‹ Guerre-militarismeChapitre 2 sur 42 · DEUX I>LA.IES · texte numérisé non relu

DEUX I>LA.IES

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« La guerre a toujours été, et sera toujours », disent ses panégyristes. « La guerre a toujours été et sera toujours », entonnent moulonnièrement les imbéciles q\ii se laissent ainsi conaiuiî^e aux boucheries j sans réfléchir qu'il ne dépend que d'eux cepe^danty pour entraver la marche de cette fatalité.

i\''est-ce pasy du reste, la même réponse faite pour la conservation de toutes les institutions quont intérêt à éterniser ceux qui en vivent.

« Il y a toujours eu et il y aura toujours des riches et des pauvres », affirment les satisfaits. « Il y a toujours eu et il y aura toujours des riches eé des pauvres », répètent docilement ceux qui crèvent de faim.

Et toutes ces institutions que l'on affirme si stables, vont se transformant, s'atténuant; les unes ont depuis lojigtemps disparu; d'autres ne tiennent plus que par la force d'habitude; quelques autres commeyxcent à branler au-dessus la tête de leurs derriiers défenseurs. « Cela a toujours été^ cela sera toujours », affirment-ils imperturbablement, ne voyant pas que les ruines qu'ils cherchent à étayer vont les ensevelir sous leurs décombres.

Les institutions, comme les êtres, subissent la loi d'évolution. Ce qui est, ce qui a été, Jie sera pas toujours, cela doit disparaître pour faire place à des formes plus parfaites, plus en harmonie avec l'évolution qui s'accomplit de* toutes parts.

Que la guerre, aussi haut que ion remonte, ait existé sur la terre y il serait puéril de le nier: que des luttes entre les hommes, il en soit sorti quelque bien, voilà qui est plus discutable. Mais quand cela serait: car, après tout, il n'est pire mal qui n'ait quelque compensation, si nos ancêtres fuirent asses^ barbares pour

se plaire dans le meurtre^ asse^ brutes pour ne pas connaître (Vautre droit ni d'autre raison, que le droit et la raison du plus forty il appartient à nous, qui nous prétendons plus sensibles, plus intelligents, qui prétendons n'avoir d'autre guide que la raison et la science, de rejeter leur héritage d'ignorance et de barbarie, en basant nos relations avec nos semblables sur la tolérance et la solidarité.

Si la guerre est le fruit de l'évolution de Vhomme^ toutes ses autres aspirations -pour être plus tardives, ne sont pas moins le fruit, tout aussi naturel, de cette même évolution.

C'est justement parce que s'atténue chei( lui l'adoration de la force, qu'éclosent des sentiments d'amour, de solidarité, de fierté et d'indépendance, contribuant à anéantir che!{ lui les derniers vestiges de barbarie.

Que les adorateurs du passé en prennent leur parti. C'est parce qu'il évolue, quil se débarrasse peu à peu des survivances qui semblaient faire partie de lui-même, et veut s'affranchir des lisières du passé.

Sous l'action de l'eau, de l'air, de la lumière, les minéraux s'oxydent et se désagrègent; mais de leurs poussières enlevées, malaxées par les phénomènes atmosphériques, se font d'autres associations, dont s'augmenteront d'autres minéraux, ou qui donneront naissance à de nouvelles formes minérales qui, se désagrégeant à leur tour, subiront deë transformations nouvelles.

Et c'est ainsi que déjà, au terme le plus bas de l'échelle, je ne dirais pas de la vie, puisque le minéral est considéré comme de la matière inerte, mais dès les premières formes d'association, que l'individu naît et progresse aux dépens de ce qui l'entouî^e, de la destruction de ce qui le précéda.

Plus tard, après bien des transformations, bien des formes essayées et disparues, de diverses combinaisons fortuites, naquirent des formes plus compliquées, tenant bien au minéral, puisqu elles lui avaient emprunté les matériaux dont elles étaient formées et continuaient à en tirer leur nourriture : mais à l'orga-

nisation plus compliquée,, aux phénomènes plus variés. La vie annonçait sa venue: le végétal avait fait son apparition.

Après une nouvelle série de transformations, des êtres nouveaux, à l'organisation plus compliquée encore, parurent au sein des eaux. Comparés au ver le plus infime, c'était bien rudimentaire encore. C'était d'eux cependant qu'allait so7^tir la vie.

