

blessés

légère¬

ment.

'MM. Villemontet, second capitaine des grenadiers, tué,

Valentin, aide-major, tué,

Correry, lieutenant, tué,

Trécesson, lieutenant-colonel, commandant le second bataillon, blessé à mort,

D'Ariens capitaine,! j à mort La Morliere, J ’

La Pelouze, aide-major, coup de feu à la poitrine,

Cospel, lieutenant, cuisse cassée,

Du Guerny, lieutenant, cuisse cassée, Vaudaran, lieutenant en deuxième, cuisse cassée, mort,

Pélissier, lieutenant1 des grenadiers, blessé au bras,

Laudanet, lieutenant, poignet coupé, Sigouin, capitaine, coup de feu à la cuisse, considérable,

Leclerc, lieutenant, coup de feu à la cuisse, considérable,

Dalet, lieutenant, coup de feu au bras,

de Trivio, lieutenant-colonel, comman dant le régiment, ment,

Pressac, capitaine,

Cambray, capitaine,

Mesnard, capitaine,

Boncliamp, capitaine,

blessé légère-

blessés légèrement.

Béarn

Compagnies détachées de la marine. . .

fMM. Vassal, capitaine, ]

Salvignac, lieutenant, \ blessés à mort, Totabel, lieutenant, J d’Alquier, lieutenant-colonel, commandant le régiment, coup de feu au côté,

Montredon, capitaine des grenadiers, aux deux cuisses, mort,

Pensens, lieutenant, coup de feu à la cuisse,

Fay, lieutenant des grenadiers, coup de feu à la cuisse,

Jacob, lieutenant, à la poitrine, dangereusement,

Malartic, aide-major,

Bernard, c ipitaine,

Séglas, capitaine, blessés légè-

Raymond, lieutenant, [ rement.

Meley, lieutenant,

Jourdain, lieutenant,

fMM. Boucherville, enseigne, tué,

Saint-Martin, capt. des grenadiers,

La Ronde, capitaine des grenadiers, Varenne, lieutenant,

Corbière, lieutenant,

Dubuisson, capitaine, coups de feu à l’épaule,

Mezière, capitaine, aux deux jambes, d’Hugues, capitaine, à la tête, légèrement,

d’Aillebout, sous-lieutenant- des grenadiers, à la jambe,

Hiché, enseigne, coup de feu au côté, le chevalier de La Corne/, commandant de bataillon,

De Vassan, commandant de bataillon,

Saint-Luc, capitaine, commandant des sauvages, de Lorimier, capitaine,

Le Borgne, capitaine,

La Noix de Noyelle, lieutenant,

Sabrevoix, lieutenant, le chevalier de la Perrière, enseigne,

Herbin, enseigne,

blessés

légère¬

ment.

MM. Eéaume, commandant le bataillon de Montréal, I , , Lefebvre, j-tues.

Amelin, ]

Delisle, I blessés à mort.

Prévost des Ecores, J Godet, la main fracassée.

Neveu, à la mâchoire, d...

Julien des Eivières,

La Promenade,

Décary,

Maugé,

Mesnard,

Ilurtubize,

Pierre Lefebvre, I Augé

■blessés.

Chevalier,

-blessés légèrement.

Le siège de Québec, qui paroissoit presque impossible avant le combat, vu notre situation et nos ressources, commençoit à devenir vraisemblable, l’ennemi étant renfermé dans la place.

Québec forme une espèce de triangle qui occupe une pointe de terre fort élevée sur la rive gauche du fleuve Saint-Laurent. Le fleuve en défend un des côtés. Des deux qui sont vers la campagne, l’un, qui suit l’escarpement delà côte d’Abraham, commande avec beaucoup de supériorité une plaine basse où serpente la rivière Saint-Charles. Cette côte d’Abraham règne presque parallèlement au fleuve et vient s’y réunir à l’embouchure de la rivière du Cap-Rouge. Le côté de Québec qui est terminé par cette côte et par l’escarpement du fleuve, est le seul accessible. Il est défendu par une enceinte de six bastions revêtus et presque sur une ligne droite. LM fossé peu profond et dont l’excavation en quelques endroits n’est que de cinq ou six pieds, quelques terres rapportées sur la contrescarpe et six ou

sept redoutes de bois construites par les Anglois couvraient cette enceinte, laquelle n’a d’étendue depuis le fleuve jusqu’à la côte d’Abraham qu’environ six ou sept cents toises. Le terrain est de roc vif, qui vient presque à nu en approchant de la place.

