‹ Guerres de religionChapitre 12 sur 53 · IX · texte numérisé non relu

IX

circuit immense d’intrigues, de dépenses et de guerres, en douze années, vers 1560.

L’Espagne alors apparaîtra ruinée. A Granvelle éperdu qui lui expose l’épuisement des Pays-Bas, Philippe II communiquera en confidence son budget espagnol en déficit de neuf millions sur dix! (Granv., VI, 156.)

Et la France, qui n’a pas les Indes, à plus forte raison est ruinée. Les Guises, maîtres de tout en 1560, et vrais rois, seraient morts de faim dans leur royauté, sans une razzia à la turque sur leur propre parti, sur l’évêque et leclergé de Paris, qu’ils frappent d’un emprunt forcé avec contrainte par corps.

Ruine d’autant plus radicale qu’elle est universelle. La grande crise sociale et financière du siècle, précipitée par le changement des valeurs monétaires et renchérissement monstrueux de toutes choses, dessèche la source de l’impôt. Le fisc, cette pompe âprement aspirante, où plonget-il? dans nos poches vides ; et qu’en aspire-t-il? le néant.

Dès la première année du règne d’Henri II, en 1547, on voyait parfaitement où on allait. Le déficit annuel était déjà d’un demi-million, et dès qu’on augmenta l’impôt, il y eut révolte. On ne vécut plus que d’expédients, du fatal expédient surtout de vendre des charges, de prendre un peu

d’argent comptant en grevant de nouveaux salaires les années suivantes et l’avenir.

Les rêves et les folies de François 1" en 1515, avec la forte France d’alors, étaient des folies de jeune homme; celles des Guises et de Diane, en 1547, avec une France ruinée, étaient une démence d’aliénés, une désespérée furie de joueurs, disons le mot, un jeu d’aventuriers qui, ayant peu à perdre, bravent la chance, et mettent les enjeux sur la carte la moins probable.

Quelle était cette carte? Nous le savons par leurs flatteurs de Rome, par le cardinal Du Bellay, qui, pour regagner son crédit, mériter son retour en F rance, entre dans leur pensée et caresse leur rêve. Quel rêve? la conquête d’Italie, toujours la vieille idée de leur maison, toujours René d’Anjou, l’expédition de Naples. Dans cette voie de folies, ils prennent hardiment la plus folle. Du Piémont envahir Milan, c’est chose trop raisonnable encore. Non, il leur faut les Deux-Siciles.

Et routiniers autant que chimériques, sur quel appui comptent-ils pour recommencer ce roman? sur le pape, dès longtemps fini, sur Parme, sur les petits princes italiens, sur Ferrare, dont François de Guise se dépêche d’épouser la fille. Mais qui ne voyait que l’Italie était morte? Qu’était devenue Rome? un désert? Telle la représente Rabelais dès 1556. Le pape? une ombre. Le duc

d’Albe en parle avec un dur mépris. (Granv., VII, 284.)

Le moindre bon sens indiquait qu’il n’y avait que deux choses à faire :

L’une, vraiment sensée, tendre la main à la nation militaire qui prêtait des soldats à toute l’Europe, à l’Allemagne, l’aider à défendre la liberté religieuse contre les Espagnols. En quoi faisant, du même coup on s’assurait l’Angleterre, où montait le flot du protestantisme.

L’autre parti, humiliant, triste et bas, mais possible pourtant, c’était de marcher avec l’Espagne et dans son mouvement. C’était la secrète pensée de Montmorency, qui fut toujours (lettre du duc d’Albe, Granv., MI, 281) foncièrement espagnol, et que l’Espagne tâcha toujours de maintenir au gouvernement de la France.

Mais cet homme sous forme rude, hautaine, était le courtisan des courtisans. La folie étant en faveur, il suivit le parti des fous.

Ce troisième parti, celui des Guises et de Diane, parti non espagnol, et pourtant catholique, voulait faire la guerre au roi catholique et combattre son propre principe.

Ce qui les rendait forts, prépondérants dans le conseil, c’est qu’ils tenaient l’Ecosse par leur sœur, et se chargeaient de faire une Écosse française, de mettre en France la royauté d’Écossc en

livrant au roi leur nièce, la petite Marie Stuart, qu’épouserait le Dauphin. Et l’enfant, en effet, nous fut livrée en 1548.

Gela semblait un beau succès, une forte garantie contre l’Angleterre. Une garantie mais trois dangers :

l’ On rendait l’Angleterre irréconciliable, implacable et désespérée, lui mettant la France même dans son île, une grande colonie française, « des seigneuries pour un millier de gentilshommes. »

2' Cette Marie de Guise qui livrait son enfant, livrait-elle l’Écosse, ou n’allait-elle pas par cette trahison donner des forces incalculables aux Écossais protestants et en faire le parti national ?

5® Comme on ne tenait l’Écosse que par une intime alliance avec les violents catholiques, avec le grand brûleur des protestants, l’archevêque de Saint-André; comme on se portait pour son défenseur (et vengeur quand il fut tué), on associait la politique aux phases variables, incertaines, de la révolution religieuse.

Dès lors comment s’entendre avec l’Allemagne, avec les grands ennemis de l’Empereur, les luthériens? Condamnée aux démarches les plus contradictoires, papiste pour l’Ecosse et pour le roman d’Italie, et d’autre part défenseur hypocrite des libertés de l’Allemagne, la France allait appa-

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