‹ Guerre sud-africaine [microforme]Chapitre 6 sur 6 · SEANCE DU SOIR · texte numérisé non relu

SEANCE DU SOIR

M. BOURASSA : M. le Président, un mot aintenant de ma présentation à la Cham- , vanter d’expriion unanime de nt, cette prétenréalité, je sais in groupe de libn conservatrice r m'opposer un Ils frappèrent à réal et Ottawa ; otes prêts à par-

leader de l'opposition a stigmatisé cet inci- “dent comme l’un des plus grands scandales de l'histoire parlementaire. Que serait-il ad- “yenu de la conscience délicate de l'honorable député s’il avait siégé aux Communes anglaises lorsque lord Macaulay, faisant alors

tion du bill de l'esclavage présenté par le “Ministère comme une mesure ministérielle ?

e, pourvu qu’on 'attitude et le discours de l’illustre histoérieux ; non pas ien p'ovoquèrent un vote contre le gouverl'électorat, mais ‘#MBement ; le ministère ne l'emporta qu’à sept nsolations après #Woix de majorité et le bill fut rejeté par la n ne se sentait hambre des Lords, Et cependant, le goule principes. ernement dont lord Macaulay faisait partie baders de cette ‘Æefusa d'accepter sa démission.

l'opposition, se % Lorsque j'arrivai à Ottawa, pour prêter arce qu'aucun ue seconde fois serment de fidélité à la andidature. Le nto, organe des M ni

et je suis heu- L £ e ce journal a Empossible, Je m'efforçai en vain de corinions que j’ex- "Æompre les rigides interprètes de la procébartis politiques Mure parlementaire en leur demandant d'ae ls ont-compris, ! ompagner cette présentation excentrique inient beaucoup "8 une clause de ‘ non-précédent ”. Au même moment, je rencontrai, par hasard, le mihistre des Travaux publics et il me dit, Mais je vous accompagnerai volontiers !

MY ous avez démissionné malgré mon avis conques faits à la “taire ; cependant, j'aime la Jiberté à cause bière assemblée, le cela, je vous présenterai”, Je trouvai ln après ma dé- M aison suffisante, Je ne songeai pas cotmsa la résolution ÆMblen je pouvais scandaliser la pudeur angébit un conserva- "iques des pucelles rougissantes qui minauhent à l'élection “ent à votre gauche, M. le Président. Je er la résolution, Meur en demande pardon aujourd'hui et elles “peuvent m'en croire, c'est 1à l'explication

décliner mes titres à la Chambre sans ap-

teurs qui m'ont ussi denués de tawa semble le

bre par le ministre des Travaux publics. Le |

Couronne, je voulais me présenter seul et |

Mais on m'informa que la chose était |

La PURGE PIE SET CLR A RENTREE ARE DER 2 2

sincère et complète de ce scandale honteux.

On m'a reproché aussi d'être venu siéger à votre droite au lieu d'aller à l'opposition.

Je pourrais citer, par cen-|On m'a administré beaucoup de lecons de

logique depuis que je siège au parlement, mais ma stupidité est évidemment incurable, car j'avoue qu’il m'est impossible de saisir le raisonnement de ces messieurs.

Pourquoi serais-je aller à gauche ? Estce parce que le leader de l’opposition a clamé par tout le pays que les libéraux ne s’aventuraient pas assez loin dans la voie où je refuse de les suivre ? Est-ce parce que le député de Beauharnois (M. Bergeron) voulait envoyer cinq mille Canadiens-français dans l'Afrique australe ?

M. BERGERON : Je n'ai jamais dit cela.

M. BOURASSA: Je suis heureux d’entendre l'honorable député donner le démenti aux paroles qu'on lui a prêtées,

Est-ce parce que toute la meute de la presse tory a accusé le gouvernement de demi-trahison et moi-même de double trah:son ?

Il est vrai qu: sur la question des frais de l’expédition, les deux chefs se sont rencontrés à mi-chemin ou, comme dirait mon honorable ami le député de Laprairie (M.

Monet) se sont partagé la pomme d’iniquité. Mais ceci ne fait pas un archange de l'honorable leader de la gauche et ne le justifie pas de sa longue carrière. Les hésitations mêmes dont il a fait un crime au gouvernement m'empêchent de tomber dans la caverne du lion. Ces hésitations m'inspirent quelque indulgence à l’endroit du ministère. Lorsqu'un homme tremble avant de pécher, il prouve que la conscience parle encore chez lui.