Des hauteurs que les Anglois avoient abandonnés, l’on découvre les remparts de Québec. Le chevalier de Lévis se hâta de les occuper ; et, le sieur de Pontleroy, ingénieur en chef de la Nouvelle-France, ayant reconnu la place avec le sieur de Montbeillard, capitaine au corps royal de l’artillerie et commandant celle du Canada, il fut décidé que l’on couronnerait par une parallèle les hauteurs qui sont devant les bastions Saint- Louis, de la Glacière et du Cap-Diamant, et que l’on y établirait des batteries. On espérait qu’elles pourraient faire brèche, quoique la distance fût de deux cent cinquante toises, le revêtement étant mal construit dans cette partie.

Les jours et les nuits suivants jusqu’au 11 mai furent employés à perfectionner la parallèle et à construire trois batteries. L’une, de six pièces, battoit un peu en écharpe la face et le flanc droit du bastion de la Glacière ; une autre, de quatre pièces, placée sur la gauche, battoit directement cette même partie et croisoit avec la première ; la troisième, de trois pièces, étoit dirigée sur le flanc du bastion Saint-Louis, opposé air bastion de la Glacière. On y joignit une batterie de deux mortiers. On construisit aussi une batterie de quatre pièces de canon sur la rive gauche de la rivière Saint-Charles, d’où l’on voyoit à revers les fronts atta-

qués. On espérait par là inquiéter les assiégés sur leurs remparts, quoique l’éloigne ment fût très considérable.

La parallèle et les batteries ne purent s’achever qu’avec des difficultés incroyables. On cheininoit sur le roc, où il falloit porter la terre à une fort grande distance dans des sacs. L’ennemi eut bientôt démasqué soixante pièces de canons sur les fronts attaqués. Celte artillerie, servie avec la plus grande vivacité, non seulement retardoit la construction des batteries, mais aussi empêchoit les travailleurs de faire les transports. Les boulets plongeant derrière les hauteurs, il n’y avoit aucun endroit qui en fût à couvert. Les troupes furent obligées de décamper plusieurs fois.

Enfin le 11 mai, les batteries commencèrent à tirer, et, malgré l’extrême supériorité de celles des Anglois, elles l’auroient fait avec succès si notre petite artillerie eût été de meilleure espèce. Elle étoit composée de pièces de fer de 18 et de 12, une seule de 24, et, quoique l’on eût choisi les meilleures de toutes celles qui restoient en Canada, la plupart dès le second jour furent hors de service et les autres menacées d’y être bientôt.

Le chevalier de Lévis, dans cette circonstance, et pour ne pas se trouver inutilement dépourvu de munitions, prit le parti de réduire le feu des batteries à vingt coups par pièce dans vingt-quatre heures, et de rester dans cette situation jusqu’à l’arrivée des vaisseaux, espérant qu’avant pieu de jours la cour enverrait par le fleuve quelques secours en artillerie et en vivres qui le mettraient en mesure de terminer le siège de Québec en peu de jours. Leur passage d’ailleurs devenoit fort aisé par

la position où il s’étoit mis devant cette place.

Une frégate angloise étoit arrivée le 9 devant Québec et avoit apporté au gouverneur quelques gazettes qu’il avoit eu occasion de faire passer au chevalier de Lévis, dans lesquelles il ne vit que des nouvelles vagues et peu intéressantes. Des deux frégates qui avoient passé l’hiver à Québec, l’une avoit appareillé le 1er mai et avoit descendu le fleuve, sans qu’on eût pu savoir sa destination. On conjecturoit néanmoins qu’elle étoit partie pour l’Europe. La seconde étoit en armement et parut bientôt prête à se joindre à celle qui venoit d’arriver.

Le 15 mai, à dix heures du soir, le chevalier de Lévis apprit qu’il venoit de mouiller deux vaisseaux de guerre derrière la Pointe-de-Lévis. Il eut lieu de penser qu’ils étoient anglois et ne balança pas à songer à la retraite, bien assuré que YAtalante et la Pomone, frégates mal armées, n’étoient pas en état de faire tête aux vaisseaux ennemis et de couvrir nos bâtiments de transport sur lesquels étoit le dépôt des vivres. 11 envoya aussitôt ordre aux bâtiments de remonter le fleuve pour se mettre en sûreté. Cet ordre fut porté et exécuté trop tard par rapport aux mauvais temps, le fleuve ayant été extraordinairement agité toute la nuit. Il ordonna aussi de retirer toutes les pièces des batteries et de les transporter h la côte du Foulon, où elles arrivèrent à sept heures du matin. ■

Au point du jour un vaisseau de ligne et deux frégates angloises appareillèrent et se trouvèrent dans un din d’œil sur nos frégates qui furent obligées de prendre chasse. La Pomone, s’échoua malheureusement devant Sillery. Le sieur Vauquelin, commandant YAtalante,

voyant que 'les bâtiments de transport alloient être joints, leur fit signal de s’échouer à l’embouchure de la rivière du Cap-Eouge. Il fut lui-même obligé d’en faire autant quatre lieues plus haut, vis-à-vis la Pointeaux-Trembles, où il essuya pendant deux heures le feu de deux frégates angloises, et, ayant consommé toutes ses munitions et fort endommagé les vaisseaux ennemis, il fut fait prisonnier sans avoir amené le pavillon du Eoi. Presque tous ses officiers furent tués ou blessés ainsi qu’une grande partie de son équipage.

