‹ Guerre du Canada; relations et journaux de différentes expéditions faites durant les anées 1755-56-57-58-59-60;Chapitre 7 sur 22 · DU MOIS DE JUIN AU MOIS D’AOUT · texte numérisé non relu

DU MOIS DE JUIN AU MOIS D’AOUT

Nouvelles sauvages

Le 6 juin. — Arrivée de quatre Goyogouins qui m’ont apporté un collier de la part des Onontagués, comme étant plus affidés qu’eux aux François, pour savoir si c’étoit moi qui avois envoyé des Ottawas chez eux pour les frapper ; qu’ils avoient dit qu’ils venoient en guerre pour venger la mort d’un chef qui avoit été tué ; et, par l’autre moitié, me prier de ne point faire passer des partis chez eux. J’ai répondu par un collier que Johnson leur avoit dit qu’il reviendroit cet été rebâtir Chouaguen, quand il devrait perdre bien du monde ; que je voulois savoir par des gens affidés s’il n’y avoit rien de nouveau sur la rivière, et de pousser jusqu’aux habitations angloises pour tâcher de me prendre quelques-uns, ou les tuer s’ils ne pouvoient les prendre ; mais je n’avois point dit à ces Mississagués de frapper, que sur l’Anglois ; au contraire que j’étois bien content des Cinq- NTations. et que je leur avois recommandé, crainte de

* Ce journal n’est pas signé ; mais il est évidemment écrit par le commandant du fort Niagara qui était alors le capitaine Pouchot, l’un des officiers du régiment de Béarn.

leur donner de l’inquiétude, de passer sur la rive gauche en remontant la rivière ; que je leur avois dit tout l’hiver et à présent que l’intention de leur pere etoit qu’ils fussent tranquilles chez eux; que nous n’avions pas à nous plaindre de leur conduite ; que plusieurs d’entre eux avoient pris la hache de leur père ; que je les exhortois à suivre cet exemple et d’être unis de sentiments.

Par des branches que j’ai rejetées, ils m’ont dit : Le François et l’Anglois sont bien gros ; nous avons peur qu’ils ne nous écrasent ; nous nous voyons morts. L’on ne nous vend rien à Frontenac et à la Belle-Rivière, et, depuis que nous avons pris la hache, on ne nous donne point de munitions, ou si peu que cela n’en vaut pas la peine. Nous te remettons donc ces branches pour arrêter nos guerriers et les empêcher d’aller frapper. Je leur ai répondu que, quoique nous fussions bien gros, ils pouvoient être tranquilles sur leurs nattes, et que je les avois toujours assurés, de la part de leur père, que nous ne les foulerions point sur leurs nattes que je ne m’étois pas étonné que les Onontagrés, que je ne counoissois pas, se plaignent de n’avoir pas de munitions depuis qu’ils avoient pris la hache ; que je l’ignorois ; mais qu’ils n’ avoient qu’à me venir voir; ils jugeroient par la façon dont je les traiterois et piar ceux qui sont venus ici, que l’intention de leur père est qu’ils ne manquent de rien pour leurs besoins ; que j’étois étonné qu’ils me présentassent ces branches pour arrêter leurs guerriers ; que je les rejetois parce que je les avois toujours assurés que leur père ne vouloit point les forcer à prendre la hache, mais qu’il distingueroit par

ses bienfaits ceux qui, de leur bonne volonté, prendraient son parti d’avec ceux qui resteraient sur leurs nattes; ainsi que je voulois qu’ils fussent maîtres de faire ce qu’ils voudraient ; que je savois très bon gré à ceux qui faisoient la guerre, et que je les exbortois à être tous du même sentiment et d’être bien liés entre eux.

Cet homme (sic) m’a dit qu’il avoit été chercher lui-même un forgeron à Orange, il y avoit une vingtaine de jours; qu’il étoit venu avec; mais que cet homme, n’ayant point d’outils, s’en étoit retourné au bout de quatre à cinq jours ; que nous n’en fussions pas fâchés ; qu’il n’avoit point d’outils pour planter leurs blés. Je leur ai offert de les leur faire raccommoder et de leur faire faire gratis ceux qui leur manqueraient.

Il m’a dit que Johnson leur avoit dit que le gouverneur du Canada leur avoit dit qu’il leur avoit écrit pour faire une suspension d’armes pendant trois ans, mais cependant que pendant ce temps-là, il donnerait des munitions et des présents aux sauvages; qu’au bout de ce temps on conviendrait de les abandonner et même de les détruire ; qu’ils nous avoient pris un vaisseau, je crois, l’automne dernier. Je les ai fort assurés que tout cela étoit faux ; j’ai de là pris occasion de leur raconter ce que Loudon disoit d’eux à Philadelphie et l’aventure du fort Georges qu’ils sa voient par leurs gens qui ont hiverné à Montréal.

Le 7. — Il est arrivé en traite des Ottawas de Michillimakinac, qui m’ont dit qu’une partie de leurs gens étoient descendus à Montréal et l’autre à la Belle- Rivière.

RELATIONS ET JOURNAJJX

L’après-midi, arrivée de deux Mississagués manquants, du parti relâché, qui avoient été sur la rivière de Chouaguen. Ils ont apporté une chevelure angloise ; ils ont avoué avoir rencontré un seul Onontagué qui levoit des écorces, que cet homme les avoit aperçus le premier, qu’il leur avoit parlé le premier ottawa (sic). Je leur ai demandé s’ils l’avoient couché en joue. Ils ont dit que non, qu’eux lui avoient dit leurs desseins, et que l’autre leur avoit indiqué le chemin où ils pourroient se rendre à des habitations où ils trouveroient des Anglois ; qu’ils avoient continué leur route ; qu’ils étoient tombés dans une fourche ou coude de rivière où il y avoit deux villages, l’un en deçà et l’autre au delà, pas bien loin d’un fort de pieux ; qu’ils avoient vu passer deux hommes à cheval, sans autre arme qu’une hache ; qu’ils les avoient tirés ; que l’un d’eux étoit tombé ; qu’ils lui avoient levé la chevelure. Ils ont trouvé un nègre qu’ils disent qu’ils avoient grande envie de prendre; qu’il étoit trop proche des maisons ; qu’ils n’avoient pas voulu le tuer, comptant pouvoir l’avoir vivant. Je leur ai demandé s’ils ne lui auroient point pris des papiers. Ils m’ont dit que, comme ils avoient vu du monde en alerte dans les villages, ils s’étoient enfuis. Ils ont un bidon, qu’ils ont cassé ; du cul ils ont fait un petit hausse-col, et du tour deux bracelets. J’y ai lu dessus THT ; à cette remarque, je l’ai reconnu pour être de la quatrième compagnie du régiment d’Halcet, N° 28, et Keniskent. Ils m’ont dit n’avoir vu aucun mouvement de troupes ; qu’ils avoient trouvé la rivière qui descend à Orange très encombrée. Les tas de bois qui y avoient jeté les