Des siècles et des siècles encore, des milliers et des milliers de formes essayées soîHir^a enfin Vhomme qui^ se détachant de son frère animal, reniant son origine, déclarera que c'est à son intention que furent créées les espèces dont il n'est que l'aboutis^ sant. Et qui, se prévalant de sa supériorité, les pourchassera, les détruira par simple ignorance, par égoïsme, sous l'impulsion du moment, sans s'occuper des suites, bonnes ou néfastes que cela pourra avoir pour lui ou pour sa descendance. De tous temps, la souveraineté aura été néfaste à ceux qui la subirent. Quelquefois aussi à ceux qui l'exercèrent.

Rien ne se créant de rien, pour vivre, se développer, il faut que les êtres : minéral, végétal ou animal, empruntent à leur milieu les matériaux nécessaires à leur évolution. Nous venons de le voir, le minéral emprunte aux minéraux dissociés avec lesquels il est en contact, les molécules dont il a besoin pour s'accroître, prendre naissance au milieu de cette désagrégation.

La plante, attachée au soL agrippée au roc, leur emprunte ainsi qu'à l'air, les corps dont elle est composée. L'animal, doué de motilité, pourra se déplacer pour la recherche de sa proie; mais sa nature plus complexe exigeant une nour^riture plus complexe également, c'est aux êtres plus près de lui qu'il la demande : au végétal et à l'animal. La guerre ici se précise. Mais si ce qui précède nous explique ses origines, cela ne nous la rend pas plus respectable. Au contraire.

V homme a-t-Ufait la guerre aux animaux pour s'en nourrir ^ ou ne s'en estait nourri qu'après avoir été forcé de se défendre d'eux? Voilà ce qui est diffficile à établir. Ses plus proches parents sont végétariens. C'est tout ce que Von sait. Quoi qu'il en soit, qu'il n'ait fait que se défendre ou qu'il ait attaqué, sorti lentement de l'animalité, faible et désarmé, il dut se fabriquer des armes pour suppléer à son infériorité musculaire. Cela ne pouvait que fortifier ses instincts de lutte.

C'est très facile de passer de la défensive à l'offensive, d'autant plus que cest. souvent, une précaution utile: de même qu'après avoir aiguisé sa ruse, déployée sa force coyitre V animal, il ny avait qu'un pas à franchir pour lutter contre son semblable que les circonstances amenaient à lui disputer les vivres.

Ayant lutté pour défendre ses ^toyens de vivre, c'était tr^ès naturel encore que son évolution continuant, il luttât pour s'asservir ceux dotit il espérait pouvoir tirer profit de leur travail ou de leurs services,

La guerre et le militarisme, ces deux plaies, devinrent ainsi des ifistitutions sociales qui devaient tî^ouver leurs panégyristes qui essaieraient de les réhabiliter et d'en légitimer la perduration en teyitant de les faille passer pour des conditions inévitables du développement humain.

De ce qui n'était que la survivance de l'ignorance et de la sauvagerie, ceux qui commencèrent à chercher des explications aux phénomènes de la vie, en firent des conditions de progrès. C'était leur propice ignorance qui les faisait raisonner ainsi.

Ce qui est inévitable dans la marche des phénomènes qui 7X0US régissent ce sont ceux qui découlent d'un point de départ. Mais ce point de départ n'avait lui-même rien de fatal. Les conditions qui lui donnèrent naissance pouvaient être autres.

// faut ajouter aussi que la guerre servait trop bien ceux qui avaient su se proclamer les maîtres; justifiait trop bien lasser-vissement des masses, pour que cette explication ne fût pas trouvée excellente et répandue à l'exclusion de toute autre par

ceux-là mêmes qui se sont réservé le' droit exclusif de contrôler les idées qui doivent avoir cours.

Mais rjiomme n'est pas un être unilatéral. Nombreux et variés sont les sentiments sous l'empire desquels il se meut^ et qui peuvent avoir différents aspects,

A côté des sentiments de férocité, de carnage et de meurtre que ses maîtres essayaient de développer en lui, d'autres, tout contraires, fleurs délicates et fragiles, mais vivaces, essayaient de se faire jour.