Le vaisseau qui étoit parti de Québec avec les deux frégates mouilla devant l’Anse-du-Foulon et canonna nos bateaux si vivement qu’il fut impossible d’y faire embarquer nos pièces de siège. On ne put emmener que les munitions; quelques officiers furent même obligés d’abandonner leurs équipages.

Les troupes restèrent dans la même position toute la journée du 16. A neuf heures du soir, le chevalier de Lévis fit évacuer la tranchée et se retira en bon ordre avec l’artillerie légère jusqu’à la rivière du Cap-Eouge qu’il passa le 17 au matin. Il employa cette journée et la suivante à faire décharger les flûtes et bâtiments échoués et à retirer les vivres et munitions. La flûte la Marie, commandée par le sieur Cornillaud, s’étant trouvée en état remonta le fleuve, ayant passe de nuit sous les frégates angloises. Tous les autres bâtiments furent brûlés.

Le 19, il eut nouvelle de huit à dix vaisseaux arrivés dans la rade de Québec, ce qui le détermina à mettre devant lui la rivière de Jacques - Cartier que les troupes passèrent le 20 au matin, ayant laissé un coips

de quatre cents hommes à la Pointe-aux-Trembles. Le vent de nord-est qui a régné depuis le 10 mai est devenu si violent pendant les quatre jours employés à replier les vivres et les munitions qu’un grand nombre de bateaux ont péri. Plusieurs de ceux qui portoient le bagage des troupes ont eu le même sort. L’une des deux frégates qui combattirent YAtalante ayant chassé sur ses ancres le lendemain du combat, périt aussi dans un instant.

L’on n’avoit jamais espéré en partant de Montréal être en état de prendre Québec avec les seules ressources que le pays pouvoit fournir, cette ville étant pourvue d’une artillerie immense et gardée par une garnison nombreuse, composée de bonnes troupes, sous un chef actif et entendu. Le projet étoit de resserrer cette garnison dans les murs de la ville d’assez bonne heure pour qu’il lui fût impossible de construire des ouvrages extérieurs devant les fronts que l’on a attaqués, et d’attendre à couvert des premières approches que les secours demandés en France fussent arrivés pour être en état de continuer le siège. Un seul pavillon françois auroit suffi pour produire cet effet.

Le succès de l’affaire du 28 avril auroit pu faire espérer une réussite plus prompte, si l’artillerie eût été en état de faire l’effet qu’on en devoit attendre. La mauvaise qualité des pièces nous a empêchés de profiter de la bonne volonté des troupes qui attendoient avec impatience que la brèche fût ouverte ; et le défaut de tout secours d’Europe a forcé enfin le chevalier de Lévis à se retirer, lui étant impossible, dans un pays où les transports ne peuvent se faire que par eau, de rester dans la

position où il étoit sans le secours du fleuve, quand mêmel’enuemi n’auroit eu par terre aucune troupe à lui opposer.

-Liste des offixiers tués et blessés pen lant le siège

MM. d’Hert, capitaine aide-major de la Reine, blessé légèrement.

Boiscliatel, capitaine aide-major de la Sarre, tué.

La Justonne, lieutenant de Languedoc, le pied emporté.

Pradet, lieutenant de Languedoc, blessé à mort.

Parante, capitaine de Béarn, blessé à mort.

Mazérac, capitaine de Béarn, blessé légèrement.

de Bonne, capitaine de la colonie, tué.

chevalier des Méloises, lieutenant des grenadiers de la colonie, tué.

des Méloises, capitaine aide-major de la colonie, blessé à la cuisse d’un éclat de bombe.

Herbin, enseigne de la colonie, blessé légèrement.

du Vernys, lieutenant au corps royal d’artillerie, blessé légèrement à la tête.

DE LA SUITE DE LA CAMPAGNE DE 1760, DEPUIS LE 1er JUIN JUSQU’A L’EMBARQUEMENT DES TROUPES POUR LA FRANCE *

Après la levée du siège de Québec et la retraite des troupes à Jacques-Cartier, la colonie se trouva dépourvue de munitions de toute espèce. Les bataillons réduits à deux cent cinquante hommes et au tiers des officiers, peu de baïonnettes, pas un fusil de rechange, pour toute artillerie les pièces de campagne prises sur les Anglois le 2S avril, quarante boulets par pièce, nul bâtiment de guerre que la flûte la Marie, sur laquelle on mit quelques mauvais canons de fer et deux demi-galères construites depuis peu à Montréal; deux bâtiments armés sur le lac Ontario, une goélette et deux petites tartanes sur la rivière Saint-Jean ; le tout mal. pourvu d’équipages, la plupart des matelots s’étant retirés dans les paroisses; la moitié moins de bateaux qu’il n’en falloit pour le transport des troupes ; nulle espérance de secours, le fleuve étant couvert de vaisseaux de guerre anglois et les nouvelles reçues de France nous ayant appris que des navires partis de Bordeaux, les uns avoient été pris par les Anglois et les autres avoient

Cette relation n’est jias signée.