Anglois l’année dernière, s’étoient accumulés par les grandes eaux. J’ai eu attention de faire le détail de ce qui est ci-dessus aux Goyogouins, que j’ai fait venir pour leur faire les présents, selon leur demande. Ils m’ont dit qu’il n’y avoit que vingt-deux jours qu’ils étoient à Orange ; que ces gens étoient allés frapper, suivant les apparences, dans le village Palatin ; que la rivière étoit effectivement encombrée ; qu’ effectivement il y avoit un mauvais petit fort, dont les maisons étoient si basses qu’à peine pouvoit-on s’y tenir debout, et les pieux très bas ; que ce fort étoit très peu de chose ; que ce qu’ils avoient pris pour un village n’étoit que des maisons détachées par-ci par-là. J’ai encore pris occasion de leur parler de l’ Anglois; qu’ils dévoient être assurés de l’affection de leur père pour eux, parce qu’ils m’ont encore paru craindre que l’on envoie un corps d’armée chez eux remonter la rivière de Chouaguen. Je les ai assurés qu’à moins que l’ Anglois ne se portât en force dans cette partie, nous ne marcherions point sur leurs nattes, et que, quand cela arriveroit, ils dévoient être persuadés qu’on ne leur feroit aucun mal, persuadé qu’ils suivront toujours la volonté de leur père. Ils m’ont dit qu’ils avoient bien résolu de ne plus laisser mettre le pied à l’Anglois dans leur pays, parce que, si cela arrivoit, ils se voyoient morts de la part du François et de l’Anglois ; que Johnson etoit un menteur; qu’il trouvoit toujours le secret de les tromper ; qu’il les attiroit à eux par des marques singulières d’amitié, comme, s’il avoit de jolis habillements, de s’en dépouiller pour les leur donner ; que leurs chefs avoient bien défendu a aucun de leurs

guerriers de prendre les armes pour l’Anglois, et que, si cela leur arrivoit, il les faisoit tuer par la nation même, parce qu’ils ne seroient déterminés à prendre les armes pour l’Anglois que par l’espérance du butin; qu’ils a voient envoyé des paroles aux Agniers pour les faire venir chez eux; que ceux du Sault et de la Présentation y avoient aussi envoyé des paroles, qui avoient passé chez eux; que nous devions être persuadés qu’ils faisoient tout ce qu’ils pouvoient pour les tirer de là ; que c’étoit la vérité pure qu’ils me disoient.

Un Chaouénon est arrivé, qui m’a dit qu’il avoit eu un frère et un neveu tués cet hiver; qu’ils avoient perdu en tout cinq hommes dans l’hiver ; que son frère qui étoit chef de guerre, étoit parti pour aller à la découverte autour du fort Cumberland avec dix hommes ; qu’ils dévoient rôder autour des autres forts de ces quartiers ; qu’ils avoient promis de ne pas revenir les mains vides ; qu’il me donnoit cette parole de sa part pour lui donner un peu de tabac et de l’eaude-vie pour s’entretenir avec son frère et couvrir leurs morts. Il m’a dit qu’une partie des Catabas qui etoient autour du fort Cumberland s’étoient retirés, rebutés des chasses qu’on leur donnoit.

Il m’a confirmé ce que ce Loup m’a voit dit : que les Chéroquis avoient fait demander, par les Têtes-Plates leurs alliés, d’entrer aussi dans l’alliance d’Ononthio et de pouvoir s’établir dans la Belle-Rivière ; que la moitié des fetes-Plates dévoient y venir cet été, s’ils n’y étoient déjà arrivés.

Un Loup venu pour porter, m’a dit que l’on faisoit

les semences à Théoga, et que le chef qui avoit été à Philadelphie y étoit fort tranquille.

Le 8. — Les députés des Onontagués m’ont dit qu’il y avoit vingt et un jours qu’ils étoient à Orange, qu’il y avoit encore de la neige jusqu’à mi-jambes et que, dans l’hiver, il y en avoit eu jusqu’à l’estomac ; que l’on transportoit des vivres au lac Saint-Sacrement, mais qu’il y avoit encore du verglas ; qu’ils ne se sont point aperçus que l’on fit marcher des habitants à l’armée ; qu’il n’y avoit que des troupes et qu’ils n’avoient remarqué que les Ecossois ; que Johnson leur avoit dit qu’il n’iroitpas cette année à Chouaguen, parce que le gouverneur du Canada lui avoit demandé une trêve. Ils m’ont assuré qu’ils avoient envoyé chercher les Aaniers. Je leur ai demandé aussi s’il ne défiloit pas des troupes pour Boston. Ils m’ont dit que non, que tout devoit aller à la Pointe, que Johnson leur avoit dit qu’il perdroit bien du monde cette année, mais aussi qu’ils en verroient défiler tout l’été dans cette partie.

Le soir, arrivée du parti de Pakens, mississagué qui va en guerre en Pensylvanie.

Le 9. — Arrivée de quelques courriers qui m’annonçoient trois chefs qui me dévoient rendre compte de ce qui s’est passé à l'Onontagué, et d’un chef tsonnonthouan, ami des Anglois, que l’on dit espion.

Le 10. — Le Tsonnonthouan, ami des Anglois, pour prouver qu’il a abandonné les Anglois, m a remis deux médailles qu’il avoit à eux, et a dit qu’il avoit envoyé au village, pour faire brûler, un paquet de porcelaine que lui avoit donné les Anglois pour travailler à leurs affaires.

Cet homme a dit qu’il n’y avoit que les montagnards écossois à Orange et du côté de la Pointe, qu’il ne savoit où ils avoient fait marcher les deux régiments ; que Johnson étoit un menteur qui leur avoit débité que nous avions perdu mille hommes cet hiver au fort Georges ; mais qu’il ne leur avoit rien dit de ce que nous y avions brûlé; que, après la prise de Chouaguen, il étoit venu un ordre pour ruiner les trois forts que les Anglois avoient fait faire sur cette route ; qu’il avoit été annoncé par un ban, qu’on avoit lu tout haut, et que l’on avoit dit aux Cinq-Nations que ces forts ayant été faits sans ordre, on les faisoit démolir, et que, comme le gouverneur du Canada leur avoit fait demander une trêve, ils ne faisoient point d’entreprises de ce côté-là.