Parce que je condamne les hommes qui ont commis une action mauvaise, dois-je me jeter dans les bras d'hommes nés et nourris dans le péché ? Parce que j'accuse le gouvernement de s'être rendu coupable d'un acte de toryisme, dois-je m'aller mettre sous le joug même ‘du toryisme ? Je vois des hommes à votre gauche, M. lc président, qui m'inspirent beaucoup d'estime et de respect ; et j'en vois à droite pour qui je n'éprouve pas la même sympathie que pour leurs voisins. En d'autres termes, il y a des libéraux à gauche et des torys à droite—en donnant à ces appellations un sens beaucoup plus large que celui que comporte l'étroite étiquette des partis. Mais lélément qui domine l'opposition, est l'essence même ‘de la pire espèce de toryisme. J'ai entendu, l'autre jour, mon honorable ami, le député de Terrebonne (M. Chauvin), flageller en quelques paroles le député d'Yorkouest (M. Wallace), J'ai écouté, quelques semaines auparavant, les remarques que l'honorable député de Trois-Rivières (sir Adolphe Caron) adressait avec le tact judicieux qui lui est habituel, à ces gens qui parlent avec mépris d'un gouvernement de # Mocassins ”.

Ceci indique gui sépare ce

différence les libé-

nettement, la que j'appelle

aux et les conservateurs de la gauche, Je n'aurais nulle objection à travailler, la main dans la main, avec les conservateurs animés de sentiments libéraux, quelles que soient leurs croyances et leur origine.

Mais j'éprouve une antipathie innée pour les torys de cœur et d'instinct. Je suis un libéral de l'école anglaise, Je suis un disciple de Burke, de Fox, de Bright, de Giladstone et des autres “ Little Englanders,” qui ont fait l'Angleterre et ses possessions ce qu'elles sont aujourd'hui ; les rangs de leurs disciples fidèles, parce qu'il plairait à M. Chamberlain et à d’autres radicaux rénégats, dévorés du délire de l'ambition, de traiter ces grands hommes d'insensés. On peut dire que Gladstone a changé d'opinion sur plusieurs questions.

C'est vrai. Mais—-et c'est là la marque de son génie et de son libéralisme—toutes ses variations l’entraînaient du plus étroit au plus grand. Qu'il s'agit de questions d'Eglise, d'affaires d'Etat ou de science sociale, tous ses changements d'opinion ont été une marche constante dans la voie du libéralisme.

Je suis né libéral, je mourrai libéral, Et libéral je resterai, même à travers les flots du toryisme qui peuvent submerger un instant les champs du libéralisme. Et ni roi, ni gouverneur, ni ministre, même dans mon propre parti, et nulle foule aveugle ne peuvent m'imposer des convictions aui ne sont pas les miennes. L

Dans ma lettre au premier ministre et dans tous mes discours aux électeurs de Labelle, comme dans mes entretiens particuliers, j'ai déclaré que je continuerais à appuyer la politique d'administration du cabiuet actuel, parce que je la croyais bonne.

Par conséquent, à un point de vue général, il était naturel que je reprisse dans cette Chambre la place que j'y occupais autrefois.

Je pourrais ajouter qu'à l'exception de mon honorable ami, le député de Laprairie (M. Monet), et des autres députés, peu nombreux, que nous allons entendre ce soir, j'aurais le droit exclusif de conserver mon siège d'autrefois à cette Chambre, car je suis seul à soutenir aujourd'hui les mêmes principes, à prôcher la même doctrine que je professais il y a six mois.

Quelques VOIX :

M. BOURASSA: Les honorahles députés de la gauche n'ont pas lieu d'applaudir si bruyamment, Ils ne devraient pas oublier la doctrine que leur propre chef a prêchée avec tant de vigueur et d'éloquence, dans plusieurs circonstances antérieures, A part mon honorable ami (M. Monet) et quelques autres députés qui voteront avec nous ce soir, aucune faction de cette Chambre n'a le droit de rire aux dépens de ses adversaires,

Je condamne l'action du gouvernement en cette occurrence particulière, et je viens lui déclarer que mes constituants approuvent mon attitude et m'ont confié un nouveau mandat, Ils m'ont chargé de mettre le ca-

Ecoutez ! écoutez !

et je ne déserterai pas:

binet en garde contre toute nouvelle tenta.

tive de violenter la constitution et d'engager l'avenir de ce pays, hors la connaissance et sans l’assentiment des Chambres et du peuple.