EELATIONS ET JOUKNATJX

dté obliges d’entrer dans la Baie-des-Chaleurs, où ils s’étoient mis à couvert en remontant la rivière de Bistigouche. Dans ces circonstances, le marquis de Vaudreuil, craignant de manquer de vivres, se crut obligé de rappeler les troupes dans leurs quartiers pour les faire subsister chez les habitants. 11 se borna à laisser un corps de quinze cents hommes sur la frontière de Québec, et donna ordre au chevalier de Lévis de revenir à Montréal lorsqu’il en auroit établi les postes, sa présence y étant absolument nécessaire pour mettre en œuvre le peu de ressources qui nous restoient. Le sieur de Bourlamaque fut aussi obligé de s’y faire transporter pour se faire guérir de la blessure qu’il avoit reçue le 28 avril.

Le chevalier de Lévis établit un corps de douze cents hommes à Deschambault, paroisse éloignée de Québec de quatorze lieues, deux cents hommes au fort de Jacques-Cartier aux ordres du sieur de Ilepentigny et un détachement de troupes légères, cavalerie et infanterie, à la Pointe-aux-Trembles, commandé par le sieur de la Bochebeaucour. Ces différents postes furent aux ordres du sieur Dumas qui avoit sous lui le sieur de Fouillac, commandant le troisième bataillon du régiment de Berry. Il eut ordre d’observer les mouvements des Anglois sur le fleuve et de suivre leur Hotte lorsqu’elle monterait vers Montréal.

Vers la fin de juin, le sieur de Bougainville qui commandoit a l’Ile-aux-Noix, ayant eu connoissance que les navires anglois avoient paru sur le lac Charnplain, l’on jugea qu’il étoit indispensable de renforcer ce poste, ou il n’y avoit que quatre cent cinquante

hommes. Le second bataillon de Berry eut ordre de s’y rendre avec deux cent cinquante miliciens. Le chevalier de Lévis alla visiter cette frontière ; il trouva les défenses de l’ile considérablement augmentées, vu le peu de monde que le sieur de Bougainville avoit eu à y employer.

Le 11 juillet, la flotte angloise partit de Québec pour remonter le fleuve. Elle étoit composée de trois frégates de quarante, trente et vingt canons, de plusieurs brigantins et senaux armés, de douze chaloupes carcassières portant du 24, du 18 et du 12, et d’un grand nombre de transports, en tout trente-cinq voiles sans compter les bateaux de débarquement. Cette flotte, commandée par le brigadier général Murray, gouverneur de Québec, portoit trois mille hommes de troupes, non compris les matelots, une prodigieuse quantité de vivres, de munitions et toute l’artillerie nécessaire pour une expédition considérable.

Elle parut au bas du Bichelieu, qui est à la vue de Desehambault, le 16 juillet. Le fleuve est extrêmement rapide en cet endroit, et l’on espéroit qu’elle ne franchiroit pas ce passage sans être fort endommagée, quoiqu’il s’en fallut beaucoup que nous n’eussions l’artillerie nécessaire pour le défendre ; mais le vent devint si fort et fit remonter la flotte angloise avec tant de rapidité que les navires se trouvèrent au haut du Bichelieu sans avoir essuyé plus de cinquante coups de canons et avec perte de dix ou douze hommes seulement.

Comme la ville des Trois-Bivières étoit ouverte et sans défense, le sieur Dumas, qui côtoyoit la flotte angloise, se pressa d’y arriver pour y construire quel-

ques batteries et retranchements, qui furent dirigés par le sieur de Pontleroy, ingénieur en chef, et le sieur de Montbeillard, commandant l’artillerie. Il avoit ordre de défendre cette ville, si l’ennemi entreprenoit de l’attaquer; mais le brigadier Murray passa outre et continua à monter vers Montréal.

Vers la fin de juillet, on parut avoir le dessein d’arrêter la flotte angloise au passage des îles qui sont au haut du lac Saint-Pierre ; non que l’on crut avoir le temps ni l’artillerie nécessaire, mais seulement pour en imposer à l’ennemi et retarder sa marche. Le sieur de Bourlamaque, qui commençoit à être rétabli de sa blessure, eut ordre d’aller reconnoître ces îles et d’y faire construire des batteries et des retranchements.