Du même jour, départ de Pakens et de dix hommes pour la Pensylvanie.

Arrivée de trois chefs tsonnonthouans, députés des Cinq-Nations.

De 11. — Ces chefs n’ont pas approuvé la députation des Goyogouins et ont dit qu’ils auroient dû les attendre, puisqu’ils n’avoient que de bonnes choses à dire.

Le 12. — J’ai eu un conseil des députés des Cinq- Nations. [Ils m’ont dit] que, dans leurs résolutions, les Onontagués sont déterminés de faire retirer les Agniers de chez l’ Anglois. Un chef de chaque village y est allé à ce dessein, dans le même temps que les autres sont partis pour venir ici. Us m’ont demandé un forgeron, et que leur père n’envoyât point d’armée

par la rivière de Chouaguen, et que nos partis sauvages eussent attention à ne pas se méprendre d’enx à l’Anglois.

Arrivée de chefs poutéotamis qui descendent à Montréal. J’ai su par M. Dumuys, qui le tient des Illinois, que 'les Chéroquis ont fait la paix avec le François ainsi que toutes les nations de ce continent, hors le Chicasas ; que tous doivent frapper l’Anglois.

Arrivée du grand chef loup de Théoga et vingt-sept guerriers ; je leur ai fait faire connoissance avec les Poutéotamis et les Iroquois ; ils se sont fort bien accueillis.

Le 13. — Je n’ai pu parler aux Loups qui avoient bu ; ils ont remis le conseil au lendemain.

Le 14. — J’ai tenu conseil avec les Loups, en présence des Ottawas, des Poutéotamis et des députés des Cinq-Nations. Ils ont remercié ces nations d’avoir reçu leurs colliers et de les avoir secourus, et les ont engagés à rester toujours unis. Ils m’ont dit qu’ils s’étoient vus abandonnés de tous côtés, qu’ils étoient venus pour avoir recours à leur père et lui demander leurs besoins, qu’ils étoient dénués de tout.

Beaucoup de sauvages venus en traite, Ottawas et Sioux.

Le 15. — J’ai répondu aux Tsonnonthouans, les assurant que leur père savoit bon gré de la démarche qu’ils avoient faite auprès des Agniers ; que, quoiqu’il ne forçât personne à prendre sa hache, l’on ne seroit pas surpris s’il distribuoit ses libéralités à ceux qui suivroient son parti.

Le même matin j’ai répondu aux Loups et les ai invités à descendre à Montréal.

Le 16. — Le chef loup et quatre des principaux se sont déterminés à descendre à Montréal par les barques.

Le 17. — J’ai congédié les Loups, qui doivent retourner au village, et leur ai donné les présents, dont ils ont paru contents. Après-midi, arrivée de M. La Moelle. Point de nouvelles du fort Duquesne: De la presqu’île on me mande que les Anglois ont abandonné fort au loin leurs habitations de la frontière.

De la rivière aux Bœufs, le retour de Montcourt, cadet. Après quatre-vingt-cinq jours qu’il a bien jeûné, il a rapporté deux chevelures. Il avoit été en Pensylvanie, où différents partis étoient ramassés. Il dit que l’on a fait cinq prisonniers et quatrfe chevelures.

Du fort Machault, on me mande qu’un parti est de retour de la Pensylvanie avec sept prisonniers et trois chevelures. Ils disent avoir rôdé autour de Schamoukin ; qu’ils y avaient trouvé beaucoup de monde, beaucoup de bestiaux, mais que l’on y étoit si fort sur ses gardes qu’il n’y a pas eu lieu d’y faire coup ; qu’ils ont été obligés de pousser plus avant dans l’intérieur des terres pour trouver des endroits habités.

Il est à présumer que ce sont des habitants et des bestiaux qui se sont retirés à Schamoukin ; car ils ont dit avoir trouvé une quarantaine de maisons abandonnées.

Arrivée de deux Loups venant en onze jours du fort Duquesne. Ils m’ont dit qu’il y étoit arrivé deux cent cinquante François des Illinois, des sauvages de cette nation, des Sakis, Sioux, Renards, Mascoutins et Kikapous ; qu’ils les avoient vus.

Le 18. — J’ai congédié les députés tsonnonthouans

avec les présents accoutumés ; ils s’en vont très contents.

Du 19. — Les Loups me sont venus trouver avec des branches pour me dire qu’ils avoient réfléchi, que les Iroquois leur avoient donné des paroles, pour ne point aller chez l’Anglois ni le François, et qu’ils ne pouvoient descendre. Je les ai rejetés. Les Iroquois ont démenti cette parole et donné des branches pour les encourager à descendre. Ils ont répondu qu’ils j consentoient. Le soir, arrivée du Détroit d’un parti ottawa pour Montréal ; l’on m’en annonce beaucoup.

Le 20. — J’ai congédié les Loups qui retournent dans leurs villages.

Le 21. — Départ des Loups pour leurs villages. Le soir, les Ottawas m’ont parlé ; ils étoient bien fâchés de n’avoir pas eu de l’eau-de-vie. Je les ai engagés à partir le lendemain ; ils sont ici au nombre de cent, hommes, femmes et enfants.

Le 22. - — Départ de La Broquerie avec quatorze Loups et trente-six Ottawas. La mère de Techicabaoui m’a dit que son fils avoit fait coup, parce que depuis dix jours, elle a senti ses mamelles tressaillir et que depuis elle ne sent plus rien, et que c’est une remarque qu’elle a toujours trouvé sûre. Cette réflexion a été assez juste ; son fils a fait coup au fort Georges à peu près dans ce temps.

Le 23. — J’avois fait attendre aux bâtiments les Durons que l’on m’avoit annoncés.

Le 24. — Arrivée de M. de Mézière des Ouillas, avec quatre Acadiens désertés des Anglois de la Caroline ;

ils sont venus tomber dans l’Ohio près de son embouchure. Ce sont des plus considérables de cette colonie.

Le 25. — Un Mississagué m’est venu annoncer qu’il partoit pour aller chercher du monde et partir par les barques prochaines.