Un mot, maintenant, au député de Beauharnois (M. Bergeron) ;—ou plutôt aux gens, assez nombreux, qui partagent l’opinion exprimée par l'honorable député, en plusieurs circonstances, entre autres, dans une réunion publique, ici, à Ottawa. L’honorable député (M. Bergeron) aurait dit, paraît-il, que ’apineau avait violé la constitution, et que, s'il était en mon pouvoir de le faire, je suivrais cet exemple. Il aurait même proclamé ailleurs que les libéraux, depuis Papineau jusqu'à nos jours, n'avaient aucuns principes.

Et d'abord, lorsque le député de Beaubharnois parle principes, il me semble entendre un chœur de sourds et muets exécutant des partitions de “Faust” ou du ‘“Trouvère.” Mais, lorsqu'il m'accuse de me laisser guider par des tendances héréditaires, je me reconnais coupable du crime ; et je saisis l'occasion qui m'est offerte—la première et la dernière—pour imposer à la Chambre le récit d'une courte page d'histoire de famille. Ces souvenirs peignent parfaitement, à mon avis, le développement des institutions britanniques dans le Canada français et c’est ce qui me pousse à les évoquer,

Quelques VOIX : Ecoutez ! écoutez !

M. BOURASSA : Les honorables députés de la gauche me pardonneront facilement, je l'espère, cet abus de leur patience, Leur leader est d'ailleurs porté à confondre #ouvent l'histoire du Canada, et même ui non chapitre de l'histoire de l'empire, avec sa propre biographie.

En 1775, alors que Montgomery et Arnold assiégeaient Québec, où le général Carleton était prisonnier avec sa petite armée, des dépêches importantes arrivèrent à Montréai à l'adresse du général Deux jeunes Canadiens-français offrirent d'aller porter ces dépêches, Ils parcoururent, presque toujours à pied, les soixante lieues qui séparent les deux villes, Ils traversèrent les lignes améticaines et les quelques districts mécontents qui se trouvaient sur leur route. Après des exploits prodigieux d'adresse et de courage, ils pénétrèrent dans Québec, ayant en À passer à portée de fusil des lignes d’'investissement. Ils remirent leurs dépêches au Gouverneur, et servirent comme volontaires jusqu'à la levée du siège. L'un de ces jeunes gens était le bisaïeul de notre groffier actuel de la Couronne en Chancellerie, M. Lamothe, dont le Citisen d'Ottawa a dfnoncé Ja nomination à la vengeance des ‘’anti-mocassins ”. L'autre était mon Dbi-

Saïeul ; son nom était Joseph Papineau.

En 1791, lorsque le Bas-Canada obtint ses institutions parlementaires, le peuple nom.na Joseph Papineau l'un de ses représeptants, Il avait combattu pour la Couronne lorsque la Couronne était attaquée par des ennernis 2. Il combattit la Couronne tant *

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! écoutez !

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“que la Couronne refusa au peuple ses droits. | ##I1 mourut cinquante ans plus tard, comme 11 avait vécu : un loyal sujet de la Couronne d'Angleterre et un défenseur dévoué du peuple canadien.

En 1812, un jeune avocat canadien-fran cais, député à l'Assemblée législative de Québec, abandonna ses devoirs professionnels tet parlementaires, pour aller combattre sous le drapeau britannique, une fois encore attaqué par des Auglo-Saxons. Il fit toute ia campagne. Une fois l'honneur du drapeau anglais hors de danger, grâce en partie à ses “compatriotes, il retourna prendre son siège “ta l’Assemblée législative ; et, durant vingtcinq ans, il combattit pour les droits du peuple contre les représentants de la Cou- “ronne, Cet homme s'appelait Louis Joseph rapineau. I] était le fils fe Joseph Papineau, et je n'ai pas lieu de rougir en disart “que ma mère était sa fille.

: En 1837, une grande assemblée populaire tait réunie à Saint-Charles ; Papineau était

“là pour rencontrer des milliers et des mil- “licrs de citoyens britanniques qui voulaient “obtenir leurs droits de citoyenneté. Il s'a- Mdressa à eux au nom de la constitution et eur demanda d'éviter toute violence. Uu “Anglais protestant, le docteur Nelson, l'in- “terrompit s'écriant : “Je diffère d'opinion avec M. Papineau. Le temps des mesures pacifiques est passé ; prenez vos cuillers et vos fourchettes, faites-les fondre, et coulez

des balles !” Cinquante années de tyran- “nie, récompense de quatre-vingts ans d'une “loyauté inviolable, avaient aigri les sentiments du peuple. Enflammés par les appels brûlants de l'Anglais révolté, ces hommes n'écoutèrent plus les paroles fermes mais “sages du Francais resté fidèle à la consti-

C'est là l'histoire de ceux qui m'ont légué mon double sentiment de loyauté à la Coufonne contre les assauts extérieurs, et de fi- “délité au peuple contre les abus de la Couronne ou des factions. Encore une fois je m'ai pas à rougir de mes ancêtres. Et ceux qui jouissent aujourd'hui de nos libres instiutions politiques, et qui même en abusent, oublient qu'ils les doivent à ces hommes qu'ils traitent de traîtres et d'agitateurs sans principes.