La lutte a pu développer sa férocité; mais la vue du sang répandu, les plaintes de la douleur qui s'exhale, ont développé sa compassion*

Le sens génésique brutal a asservi la femme, mais a donné naissance a l'amour. Aynour de la compagne, d'abord violentée, amour des petits qui, avec V élargissement de la pensée, irait s'étendant aux proches, aux compagnons de luttes, aux frères du même pays,

Uidée de' patrie, si elle a contribué à maintenir la haine de V étranger, lui a aussi enseigné la fraternité et la solidarité. Il était inévitable que l'homme, à un moment donné de son évolua tion, se demanderait pourquoi sa solidarité s'arrêterait à une ligne fictive, et ne s'étendrait pas au^elà? Pourquoi cet individu qui lui est antipathique, qui VoppiHme, qui l'exploite lui serait plus cher que cet autre qui ne lui a jamais rien fait?

Ces sentiments, certainement, ne se développent que très lentement. Professés par quelques esprits plus favorisés, ils valent d'abord la haine et la persécution des maîtres et des majorités à ceux qui les expriment.

Mais les causes qui les firent éclore subsistent, ne demandant qu'à agir che!( d'autres, n'attendant qu'une première parole pour S'épanouir. La propagande des persécutés, la rage des persécuteurs, éveillent l'attention de ceux qu'anime l'esprit de critique et de recherche

Oh! certes, il y a du travail à faire encore avant que l'homme arrive à comprendre que la forme et la couleur n'ôte

ni n'ajoute à la valeur propre de V être: en attendant qu il coin^ prenne que tout, dans la nature, se tient,, et que sa solidarité ne s'arrête pas à l'homme, mais s'étend à tout ce qui vit ^ à tout ce qui pousse, à la nature entière, au sol, aux plantes, aux arbres qui, à un moment donné, en changeant les conditions climatériques, peuvent lui rendre le bien et le mal qu'il leur a fait, il a le temps d'accomplir encore bien des sottises.

Ouiy il y a à travailler, à lutter. De quoi, justement, dépenser ce sombre héritage d'instincts combattifs qui lui font tourner ses efforts contre lui-même, et qui, de néfastes, peuvent lui devenir salutaires, s'il sait les employer à améliorer les imperfections qu'il doit à son origine.

La guerre, c était inévitable, devait engendrer le militarisme. Lorsque les peuplades guerrières se furent asservi le travail des vaincus, que les castes se créèrent, ce furent d'abord les maîtres qui constituèrent la force armée chargée d'a$su7^er Vordre au sein de la société: et, ainsi constituée, capable de tenter de nouvelles conquêtes.

De là à penser à armer parmi les asservis ceux que l'on Jugeait aptes à rendre des services, il n'y avait qu'un pas. Chaque chef se créa ainsi une ^arde militaire qu'il s attachait par la faveur ou la crainte. ( .

Mais il fallait en venir au régime mercantile bourgeois pour s'en décharger complètement sur ses serfs et leur faire accomplir pour la défense d'une entité, wn service qui ne tend qu'à assurer leur misère et leur esclavage.

Et tant que les travailleurs furent les seuls à fournir le bétail de caserne et des champs de bataille dont les maîtres avaient besoin pour assurer leur domination ; tant que les fil^ des maitrès purent asse^ facilement se soustraire à l'impôt du sang, à l'étouffement de la caserne, les clichés : Honneur! Patrie! Drapeau! eurent cours facilement.

Ceux qui écrivaient là-dessus n'en avaient jamais tàté. Ceux qui auraient pu dire ce quils en pensaient ne savaient pas écrire. Et puis le peuple est si facile à endormir. Il se paie si facilement

de mots que la plupart de ceux qui endossaient iuniformes'ima" ginaient accompli!^ un devoir, s'enorgueillissaient de leur avilissementy et faisaient le sacrifice des meilleures années de leur vie à l'idole que leurs maîtres leur avaient appris à adorer.

Et puis, il y avait tant de compensations : Amour ^ tambour: gloire, victoire {la cuisinière) : clairons, canons (che^ le marchand devins): cela résonnait si bien. C'était une vie de béatitude qui attendait le futur guerrier !

De Vigny avait bien écrit : Grandeurs et Servitudes militaires; mais qui connaissait cela? Et puis, c'était un officier, il n'avait vécu qu'avec les officiers: il n avait pas plongé dans le gouffre sur lequel ils planent. Il ne pouvait donner qu'une idée bien affaiblie des horrei[rs que recèle la caserne.

D'autres avant, avaiçnt bien écrit contre les horreurs de la guerre : contre V inutilité ou la malfaisance des armées, mais. ce n'étaient que des voix isolées, vite étouffées sous les dithyrambes des panégyristes de la forxe. Qui pourra jamais mesurer le mal fait, par les poètes su7^toutj avec leurs vers de mirlitons, mis en musique. En y comprenant le chantre du '^ Petit Caporal'^ Béranger, adoré par les républicains bourgeois.