Le 26. — Les Acadiens m’ont dit que les Anglois de la Caroline n’avoient dans leur capitale que quarante hommes, milices de garnison ; que ce pays seroit fort aisé à ravager, les habitations étant extrêmement étendues ; que les Anglois avoient fait construire un fort du côté de Chérakis dans les eaux de la rivière de Mississipi.

Le 27. — Des Iroquois m’ont envoyé une parole pour leur donner des munitions et du vermillon.

Le 28. — Des Tsonnonthouans me sont venus demander d’avoir pitié d’eux, et qu’à leur retour ils alloient en guerre.

Le soir, j’ai appris que les Hurons étoient au Platon ( sic), au nombre de trente. ISTous avons aussi eu une alerte des Ottawas, ayant dit avoir rencontré trois sauvages matachés qu’ils n’entendoient pas ; nous avons envoyé un détachement de seize hommes de troupes, un officier et autant de sauvages, loups, ottawas et iroquois qui ont battu l’estrade et n’ont rien découvert de suspect.

Le 29. — J’ai appris que les Têtes-Plates avoient brûle deux hangars dans la Caroline et tué ceux qui les gardoient, ayant feint d’être amis et venus là pour offrir leurs services contre les François. Cette nouvelle vient des Iroquois venus de guerre de la Belle-Rivière. Aiiivee de ... Hurons allant en guerre. Le soir, arrivée

de M. de Bellestre, avec des Ouillas et Miamis au nombre de dix-sept.

Le 30. — J’ai appris par des sauvages que MM. de la Saussaye et Bellestre, fils, et un autre officier que l’on ne m’a pas pu nommer, étant allés en parti avec cent sauvages et sept autres François, les sauvages, ennuyés de ne rien trouver, avoient quitté les François pour aller chercher à faire coup ; que ceux-ci à leur tour, s’ennuyant, avoient pris le parti de s’en revenir ; que les trois officiers et trois François qui étoient devant étoient tombés dans une embuscade ; que les quatre autres qui suivoient, entendant le feu de la mousqueterie, avoient fui, et ont dit qu’ils croyoient leurs camarades tués ou pris avec ces officiers. Ils ont aussi dit qu’il y a voit eu deux sauvages tués dans leurs déserts près du fort Duquesne.

Le 1er juillet. — J’ai eu un conseil, où les Iroquois ont assuré par un collier aux Hurons, Ouillas, Miamis et Ottavvas qu’ils avoient pris la hache de leur père et qu’ils ne la quitteroient plus. Je les ai fait fumer et boire à la santé les uns des autres. Ils ont tous été contents de la connoissance.

Le soir, un Tsonnonthouan de Canestio est arrivé, qui m’a dit que le gouverneur de Philadelphie leur avoit envoyé des paroles pour aller en conseil avec lui; qu’il les avoit rejetées ; que derechef il avoit envoyé des médailles, des hausse-cols et un beau calumet avec des cercles d’argent, par un Iroquois, avertissant ceux qui viendraient de les porter au col ; que ces présents ne dévoient passer que chez les Tsonnonthouans ; qu’on

les portoit dans les villages, mais qu’ils n’avoient pas fait d’effet.

Le soir, arrivée d’un courrier du fort Duquesne. M. Des Ligneris m’annonce l’aventure des trois officiers et des trois Canadiens.

Le 2. — L’après-midi, les Ouillas ont répondu aux Iroquois par le même collier vermillonné. Ils les ont encouragés à suivre la volonté de leur père et de ne point écouter de mauvaises paroles ; qu’ils étoient bien fâchés d’avoir suivi celle des Hurons, qui, aussi bien qu’eux, avoient toujours fait de belles promesses sans rien exécuter, et qu’ils les invitoient par ce collier à m’apporter de la viande. Ils ont dit aux Hurons qu’ils avoient de l’esprit, qu’ils étoient de la prière, qu’ils alloient à la messe, qu’ils les conseilloient d’en faire usage pour suivre la volonté de leur père, comme ils faisoient eux-mêmes, quoiqu’ils n’eussent pas d’esprit *.

Le 3. — Départ des Hurons avec mes dépêches pour Montréal.

Le 4. — Un chef iroquois m’a dit que, quoique porté de bonne volonté, il avoit relâché, parce qu’on lui avoit présenté, et à son parti de dix-huit hommes, deux médailles et un hausse-col d’argent; ce qui leur avoit fait mettre leurs équipages au croc. Il m’a donné des

* Cf. Mémoire sur la dernière guerre , par le capitaine Pouchot, Vol. I, p. 99, où se trouve rapporté à peu près dans les mêmes termes le récit contenu dans ce paragraphe. A l’exception de ce passage, il n’y a à peu près rien dans les Mémoires de PoucTiot de ce que contient le présent Journal.

On voit par là qu’il remplit une lacune réelle ISÎote de

l’éditeur.

paroles pour équiper six de ses hommes, douze l’étant déjà, et m’a demandé des vivres pour sa famille.

Deux Loups de Théoga, arrivés le soir, m’ont dit que tout étoit tranquille chez eux, qu’il devoit m’arriver deux partis avec des prisonniers.

Le 5. — Arrivée de Techicabaoui, qui a eu un homme blessé.

Le 6. — J’ai congédié des Mississagués et invité Techicabaoui à venir au coup de la Pointe ; il m’a promis d’y rêver.

Les Miamis sont arrivés et m’ont beaucoup assuré de leur zèle et invité à les laisser traiter de l’eau-de-vie et des draps.

Les Iroquois de Kanoagon m’ont aussi demandé à traiter de l’eau-de-vie. Je leur ai conté les nouvelles.

J’ai appris par des Loups et gens de Tateyonon, que, depuis peu, ils avoient été chez J ohnson, qu’il pouvoit avoir autour de son village de cinq à six cents hommes en uniformes bleus et des Ecossois. Ils m’ont dit que Johnson leur avoit dit qu’il vouloit se retirer de crainte qu’on lui levât la chevelure ; qu’il leur avoit refuse du rhum en payant et en présent, leur disant qu’ils en demandassent aux François pour qui ils faisoient la guerre ; qu’on leur y avoit peu donné à manger, et en payant ; qu’ils avoient entendu dire à des sauvages que je les traitois bien ; qu’ils étoient venus me voir, comptant que j’aurois pitié d’eux.

Le soir, arrivée des Kikapous qui vont à Montréal.