Ce n'est pas mon intention, M. le Président, de proclamer une fois de plus la fidéité des Canadiens-françcais, qui ont réellement conservé le Canada à l'Angleterre en eux occasions différentes, alors qu'ils étaient le plus injustement traités par les fonctionnaires anglais. On a reconnu cette fidélité plus d'une fois ici même et durant la session actuelle, Notre histoire est 1à : ceux qui refusent de la lire ou de la comprendre,

émontrent qu'ils manquent totalement de bonne foi, ou qu'ils sont dépourvus de toute intelligence, Inutile de chercher à les contvaincre.

Mais j'ai lu quelque part—dans le News, ide Toronto, je crois—-une allégation que je veux, sans retard, réduire à néant.

prétend, dans cet article, que ce n'était pas

| nos croyances,

On

la loyauté qui, en 1776 et 1812, poussait les

| Canadiens-français, à prendre les armes, mais

le seul désir de conserver leurs biens. Cette thèse est une vilaine injure à l'endroit de nos très chers cousins et amis les Américains !

C'est dire qu'ils n'étaient que des barbares, ignorant totalement les règles de la guerre entre peuple civilisés. Par bonheur, l’histoire est là pour prouver le contraire.

En 1779-76, en particulier, les Américains occupèrent Montréal et une région assez étendue dans le Bas-Canada ; et loin de commettre des déprédations, 1ls firent tout ce qui était en leur pouvoir pour amener les Canadiens-français à se joindre à eux. Ils promirent à leurs chefs un gouvernement autonome ; ils respectèrent la propriété. privée ; ils achetèrent les produits des fermes à des prix élevés. Les rares citoyens qui se laissèrent prendre aux séductions américaines, firent ressortir, d’une manière encore plus frappante, la fidélité à toute épreuve de la population française.

Comme l'ont dit avec raison, dans une circonstance antérizure, le député de Trois- Rivières (sir Adolphe Caron), et le député de Terrebonne (M. Chauvin), le clergé catholique a été un facteur social puissant, durant ces deux périodes de 1776 et de 1812; il fortifia la fidélité du peuple, en faisant- appel- à- ses- sentiments les plus élevés et à sa foi religieuse. Il y avait aussi, je le reconnais, ce trait Caractéristique de notre peuple, que nos gouvernants ne devraient jamais oublier : Je veux parler de la répugnance innée qu'il éprouve à se lancer dans l'inconnu. Il sait se contenter de ce qu'il possède, et ne tient pas à l’abandonner sans connaître exactement ce qu'on lui offre en retour.

Mais, peut-être, veut-on parler de la propriété nationale. Je rappellerai qu'aucune partie du Canada n'aurait trouvé plus d’avantages que la province de Québec dans l'annexion du Canada aux Etats-Unis. Si nous nous étions jetés dans l'Union américaine dès 1776, Montréal et Québec seraient aujourd'hui les rivales de New-York et de Boston : nos magnifiques pouvoirs d'eau seräient en pleine exploitation ; le Saint-Laurent serait la grande voie de transport maritime entre l'Europe et l'Amérique ; nos districts ruraux alimenteraient les vastes cités de l'est.

On me dira peut-être : Votre peuple aurait été noyé par l'élément étranger. Qu'en saiton? D'abord, nous aurions conservé ce million de nos compatriotes qui habitent aujourd'hui les Etats-Unis ; et puis notre peuple n'est pas aussi facile à noyer qu'on semble vouloir le croire en certains quartiers. Nous suivons à la lettre le précepte biblique :

“ Crescite et multiplicamini’ Nous possédons certaines qualités particulières qui nous permettent de vivre en excellents termes avec les étrangers. Profondément attachés à nous pratiquons la plus grande tolérance pour Îles convictions d’autrui ; sans oublier notre langue, nous apprenons facilement et nous parlons volontiers

le langage de nos voisins. Le résultat, c'est que, règle générale, la population de langue anglaise qui vit parmi nous ne songe pas à nous reprocher notre nationalité. Je suis persuadé que si le député d’York-ouest (M.

