‹ Guerre-militarismeChapitre 23 sur 42 · FOURIER · texte numérisé non relu

FOURIER

{Théorie de l'Unité universelle^ l. III.)

Ce soir, Daudet, comme je m'indignais du manque d'indignation de la France contre les saletés gouvernementales, me disait peut-être justement: «Ça tient à une chose, c'est que maintenant tout le monde est soldat, est maté^ discipliné, asservi, et reste l'esprit sous le coup de la salle de police ! »

(Journal des Goncourt.)

(Fasquelle, éditeur.)

On a, paraît-il, le secret du rappel du général Dodds. crime, assure-t-on, était de se retuser à organiser de feintes e: dirions destinées à l'extermination de feints pirates, qui demandait qu'à se tenir cois et que nos soldats allaient, seioi célèbre expression de Gambetta, chercher jusque dans I* repaires.

Ces « montages de coups » sont, en effet, de tradition d'usage dans les armées coloniales où a beau mentir qui télé, phie de loin. On saccage un certain nombre de villages et l'on à bout portant quelques indigènes auxquels on persuade qi étaient en pleine révolte. El ces exploits, faciles à pratiquer mt en voyage, valent la crjix à celui-ci et la graine d'épinard celui-là.

Dans un livre excessivement remarquable, intitulé : L'hon qui tue, Hector France nous donne sur ces expéditions pré dilées des détails à faire frémir. Or, à en juger par ce qui se ] sait en Afrique, au temps où Hector France y servait, on dei ce qui doit se passer au Tonkin.

Car, le métier militaire étant l'art d'avancer sur des cadav il faut bien faire des cadavres afin d'obtenir de l'avancemi Aussi, quand le Tonkin joue à ses envahisseurs le mauvais t de se tenir tranquille, vite une colonne se forme dans le d'aller l'agiter — avant de s'en servir.

Tous les jours nous répétons à nos lecteurs que le Ton n'est pas encore pacifié. Parbleu ! il voudrait l'être que nos mi 1res de la Guerre et de la Marine ne le lui permettraient pas. Annamites ne sont pas seulement pour les officiers de la cl à canon : ils sont aussi de la chair à galons.

H. ROCHEFOBT

[L'inlransigeanl. Le mal militaire, 3o juillet 1896.)

Le Militarisme, cause de dégénérescence physique

«N^Sa:^ ^l>^^0%^^^^^%0'^0^^^0^^^^^

Les Spartiates nous fournissent un remarquable exemple de sélection artificielle appliquée à Thomme et sur une grande échelle; chez eux, en vertu d'une loi spéciale, les enfants subissaient aussitôt après leur naissance, un examen rigoureux, un triage. Tous les enfants faibles, maladifs, entachés de quelque vice corporel, étaient mis à mort. Seuls, les enfants parfaitement sains et robustes avaient le droit de vivre et seuls, plus tard, ils se reproduisaient. Parce moyen, non seulement la race Spartiate se maintenait dans un état exceptionnel de force et de vigueur, mais encore, à chaque génération, elle gagnait en perfection corporelle. Sûrement, c'est à cette sélection artificielle que le peuple de Sparte dut ce haut degré de force virile et de rude vertu héroïques par lequel il s'est signalé dans l'histoire de l'antiquité.

Beaucoup de ces tribus d'Indiens Peaux-Rouges de l'Amérique du Nord, qui actuellement sont refoulées dans la lutte' pour" l'existence par la prépondérance de la race blanche, en dépit de la plus héroïque résistance, doivent aussi leur grande force corporelle et leur vaillance guerrrière à un triage minutieux des nouveaux-nés. Làausssi tous les enfants débiles ou atteints d'un vice corporel quelconque sont mis à mort; seuls, les individus parfaitement robustes sont épargnés et perpétuent la race. Que par l'eflfetde cette sélection artificielle, continuée durant de nombreuses générations, la race soit considérablement fortifiée, c'est ce qu'on ne peut mettre en doute et ce qui est suffisamment démontré par quantité de faits bien connus.