Les Tateyonons m’ont dit qu’il m’arrivoit des Chaouénons et Loups qui m’amenoient des prisonniers.

Le 7. — Les Ivikapous et Mascoutins sont venus m’annoncer qu’ils venoient pour descendre à Montréal, m’ont donné des branches pour faire voir que le chemin qu’on leur avoit tracé étoit toujours bien découvert. Ils m’ont demandé de les favoriser de leurs traites.

J’ai équipé six Tsonnonthouans d’un parti de dix-huit hommes, qui m’ont promis d’aller en guerre derrière Orange, et qu’il étoit parti un autre parti de vingt hommes.

Le 8. — Arrivée des Iroquois et Loups de la Belle- Eivière en traite, et des Ottawas du Détroit.

Le 9. — Départ de M. de Bellestre et sept canots de sauvages. Arrivée de quarante Iroquois pour me conter des nouvelles par des branches. Ils m’ont dit que le gouverneur de Philadelphie les avoit envoyé chercher avec trois médailles, deux hausse-cols et une coquille d’argent et un calumet que dévoient porter les députés ; qu’ils vinssent dans la huitaine ; qu’ils trouveraient des vivres. Ils l’ont refusé. Ils m’ont dit que les Loups et Chaouénons étoient allés avec des chevaux chercher des vivres.

Le 10. — Les Ottawas m’ont demandé en conseil de savoir leur dire quand ils auraient de l’eau-de-vie et de quoi traiter. Je leur ai répondu que je ne demandois pas mieux que de les envoyer ; mais que je ne pouvois pas leur dire quand cela serait; que j’espérois que ce serait par le retour des barques.

Conseil avec les Iroquois. Ils m’ont donné des branches pour ouvrir le bouchon de mon lait, qu’ils s’apercevoient depuis quelque temps qu’il étoit bien fermé. Par d’autres branches, les dames et les guerriers m’ont prié

de leur donner quelque chose et du vermillon pour plaire aux guerriers ; qu’ils n’avoient pas le temps d’aller à la chasse pour leur procurer leurs besoins qu’ils ne trouvoient plus chez l’Anglois ; par d’autres branches, d’engager le traiteur à avoir piété d’eux, de les bien traiter et de remplir toujours le baril, lorsqu’il en manquerait ; par d’autres branches, ils m’ont engagé à faire ce qu’ils me demandoient et d’y faire attention.

Les guerriers, par des branches, m’ont demandé de la poudre, des balles, du vermillon ; ils m’ont dit que M. Des Ligneris devoit m’avoir écrit, qu’il était bien content d’eux, qu’eux aussi avoient été bien contents de lui, qu’il leur avoit donné de tout, et qu’il avoit eu les mamelles ouvertes des deux côtés pour eux ; qu’il leur avoit dit qu’il étoit peu en état de leur donner, parce qu’il étoit éloigné, mais qu’ils trouveraient de tout à buasrara comme à Montréal.

Je leur ai répondu, comme aux Ottawas, que je les satisferais quand le lait serait venu ; que j’étois surpris que leurs guerriers ne fussent pas tous contents de moi ; que j’avois donné à tous ceux qui m’étoient venus voir et qui m’avoient dit qu’ils alloient ou venoient de guerre ; que je les avois crus sur leur parole, quoiqu’ils ne me fissent rien voir, et que je connoissois quelques-uns d’eux qui s’étoient fait équiper jusques à trois fois ; que je parfois à des chefs de guerre ; que je leur demandois que, lorsque quelques-uns iraient en guerre, ils vinssent ici ensemble, ou le chef ; que je l’équiperois et ceux qu’il me proposerait, ou à leur retour ; que, s’ils venoient seuls, je demandois qu’ils m’apportassent quelques preuves comme quoi ils y avoient été.

Ils m’ont amené une vieille femme, prise le 1er mai par un de mes partis de quarante hommes. Elle m’a dit qu’elle a été prise sixième, qu’ils avoient eu du monde tué, que ces sauvages étoient vingt-quatre, qu’elle ignoroit le nombre de leurs gens qui avoient péri, que sa maison et sa grange avoient été brûlées ainsi que plusieurs autres, qu’elle s’appeloit Muller. Elle habite sur la branche est de la Susquebanna. Il y a deux forts auprès de chez elle ; mais elle ignore le monde qui est dedans, et je le crois. C’est une Allemande.

Des Tateyanons m’ont demandé par des branches données par les Iroquois d’avoir pitié d’eux, qu’ils vouloient ouvrir un chemin pour venir ici, qu’ils avoient appris que je traitois bien les sauvages.

Le 11. — Arrivée d’un canot de Toronto et de douze sauvages de la rivière de Saint- Joseph.

Le 12. — Arrivée du chef tsonnonthouan qui a remplacé Caitoton, suivi de trois autres qui n’étoient pas encore venus ici. Ils m’ont dit que leurs chefs, qui avoient été chez les Agniers, n’étoient pas encore de retour ; qu’ils craignoient de sortir de chez les Anglois, crainte qu’on ne leur jouât quelque tour ; qu’ils étoient venus par un chemin nouveau, le long d’une côte, beau chemin sans marécages et quinhrégeoit de trente lieues ; que les Anglois disoient toujours devoir venir au fort Duquesne, au fort Machault et ici, par la rivière de Canestio, avec cent bateaux ; qu’un parti de six Loups, étant en guerre, avoit trouvé un Anglois seul dans un canot, que celui-ci ayant été avertir au fort qu’il avoit découvert des sauvages, le commandant l’a voit

renvoyé rôder dans cette partie, tandis qu’il les faisoit cerner ; que cet homme, étant allé, avoit été tué et cinq Loups. Ils m’ont dit avoir quatre partis en campagne, qui nous donneraient des nouvelles des Anglois.

Le 13. — Les principaux chefs tsonnonthouans sont venus m’assurer qu’ils suivront les traces de Caitoton et du Petit-Chef ; qu’ils vouloient toujours rester unis avec leur Père, et Chabert, leur fils. Il est arrivé un Loup du village, qui m’a confirmé leur aventure cidessus, et qu’il étoit parti un détachement pour venger cette mort.

Le 14. — J’ai congédié les dames du conseil iroquoises avec des présents. Les chefs leur ont remontré combien elles dévoient être contentes du traitement que je leur avois fait. Tous m’ont beaucoup fait de compliments et m’ont remercié de ce queChouaguen étoit rasé, puisque nous leur conservions le moyen d’avoir de l’eau-de-vie. M. de Joncaire partit pour aller former des partis pour Orange avec son frère au petit fort.

