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dans peu. » C’était en effet une ressource singulière de ce gouvernement. Parfois les lingots, arrivant des Indes à Séville pour tel négociant, étaient saisis pour un besoin public; en place ils recevaient une feuille de papier, un titre pour en toucher la rente.

Ce qui effraye dans cette pauvreté de l’Espagne, c’est qu’en réalité elle avait peu fourni à Charles- Quint. Les horribles dépenses de l’empereur avaient porté sur les Pays-Bas, l’Italie, et un moment sur l’Allemagne. Qu’était donc ce pays, qui, sans donner, s’appauvrissait toujours?

Deux cancers le rongeaient: la vie noble, I l’idée catholique. La première desséchait l’in- ^ dustrie, méprisait le commerce, annulait l’agriculture. La seconde multipliait les moines, éten- . dait chaque jour la police de l’inquisition , mais peu à peu cette police rencontrait le désert ; tous, se faisant persécuteurs pour n’être pas persécutés, n’eussent bientôt trouvé à brûler qu’eux-mêmes. • Les juifs manquaient aux flammes, les protestants manquaient. L’inquisition affamée cherchait au loin, et jusqu’aux Pays-Bas. A chaque instant arrivaient à Anvers des dénonciations vagues, sans preuves, d’où? de l’Andalousie! de l’inquisition de Séville!

Faut-il le dire pourtant? ce cancer exécrable (jui rongeait les os de l’Espagne, pour l’heure

même, la rendait terrible. Philippe 11 apparaissait comme un peu plus qu’un pape, comme représentant du vrai catholicisme austère, vengeur, épurateur de la foi catholique, le roi des flammes. Rome suivait de loin. Le duc d’Albe parle du pape comme de tout autre petit prince.

Contre la France divisée, contre l’Angleterre agitée, l’Espagne avait la force de sa grande attitude, n’ayant qu’un principe, et non deux. Le jeune roi aussi, vivant renfermé, appliqué, toujours sur ses papiers, mystérieux dans sa vie privée, correspondait à l’idée sombre qu’on se faisait d’un monarque espagnol. Personne ne savait combien sa nature forte, étroite, bigote et dure, sensuelle pourtant et cruelle, allait se pervertir dans son épouvantable rôle.

La France présentait un grand contraste avec l’Espagne. Ruinée d’argent, il est vrai, elle sur- < abondait de force. Une pléthore maladive se montrait dans la violence des partis. Certaines classes s’étaient immensément multipliées, la noblesse et la bourgeoisie. Le peuple s’était fort aguerri. El, ce qui étonnait le plus, telle qualité, étrangère à l’ancienne France, avait apparu tout à coup. L’austérité, la gravité, la pureté des mœurs protestantes, transformèrent plusieurs villes, même de l’aveu des catholiques. Nombre de ceux-ci, dans la robe surtout, envièrent et imitèrent la

noblesse morale des réformés qu’ils haïssaient. S’ils n’en prirent la pureté chrétienne, ils eurent du moins leur gravité, leur tenue, leur persévérance.

Le duc d’Albe pense lui-même qu’à ce moment la France était très-redoutable: «Si les Français n’avaient eu tant d’affaires sur les bras, si Votre Majesté n’avait prévenu leurs projets, il leur était facile de se rendre maîtres de la chrétienté tout entière. » (Gr. VII, 240.)

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