C'est tout à fait à rebours de la sélection artificielle des Indiens et des anciens Spartiates que se fait dans nos modernes Etats militaires le choix des individus pour le recrutement des armées permanentes. Nous considérerons ce triage comme une force spéciale de la sélection et nous lui donnerons le nom très juste

de « sélection militaire )>. Malheureusement, à notre époque plus que jamais, le militarisme joue le premier rôle dans ce qu'on appelle la civilisation; le plus clair de la force et de la richesse des États civilisés les plus prospères est gaspillé pour porter ce militarisme à son plus haut degré de perfection. Au contraire, réducation de la jeunesse, l'instruction publique, c'est-à-dire les bases les plus solides de la vraie prospérité des États et Tennoblissement de Fhomme, sont négligées et sacrifiées de la manière la plus lamentable. Et cela se passe ainsi chez des peuples qui se prétendent les représentants les plus distingués de la plus haute culture intellectuelle., qui se croient à la tête de la civilisation ! On sait que, pour grossir le plus possible les armées permanentes, on choisit par une rigoureuse conscription tous les jeunes hommes sains et robustes. Plus un jeune homme est vigoureux, bien portant, normalement constitué, plus il a de chances d'être tué par les fusils à aiguille, les canons rayés et autres engins civilisateurs de la même espèce. Au contraire, tous les jeunes gens malades, débiles, affectés de vices corporels, sont dédaignés par la sélection militaire; ils restent chez eux en temps de guerre, se marient et se reproduisent. Plus un jeune homme est infirme, faible, étiolé, plus il a de chances d'échapper au recrutement et de fonder une famille. Tandis que la fleur de la jeunesse perd son sang et sa vie sur les champs de bataille, le rebut dédaigné, bénéficiant de son incapacité, peut se reproduire et transmettre à ses descendants toutes ses faiblesses et toutes ses infirmités. Mais, en vertu des lois qui régissent l'hérédité, il résulte nécessairement de cette manière de procéder que les débilités corporelles et les débilités intellectuelles qui en sont inséparables doivent non seulement se multiplier, mais encore s'aggraver. Par ce genre de sélection artificielle et par d'autres encore s'explique suffisamment le fait navrant, mais réel, que, dans nos États civilisés, la faiblesse de corps et de caractère sont en voie d'accroissement et que l'alliance d'un esprit libre, indépendant, à un corps sain et robuste devienne de plus en plus rare.

Aux progrès de la débilité chez les peuples civilisés modernes, inévitable conséquence de la sélection militaire, vient s'ajouter un autre mal : c'est que la médecine contemporaine, quelque

perfectionnée qu'elle soit, est encore bien souvent impuissante à guérir radicalement les maladies, mais elle est bien plus en état qu'autrefois de faire durer les affections lentes, chroniques, pendant de longues années. Or, précisément, des maladies de ce genre, fort meurtrières, comme la phtisie, la scrofule, la syphilis, et aussi nombre d'affections mentales sont tout spécialement héréditaires et passent de parents maladifs aune partie, quelquefois à la totalité de leurs enfants. Or, plus les parents maladifs réussissent, grâce à Tart médical, à prolonger longtemps leur misérable existence, plus leurs rejetons ont chance d'hériter de leur incurable maladie. Le nombre des individus de la génération suivante qui seront atteints, grâce à cette sélection médicale, du vice héréditaire paternel s'accroît ainsi continuellement.

Si quelqu'un proposait de mettre à mort dès leur naissance, à l'exemple des Spartiates et des Indiens Peaux-Rouges, les pauvres et chétifs enfants, auxquels on peut à coup sûr prophétiser une vie misérable, plutôt que de les laisser vivre à leur grand dommage et à celui de la collectivité, notre civilisation soi-disant humanitaire pousserait avec raison un cri d'indignation. Mais cette <K civilisation humanitaire» trouve tout simple et admet sans murnaurer, à chaque explosion guerrière, que des centaines et des milliers de jeunes hommes vigoureux, les meilleurs de la génération, soient sacrifiés au jeu de hasard des batailles, et pourquoi, je le demande, cette fleur de la population est-elle sacrifiée? Pour des intérêts qui n'ont rien de commun avec ceux de la civilisation, des intérêts dynastiques tout à fait étrangers à ceux des peuples qu'on pousse à s'entre-égorger sans pitié. Or, avec le progrès constant de la civilisation dans le perfectionnement des armées permanentes, les guerres deviendront naturellement de plus en plus fréquentes. Nous entendons aujourd'hui cette « civilisation humanitaire » vanter l'abolition de la peine de mort comme une « mesure libérale » !

{Histoire de la Création, par Ernest Haickel. i vol. 12 fr. 5o, chez Schleicher frères, i5, rue des Saints-Pères.