Le 15. — Les Ottawas m’ont parlé pour s’en retourner.

Le soir, arrivée de Baby du fort Duquesne. M. Des Ligneris me mande que les . prisonniers débitoient toujours que les Anglois dévoient l’attaquer cette année ; mais nos partis n’ont vu aucun mouvement. Il a actuellement quatre cents hommes sur toute la frontière de son voisinage en parti.

Le 16. — Il a été tenu un conseil de chefs tsonnonthouans au petit fort pour former des partis ; ils ont accepté les colliers.

Le 17 — Les Ottawas sont partis, n’ayant pas le temps d’attendre les bâtiments.

Le 18. — Un Chaouénon venu avec Baby m’a dit que le Maître de la vie avoit déterminé qu’il fût à Montréal ; que ses chefs n’a voient pu s’accorder pour descendre, mais qu’au printemps j’en verrois beaucoup; que lui, quoique seul, il étoit déterminé à descendre à Montréal. Il m’a raconté que quatre Chaouénons s’étoient députés, deux chez les Chactas et deux chez les Chicasas qui étoient en guerre ; qu’ils avoient fait faire la paix ensemble à ces deux nations et leur avoient offert leurs haches, qui n’ étoient que de bois, contre l’ Anglois, mais qu’ils y joignoient celles de leurs pères, qui étoient de fer. Us l’ont accepté de bonne grâce, disant qu’ils ne connoissoient pas le François ; mais qu’ils le croyoient bon, puisqu’ils l’aimoient tant. De là, ils ont passé avec eux chez toutes les nations du Sud, frontières de la Louisiane et des Anglois, qui toutes ont accepté le parti et sont allées dans la Louisiane prendre des armes, qu’on leur a données abondamment, ainsi que des présents, et ils sont repartis pour frapper l’ Anglois. Plusieurs de ces nations ont promis de se venir établir sur la Belle-Eivière. J’ai appris que le gouverneur de Pensylvanie avoient envoyé des branches aux Cinq-jSTations pour leur dire que, puisqu’ils étoient absolument déterminés à frapper, ils fussent en Virginie et ne passassent point sur ses terres.

Le 20. — M. de Montisambert est arrivé avec onze Loups et six Iroquois qui descendent à Montréal. Us rapportent que les prisonniers annonçoient toujours un mouvement de la part de l’ennemi, mais que nos partis

n’avoient rien aperçu que de la dévastation. Ils ont tous amené chevelures et prisonniers. Il y en a actuellement plus de trois cents en campagne. Ils m’ont annoncé le retour de quelques-uns des miens avec des prisonniers et chevelures.

L’après-midi, est arrivé un Goyogouin, neveu de Toniaac, qui m’a dit qu’il étoit parti pour guerre, mais que leur parti en avoit rencontré un autre qui a voit tué trois hommes ; qu’il leur avoit remis une chevelure, ce qui l’avoit fait relâcher, mais qu’il ne se tenoit pas quitte pour cela ; qu’ils vouloient en aller chercher euxmêmes ; que leurs chefs leur avoient dit de ne pas partir encore, jusqu’à ce que leurs chefs, qui avoient été chercher les Agniers, fussent de retour ; mais qu’ils leur recommandoient toujours de tenir la hache bien serrée, et que, s’il leur arrivoit quelque chose, ils se lèveroient et iraient frapper du côté où ils auraient eu le mal. Ces avis avoient empêché tous les Goyogouins de marcher, quoiqu’ils fussent tous prêts et bien disposés ; qu’ils attendoient de savoir ce que leur dirait Johnson ; que, dans le temps qu’ils partoient, étoient arrivés un homme et une femme, qui avoient été à Philadelphie en conseil, sur les paroles qu’avoit envoyées ce gouverneur ; qu’ils ne savoient pas ce qu’ils rapportoient, mais qu’ils avoient entendu dire qu’il y avoit plus de cent quarante sauvages de différentes nations ; qu’ils se croyoient heureux de s’être sauvés ; qu’on les menaçoit de leur faire un mauvais parti ; que les sauvages étoient si mécontents qu’à leur retour ils s’étoient débandés par petits partis pour faire coup sur l’Anglois ; que, dès que leurs chefs seraient de retour de chez

Johnson et les Agniers, ils viendroient ici me rendre compte de ce qui se seroit passé, et d’autres iroient à Montréal ; que son oncle, qui avoit su qu’il venoit me voir, l’avoit invité à me dire tout ceci.

Le 21. — Arrivée de quatre Loups qui m’ont annoncé un parti avec un prisonnier. Il m’est aussi arrivé le grand chef du petit village des Tsonnonthouans.

Le 22. — Les bâtiments sont arrivés; et, n’ayant point reçu d’eau-de-vie ni marchandises pour la traite, ce qui a fort attristé les sauvages qui depuis longtemps attendent, je le leur ai annoncé de façon à les faire patienter et prendre leur parti. Plusieurs chefs se sont résolus à descendre à Montréal. Il m’est arrivé une quantité singulière de Tsonnonthouans. Ils m’ont annoncé qu’un parti de quatre hommes, partis depuis vingt jours, me rapportoit une chevelure; et le grand chef de guerre m’a assuré de son attachement aux François, et qu’il -seroit flatté d’avoir une médaille du gouverneur. Pour me prouver ses services, il m’a conté les partis qu’il avoit faits pour guerre depuis trois mois, qui avoient pris ou tué vingt hommes.

J’ai équipé un parti de sept hommes, dont deux neveux et cousin de ce chef, qui partent tout de suite pour guerre. Sayoons et la Lèvre-Coupée sont de retour avec une chevelure que leur a remise un parti iroquois qui avoit deux prisonniers et cinq chevelures. Les Mascoutins et Kikapous m’ont donné un grand collier pour leur faire donner de l’eau-de-vie en traite.

Le 23. — Les chefs ottawas m’ont dit qu’ils descendoient à Montréal et que leurs femmes s’en retourneroient. Les Mascoutins veulent attendre. Le chef du

petit village m’a dit par des branches : “ Mon père, “ depuis que vous avez mis notre frère l’Anglois sous “ les pieds et que vous avez ruiné notre maison de “ Chouaguen, nous voyons bien que nous sommes à “ plaindre ; nous manquons absolument de tout. Jugez-en “ par nos équipements. Vous nous avez dit que nous “ trouverions chez vous de tout, et nous n’y trouvons “ rien ; nous n’avons pas de quoi nous couvrir, point “ d’eau-de-vie. Je viens vous demander quelles sont “ vos intentions pour nous ”.