Le bataillon de la Sarre et le troisième de Berry et environ quatre cents miliciens furent employés à ce travail jusqu’au 8 août, que le vent qui continua d’être favorable à la flotte angloise, l’ayant amenée jusqu’à l’entrée des îles, les troupes se replièrent à l’embouchure de la rivière de Sorel, où le sieur de Bourlamaque fit faire à la hâte quelques retranchements pour empêcher l’ennemi d’y prendre poste. Cette rivière pouvoit ouvrir une communication entre la flotte angloise et l’armée du lac Champlaiu, et il étoit important de la défendre. Quelques compagnies de Languedoc, cantonnées au sud du lac Saint-Pierre, eurent ordre de le venir joindre avec les miliciens de leurs paroisses. Le reste de ce bataillon s’étoit joint au corps du sieur Dumas, dont le chevalier de Privât, lieutenant-colonel commandant de Languedoc, avoit pris le commandement.

La flotte mouilla le 10 devant Sorel et resta plusieurs jours dans cette position pour attendre une autre division de dix-sept navires de transport, arrivée à Québec au commencement d’août sous les ordres de lord Kollo. Cet officier amenoit les troupes de la garnison de Louisbourg au nombre de quinze cents hommes, et joignit le brigadier Murray devant Sorel le 18 août.

On avoit eu nouvelle à la fin de juillet que la flotte angloise achevoit de s’assembler à Saint-Frédéric et étoit prête à se mettre en mouvement. Le bataillon de Guyenne et deux cents miliciens furent envoyés à l’Lleaux-Noix dans les premiers jours d’août. Eu même temps, les deux bâtiments armés que nous avions sur le lac Ontario eurent connoissauce d’un grand corps de troupes campés à Chouaguen et furent chassés par deux frégates angloises qui les obligèrent de se retirer dans la rivière de Cataracoui. L’un des deux ayant échoué, fut obligé de venir se réparer sous le fort Lévis et l’autre mouilla à hauteur de la Présentation.

Il étoit impossible de pourvoir d’une manière convenable à ces deux frontières. On étoit obligé d’avoir deux corps de troupes sur les rives du fleuve pour contenir celles qui étoient sur la flotte angloise, quinze cents hommes à l’Ile-aux-Hoix, deux cent cinquante au fort Lévis sous les ordres du sieur Pouchot, capitaine au régiment de Béarn. Cinq cents hommes dans 1 île Sainte- Hélène, vis-à-vis Montréal, étoient occupes a y construire des batteries et des retranchements, cette île étant situee de manière que, si la flotte angloise s en fut emparee, Montréal ne pouvoitêtre conservée. On travailla en même temps à établir quelques pièces de canon au-dessous de

la ville pour croiser celles de l’île Sainte-Hélène et empêcher l’ennemi de passer entre cette île et la ville.

La flûte la Marie et les deux demi-galères, n’ayant pu tenir la rivière devant la flotte angloise, furent embossées auprès de cette île pour en empêcher l’accès aux chaloupes ennemies.

Le marquis de Vaudréuil détacha le chevalier de La Corne, capitaine des troupes de la marine, avec quatre cents miliciens aux Eapides-des-Cèdres, à douze lieues au-dessus de Montréal, pour harceler l’armée du lac Ontario si elle entreprenoit de descendre et donner le temps d’y rassembler un corps de troupes plus considérable, supposé que les circonstances permissent de dégarnir les autres frontières. Il espéroit aussi qu’un grand nombre de sauvages se rendroient dans cette partie, et l’on avoit lieu de croire que le fort Lévis, poste situé avantageusement, arrêteroit quelque temps l’armée angloise.

11 détacha en même temps le sieur de Roquemaure, brigadier, avec les bataillons de la Reine et de Royal- Roussillon, au fort Saint-Jean, et ayant eu nouvelle que l’armée du lac Champlaiu avoit paru le 14 devant l’Ile-aux-Noix, il le fit joindre par tous les miliciens du gouvernement de Montréal qui n’avoient pas encore marché et par six cents sauvages domiciliés. Le sieur de Roquemaure eut ordre de former un détachement de ces sauvages et de tous les soldats et Canadiens en état de marcher dans le bois, pour aller attaquer l’armée qui étoit devant l’Ile-aux-Noix ; mais ce projet ne put avoir lieu, parce qu’au moment de son exécution, les sauvages ayant eu nouvelle que ceux des Cinq-Nations se por-

toient pour médiateur entre eux et les Anglois, ils abandonnèrent le camp et se retirèrent chez eux.