Si on compare la mortalité des militaires aux civils du même âge, on trouve que la vie militaire a une influence sur la diminution de la vie. C'est ainsi que^ toutes proportions gardées, et en égalisant autant que possible les conditions de ces deux groupes, la mortalité de l'armée est de i8 o oo, alors que celle des célibataires de vingt à vingt-cinq ans n*est que de i3 environ. L'armée, qui est composée d'hommes choisis, donnant plus de décès que les civils du même âge qui ont été exclus de l'armée comme incapable de supporter les fatigues du service militaire, l'armée se trouve dans des conditit)ns hygiéniques très inférieures.

D"^ Chervin.

{Dictionnaire des sciences anthropologiques.)

M. Charles E. Woodruff, médecin militaire, a fait une grande découverte, et il la communique au très officiel Army and Navy Register^ qui la publie avec un courage professionnel dont les exemples sont bien rares en Europe. Cette découverte consiste en ceci, que les écoles spéciales militaires en général, et celle du West-Poiot en particulier, ne fournissent qu'un seul résultat, à savoir, l'amoindrissement physique, et l'annihilation mentale de leurs élèves. Une longue expérience personnelle, et des informations prises aux sources mêmes, permettent à M. Woodruff d'affirmer qu'un jeune homme, quand il sort de West-Point, fût-ce dans les premiers rangs, en sait infiniment moins long sur toutes matières, que lorsqu'il y est entré, fût-ce avec les notes les moins bonnes. Il y a, en outre, chez ce jeune homme, un commencement d'atrophie des facultés de compréhension, de mémoire et d'élocution. D'autre part, ce malheureux, quand même il aurait été jadis champion de tous les sports à ri'niversité, a perdu presque tout de son endurance et de sa souplesse^ de sa robustesse et de son adresse.

La Revue Bleue,

. . . Dans tous les pays où existent- des armées permanentes, la conscription enlève les plus beaux jeunes gens, qui sont exposés à mourir prématurément en cas de guerre, q^ui se laissent souvent entraîner au vice, et qui, en tout cas, ne peuvent se marier de bonne heure. Les hommes petits, faibles, à la constitution débile, restent, au contraire, chez eux et ont, par conséquent, beaucoup plus de chances de se marier, et de laisser des enfants.

Darwin.

[La Descendance de l'Homme, p. [^5-146, Schleiclier frères. |

A chaque instant, dans ta pratique, le médecin se heurte à des cas qui {'étonnent et qui seraient inexplicables si le surmenage n'était pas invoqué comme cause des faits observés. — l'ne caserne est ancienne; ses murs et ses plafonds recèlent sans doute des microbes, car une épidémie se déclare : la fièvre typhoïde décime les hommes. On blanchit les murs, on désinfecte, l'épidémie augmente et fait rage. On change de colonel : la maladie disparaît comme par enchantement. — C'est qu'un chef moins remuant a pris le commandement : les hommes ne sont plus soumis à un surcroît de manœuvres. Plus de promenades de 5o kilomètres, plus de prouesses de gvmnastique et de voltige destinées à faire l'admiration de la population civile. Le ■ soldat, ramené au travail strictement réglementaire, n'est plus Sous le coup du surmenage; une diminution de fatigue â suffi pour éteindre l'épidémie.

Les fièvres typhoïdes, si fréquentes dans l'armée, sont presque toujours des fièvres de surmenage. Elles s'observent surtout dans les troupes soumises à des manœuvres supplémentaires, à des marches forcées ; elles sévissent de préférence dan les armes qui demandent un travail de force, dans les garnison d'artillerie, par exemple, comme on l'a vu à Angoulême et Clermont. Enfin, elles atteignent de préférence les jeunes soldat qui ne sont pas encore habitués à la fatigue. De plus, détai

caractérisque, elles se propagent rarement à la population civile

dont les maisons touchent les casernes, mais qui n'est pas

soumise aux mêmes causés de surmenage.

E. Lagrangf:.

{Physiologie des exercices du corps, page 184, Bibliothèque scientifique internationale, chezAIcan.)

Avant notre premier rapport au conseil de santé sur la campagne d'Orient et notre statistique sur la campagne d'Italie, on supputait assez mal en France les pertes de l'armée pendant ces deux guerres. Pour la campagne d'Orient, les uns parlaient de 5o ou 60,000 hommes tués ou morts des suites de blessures ou de maladies. D'autres ne croyaient pas pouvoir évaluer le chiffre des pertes à moins de i5o,ooo hommes. Les uns et les autres se trompaient. La vérité était que la prise de Sébastopol et la paix conquise nous avaient coûté 95,6i5 hommes. — Mais c'est dans la décomposition de ce total que l'on rencontre des révélations bien faites pour étonner, émouvoir les hommes spéciaux euxmêmes et leur donner à penser. Comment! trois batailles, l'Aima, Inkermann, Traktir, un grand nombre de petits engagements, deux assauts sur une ligne immense, un combat gigantesque d'artillerie pendant onze mois, une lutte de tous les jours, de toutes les nuits dans la tranchée jusqu'au pied des ouvrages de la place, toute cette campagne donnait une perle de 10,240 hommes tués et 10,000 morts de leurs blessures! Donc, plus de 75,000 soldats avaient succombé aux atteintes de la maladie et particulièrement sous le coup des épidémies infectieuses.