Par d’autres branches : “ Mon père, nous sommes “ partis de notre village mourants de faim. Depuis que “ nous avons pris votre hache, nous mourons de faim “ dans nos villages. Nous venons mourir ici, si tu n’as “ pas pitié de nous jusqu’à ce que notre récolte soit “ mûre. Nous sommes quatre cabanées ”.

“ Par des troisièmes branches : “ Mon père, je viens “ me jeter entre tes bras ; aie pitié de moi. Tu nous “ vois tous nus ; écoute ce que nous te disons et fais-y “ attention. Depuis que tu as détruit notre maison, “ nous n’avons plus d’autre recours ”.

Le 24. — J’ai eu un grand conseil avec des Iroquois, Loups et Chaouénons de la Belle-Rivière qui descendent à Montréal avec M. de Montisambert ; ils vouloient s’en retourner, je les ai enfin déterminés à continuer leur route.

Le 25. — Arrivée de M. La Moelle avec plusieurs Loups et Chaouénons.

Départ de plusieurs Ottawas.

Le 26. — Les Loups et Chaouénons de la Belle- Rivière me sont venus dire, que, puisque M. de Monti-

sambert et leurs camarades étoient partis, ils s’en retournoient. Il m’a encore fallu des cérémonies pour les engager à suivre leur chemin, ce qu’ils m’ont enfin promis ; et m’ont dit comme les autres que ce qui les avoit engagés à relâcher, c’est qu’on les avoit mal reçus dans les postes et que je les avois mal couchés. Une bouteille d’eau-de-vie a raccommodé le tout ; elle a mis en train le chef chaouénon qui a vendu toute sa porcelaine à des Iroquois pour en avoir, et s’est soûlé à être malade.

Le 27. — Arrivée d’un parti de Loups, au nombre de trente, avec une chevelure et une prisonnière. Elle s’appelle Marie-Blanche, native de Schangen, contrée de Soupusa (sic), province de Nouvelle- York, à dix lieues de la rivière Hudson, à quatre journées de New-York et un peu moins d’Albany, établie depuis trois ans. Son mari a été tué. Il n’y a aucun fort à côté de chez elle ; les habitations sont éloignées l’une de l’autre d’une lieue. C’est le premier coup qui ait été fait dans cette partie, il y a environ quarante jours. Elle a dit que l’on n’a point fait de commandement pour lever des troupes cette année, que l’on avoit levé cette année dans son village, qui est un nouvel établissement, cent quarante livres ; que, l’année dernière, l’on avoit levé des hommes, des chevaux et chariots, qui avoient resté dehors plus de quatre mois, sans rien faire et sans avoir eu aucun payement ; qu’ils étoient venus très maigres et délabrés ; que Johnson étoit toujours celui qui se mêloit de conduire leurs affaires, mais qu’il ne se donnoit aucun mouvement et ne songeoit qu’à boire ; que l’on débitoit que, si cette année il ne faisoit rien, on le tueroit et l’on

se rendroit aux François ; qu’elle avoit entendu dire que, depuis trois mois, il y avoit une flotte à New-York prête à partir, mais qu’elle ne l’étoit pas encore lorsqu’elle a été prise. Elle ne sait pas s’il y a des troupes dessus, ni qu’il y en ait dans le voisinage destinées à cela, que l’on disoit que cette flotte devoit aller au Cap- Breton.

Le chef loup m’a dit qu’il avoit suivi ma volonté, qu’il avoit été me chercher de la viande fraîche, comme il me l’avoit promis ; qu’il avoit passé dans des croisées de plusieurs chemins, où il avoit vu beaucoup de pistes ; qu’il avoit même vu une vingtaine d’hommes ensemble, qu’ils n’ont pu attaquer parce qu’ils n’étoient que cinq, quoiqu’ils fussent partis beaucoup ensemble, mais qu’ils s’étoient dispersés ; qu’il avoit passé une grande montagne ; qu’en la descendant, il avoit trouvé la piste d’un homme qu’il avoit suivie trois jours jusqu’à des habitations ; qu’il avoit été caché dans des ruines de maisons ; qu’il avoit de là vu passer du monde sans pouvoir frapper ; qu’à l’entrée de la nuit il avoit allumé du tondre (sic) pour mettre le feu à une habitation, ce qui avoit donné l’alarme, qu’une vieille étant sortie, il n’avoit pas voulu la tuer ; qu’un homme parut sur la porte avec un fusil ; qu’il le jeta à terre et que la femme qu’il m’amène étant sortie aussi, il la prit; le feu a consumé la maison et les autres cadavres. Il m’a dit que toutes les nations chez qui il avoit passé, qui sont même chez l’Anglois, alloient toutes en guerre sur lui ; qu’il n’avoit vu que du noir dans ce côté, et qu’il ne voyoit clair que dans cette partie ; qu’il me prioit d’avoir pitié d’eux ; qu’il y avoit deux ans qu’ils

faisoient la guerre continuellement ; qu’ils étoient nus, qu’ils n’avoient ni poudre, ni balles, ni casse-têtes, ni lances; que, dès qu’ils se seroient reposés un peu ici, ils s’en retourneroient et ne resteroient qu’une nuit au village, qu’ils a voient le cœur mal fait contre un village irlandois proche de celui où ils avoient frappé ; qu’ils vouloient le ravager.

Le nommé Charles Peller, Bavarois, prisonnier fait en Pensylvanie par un parti iroquois parti d’ici il y a près de trois mois, dit être dans ce pays depuis neuf ans, charpentier de profession, d’une compagnie franche dont le capitaine s’appelle Harmestran; que sa compagnie est de soixante hommes ; qu’il ne sait pas combien il y en a; qu’elles sont en garnison dans de petits forts, dont il y en a plusieurs au débouché des montagnes contre les sauvages ; qu’ils peuvent contenir cent hommes, tous en pieux debout ; que celui où il a été pris s’appelle Kanegouhi , du nom de la rivière sur laquelle il est. Il dit avoir entendu parler du fort de Schamoken, qu’il n’étoit pas de considération et ne pouvoit pas contenir trois cents hommes, que le fort de Ivanegouhi est éloigné de cent soixante milles de Philadelphie. Il dit qu’il n’y a que cinq cents hommes en garnison à Philadelphie.