Wallace) venait résider dans la province de Québec, il n’attendrait pas deux ans pour résigner son pontificat dans les loges orangis-

tn

sévère ” de la conduite et des paroles de M.

Wallace. Cette proposition était un amendement à la motion du gouvernement demandant que la Chambre se formât en comité budgétaire.

Le premier partisan du gouvernement qui prit la parole fut M. Kenny, député d’Halifax. Il répudia les sentiments exprimés par

tes, et devenir marguiller de l’une de nos |le contrôleur des Douanes, mais il déclara

bonnes paroisses et président d’une société Saint-Jean-Barptiste.

En tout cas, je persiste à affirmer qu'au point de vue de nos intérêts purement matériels, il aurait été bien préférable pour nous de devenir citoyens américains. Je suis heureux que les événements n'aient pas évolué dans cette direction, parce que je préfère les institutions britanniques telles que nous les avons conquises, aux institutions américaines. Et tant que l'Angleterre sera tidèle à la parole donnée après quatrevingts ans de luttes pénibles, je veux, et le peuple de ce pays veut, lui rester fidèle.

Mais que la bonne foi soit égale des deux parts! Je comprends qu'il est difficile pour certains êtres d'apprécier un point d’honneur comme celui-là. Cet honneur ne peut être accessible aux descendants politiques des tyranneaux, qui, aux”jours de l’oligarchie et de l’heureux ‘“ Family Compact,” fusillaient et pendaient d’honnêtes Canadiens, français et anglais, coupables de résistance aux mignons qui voulaient les traiter en ilotes politiques dans leur propre pays !

Ces mêmes loyalistes couvrirent d'œufs gâtés le représentant de la Couronne, lorsqu’il vint sanctionner des lois rendant justice égale à toutes les classes et à toutes les | nationalités ; enfin, ayant constaté que le trésor public devait cesser de ce confondre | avec leur propre bourse, ils lancèrent le pro- | gramme de l'annexion aux Etats-Unis. C'est | à ces patriotes, au cœur large, à l'esprit élevé, que le loyal parti tory-impérialiste | doit le jour !

Je veu: dire un mot, maintenant, de la significatici: parlementaire de ma proposi- | tion, et réfuter d'avance l'objection qu'elle implique un vote de censure contre le gouvernement. Je n'ai pas la prétention d’être une autorité en matière de procédure et je ne me risquerai pas à faire un cours de droit parlementaire. J'ai trouvé, dans les annales du parlement, un débat au cours duquel cette question a été traitée à fond par les plus hautes autorités des deux partis. La leçon sera d'autant plus profitable que la plupart de ces hommes éminents siègent | encore À la Chambre; d’autres ont at-| teint les régions plus sereines de la Cham-| bre Haute, ce qui, je l'espère, ne nuira pas à leur réputation de légistes. |

J'ai déjà parlé du débat soulevé à la Cham- | bre, en 1893, par le discours séditieux et anti-britannique du contrôleur des Douanes (M. Wallace). A cette occasion, M. Dawson, député d'Algoma, formula une proposition | qu'il appela lui-même, ‘la censure la plus |

ne pouvoir appuyer la proposition de M.

Dawson, la considérant comme une demande de censure contre le gouvernement.

M. Mills, député de Bothwell, aujourd’hui ministre de la Justice, et, par conséquent, le conseiller légal du gouvernement, répondit comme suit à M. Kenny :

Je crois que le député de Halifax se méprend entièrement sur la nature de la proposition lorsqu'il la considère comme une motion de non confiance.... Il est très vrai, M. l’Orateur, qu’un gouvernement peut considérer :omme motion de non confiance n'importe quelle motion, même une motion comportant la levée de la séance üe la Chambre ; mais aucun gouvernement n’est obligé de considérer comme motion de non confiance une motion ordinaire ; et je ne sache pas qu’un gouvernement ait jusqu’à présent considéré comme telle une motion en amendement à la proposition que la Chambre se forme en comité des subsides. Permettez-moi, M. l'Orateur, de rappeler une motion que j'ai faite moimême, il y a deux ou trois ans, alofs que l’on proposait que la Chambre se formât en comité des subsides, relativement à la distribution des deniers publics pour l'exécution des travaux pu-

| blics. Celui qui dirigeait alors la Chambre, l’an-

cien premier ministre, sir John Macdonald, accepta cette motion et l’appuya contre la proposition même du gouvernement, comportant que la Chambre se formât en comité des subsides.