Plus tard, les défaites de 70, en venant égratigner l'amourpropre cocardier de ceux qui surent tous, et en toUs lieux, faire battre les autres à leur place, ouvrit, pour un temps, un champ de déclamation aux défenseurs de la guerre, aux pai^tisans de la revanche.

Heureusement que chaque excès porte en soi son remède. <c Nous avions été battus paixe que les Allemands s'étaient toujours trouvés dix contre un : parce que, che^ eux, tous les hommes valides étaient soldats! Il ny avait qu'à déci^éter que tout le monde serait forcé de passer par la caserne. Tout le monde soldat, et la France pourrait prendre sa revanche! »

Tout le monde soldat, en théorie c'était très bien. Mais il est dur à ceux qui sont habitués à commander, d'aller obéir, si peu de temps que ça soit. On créa des dispenses : mais, cependant.

€ put faire que, nombre de fils de bourgeois, ne fussent forcés aire, tout au moins., un semblant de service. — C'était la t du ivstème.

Nombre de ceux qui passèrent par la caserne, y trouvèrent ière à réfléchir. Cela se traduisit par des écrits quî n'étaient sment à l'avantage du système. Il en sortit une littérature

le militarisme sortit quelque peu « désauréolé ■». M petite fleur frêle éclose en la pierraille du crâne de la mère brute, empêchée de croître par les épinA et les chari d'un cerveau frustre, devint la plante robuste aux racines tant plus puissantes que sa croissance extérieure fut com- >iée, que nulle tempête ne déracinera plus jamais, et dont •ejètons vigoureux sourdront de toutes parts, apportant

appoint de force d'expansion, envahissant le terrain qui

aura été disputé pouce à pouce.

l y a des siècles et des siècles que les premiers esprits génê- ; se sont élevés contre la guerre. Simple affaire desentitalité d'abord: en en démontrant l'horreur, l'inanité et la ibilitè ensuite, beaucoup plus tard. Et cependant on se bat re hélas!

Vest que la guerre sert trop bien nos maîtres pour qu'ils y >r}cent bénévolement. Trop de chacals et de loups-cerviers y vent leur profit pour qu'elle n'ait pas des défenseurs d'autant

acharnés qu'ils sentent leur proie leur échapper. ,e cerveau de l'homlne est si compliqué, que les choses >les lui échappent à première vue. -

yautre part, comprendre une vérité philosophique, et aillera sa réalisation, cela fait deux opérations distinctes ne vont pas absolument de pair.

"ant qu'il ne s'agit que de spéculer sur des théories ••aites. tant qu'il ne s'agit que de discuter des idées dont la 'sation ne vous paraît pas autrement proche, iln'yaaucune

difficulté à les admettre comme réalisables. On poussera même la condescendance à s'étonner que les hommes soient asse^ stupides pour vivre d'une autre façon.

Mais si vous ajoute^ qu'il dépend des individus seuls que cette réalisation se fasse dans un temps rapproché; si vous conclue^ que, pour en hâter la réalisation, il faut que ceux qui les croient possibles s'attellent à la besogne pour en opérer la diffusion, qu'ils s'essayent à conformer leurs actes avec Vidéal entrevu. Cela change de thèse. Alors resurgissent les objections que Von avait écartées.

Si tout le monde pensait la même chose, certainement cela serait très facile de s'entendr^e; mais, voilà! tout le monde ne pense pas la même chose. D'autre part, il y a tant de natures égoïstes qui ne demandent quà profiter du désintéressement des autres^ que ce serait faire cpuvre de dupe de vouloir vivre une vie de franchise et de solidarité. Et, d'objection en objection, de difficulté en difficulté^ ce bonhomme que, tout à l'heure aucun obstacle n'effrayait intellectuellement^ finit pas y^étrograder pas à paSj et, sous prétexte d'avoir à craindre l'égoïsme des autres, commence à se recroqueviller dans sa peur irréfléchie du nouveau^ préférant s'accommoder de ce qu'il trouve mauvais plutôt que tenter un pas vers l'inconnu.

Et comme l'esprit humain ne vit que de métaphysique, si rindividu se déclare prêt, pour lui-même, à tous les sacrifices, il y a les intérêts supérieurs du Pays! de la Société! de la Civilisation! , de l'Humanité! autant de personnages qui, à son imagination représentent autant d'êtres vivants.