Pour la campagne d'Italie, que n'a-t-on pas dit de la mortalité par le feu de l'ennemi, après Montebello, Palestro, Turbigo. Robecchetto, Magenta et Solférino où 400,000 hommes se trouvaient en présence? La vérité est que l'armée française a perdu 3,664 tués ou disparus, sur 8,674 décès pendant une campagne de deux mois. Et il en est de même dans toutes les guerres ; les balles et les boulets, malgré les perfectionnements, feront toujours infiniment moins de victimes que les maladies

dont on ne se préoccupe jamais assez, qu'on ne cherche pas à prévenir et qui ne se développent et ne s'aggravent que parce que Thygiène générale et la prophylaxie ne sont pas dans les attributions du médecin. II ne faut pas chercher ailleurs la cause de si grandes différences entre les effets incroyablement si faibles des engins de guerre et les effets désastreux de la fièvre et de l'appauvrissement du sang.

Ouvrons l'Annuaire militaire; nous verrons de suite l'importance qu'on attache à la conservation des chevaux et des mulets de Tarmée et les vues économiques qui confirment cette importance. On compte dans l'armée 90,000 chevaux et 840 vétérinaires ; mais il y a i5,ooo chevaux de la gendarmerie à déduire, parce que ces chevaux, disséminés par 4 ou 5 dans les brigades, ne sont pas soignés par les vétérinaires militaires; il reste donc 75,000 chevaux, ce qui donne 4 vétérinaires 1/2 pour mille chevaux. Tandis qu'il n'y a que 2 médecins pour mille hommes!

Cette disproportion si extraordinaire en temps de paix devient incroyable en temps de guerre. En effet, après une bataille, les chevaux atteints de fracture d''un membre ou de blessures graves sont aussitôt abattus, sacrifiés; les vétérinaires n'ont donc plus alors à s'occuper que des blessures légères ; tandis que parmi des milliers d'hommes blessés plus ou moins sérieusement, ce sont ceux le plus gravement atteints, et dont l'existence paraît le plus menacée, qui occupent surtout le médecin et exigent ses soins empressés et continus.

Si nous examinons les règlements sur l'alimentation des

hommes et des chevaux, nous voyons que la ration des chevaux

est proportionnée à leur taille et au service qu'ils doivent faire ;

nous voyons que cette ration est augmentée pendant la saison

des manœuvres et pendant les routes, tandis que la ration de

vivre des hommes, généralement reconnue insuffisante pour

l'infanterie, n'est cependant pas plus forte pour les carabiniers,

les cuirassiers, l'artillerie, le génie, etc.,- qui n'ont que des

hommes de grande taille.

D*" J.-C. Chenu.

{La Mortalité dans l'armée, pages 11 à 14; 1 vol., 3 fr. 5o, Hachette, éditeur, 79, boulevard Saint-Germain.)

Quinze degrés au-dessous de zéro. Des soldats manœuvrent sur la place. On exécute les exercices du fusil, à peu près inutiles en guerre, mais si séduisants à la parade en ce qu'ils traduisent par l'ensemble de l'exécution, l'esprit général de soumission aux ordres donnés. « Que je n'entende qu'une crosse » a l'habitude de dire Tofficier qui commande de reposer l'arme; dans ce cri, à son insu, donnant l'expression synthétique de l'unité que doit être le régiment.

Immobiles sous la bise qui les cingle, gardant la position si fatigante des mouvements décomposés, les conscrits, attentifs au commandement, prêtent l'oreille. Bon dieu quel froid! Les civils se hâtent, les mains dans les poches. Dans les chambres bien closes, on grognonne que les cheminées tirent mal; on gèle auprès du feu ; des officiers généraux qui ne sont pas douillets par profession, enveloppés dans des robes de chambre, se plaignent à leurs ordonnances des vents coulis qui glissent sous les portes.