L’armée angloise qui devoit opérer sur l’Ile-aux- Noix, étoit composée de quatre bataillons de troupes réglées, de quelques régiments provinciaux et d’un corps de huit cents coureurs de bois, en tout huit à neuf mille hommes. Elle étoit accompagnée de cinq bâtiments armés de canons depuis dix-huit jusqu’à huit pièces chacun, de deux batteries flottantes portant du 24, et de six chaloupes carcassières armées de canons de 12. Elle menoit d’ailleurs avec elle une artillerie nombreuse et du plus gros calibre.

Les troupes angloises débarquèrent le 14 à la vue de l’Ile-aux-EToix sur la rive droite de la rivière Saint-Jean, et travaillèrent, les trois jours suivants, à établir leurs batteries. Les bâtiments et les batteries flottantes ne cessèrent pendant ces trois jours de tirer sur la tête des retranchements, mais avec peu de succès; ils entreprirent aussi de couper les chaînes et estacades qui barroient la rivière et y furent repoussés.

Le 18, les ennemis démasquèrent sur le bord de la rivière six batteries de canons et de mortiers, dont les unes, placées vis-à-vis les retranchements, les battoient directement, et les autres, établies plus haut et plus bas, prenoient à revers et d’écharpe toutes les défenses et en enfiloient la plus grande paitie. Ces batteries furent toujours servies avec la plus grande vivacité, et le sieur de Bougainville en essuya le feu pendant huit jours presque sans y répondre, obligé de réserver le peu de munitions qu’il avoit pour une attaque de vive force et

n’ayant d’ailleurs qu’une artillerie très foible en nombre et en calibre.

Le 25 août, une de nos tartanes, que l’on avoit placée au bas de l’Ile-aux-Noix pour la mettre à couvert du feu des batteries, fut surprise par quelques pièces de canons que l’ennemi avoit trainées au travers du bois sans qu’elle en eût eu connoissance, et le commandant ayant été tué ainsi que la meilleure partie de l’équipage par les premières volées de1 canon, le vent poussa malheureusement cette tartane à terre et les ennemis s’en emparèrent sans peine. Ils se servirent aussitôt de ce bâtiment pour enlever la goélette que le sieur de Bougainville avoit placée un peu plus bas pour masquer l’embouchure de la rivière du Sud et qui s’échoua en voulant se retirer. Par cet événement fâcheux l’ennemi fut maître de la communication avec Saint-Jean. N’étant nlus gêné dans les mouvements

qu’il vouloit faire au-dessous de l’île, il ht passer par le bois un grand nombre de bateaux. Dans ces circonstances, le marquis de Yaudreuil désirant de sauver le corps de troupes que le sieur de Bougainville commandoit et l’employer à la défense du reste du pays, il lui envoya l’ordre d’évacuer l’Ile-aux-Noix et de se retirer à Saint-Jean, si la chose étoit possible, l’armée ennemie l’environnant de toutes parts. Cette retraite se ht avec autant d’ordre que de succès la nuit du 27 au 28, et le sieur de Bougainville arriva le 28 au soir à Saint-Jean. Les Anglois ne tardèrent pas à s’en approcher après la prise de l’Ile-aux-Noix, et, le 31 août, le sieur de Eoquemaure, eu conséquence des ordres du marquis de Yaudreuil, ayant fait mettre le feu au fort

Saint- Jean, se replia derrière la rivière de Montréal, à moitié chemin de Saint-Jean et de la Prairie,

Le 25 août au matin, la flotte angloise, que commandoit le brigadier Murray, mit à la voile et vint mouiller à quatre lieues de Montréal, ayant la pointe de cette île au nord et la paroisse de Varennes au sud. Le corps du sieur Dumas repassa le même jour dans l’île de Montréal, et le bataillon de Béarn eut ordre de le soutenir.

Le sieur de Bourlamaque eut ordre de se porter à Longueuil, paroisse située au sud, vis-à-vis l’île Sainte- Hélène, pour être à portée de soutenir le corps du sieur de Boquemaure, empêcher la jonction des troupes de la flotte avec celle du lac Champlain, ou de passer dans l’île de Montréal, si les troupes de la flotte entreprenoient d’y débarquer.

Le brigadier général Murray profita de la position éloignée de ce corps pour faire débarquer à Varennes un détachement de cinq à six cents hommes qui s’y retranchèrent et désarmèrent les habitants des paroisses depuis Varennes jusqu’à Sorel. Il fit brûler quelques maisons pour intimider et réussit en effet à faire déserter tous les miliciens qui étoient avec les troupes.

Après l’évacuation du fort Saint-Jean, l’armée qui avoit fait le siège de Hle-aux-Noix, prit poste au-dessous du lieu où étoit ce fort et envoya un détachement pour réduire celui de Chambly.