Et puiSy en se retranchant derrière eux, on semble parler un langage beaucoup plus élevé, on semble faire abandon de ses petites préoccupations mesquines. Au fond ce sont toujours les mêmes mobiles^ le mê^nes craintes que nous grandissons avec notre imagination, pour les transposer sur des entités.

Et voilà comment, après avoir pris une superbe envolée dans Va^ur clair de l'ima.gination, notre raisonnement se trouve cruellement ramené vers le sol, où la vue lui est obstruée de toute part, où l'ignorance lui fait considérer la moindre taupinière comme une barrière infranchissable.

Après avoir ct^éé dieu, Ihomine s'est tellement persuadé de son existence^ que depuis des milliers d'années qu'on lui démontt^e rinanité de cette création de son ignorance^ il ne peut parvenir à se débarrasser de la croyance au divin et au surnaturel.

Le spiritisme, V hypnotisme, le magnétisme (i ), sont des suî'vivances de l'idéal religieux qui ne peut se résoudre à mourir d'aucune façon.

Il en est de même des autorités temporelles créées par les hommes. Ils commencent à en sentir Vincommodité^ à en comprendre V inanité relativement au but qu'il leur assigna: mais il ne peut se résoudre à s'en séparer. Il lui suffirait qu'il se refuse à les servir pour quelles croulent.

Mais si lui refuse, il y a <^les autres» qui sont doués de tous les mauvais penchants dont il se sent, pour son compte, débarrassé, qui ne demandent qu'à l'opprimer. Et toujours par crainte d'un péril imaginaire, il se soumet au mal présent, dont, à chaque instant de sa vie, il subit les effets pernicieux.

Lorsque V homme a subi pendant des siècles l'empreinte de certaines idées^ de certaines mœurs^ ces idées, ces mœurs, même lorsqu'il a compris qu'elles ne répondent plus à ses nouvelles conceptions, ne peuvent disparaître d'un seul coup. Elle ne cèdeyit le terrain que pas à pas: elles se transforment, se raccrochent à une autre série de phénomènes.

L'homme s'est d'abord cru le centre de l'Univers. Non seulement la terre, mais le soleil, les astj^es, le firmament qui Ventouraient. avaient été créés pour ses besoins exclusifs.

Forcé de reconnaître que la terre n'était qu'un humble satellite du soleil, il rie s'inclina qu'imparfaitement. Il fallut des siècles pour que cela devint une vérité incontestée. • Mais l'erreur géocentrique abattue, il resta convaincu que, du moins, la terre, tout ce qu'elle contenait, faune et végéta-

(r) Pour ces deux derniers^ je ne veux pas parier des quelques phénomènes très réduits, étudiés par la science: mais des branches exploitées par les charlatans et certains naïfs qui, tout en prétendant se laisser guider par la théorie de l'évolution laissent entrevoir des phénomènes ininconnusi^ qui les font retomber dans le spiritualisme.

iion. n'avaient droit à l'existence qu'en vertu de leur utilité pour le genre humain.

L'erreur anthropocentrique pas plus heureuse que la précédente, doit baisser pavillon. Ce royaume que l'homme voulait se créer à part, nettement séparé de ce qui l'environne^ n'a jamais existé que dans son imagination. Produit ultime de toute une évolution^ la science, aujourd'hui, déterre un à un les anneaux qui le relient à toute la chaîne d'évolution le rattachant au monde animal, mais encore au sol, au climat, et son orgueil non abattu se réfugie dans l'erreur des races supérieures.

Et cette erreur favorisait trop les appétits de domination des maîtres, la soif de lucre du mercantilisme acculé à se chercher de nouveaux marchés, pour que cette erreur ne fût pas flattée. Et la guerre devehue, sinon impossible, du moins peu rénumératrice entre blancs, a pris, dans ces derniers temps, une extension considérable contre les races attardées sur le chemin de l'évolution.

Sous prétexte de progrès et de civilisation on continue systématiquement l'extinction des peuplades conquises, commencée, déjà, depuis que les premiers blancs entrèrent en contact avec les primitifs ou demi civilisés.

Ce que commencèrent l'esprit d'autorité, le fanatisme religieux, est dignement continué par l'avarice du marchand, les froids calculs de l'agioteur, et la duplicité de tous.