Le 28. — Les Tateyonons sont partis; le fils du grand chef du village y étoit ; il a promis de faire un parti en arrivant et de m’amener un prisonnier, si Dieu veut le conserver. Il est parti deux partis tsonnonthouans et goyogouins pour aller frapper à Orange et il s’en forme plusieurs autres.

Le 29. — Il est revenu des sauvages de Toronto, qui y ont fait leur traite. Il en est parti tout de suite huit eauotées de différentes nations pour tirailler. Arrivée de trente Loups, presque tous vieillards, femmes et enfants ; ils ont dit que les hommes étoient tous en guerre, qu’ils avoient faim, qu’ils me prioient d’avoir pitié d’eux. Un Goyogouin est venu, qui porte deux chevelures angloises qu’il a faites pour remplacer au chef goyogouin de la Belle-Bivière.

Du 30. — Arrivée d’un de mes partis iroquois domiciliés de treize hommes. Ils ont fait quatre chevelures tout proche de Schamoken. Us m’ont dit que ce fort étoit presque aussi grand que celui-ci, terrassé à couvrir les maisons, des pieux en dedans ; que ce fort étoit extrêmement commandé par deux montagnes ; qu’il n’y avoit presque pas de déserts ; qu’il leur paraît aisé à prendre ; que, le long de la rivière, il y a un petit fort, ensuite un plus grand, et encore plus loin un autre ; qu’il leur a paru y avoir beaucoup de monde ; que ceux qu’ils ont tués menoient paître des troupeaux qu’ils escortoient ; qu’ils croyoient bien avoir tué un chef parce qu’ils n’a voient apporté que de la peau, ayant la tête rasée.

Le 31. — Arrivée de trente-huit Loups, presque tous vieillards, femmes et enfants, qui m’ont demandé de les couvrir et à manger ; tous leurs gens sont en guerre.

Le 1er août. — J’ai équipé trente-trois Loups du parti qui m’ont amené la prisonnière. Us m’ont promis de refaire un parti dès qu’ils seraient de retour à leurs villages, je leur ai fait accepter un officier françois pour aller avec eux.

J’ai aussi équipé quatre Tsonnonthouans qui forment un parti de guerre. Le cousin de Caitoton m’a aussi dit qu’il alloit former un parti pour venger la mort de ce chef.

J’ai équipé le parti iroquois qui m’a apporté deux chevelures ; le chef m’a donné une parole pour en reformer un autre tout de suite.

Un des quatre Tsonnonthouans que j’ai équipés, revenoit de guerre, où il a été blessé au travers du bras et dans les reins d’un coup de fusil chargé à poudre. Il dit qu’ils ont tué quinze hommes dans ce coup, et que, lui, ce qui le consoloit d’avoir été blessé, c’est qu’il avoit tué le chef.

Le 2. — Arrivée de quarante Tsonnonthouans qui ont été en guerre, où sont les principaux chefs. Us m’ont raconté leur expédition.

Le soir, arrivée de quarante Goyogouins et d’un canot du Détroit, qui nous a appris qu’il revenoit beaucoup de partis sauvages, tous avec des prisonniers et des chevelures.

Le 3. — Les chefs de guerre tsonnonthouans ont tenu des conseils, ensuite m’ont fait appeler pour me dire combien ils étoient disposés à suivre la volonté du défunt Caitoton en conservant la hache d’Ononthio qu’ils avoient éprouvée et qui étoit bonne. Je leur ai donné un collier pour la raffiler ; ils ont témoigné combien ils en ctoient satisfaits, et qu’ils voudraient que je leur dise, qui je voudrais qu’ils remplacent (sic). Je les ai laissés les maîtres du choix. Ils m’ont dit qu’ils ne vouloient plus la quitter, et que plus l’Anglois pleurerait, plus ils seraient charmés de le frapper. Le soir,

ils me sont venus dire qu’ils destinoient ce collier, puisque je les en laissois les maîtres, pour remplacer la feue Blanche du Sault-Saint-Louis qu’ils regrettoient beaucoup ; qu’ils alloient traiter quelques pelleteries ; qù’ensuite ils retournoient au village où ils régleraient avec Jonquière leur départ, qui seroit prompt. Ils ont reçu des présents considérables.

Les Gloyogouins me sont venus dire par des branches d’avoir pitié d’eux, de donner à leurs femmes du vermillon pour pouvoir ajuster leurs couettes *, et des munitions pour pouvoir envoyer à la chasse, pour avoir de quoi les couvrir, que nous étions à présent seuls à les pourvoir de leur nécessaire ; que nous ne nous fâchions pas de leurs demandes indiscrètes ; que les guerriers me faisoient la même demande. Ils m’ont

dit que l’on avoit débité que nous devions faire passer une armée par la Pointe, une dans la riviere de Chouaguen et une autre qui devoit partir de Niagara pour passer à travers leur pays et aller par delà Orange, je leur ai dit ce qui en étoit ; ils m’ont dit qu’ils ne savoient pas qu’il eût passé des troupes depuis le passage de ce printemps, et qu’ils ne savoient pas s’il y avoit d’armée à la Pointe. Ils m’ont dit que leurs chefs étoient partis, il y a vingt et un jours, pour Montréal, et que ceux qui avoient été chez les Agniers etoient de retour depuis bien peu de jours ; que, demain ou après, j’en apprendrois des nouvelles.

C’est-à-dire les tresses de leurs cheveux.

Déposition de Marie- Catherine Heiler in, prise par des Loups , adoptée en remplacement de Caitoton, chef tsonnonthouan

Elle a son père et sa mère, elle a été prise dans une habitation seule clans des bois, à deux jours de marche de Philadelphie, sur le chemin de la Virginie et de Lancaster ; elle a été prise en mai. Elle dit que le gouverneur de Virginie avoit auprès de lui environ quatre cents sauvages, et d’autres qui venoient en petit nombre eu parti. Elle dit qu’il y a un fort à quatre lieues de son habitation, et un autre à quinze lieues ; qu’il y a des troupes chez elle, mais peu; que ces forts sont de pieux et bâtis depuis peu. Elle dit qu’elle n’a point vu passer de troupes du côté du fort Cumberland, mais qu’il en étoit beaucoup passé pour aller à la Pointe.

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