‹ Guerre du Canada; relations et journaux de différentes expéditions faites durant les anées 1755-56-57-58-59-60;Chapitre 6 sur 22 · FÉVRIER ET MARS · texte numérisé non relu

FÉVRIER ET MARS

Relation du détachement commandé par M. Rigaud de Vaudreuü, gouverneur des T i ois- Rivières, composé d’vue compagnie de grenadiers volontaires, de quatre piquets volontaires de cinquante hommes, de seize compagnies de cinquante-deux hommes des troupes de la marine ou Canadiens, une compagnie de volontaires de trente-cinq hommes, trois cent chiquante sauvages, M. Le Mercier, officier d’artillerie, avec douze canonniers, M. de Longueuil, lieutenant de roi de Québec, commandant en second, M. de Ponlariés , commandant les troupes de terre, et M. Dumas, major général.

Le 14 février. — M. Le Mercier est parti de Saint- Jean avec douze canonniers et la compagnie de Cournoyer. Il arriva le 22 à Carillon. Le détachement fut divisé en quatre divisions. La première, commandée par M. de Saint-Martin, partit de Saint- Jean le 20 février, et arriva à la Pointe le 2 mars. La seconde, commandée par M. Duchat, capitaine dans le régiment de Languedoc, partit de Saint-Jean le 20, et arriva à la Pointe le 3 mars. La troisième, commandée par M. Du

Cette relation n’est pas signée.

Coin, capitaine dans le régiment de Eoyal-Roussillon, partit de Saint-Jean le 22, et arriva à la Pointe le 3 mars. M. de Rigaud partit de Saint-Jean le 25 avec la quatrième division, et arriva à la Pointe le 5 mars.

Le 7 mars. — Tous les sauvages se rendirent à la Pointe; tout le détachement y a pris trois séjours.

Le 8. — Les deux premières divisions arrivèrent à Carillon, et le 9, les deux autres avec les Iroquois.

Le 10. — M. de Langy le cadet fut détaché avec pareil nombre de sauvages de chaque nation, en tout vingt-deux, pour aller faire un prisonnier entre les deux forts.

Le 11. — Une grande partie des découvreurs quittèrent M. de Langy; il ne lui en resta que cinq et La Force. Il y eut l’après-midi un festin de sauvages, où présidèrent MM. de Rigaud et de Longueuil.

Le 12. — On eut des nouvelles par La Force de M. de Langy, qui demandoit du renfort. On a été obligé de prendre six séjours à Carillon pour l’arrangement des vivres, quoique M. Le Mercier nous eût assuré que tout étoit prêt. Pendant ce temps-là, on a réparé les armes, M. de Poulariés en fit l’inspection; on distribua les vivres et les échelles.

Le 15. — Nous sommes partis sur une colonne, et avons pris la côte du Sud pour nous rendre sur le chemin du camp de M. de La Corne, et campâmes à 1 anse qui est vis-avis du camp de M. de Contrecoeur ; M. de Longueuil étoit parti la veille avec ses sauvages. Le meme soir, nous eûmes un conseil des nations pour décider notre route.

Le 16. — Les glaces du lac Saint-Sacrement se trouvèrent très bonnes. Nous marchâmes sur trois colonnes ; celle de M. de Saint-Martin au nord, les troupes de terre au centre et M. de Saint-Ours au sud ; les sauvages étoient sur les ailes, commandés par M. de Longueuil. On avoit envoyé sur les hauteurs cent sauvages pour découvrir. Nous fîmes ce jour-là quatre lieues, et avons campé près des îles, au pied de la montagne du Painde-Sucre.

Le 17. — Nous fîmes route sur une colonne. Nous passâmes, pendant trois lieues, beaucoup d’îles, dont plusieurs assez considérables pour défendre la navigation. Nous nous arrêtâmes dans une anse jusqu’à huit heures du soir, et marchâmes pendant une partie de la nuit pour ne pas être aperçus. Sur les onze heures, les sauvages nous firent arrêter dans une presqu’île à deux lieues du fort.