Laissez-moi citer un autre exemple. Il y a quelques années, alors que le gouvernement avait proposé que la Chambre se formât en comité des subsides, l’ancien député de Niagara, M. Plumb, fit une motion relativement à une résolution soumise au sujet des frontières, et le gouvernement appuya cette motion contre sa propre proposition, comportant que la Chambre se formât en comité des subsides,

M. Foster, qui était alors ministre des Finances et leader du gouvernement répoudit à M. Mills ; il combattit la proposition qu'il qualifia de ‘pernicieuse motion de parti, v'ayant d'autre but que d’embarrasser le gouvernement,” mais il n’osa pas l'appeler directement une motion de censure. Nir Richard Cartwright parla après lui, et veprenant l’argumentation de M. Mills, il dit :

Ainsi que mon honorable ami l'a fait remarquer, il s’est rencontré un grand nombre de cas, où le gouvernement a consenti à accepter des résolutions amendant la proposition ministérielle des subsides. Il aurait pu ajouter aux motions qu'il a mentionnées, une résolution que j'ai proposée moi-même, déterminant l'autorité du comité des comptes publics. Cette proposition a été acceptée par le leader de la Chambre, à cette époque, bien qu'elle eût été proposée lors de la formation du comité des subsides.

M. Costigan, secrétaire d'Etat, tout en ne partageant pas chacune des idées exprimées dans la résolution de M. Dawson, s'exprima

»s paroles de M.

tait un amendernement demanrmût en comité

uvernement qui , député d'Halits exprimés par mais il déclara position de M.

ne une demande nement.

ell, aujourd’hui r conséquent, le ement, répondit

lifax se méprend , proposition lorsotion de non conl'Orateur, qu’un >-omme motion de e motion, même > de la séanre de ivernement n'est tion de non conje ne sache pas 'à présent consien amendement bre se forme en z-moi, M. l'Oraue j'ai faite mois, alofs que l’on formât en comité , distribution des | des travaux pua Chambre, l’an- Macdonald, accontre la propocomportant que ité des subsides.

kemple. Il y a e gouvernement se formât en coputé de Niagara, ativement à une frontières, et le otion contre sa que la Chambre JR

ninistre des Fiement répondit roposition qu'il btion de parti, embarrasser le pas l’appeler censure, Nir rès lui, et vef, Mills, il dit :

l'a fait remarnombre de cas, à accepter des on ministérielle ter aux motions on que j'ai proautorité du co-

proposition a la Chambre, à é proposée lors ubsides.

at, tout en ne lées exprimées son, s'exprima

“eomme suit—et je crois que ses paroles S’ap- Dliquent parfaitement à ma proposition :

"Ù La motion qui est maintenant soumise à la bambre s'appuie sur un principe vrai.

épète que la question d'allégéance et de souhission aux lois et à la constitution, atteint tbutes les classes de la population ; tous doivent béir aux lois et à la constitution. Pour ces isons, je voterai en faveur de l'amendement.

M. Curran, qui était à cette époque Solliiteur général et, par suite, membre du gouyernement, bien qu’il ne fit pas partie du “cabinet, appuya également la motion.

+ Sir Hector Langevin s’exprima comme “puit :

Or, c'est un fait bien connu qu’une proposition e ce genre n'implique pas nécessairement non nfiance. Au contraire, ces amendements sont ès souvent adoptés par la Chambre sans que gouvernement croie devoir résigner ; et le omité des subsides s'organise dès que la Chambre a disposé de l’amendement. Cette procédure A été suivie en ma présence à plusieurs repri- Ses ; j'ai même vu l’ancien chef du cabinet, sir John A. Macdonald, en plusieurr occasions, ac- Cepter une motion de ce genre ‘ !. faire adopr par la Chambre, ce qui pre e qu’une prosition analogue n’est pas nécessairement une otion de censure.

Le ministre des Postes, sir Adolphe Caron, Qui pourtant n'appuya pas la proposition, S’exprima comme suit :

+ J'ai eu moi-même connaissance que notre re-

à Parfois aussi, sans accepter absolument ces pro- : ositions, il ne considérait pas qu’elles impli- “quassent un vote de censure. Mais je ne me

idére comme une attaque directe contre le gouernement, un amendement à une motion propont que la Chambre se formât en comité des “subsides, lorsque cet amendement comportait À pre censure contre un membre du gouverne- “ment.

Et finalement, au moment du scrutin, M.

Ag expliqua à la Chambre que, voyant un membre du cabinet et un autre membre du gouvernement appuyer la proposition, il e pouvait plus se croire en face d’une moon de censure, et il vota en faveur de l'amendement.