Le bataillon manœuvre toujours, il manœuvre sur place. L'acier des armes colle à la peau, les corps grelottent sous les courtes vestes, le sang bourdonne aux tempes qu'étreint un bandeau glacial.

Un soldat laisse tomber son arme.

Injures, menaces, promesses de salle de police, de prison, le laissent indifférent. Il essaie de ramasser le fusil à terre, c'est en vain. Ah! on a les doigts engourdis, il paraît! Eh bien on les dégourdira à la boîte. Qu'est-ce qui m'a fichu des soldats comnrîe cela! Voyez-vous cette petite fille qui se plaint de l'onglée!...

Ce n'est pas l'onglée. Le malheureux, sourd aux gros mots qui le bousculent, n'est plus sensible qu'à ses souffrances. Il hurle, lui qui s'était héroïquement contenu. Le médecin examine ses mains : elles sont gelées.

Des soldats, ses camarades, se sont aussi rendus à la visite; ils éprouvent aux oreilles une souffrance singulière. Le médecin examine leurs oreilles : elles sont gelées. Pour le premier malade, il faudi^a probablement procéder à une double amputation...

Vous vous doutez que ces faits se sont passés en Allemagne.

Chaque jour, il nous arrive de là-bas des récits de ce genre, des traits de discipline cruelle. Un de plus ou de moins n'est pas pour nous surprendre. Cela est odieux, et notre patriotisme charitable flétrit comme il convient ces abus de pouvoir. Oui, TAllemagne est dure à ses soldats, et qu'elle en ait laissé geler à l'exercice, c'est la chose du monde qui nous surprend le moins... Il nous est pénible de vous détromper : ces faits se sont passés en France, à Dunkerque; les soldats gelés appartenaient au 1 10^ régiment de ligne.

(V Eclair.)

Dimanche 8 avril. — Et voilà Pierre Gavarni, qui nous entretient de la contamination des campagnes par cette universalité de

soldats rapportant la v dans les localités les plus sainement

portantes. Il signale aussi le changement curieux qui s'est fait chez les paysans de son département, qui, lorsqu'ils n'avaient pas le sol, étaient des conservateurs forcenés, et qui, maintenant qu'ils possèdent des terres et de l'argent, sont socialistes.

(Journal des Goncourt,)

En France, la Cour reconnaissait la nécessité des filles de joie partout où il y avait des soldats. Alors, comme aujourd'hui, on considérait les deux institutions comme intimement liées.

Yves Guyot (La Prostitution.)

On a accusé, et non sans raison, je pense, la sélection militaire de jouer un rôle important dans la dégénérescence physiologique. Elle enlève à la reproduction, pour un temps ou définitivement, les sujets les plus propres à la lutte pour l'existence et, par conséquent, les moins nés pour le crime; tandis que les plus impropres à la procréation d'enfants aptes à la lutte pour l'existence pullulent d'autant plus facilement qu'ils n'ont pas de concur- ^«ï^^s. Ch. Féré.

Quelques hommes prennent à la caserne des habitudes d'intempérance qu'ils n'avaient pas avant leur incorporation et absorbent volontiers le matin à jeun un petit verre de liqueurs fortes. On peut observer chez eux au bout d'un certain temps les traces plus ou moins marquées de Talcoolisme chronique qui nécessite un traitement dans les infirmeries et même dans les hôpitaux.

D*" Marvaud,

Médecin principal de i" classe.

MALADIES VENERIENNES

Elles constituent la plaie dans la flotte comme dans la marine entière.

La syphilis fournil 18.42 pour i.ooo de malades.

Le chancre mou, 23. 06 pour i.ooo.

La blennhorragie, 89.83 pour i.ooo.

Soit ensemble : 76.82 pour i.ooo.

Il n'est pas téméraire de majorer le chiff're et de le porter à 100 pour i.ooo, étant donné le nombre d'hommes qui sont soignés tout en continuant leur service à bord, ceux qui échappent à l'observation médicale (cadres), et les cas relevés chez ceux des hommes en traitement à l'hôpital pour d'autres affections.

MALADES A L'hNFmMERIE

17,251 soldats des troupes européennes (de la marine) ont été traités à l'infirmerie (dans l'année), soit 641 p. i.ooo de l'eff*ectif présent, sous-officiers et soldats.

Les affections qui donnent le plus d'entrée à l'infirmerie sont:

1° Paludisme

2" Maladies vénériennes

3^' Diarrhée

4** Maladies chirurgicales 5^ Lésions traumatiques

{Journal Officiel, 18 juillet 1901.)

Page 1