Le 18. — Au point du jour, nous passâmes cette presqu’île, dont le portage est de deux cents pas, et nous descendîmes dans une baie à une lieue et demie du fort, d’où partirent MM. de Poulariés, Dumas, Mercier, Piaymond et Savournin, escortés de cinquante sauvages, vingt-cinq Canadiens et quatre grenadiers qui conduisoient un prisonnier anglois, pour aller sur une montagne reconnoître la position du fort et le mouvement de l’ennemi. M. de Poulariés observa surtout la face du marais, qui lui parut, comme tout le fort, en très bon état. Il y aperçut beaucoup de mouvement. MM. Le Mercier et Dumas trouvoient cette face attaquable, par le peu de hauteur qu’ils croyoient y apercevoir ; ils restèrent longtemps à faire leurs observations. M. de

Poulariés profita de ce moment pour leur faire voir le plan que M. Le Mercier trouva mauvais, quoique, dans la suite, il s’est trouvé à peu de chose près conforme. Ces messieurs furent de retour au camp à trois heures, et à cinq M. de Rigaud fit appeler M. de Poulariés pour lui faire part du projet d’escalade. M. de Poulariés lui dit que son expérience dans le métier l’engageoit à lui faire des représentations sur l’impossibilité de cette opération, l’ennemi n’ayant qu’une face à défendre, qui était en fort bon état, et que l’on ne pouvoit espérer de surprendre-, qu’il étoit prêt à marcher partout où il jugerait à propos à son premier ordre. Il lui représenta ensuite qu’il étoit indispensable d’avoir à la tête de chaque colonne des canonniers, et à la principale un officier d’artillerie pour pointer les canons dans les endroits les plus convenables. M. Dumas répondit qu’il s’attendoit à cette demande. M. Le Mercier lui dit que M. le marquis de Vaudreuil lui avoit ordonné de ne pas s’exposer, vu la nécessité qu’il en auroit pour les opérations de la campagne prochaine ; que, malgré cette forte raison, il demanderait un ordre à M. de Rigaud pour monter à l’escalade. M. de Poulariés fît aussi observer qu’il convenoit d’opérer sur l’extérieur en même temps ; qu’il ne falloit que de petits pelotons pour cette exécution, et que cela ne dérangerait pas le projet d’escalade. M. Dumas l’assura qu’il serait donné des ordres, suppose que 1 on échouât. L on offrit à M. de Poulariés le choix d’une des trois attaques qui dévoient se faire sur autant de colonnes ; il demanda celle de la droite ; les deux autres dévoient être commandées par MM. de Saint-

Ours et Saint-Martin, composées chacune d’une compagnie de grenadiers postiches, tirée de leurs troupes, et du restant de leurs troupes de la marine et de Canadiens choisis. Supposé que l’escalade manquât, il fut ordonné à M. dè Poulariés de faire l’attaque du fortin, et on l’assura que tout seroit prêt en même temps pour brûler le dehors du fort. Notre rendez-vous étoit au fond de la baie, à notre camp, où étoient- restés nos équipages, gardés par cent hommes de la colonie ; M. de Poulariés fit ses dispositions et chargea M. Wolff de l’avant-garde, composée de douze grenadiers, pour se saisir des sentinelles. A neuf heures du soir, on lui demanda un officier pour aller reconnoître la face de l’attaque ; il donna cette commission à M. de Savournin, et lui recommanda de faire beaucoup d’attention au terrain qui nous étoit destiné. Il partit avec MM. Dumas, Mercier, Perthuis, deux sauvages, huit grenadiers et le prisonnier anglois.

Sur les onze heures du soir, nous partîmes sur une colonne pour nous rendre à notre opération à un petit quart de lieue du fort.