Le chevalier de Lévis, s’étant transporté avec le chevalier de Montreuil, aide-major général, et le sieur de Lapa use, aide-maréchal des logis, au corps que commandoit le sieur de Boquemaure, et en ayant examiné la

position, jugea qu’il ne seroit pas en état de disputer le terrain aux ennemis, s’ils vouloient s’approcher du fleuve, ce corps étant d’ailleurs considérablement diminué par désertion. En conséquence, il le fit replier à la Prairie, sur le bord du fleuve, à trois lieues au-dessus de Longueuil, pour être plus à portée de joindre le sieur de Bourlamaque.

Le 2 septembre, le marquis de Yaudreuil, croyant les sauvages dans des dispositions plus favorables, les fit assembler à la Prairie, où le chevalier de Lévis s’étant rendu, il leur proposa de marcher avec toutes les troupes qui étoient au sud pour attaquer l’armée angloise. Mais au moment qu’il pensoit les avoir déterminés à nous aider dans cette expédition, ils reçurent nouvelle que les Anglois avoient accepté la paix proposée pour eux par les sauvages des Cinq-Nations et abandonnèrent le camp pour la seconde fois.

Le chevalier de Lévis apprit en même temps que le fort Lévis avoit été pris, après avoir été battu pendant plusieurs jours par une artillerie si considérable qu’il avoit été entièrement rasé, et que l’armée du lac Ontario descendoit les Lapides pour s’approcher de Montréal. Cette armée étoit de quinze mille hommes aux ordres du major général Amherst, commandant en chef toutes les troupes angloises en Amérique. 11 jugea alors qu’il n’y avoit pas un instant à perdre pour faire passer dans l’île de Montréal toutes les troupes qui étoient au sud du fleuve, ce qui s’exécuta le lendemain au point du jour.

Les bataillons de la Sarre et de Loyal- Roussillon, les deux de Berry et celui de Béarn furent placés entre

Montréal et la Longue-Pointe, aux ordres du sieur de Bourlamaque, et communiquoient avec le corps du sieur Dumas qui étoit à la Pointe-aux-Trembles et au-dessous, vis-à-vis la flotte angloise.

- Le sieur de Koquemaure campa avec les bataillons de la Peine et de Guyenne à la Pointe-Saint-Charles, demi-lieue au-dessus de la ville. On espéroit dans cette position que, les troupes de la flotte débarquant daus l’ile de Montréal, nous aurions le temps de les aller combattre, quoique avec beaucoup d’inégalité, avant que les autres armées fussent à portée de la ville. La victoire la plus complète remportée sur le corps du brigadier générai Murray n’auroit pas sauvé la colonie, mais elle nous auroit fait terminer avec gloire une défense qui ne pouvoit durer que peu de jours. Ce projet ne put être exécuté par la circonspection que ce général mit dans ses mouvements.

Le 6 septembre, le général Amherst fit son débarquement dans l’île de Montréal, à trois lieues au-dessus de la ville, et n’eut pas de peine à pousser quelques volontaires que nous y avions. Il avoit été guidé dans les Lapides avec beaucoup de diligence par les sauvages des Cinq-Nations, et même par quelques Iroquois du Sault-Saint- Louis, qui avoient pris parti avec lui. Le détachement du chevalier de La Corne étoit anéanti par la désertion, et les deux bataillons de la Peine et de Guyenne furent obligés de rentrer dans la vdle. Il fallut se borner à avoir quelques volontaires à la tête du faubourg des Récollets, et l’armée angloise campa le soir même à la vue de Montréal. De l’autre côté, le

brigadier général Murray, ayant rappelé les détachements qu’il a voit au sud, parut toute la journée du 6 dans l’intention de débarquer dans l’île de Montréal, ce qu’il ne fit néanmoins que le lendemain matin.

La nuit du 6 au 7, les bataillons de la Sarre, de B oy al- Il o ussillo n et ceux de Berry entrèrent dans la ville. Le bataillon de Béarn, celui de Languedoc et un bataillon de la marine occupèrent le faubourg de Québec et s’y retranchèrent aux 'ordres du sieur de Bourlamaque.

Cette même nuit, le marquis de Vaudreuil ayant assemblé chez lui les principaux officiers des troupes de terre et de la marine, le sieur Bigot, intendant, lut un mémoire sur la situation actuelle des affaires et un projet de capitulation. Comme la désertion totale des Canadiens et celle d’un grand nombre de soldats avoient réduit les troupes au nombre de deux mille quatre cents hommes ; que nos sauvages domiciliés avoient fait alliance avec les Anglois et même leur avoient offert de prendre les armes pour achever de nous réduire ; que la ville de Montréal étoit au plus à l’abri d’un coup de main ; qu’on ne doutoit pas que le brigadier général Murray ne débarquât dans l’île de Montréal le lendemain matin ; que le corps qui avoit pris l’Ile-aux-Noix et qui étoit parvenu à la rive opposée de Montréal, pouvoit aisément se joindre à ce brigadier ou enlever l’île Sainte-Hélène, dans laquelle on n’avoit pu jeter que cinq cents hommes; et comme il étoit impossible de combattre l’armée qui étoit à la vue de Montréal avec plus de douze cents hommes, ne pouvant laisser moins de la moitié des troupes à la