: Je crois, M. le président, que le cas actuel st encore plus facile à déterminer que celui \ je viens d’analyser. En 1893, la ré- Bolution offerte comme amendement à la propostition budgétaire du cabinet atteignait d'un des membres du gouvernement par un vote directe de censure. Bt c’est ainsi que le ministre des Postes envisagea la situaion.

Et cependant, la proposition n’en reçut pas “moins l'appui de deux membres du gouverement, et de plusieurs de ses partisans, à cause du principe du respect à la loi et à la constitution qu’elle contenait.

La proposition que je soumets aujourd’hui ’implique aucun blâme direct pour la conduite du gouvernement. Elle n’a d'autre but ue de faire ratifier par le parlement, les

Je |

principes posés par le cabinet lui-même, dans son décret du mois d'octobre dernier, et réaffirmés par les ministres, plus mollement d'ailleurs, dans la déclaration oflicielle qu’ils tirent le même jour.

Que disait ce décret ?

Cette dépense ne peut être considérée dans les circonstances actuelles, comme un abandon des principes bien connus du gouvernement consti- | tutionnel, et de la coutume coloniale, ni inter- | prétée comme un précédent qui engage l'avenir.

| Et quels commentaires l'honorable minis- | tre des Finances fit-il au sujet de cette réserve dans la déclaration officielle qu'il publia le même jour au nom du cabinet?

Non seulement l'envoi d’un contingent au Transvaal impliquait une dépense considérable de deniers publics, mais c'était une démarche importante que le parlement n'avait pas prévue et que l’on pourrait considérer comme un précédent. Et dans une question qui pouvait devenir la source de conséquences très graves, il était essentiel de ne pas créer de précédent à la légère. De là, l'opinion qui a d'abord prévalu, était que le parlement devait être convoqué pour sanctionner la démarche proposée.

Qu'ajouta La Patrie, qu'on désigne souvent comme l'organe du ministre des Travaux publics :

La résolution adoptée par sir Wilfrid Laurier et ses collègues n'engage pas le gouvernement pour l’avenir. Je crois savoir que ce point a été téglé de manière à ne laisser subsister aucun doute dans l'esprit du public.

Le premier ministre lui-même, dès le début de la session, a déclaré qu’il entendait conserver l'indépendance législative et la liberté d'action de son pays.

Si le gouvernement était sincère, et il l'était sans doute, lorsqu'il déclarait au Secrétaire colonial et au pepuple canadien qu'il n’entendait pas établir un précédent ni engager l’action future de la colonie, il ne peut refuser d'appuyer ma proposition.

On dira peut-être que cette proposition est inutile, qu’elle se borne à répéter les déclarations du ministère. Si elle n’est qu'inutile, le gouvernement ne peut avoir «l'objactious sé rieuses à son adoption. Mais je prétends | que, loin d’être inutile, elle mérite l’attention favorable de cette Chambre.

Je l'ai déclaré dans une circonstance antérieure : l’action du gouvernement a une double portée. Il y a d'abord la question de fait, c'est-à-dire l'envoi de volontaires canadiens au Sud-africain ; il y a aussi la question générale, et c’est la souveraineté du parlement et du peuple sur la constitution, le droit que possède cette autorité suprême d’être consultée avant qu’on nous entraîne à prendre part aux guerres de l’Europe. Le gouvernement a consenti à l'accomplissement du fait, avec l'intention indubitable de faire ratifier sa conduite par le parlement ; maïs aussi sous la réserve expresse des principes constitutionnels qu’il ne voulait pas soustraire au contrôle absolu du parlement. Il déclara

lui-même qu'il n'aurait par consenti àÀ l’action sans cette réserve. L'autre jour le gou-

vernement nous a demandé de ratifier sa conduite. Je demande maintenant à la Chambre de sanctionner cette réserve, et de | maintenir les principes que le gouvernement lui-même a posés dans son décret et dans sa déclaration officielle. Ma proposition est la conséquence naturelle de ces documents, en | même temps que le corollaire de la loi que la Chambre a votée afin de ratifier la dépense encourue par le gouvernement sans l'autorisation du parlement. Vous avez ap-| prouvé le fait, sanctionnez le droit!

Il est une autre cause qui fait que ma pro- | position est non seulement utile, mais abso- | lument nécessaire. Cette cause provient des | faits graves que j'ai soumis à la Chambre. | La presse reptile tout entière, ainsi qu'uve | portion notable des journaux respectables— | libéraux, conservateurs, et indépendants—en Angleterre et au Canada, et je puis ajouter toute la presse étrangère, n’ont tenu aucun, compte de la réserve faite par le gouverne- | ment dans son décret du 13 octobre. Tous | ces journaux n’exprimèrent pas les mêmes | opinions sur cette question, les uns approuvant, les autres condamnant l'attitude du cabinet ; mais ils ont été unanimes à interpréter iaction ministérielle comme je l'ai fait moi-même, et à dire que le fait accompli | crée le précédent.