Le 19. — MM. Dumas et Mercier, une heure après minuit, vinrent nous annoncer que le projet ne pourrait plus avoir lieu, que la garnison, étoit trop alerte. Un instant après, M. Dumas dit à M. de Poulariés que l’intention de M. de Pugaud étoit de ne pas attaquer le fort et le fortin ; qu’il se bornerait à faire brûler tout ce qui se trouverait au dehors de la place. En conséquence, on fit faire un demi- tour à droite à la colonne pour la mettre à l’abri du canon, et on ordonna aux habitants de faire des fagots. Dès qu’ils furent prêts, M. de

Savournin fut chargé de brûler la barque sur le chantier avec trente hommes, MM. de Saint-Martin et Le Borgne les autres barques, et le maître canonnier les bateaux. MM. de Boischatel et Saint-Ours marchèrent pour le soutenir avec cinquante hommes chacun. Les artifices se trouvèrent mouillés, et les fagots n’étoient pas d’un bois assez sec, ce qui fit manquer absolument toute cette opération. On leur tira très peu de coups de fusil et deux coups de canon ; tous ces détachements rentrèrent et nous retournâmes au camp.

Le même jour, vers les dix heures, les sauvages et les Canadiens furent aux environs du fort y tirailler. Un Abénaquis et un Iroquois mirent le feu à quelqües bateaux. On envoya les piquets de Boyal-Ptoussillon et de Languedoc pour aller sur le chemin de Lydius. Les sauvages qui les conduisoient les firent passer sous le canon du fort; ils en essuyèrent plusieurs coups, dont un fracassa la jambe à un soldat de la colonie qui s’y trouva mêlé. On nous fit arrêter pour soutenir ceux qui tiroient sur le fort du retranchement de M. de Dieskau. Il y eut un soldat de la colonie écrasé par une bombe. A huit heures du soir, nous fûmes relevés par les piquets de la Sarre et Béarn et par M. de Saint-Martin avec cent hommes destinés à la même opération. Les volontaires canadiens et M. de Saint-Simon, cadet, furent chargés de mettre le feu aux bateaux, M. de Langj à une barque, M. de Villejoiu à une autre, et M. d Albergatti au bûcher; ils réussirent, hors M. de Villejoin.

Le 20. — Les détachements rentrèrent au camp sans avoir perdu un homme. Nous reçûmes ordre, à sept

heures du matin, de préparer nos échelles ; nous partîmes sur les neuf heures sur une colonne. On nous fit gagner la côte du Nord. Nous arrivâmes à deux heures dans une petite anse qui mettoit à l’abri du canon. MM. Le Mercier, Florimond et un interprète, voyant à cent pas d’eux douze grenadiers commandés par un sergent, s’acheminèrent au fort en arborant le pavillon rouge. Quand ils furent à portée, on leur cria : Qui vive ! et on leur dit d’arrêter. M. Le Mercier fit répondre par son interprète qu’il avoit à parler au commandant. Aussitôt on l’avertit- Il se rendit sur le rempart et fit crier si l’on avoit une lettre du général à lui remettre. M. Le Mercier lui répondit qu’il n’a voit qu’une lettre de créance. Le commandant fit descendre sur la place un pareil nombre de soldats que M. Le Mercier pouvoit avoir, et ensuite il lui demanda cette lettre, et détacha quatre hommes pour l’aller prendre. M. Le Mercier la leur remit. Après lecture faite, il fit crier à M. Le Mercier d’avancer seul, et en même temps il lui envoya un de ses officiers pour otage, qu’on remit aux Canadiens. Dès que M. Le Mercier eût joint le détachement anglois, on lui dit qu’il étoit d’usage de mettre un bandeau, que l’on ne lui ôta que dans la chambre du commandant. Il lui dit qu’il étoit envoyé par M. de Vaudreuil, son général, pour lui annoncer qu’il étoit à la tête d’un corps de troupes considérable, dans le dessein de prendre par escalade son fort situé sur le terrain du Roi son maître, et qu’il étoit d’usage, en pareille occurrence et entre peuples policés, de se sommer pour éviter un carnage qu’on ne pourrait empêcher, par rap-