garde de la ville et de l’île Sainte-Hélène, les munitions d’ailleurs étant réduites à six mille livres de poudre, le conseil de guerre entra unanimement dans les vues du marquis de Vaudreuil, qui représenta que l’intérêt général de la colonie exigeoit que les choses ne fussent pas poussées à la dernière extrémité, et qu’il convenoit de préférer une capitulation avantageuse aux peuples et honorable aux troupes qu’elle conservait au Eoi, à une défense opiniâtre qui ne différeroit que de deux jours la perte du pays. En conséquence, il fut résolu que le sieur de Bougainville seroit député le lendemain matin au général Amherst pour lui proposer une suspension d’armes jusqu’au 1er octobre, à charge de capituler si l’on n’avoit alors aucune nouvelle de la paix. Il eut ordre en même temps, supposé que le général ennemi ne voulût point entendre à cette suspension, de proposer la capitulation dont on avoit fait lecture au conseil de guerre.

Le 7, à neuf heures du matin, le brigadier général Murray débarqua à trois lieues au-dessous de la ville avec quatre mille cinq cents hommes de troupes réglées, et se mit aussitôt en marche vers Montréal.

Pendant toute la journée du 7, il y eut suspension d’armes avec la grande armée et l’on fut en pourparler pour traiter de la capitulation. A six heures du soir, les troupes de la flotte étant à la vue du faubourg, on envoya un tambour au brigadier général Murray pour l’instruire de la suspension d’armes qui étoit de l’autre côté ; sur quoi il s’arrêta.

Pendant la nuit du 7 au 8, le chevalier de Lévis et les principaux officiers des troupes de terre, instruits

que le général anglois exigeoit que les troupes missent bas les armes et ne servissent point pendant la présente guerre, firent au marquis de Vaudreuil, de bouche et par écrit, les instances les plus vives pour le déterminer à rompre tout pourparler, et lui proposèrent ou de marcher aux ennemis malgré la disproportion extrême des forces, ou d’attendre à couvert des murs de Montréal que l’ennemi y eût fait brèche, ou enfin de permettre aux troupes de terre de se jeter dans l’île Sainte-Hélène pour y obtenir une capitulation moins dure ou subir le sort de la guerre après une défense honorable, ce qui n’empêcheroit pas de capituler sur-le-champ pour la colonie. Ils lui firent envisager combien il étoit désavantageux au service du Roi de priver l’Etat pendant la guerre de dix bataillons qui avoient servi avec courage.

Le marquis de Vaudreuil, occupé du bien des peuples dont le gouvernement lui avoit été confié et craignant de hasarder l’intérêt public pour l’honneur des troupes, refusa d’écouter ces représentations, et, ayant donné ordre par écrit au chevalier de Lévis de faire mettre bas les armes aux troupes de terre, il signa, le 8 au point du jour, la capitulation telle que l’avoit exigée le général anglois.

Le chevalier de Lévis, voyant avec douleur que monsieur le marquis de Vaudreuil avoit pris son parti, voulut épargner aux troupes une partie des désagréments que le général anglois leur réservoit ; il ordonna que l’on brûlât les drapeaux pour se soustraire à la dure condition de les remettre aux ennemis.

C’est ainsi que s’est terminée la guerre du Canada, soutenue pendant six campagnes avec une disproportion incroyable, et dont la fin malheureuse ne peut être attribuée qu’à des événements inattendus. La reddition prématurée de Québec le 18 septembre 1759, peut être regardée comme la cause première de la perte de cette colonie, puisque, malgré la défaite du 13 septembre, le chevalier de Lévis, lorsqu’il eut joint le marquis de Vaudreuil, auroit forcé les ennemis à lever le siège, si la place eût tenu deux jours de plus.

Cette même ville de Québec seroit rentrée au mois de mai dernier sous la domination du Eoi, si les secours demandés en France fussent arrivés, comme on avoit lieu de l’espérer, avant l’escadre angloise.

En effet, quoique nous nous soyons trouvés environnés dans Montréal par trente mille hommes de troupes angloises, dont vingt-quatre bataillons de troupes réglées, la seule flotte partie de Québec a déterminé le succès de leur expédition. C’est elle qui a désarmé toutes les milices du pays et qui nous a réduits aux seules troupes réglées, par la terreur que le brigadier général Murray a su imprimer aux habitants du Canada, en brûlant les maisons de ceux qui étoient au camp et épargnant celles des miliciens qui étoient chez eux.

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