Mais ce qui est encore plus grave et donne | uue force nouvelle à ma prétention, c’est que le gouvernement britannique, par l’entremise du secrétaire colonial, à la demande. de qui nous agissons, a donné à l'acte du!

ministère la même interprétation. Il à ac-| cepté l'envoi de nos soldats, comme uñe| preuve de notre désir de voir la chose se re-| nouveler ; 11 a méconnu entièrement la ré-| serve faite par le gouvernement canadien.

Enfin, le chef de notre comité exécucrif, le représentant de la Couronne au Canada semble aussi entretenir des vues identiques à celles qui ont guidé son chef hiérarchique, M. Chamberlain. De sorte qu'à l'heure actuelle, non seulement ce doute dont parlait | La Patrie occupe encore l'esprit public, mafs l'opinion dominante, universellle, c’est qu’on a créé le précédent. |

En présence de ces faits, si la Chambre refuse d'appuyer ma proposition et de sanc-| Sonner ainsi la réserve contenue dans le décret ministériel, c'est reconnaître que cette réserve est mille à nos yeux, c'est accepter l'interprétation générale et officielle donnée à l£clton du cabinet, En adoptant cette at-| titre le ministère se couvre d'un rfdicule éclat, Xt de notre part, ce serait l’aveu Ac servilité 1a plus complète et la plus numiliante qu'un corps représentatif puiss” faire. | Sommes-nous donc revenus à l'époque du Long Parlement ? |

Je reconnais volontiers que si ma propo-| sition est ‘’otée, je me trouverai presque dé-| pourvu du meilleur de mes arguments, qui

établissait que le fait accompli constitue un précédent, malgré toutes les réserves qu’on a pu faire. Mais, peu m'importe. Je ne suis pas entré dans cette voie pour acquérir du renom ou de la popularité. Je n'ai qu'un but : c'est de faire reconnaître et proclamer par la Chambre les principes par excellence du gouvernement représentatif.

Tout ce que je demande à la Chambre, en somme, c'est de déclarer que le Canada est un pays libre, prêt d’aileurs à écouter des propositions acceptables si la Grande-Bretagne nous dit qu’elle a besoin de notre aide, Mais, s’il s’agit de donner à ce pays une nouvelle orientation politique, je refuse au secrétaire colonial, et à tout membre du cavinet britannique, et à tout représentant du gouvernement impérial au Canada le droit de dicter à un peuple libre quelle sera cette politique nouvelle, C’est à nous, c'est au parlement libre, représentant la libre opinion du peuple qu'il appartient de définir cette politique.

Je ne viens pas mainténant juger la conduite du gouvernement. Je n’ai pas voté contre la résolution qu'il a soumise, aux dépens de ce que l’on a appelé ma logique, On m'a accusé de revenir à la crèche et d'accepter de nouveau le joug du ministère.

| J'ai méprisé ces accusations, voulant donner

au gouvernement une preuve de ma bonne foi. Je ne m'occupe guère non plus de la dépense encourue ; tout ce que je désire, c'est que la Chambre reconnaisse le principe posé dans le décret ministériel, et qu’elle fasse comprendre au gouvernement anglais que ce parlement est une institution libre, dont les représentants sont élus par un peuple libre.

Je crois que mes vues sont justes et si la Chambre, en les adoptant, donnait le démenti à mes appréhensions, je ne regretterais nuliement mon attitude passée. Je me sentirais amplement récompensé, si je pouvais faire aftirmer par le parlement canadien, que le vieil esprit britannique, source de notre autonomie et de nos libertés anime encore Mon pays,

Je propose denc que tous les mots après “que”, soient retranchés et remplacés par les suivants :

Que cette Chambre insiste sur le principe de la souveraineté et de l'indépendance du parlement comme étant la base des institutions britanniques et la sauvegarde des libertés civiles et politiques des citoyens britanniques, et refuse, en conséquence, de considérer l’action du gouvernement au sujet de la guerre de l'Afrique du

| Sud comme un précédent qui doive engager ce

pays dans toute action à venir.

Que cette Chambre déclare, de plus, qu'elle s'oppose À tout changement dans les relations politiques et militaires qui existent actuellement entre le Canada et la Grande-Bretagne, à moins que tel changement ne soit décrété par la volonté souveraine du parlement et sanctionné par le peuple du Canada.

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