port à la grande quantité de sauvages. Le commandant lui demanda la permission de consulter ses officiers et ses soldats. On lui laissa quatre officiers pour lui tenir compagnie, qui furent remplacés par quatre autres, lorsque leur tour vint à donner leurs avis. Le résultat fut que le hasard donnoit les bons et mauvais postes, qu’on devoit s’y défendre également et qu’ils le feroient en braves gens. La conversation roula sur des choses indifférentes, où on lui assura que M. de Dieskau se portoit bien et qu’il devoit passer incessamment en Europe. On lui demanda même des nouvelles de M. le marquis de Montcalm. On lui fit beaucoup de politesses. Il fut reconduit par quatre soldats au détachement des grenadiers, et l’officier qui étoit en otage s’en retourna. M. Le Mercier vint de là joindre la colonne, et, à midi, nous arrivâmes au camp. A deux heures, les piquets de Royal-Boussillon et de Languedoc furent commandés pour aller sur le chemin de Lydius avec un parti de sauvages. Ils revinrent au camp à neuf heures ; dans le même temps, la compagnie de grenadiers, les piquets de la Sarre et Bearn et M. de Saint-Martin avec deux cents hommes, le tout sous les ordres de M. de Poulariés, furent envoyés pour soutenir MM. de Florimond, Langy le cadet et d’Albergatti, chargés de mettre le feu au fortin, au hangar, à ce qu’il restoit des bateaux et a la barque qui restoit sur le chantier. Cette dernière fut manquée par M. d’Albergatti; les autres opeiations réussirent. Les sauvages firent beaucoup de butin ; les ennemis firent très peu de feu ; ils nous attendoient a 1 escalade de pied ferme. On tira un coup

de canon à mitraille, où nous ne perdîmes personne. M. de Poulariés se retira au dépôt.

Le 21. — A quatre heures du matin, les piquets de Poyal-Roussillon et Béarn et M. de Saint-Ours, avec cent 'Canadiens, les relevèrent. Une heure après, les piquets reçurent ordre, pour six heures du soir, d’aller au retranchement de M. de Dieskau, qu’ils dévoient quitter lorsque la barque dont M. d’Albergatti s’étoit encore chargé, serait enflammée. Il manqua son opération pour la seconde fois, et, de concert avec M. de Saint- Ours, ils se retirèrent à onze heures du soir.

Le 22. — On envoya des soldats de la colonie et des Canadiens pour entretenir le feu. M. Wolff demanda la permission à M. de Poulariés d’aller proposer à M. de Piigaud de lui laisser mettre le feu à cette dernière barque, manquée par trois fois. Il fut accepté. M. de Séglas fut commandé avec trente grenadiers, M. de Savournin avec autant de soldats volontaires, et M. de Céloron avec deux cents hommes de la colonie, pour soutenir M. Wolff, à qui on donna vingt volontaires françois. Us partirent tous à sept heures du soir. M. Wolff, à son approche, reçut une bordée de coups de fusil ; cela ne l’empêcha pas de se rendre à la barque, où un volontaire lui portoit une échelle de douze pieds. Il s’en falloit même de six qu’elle ne fût assez élevée. M. Wolff parcourut le dedans. Il résolut de ne pas mettre le feu par le haut ; il descendit et fit mettre des fagots du côté du vent et environ une corde de bois qu’il fit prendre au bûcher et qu’il arrangea lui-même. Lorsqu’il trouvoit des bûches trop grosses, il les partageoit avec une hache. Le feu ne cessa pas. Il fit replier

son détachement sur M. de Séglas, et, avec des allumettes de sa façon, il y mit le feu et se retira. Cette barque fut entièrement consumée. Nous y perdîmes deux soldats de Languedoc et un de blessé du même régiment. La perte des ennemis consiste en quatre barques, dont la dernière étoit de quatorze à seize pièces de canon, trois cents bateaux au moins, tous les hangars, des bois de construction et des planches en quantité, avec le moulin à scie. -

Le 23. — Nous partîmes, sur une colonne et nous...*

La fin de ce journal manque.

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