Autrefois c'était le prêtre, le monarque et le guerrier qui décidaient de la guerre, aujourd'hui c'est le marchand encombré de ses marchandises, c'est le spéculateur qui rêve de territoij^es à vendre, de mines à mettre en action. Et le peuple stupide, continue à pay^er de son travail, de ses souffrances et de sa peau.

L'esprit religieux de nos ancêtres avait inventé une sorte de justice immanente , planant au ciel, qui, à un moment donné de notre existence, devait nous apporter la récompense ou le châtiment de nos actes. Le catholicisme en fit l'attribut de son

dieu qui après notre mort, devait nous solder noire compte après avoir comparé doit et avoir.

Il se trouve que cette erreur de nos ancêtres n'est que l'intuition d'une vérité. Seulement cette justice immanente nest pas l'attribut d'un être supérieur. Elle ne se cache pas au ciel, elle est le résultat de nos actes. Il se peut que, parfois, ce ne soit qu'après la disparition de la génération qui les aura accomplis que se fassent sentir les effets bons ou mauvais de certains actes. Mais ils arrivent tôt ou tard. Les générations existantes paient pour les générations disparues, ou profitent des actes bons qu'elles accomplirent, comme celles-ci payèrent ou. furent rétri*buées pour celles qui les avaient précédées, ^^ans leur rage de s'enrichir, agioteurs, spéculateurs et industriels, se sont évertués à accélérer les progrès leur permettant de produire beaucoup et rapidement. Ce n était pas pour se chausser que l'on fabriquait des chaussures, ni pour s'habiller que r 071 tissait des vêtements: pour manger que l'on récoltait du blé, que Von engraissait du bétail : c était pour trafiquer ^ agioter, faire de l'or.

Les spéculateurs sont punis de leur propre aveuglement. Encombrés de leurs produits, ils ne savent plus qu'en faire. Ils ont diminué leur productioîi. Mais le chômage diminuant la faculté de consommation des producteurs, cela augmente encore V encombrement. Les pays conquis dont ils s'étaient fait des débouchés, deviennent producteurs à leur tour,, et leur font con-currence. Chaque pays produisant surtout pour exploiter, ils en sont venus à une nouvelle guerre: la guerre des tarifs et droits prohibitifs. Autre replâtrage qui ne peut durer;

A^forre d'avoir produit pour spéculer, il faudra en revenir à la saine notion de produire pour consommer: ce qui amènera peut-être une détente dans les rapports du capital et du travail. Changements qui se répercuteront dans toutes les branches de Vactivité humaine.

D'autre part, cette folie de dévastation qui pousse la race blanche à détruire le sol sans lequel elle ne peut vivre, aveuglement quelle commence à payer, cette folie de meurtre et de carnage qui Va déchaînée à travers le monde, semant sa route de ruines et des cadavres des populations rouges, jaunes et noires qu'elle détruit, n'ont pas été sans amener leur réaction. Quelques jfoix timides ont fait enteyidre de faibles protestations. Ces protestations en ont fait élever d'autres: la rumeur tend à devenir une clameur qui fie tardera pas à être asse^ puissante pour faire taire la voix du canon.

C'était le commencement. Après avoir déjyiontré quelle école d^ abrutissement et de démoralisation était la caserne: quelle broyeuse de cerveaux, de caractèi^es et de volontés était la discipline^ on en vint à discuter le principe au Jiom duquel on en prêchait la nécessité. IJidée de patrie eut son tour. On Vanalysaj, on la disséqua: on en démontra la fausseté.

Oh! ce n'était pas une découverte nouvelle. De tous temps. Vidée de patrie, comme Vidée de la guerre, avait été combattue dans son esprit étroit, mais ces sentiments étaient restés de simples beautés philosophiques dont on admirait la largeur d'esprit, mais n'ayant rien à voir avec la morale co}.irante.

Cependant, du jour où ceux dont la parole pouvait avoir quelque poids furent forcés de payer de leur peau, les protestations^ eurent de Vécho: elles prirent corps en se multipliayii, forcèrent les indifférents à ouvrir les oreilles, les moins clairvoyants à ouvrir les yeux. La critique des institutions se précisa, les aspirations se formulèrent: le masque de mensonges fut arraché, et la hideur apparut dans toute son horreur.

Aujourd'hui Vinstitutioyi est sapée dans sa base. Védifce se lézarde» Sa ruine définitive n'est plus quune affaire de temps.

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